‹ Le monachisme africainChapitre 53 sur 80 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

car c’en était vraiment une ‘ ; « Je n’étais pas riche, écrit-il à Hilarius ; mais cette pauvreté ne diminuera point mon mérite. Les Apôtres, qui les premiers nous ont donné l’exemple du renoncement, n’étaient pas riches, eux non plus. Celui qui abandonne et ce qu’il a et ce qu’il désire avoir abandonne le monde entier 2. » Dieu pèse, en effet, le sacrifice que l’homme fait au fond de son cœur.

Cet acte de désappropriation mettait le religieux sur la voie du renoncement intérieur, qu’il devait continuer durant sa vie entière. Il portait aussi loin que possible la pratique journalière de cette vertu fondamentale. Jamais il ne s’appropriait quoi que ce soit, même en parole 3. Receyait-il de sa famille ou d’un ami un présent quelconque : il le portait sur-le-champ au supérieur, qui le faisait mettre au dépôt commun^. L’évêque d’Hippone ne manquait pas de dire aux bienfaiteurs que leurs générosités ne recevraient pas d’autre destination. « Offrez à la communauté ce que vous jugez à propos, leur disait-il, il sera mis en commun et distribué aux particuliers, suivant leurs besoins... Que personne ne donne de l’étoffe et des tuniques de lin que pour la communauté. Je reçois tout moi-même du fonds commun 5. »

Le moine est dispensé de pourvoir lui-même à ses propres besoins; il attend tout de la sagesse de ses supérieurs®. Saint Fulgence était sur ce point d'une sévérité extrême. Il voulait que le religieux ne manifestât aucun désir. Pour faciliter ce détachement absolu, il s’efforçait de prévenir les nécessités de chacun’^.

Par sa profession religieuse, l’homme se livrait tout entier à son monastère. C’est pour lui seul qu’il pouvait et devait travailler sans s’approprier la moindre de ses œuvres. « Que personne ne fasse rien pour lui-même, écrit saint Augustin. Travaillez toujours pour votre communauté avec plus de soin, d’empressement et d’allégresse que si vous le faisiez pour vous. La charité soumet les intérêts particuliers aux intérêts généraux, et ne sacrifie jamais ceux-ci à ceux-là. Sachez donc que votre zèle à préférer le bien

1. Id., Enarratio in Ps. 103, serm. 3. P. L., xxxvi, col. 1371.

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