CHAPITRE III
JEANNETTE d'aRG FAIT DES CONFIDENCES
A LAXART
11 mai 1428. — Jeannette d'Arc, faisant un séjour à Barey-le -Petit, confie à son oncle Durand Laxart ses visions et son dessein. Le bon paysan se laisse persuader et promet de la mener au sire de Baudricourt, à Vaucouleurs.
Le 11 mai 1428, il y avait huit jours que Jeannette d'Arc était à Burey-le-Petit , en visite chez son oncle Durand Laxart. Pendant tout ce temps elle avait eu en tête de s'ouvrir au bon laboureur de son grand secrel. Enfin elle se décida.
a Mon oncle, je voudrais vous dire une chose dont je n'ai parlé à quiconque, ni à ma
mère, ni à mon père, ni au curé {celavit euratOy patri et matri et cuicumque), — Parle, petite. — N'a-t-il pas été dit que la France serait perdue par une femme et puis sauvée par une femme? — On Ta dit. — N'a-t-il pas été dit que cette femme serait une pucelle des marches de Lorraine? — On le dit ainsi en nos pays. — Cette pucelle c'est moi. — Qu'est-ce qui te le fait croire? — Mes voix. — Que veux- tu dire? — J'avais treize ans quand j'ouïs une voix de Dieu pour m' aider à bien me conduire. Et la première fois qu'elle parla, j'eus grand'peur. Cette voix vint vers l'heure de midi. C'était Tété, dans le jardin de mon père. Il y a trois ans de cela. La voix arrivait par la droite, là où est l'église, et il apparaissait une grande clarté à l'endroit d'où elle se faisait entendre. Elle me semblait une digne voix; et, lorsque je l'ouïs pour la troisième fois, je reconnus que c'était la, voix d'un ange, de l'ange saint Michel. Même il se montrait à moi, pas seul, mais en compagnie d'une troupe d'anges