‹ Le monastèreChapitre 169 sur 247 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

il me sembla que j'étais percé. Le jeune homme, épouvanté de son succès inattendu et peu mérité, prit la fuite et me laissa tomber sans connaissance, par suite de la perte du sang, qui coulait par mon imprudence; et, quand je revins à moi, comme si je m'éveillais d'un profond sommeil, je me trouvai enveloppé dans mou manteau et couché au pied d'un des bouleaux qui sont groupés ici près. J'examine mes membres, et je ne ressens pas de douleur, mais beaucoup de faiblesse. Je porte ma main sur ma blessure, elle est guérie et fermée, ainsi que vous le voyez ; je me lève , je viens ici , voilà l'histoire de toute ma journée.»

«Je répondrai à un récit aussi étrange, dit le moine, qu'il est à peine possible que sir Piercy Shafton puisse croire que j*y ajouterai foi. Voici une querelle dont vous cachez la cause-, une blessure reçue le matin, dont il ne reste aucune trace récente le soir; une fosse comblée dans laquelle on n'a pas déposé de corj)s; le vaincu vivant et bien portant, et le vainqueur parti on ne sait où. Les faits, sire chevalier, ne sont pas assez liés pour que je puisse les regarder comme paroles d'évangile.»

«Révérend père, reprit sir Piercy Shafton, il faut d'abord que je vous prie de ne pas perdre de vue que, si je vous donne une explication plausible et honnête d'un fait, dont je vous ai assuré la véracité, je ne le fais que par respect pour votre ordre et votre habit, et je vous proteste qu'envers tout autre qu'un ecclésiastique, une dame ou mon prince, je ne daignerais pas affirmer ce que j'ai une fois attesté, sans en offrir la certitude à la pointe de mon épée. Après cet avis, il reste à ajouter, que je ne puis qu'engager mon honneur de gentilhomme et ma foi de chrétien catholique romain, que ce que j'ai ra])porté est arrivé ainsi que je l'ai détaillé et non pas autrement.»

«Voilà une assertion bien prononcée, sire chevalier, reprit le sous-prieur; mais songez que ce n'est qu'une assertion, et qu'il n'y a pas de raison qui nous oblige à croire des choses si oj)posées à la raison même. Je vous prierai maintenant de me dire si la fosse, qu'on a vue au lieu de votre rendez-vous, était ouverte ou fermée, quand vous commençâtes le combat?»

«Révérend père, dit le chevalier, je oe vous cacherai rieu, je vous dévoilerai tous les secrets de mon ame, ainsi que la source pure révèle le moindre sable qui orne le fond de son miroir de cristal, et ainsi...»

«Expliquez- vous clairement, pour l'amour du ciel, dit le moine; ces belles phrases n'appartiennent pas à des affaires aussi importantes. La fosse était- elle ouverte quand le combat commença?»

«Elle l'était, reprit le chevalier, je l'avoue aussi franchement que celui qui avoue...»

«Je vous en prie, beau fils, cessez de telles similitudes et écoutez-moi.^Hier soir on n'a vu aucune trace d'une fosse dans cet endroit, car le vieux Martin s'est trouvé par hasard oblijjé de passer par là pour chercher un mouton é}>aré. D'après votre aveu, à la pointe du jour on avait creusé une fosse et vous vous étiez battu. On ne voit reparaître qu'un des combaltans, il est ensanglanté et ne paraît j)as avoir reçu de blessure.» Ici le chevalier fit un j>este d'impatience.

«Beau fils, écoutez -moi encore un moment. La fosse est comblée et recouverte de gazon : que devons-nous croire sinon qu'elle contient le corps de l'autre duelliste.»

«De par le ciel, c'est impossible, dit le chevalier, à moins que le jeune homme ne se soit tué et enterré lui-même, afin de me faire accuser comme assassin.»

«Assurément, on visitera la fosse demain à la pointe du jour, dit le moine, et je veux moi-même en être témoin.»

«Mais , dit le |)risonnier, je proteste contre son témoignage et j'insiste pour que son contenu quel qu'il soit ne soit pas à mon préjudice. J'ai été trop tourmenté parles déceptions diaboli(pies dans cette affaire pour ne pas être porté à croire que le diable a pris la forme de ce jeune rustre, afin de me causer encore plus de tourment. Je vous proteste, saint père , que je suis persuadé qu'il y a de la sorcellei'ie dans tout ce qui m'est arrivé Depuis que je suis entré dans ces terres du nord qui, dit -on, abondent en sortilèges, moi qui suis craint et respecté par la fleur des galans de la cour de Feliciana, j'ai été bravé et insulté ])ar un loiuxlaud de paysan. Moi que Vincentio Saviola considérait comme le plus leste et le plus agile de ses disciples, j'ai été en propres termes vaincu par un va-

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