‹ Le monastèreChapitre 10 sur 247 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

|>lacées de |telle manière que la décliarj^e qui se Faisait d'un côté croisait celle qui se faisait de l'autre ', il était impossible de diriger une attaque particulière sur aucune d'elles.

L'intérieur de ces maisons était ordinairement assez misérable; car c'eût été une folie que de les meubler de façon à exciter l'avarice des maraudeurs qui infestaient les environs. Et néanmoins ces familles paraissaient jouir d'une sorte d'aisance, et avoir plus d'instruction et d'esprit d'indépendance qu'on ne l'aurait soupçonné. Leurs in -field s , ou possessions rapprochées, leur fournissaient du pain et de l'aie brassée à la maison, et ils trouvaient dans leurs troupeaux de quoi mettre sur leurs tables du bœuf et du mouton , car l'idée extravagante de tuer des veaux ou des agneaux ne leur était jamais venue. Chaque famille tuait un mart'^ ou bœuf gras, en novembre ; on le salait pour l'hiver, et la bonne ménagère pouvait, dans les grandes occasions, ajouter un ])lat de pigeons, ou un cbapon gras; le jardin mal cultivé fournissait des légumes , et la rivière donnait du saumon pour les régaler dans le temps du carême.

Le chauffage était abondant; car les marais fournissaient de la tourbe, et ce qui restait des forets dévastées continuait à donner du bois à brijler, aussi bien que du bois de construction, poiu' tous les besoins domestiques. Pour ajouter à tous ces agrémens de la vie, le brave chef, de temps en temps faisait une excursion dans le bois, et abattait avec son fusil ou avec son arc un daim parvenu au point où il est délicieux à manger, et le père confesseur refusait rarement de lui donner l'absolution de ce péché , pourvu qu'il fût dûment invité à venir prendre sa part de la venaison servie toute chaude. Quelques uns, encore plus hardis, faisaient, soit avec leurs domestiques, soit en s'associant avec les ninss-troopers'^, en termes de bergers , un start and owsiloup ^, et les ornemens et bijoux en or, ainsi que les élégantes coiffures en soie que portaient les femmes de quelques familles distinguées étaient,

' M. Defauconpret, page 43, rend cecipartc.se défendre réciproquement, » ce qui n'est pas traduire le texte. — ^ Mot écossais pour cow ou vache. Les Écossais appellent mart la quantité de .salaisons nécessaires pour leur hiver. — ^ Pillards (les marais; moss veut dire mousse, et troopers, troupiers. Les moss-troopers ont donné leur nom aux maraudeurs en général. — 4 Start and owerloup, phrase mianglaise et mi-écossaise qui veut dire : « tressaillir et sauter par dessus, a. m.

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non sans un sentiment de jalousie de la ))art de leurs voisines, attribués au succès de ces excursions. Ceci néanmoins était, aux yeux de l'abbé et des religieux du couvent de Sainte-Malie, un crime bien plus difficile à expier que celui d'emprunter un daim du bon rni^ : aussi ne manquaient-ils pas de punir les coupables et d'employer tous les moyens possibles d'empêcber que l'on commît de |)areilles offenses , qui donneraient inévitablement lieu à de cruelles représailles sur les propriétaires de l'église, et qui tendraient à altérer le caractère de leurs paisibles vassaux.

Quant au degré d'instruction de ces tenanciers des abbayes, on aurait pu dire avec vérité qu'ils étaient mieux instruits qu'appris, quand même leur nourriture aurait été j)lus mauvaise qu'elle ne l'était. Et cependant ils avaient pour acquérir de l'instruction mille occasions qui manquaient à bien d'autres. Les moines, en général, connaissaient fort bien leurs \assaux, et visitaient familièrement les familles delà classe la plus relevée, dans lesquelles ils étaient sûrs d'être reçus avec le respect dii à leur double caractère de pères spirituels et de seigneurs temporels. Aussi arrivait-il souvent que, lorsqu'un enfant annonçait des moyens, et montrait de l'inclination pour l'étude, quelqu'un des religieux, soit dans la vue d'en faire un ecclésiastique, soit par pure bienveillance, soit €nfin , à défaut de meilleur motif, pour occuper des momens qu'il n'aurait su comment employer, l'initiait dans les mystères de l'art de lire et d'écrire et lui communiquait les autres connaissances qu'il possédait lui-même. Ensuite les cbefs de ces familles alliées, ayant plus de tem[)s à donner à la réflexion, plus d'expérience, aussi bien que des motifs bien autrement importans d'améliorer leurs petites propriétés, avaient parmi leurs voisins la réputation d'être des geas adroits, intelligens, qui avaient droit à un certain degré de respect, à cause de leur fortune comparée à celle des autres, bien que d'un autre côté ils fussent méprisés à cause de leur esprit moins guer^ rier et moins entreprenant que celui des autres habita ns des frontières. Ils vivaient entre eux aussi bien qu'ils le pouvaient, évitant la compagnie des autres, et ne craignant rien

' Gude king's deer, écossisme dont le sens répond à ce mot d'écolier : « Chiper n'est pas voler, a. -xi.

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