JEANNETTE D'ARC ET LAXART
du ciel. — Vraiment, Jeanne, tu as vu saint Michel et les anges? — Oui, je les ai vus des yeux de mon corps; je les ai vus comme je vous vois, et, quand ils s'éloignaient de moi, je pleurais et j'aurais bien voulu qu'ils m'emportassent avec eux. Saint Michel me disait que sainte Catherine et sainte Marguerite viendraient à moi et seraient mes conseils en ce que j'aurais à faire; et me racontait Pange la pitié qui est au royaume de France... J'ai ouï de lui de beaux enseignements. Il me disait surtout que je fusse bonne enfant et que Dieu m'aiderait, et qu'il était nécessaire que j'aille au secours du roi. Deux ou trois fois par semaine, la voix me répète : « Quitte ton village, va en France. » Et je ne puis plus durer où je suis... Elle m'a dit qu'il me fallait aller trouver à Vaucouleurs le capitaine Robert de Baudricourt, et lui demander des gens pour faire route avec moi jusque chez le roi. — « Mais, ai-je répondu, je suis une
pauvre fille ne sachant ni chevaucher, ni guer-
royer. — Va! » a dit la voix. Il faut que j*aille. Menez-moi chez le sire de Baudricourt. »
Laxart s'était demandé d'abord si Jeanne ne serait pas folle ou inspirée du malin esprit. Mais, sachant combien elle était sensée en toutes choses, bonne et pieuse, il pensa qu'elle pourrait bien être inspirée de Dieu : « Eh bien! Jeanne, dit-il, on ira à Yaucouleurs. »
Qu'il soit béni, cet humble paysan qui, le premier, eut foi dans la mission de Jeanne et mit tout en œuvre pour doter la France de sa libératrice.