LE SUPRÊME ATTENTAT DES BOURREAUX
heure dernière. Or, Jeanne n'abjura point.
Eh bien, on imaginera qu'il n'y a là qu'un oubli. D'après Loiseleur, Jeanne avait promis de faire une abjuration publique; mais en même temps elle avait exprimé la crainte de ne pas s'en souvenir. Et en effet, ni elle ne s'en souvint, ni on ne l'en fit souvenir...
Ah ! si Jeanne se fût donné à elle-même le démenti dont on la charge, comme Cauchon aurait eu soin de le rendre public avant le supplice !
Mais non. Nous nous trouvons en face d'un procès-verbal clandestin, dont les attestations furent partiellement infirmées par les déclarations ultérieures de quatre des sept témoins qui y sont cités. Aussi, dans les manuscrits authentiques, ce procès-verbal, au lieu de figurer à sa vraie place, au compte rendu officiel du procès, immédiatement avant l'exposé de la réunion du Vieux-Marché et de la sentence définitive, se trouve relégué à la suite du procès. Les mêmes greffiers qui ont
paraphé, scellé, déclaré exact tout ce qui précède, s'abstiennent de prendre la responsabilité des assertions ici contenues. Est-ce qu on aurait négligé de leur demander la garantie de leur signature? Nullement. Manchon déclara, dans Tenquête de 1450, que « Monseigneur de Beauvais voulut le contraindre à signer ce procès-verbal; ce qu'il refusa de faire ». Pas plus que la signature du greffier Manchon, qui était absent, on n'eut la signature du greffier Taquel, qui avait été présent à ce dernier examen. Quel aveu implicite de l'irrégularité de ce compte rendu qui prête à Jeanne sur le point de mourir une justification de son arrêt de mort !
Cette information posthume, où Jeanne renie comme diaboliques les inspirations de ses voix, a été visiblement combinée pour fournir une base aux lettres par lesquelles, dès le 8 juin, le conseil du roi d'Angleterre et l'Université de Paris firent l'apologie du crime judiciaire commis à Rouen. Ce crime y