CHAPITRE XXX
JJi: SUPHÊMK ATTENTAT DKS BOURREAUX
31 mai 1431. — Les juges de Jeanne roachineut pour se justifier des calomnies posthumes contre leur victime.
Dès le lendemain de la mort de Jeanne, ses juges s*occupërent de justifier leur crime et entreprirent de présenter comme une suprême abjuration quelques paroles de défaillance qui, dans la prison, avaient pu un moment échapper à la pauvre fille. Les infâmes! Ils s'étaient servis de menaces de mort pour la faire abjurer; puis ils s'étaient autorisés du désaveu de son abjuration pour la faire mourir; maintenant, ils vont profiter de sa
mort pour faire d'elle leur complice et la montrer 86 condamnant elle-même par les dernières paroles qu'ils lui mettront dans la bouche.
Que Jeanne, poursuivie par les obsessions de ces gens d'Eglise qu'elle était habituée à révérer, menacée de ne pas être admise à la communion où elle voyait le salut de son âme, désespérée de l'impossibilité d*une délivrance promise par ses voix, ait été ébranlée dans sa foi et ait traversé une minute semblable à celle que traversa Jésus quand il s'écriait : « Mon père, pourquoi m*avez-vous abandonné? » c'est très probable. Mais que la noble fille en soit venue, conune le dira Loiseleur, dont la contrition ne fut que d'un moment, à confesser qu'elle avait abusé le peuple , semé des erreurs et commis des crimes, voilà qui est tout à fait impossible.
La déposition de Loiseleur, en particulier, sue la perfidie et le mensonge. On aurait voulu que Jeanne abjurât publiquement à son