LA DÉLIVRANCE D'ORLÉANS
amis, c'est Dieu qu'il faut remercier », répondait Jeanne. Et elle convia les Orléanais à une procession solennelle autour des murs de la ville. La procession eut lieu. Tous les ans, le 8 mai, elle se renouvelle et est précédée d'un panégyrique de l'héroïne à qui nous devons d'être restés Français.
iOO LE MOIS DE JEANNE D*ARC
10 mai 1429. ~ Le roi donne avis de la délivrance d'Orléans à diverses villes qui en font réjouissance. Jeanne vient le trouver et le presse en vain de marcher droit sur Reims, la ville du sacre.
Le matin du 10 mai 1429, des lettres, vrais bulletins de victoire, furent adressées de Chinon par le roi à diverses villes de France pour les informer de la délivrance d'Orléans.
Celle que reçurent les habitants de Narbonne a été conservée. Il y est dit ; «< Chers et bien-aimés, vous ne pourrez assez honorer les vertueux faits et choses merveilleuses que les messagers nous ont rapportés de la Pucelle. »
Partout la joie fut vive, et on organisa des réjouissances en Thonneur du grand événement. De plus en plus croissait entre les
LENDEMAIN DE LA DÉLIVRANCE D'ORLÉANS iOl
villes la fraternité patriotique qui déjà, au temps (le Duguesclin, était assez forte pour qu'il put (lire : « Il n est femme de France qui ne soit prête à filer une quenouille pour faire l'or de ma rançon. »
Le bon peuple, en même temps qu'il incarnait dans le roi la France, sentait, sans se les analyser, ces solidarités du sol, des institutions, (les souvenirs, des aspirations et des espérances, (]ui, même quand diffèrent langue, mœurs et religions, comme c'est le cas en Suisse et aux États-Unis, constituent le ciment de la patrie.
Chose curieuse, mais juste et belle, dont lémoignent les écrits de Jean Chartier : c'est au moment où Jeanne fit son entrée dans l'histoire, que le mot de patrie fit son entrée dans notre langue.
Dès le lendemain de la levée du siège, Jeanne s'était dérobée aux ovations du peuple d'Orléans et, quoique souffrant beaucoup de sa blessure dont elle se ressentit encore
quinze jours, elle était partie pour aller trouver le roi resté à Chinon avec sa cour. Là étaient les nouveaux ennemis qu'elle avait à vaincre.
Après une halte à Blois, la Pucelle arriva à Tours le mardi 10 mai. On y attendait le roi qui, le jour même, avait quitté Chinon pour venir au-devant d'elle. Jeanne courut aussitôt à sa rencontre, bannière en main; et, dès qu*il parut, étant descendue de cheval, elle lui fit une profonde révérence. Charles VU ému 6ta son chaperon, entoura Jeanne de ses bras et redressa son corps qu'elle tenait incliné. Volontiers, disent les chroniqueurs, il eût donné un baiser à Thumble fille, tant sa joie était grande. Il lui fit belle fête et la remercia fort d avoir accompli si noble besogne.
Mais Jeanne ne venait pas chercher des compliments; elle venait chercher des armes, de Targent, des soldats, et le roi lui-même qu'elle voulait conduire à Reims. « Sire, lui