CHAPITRE II
guerre à mort, dès que je pourrai llrer l'épée de mon père.»
«Ah, miséricorde! mon petit foudre de guerre', dit Sta- Avarth ; je vois bien que ce ne sera pas de ton temps que l'on perdra la bonne habitude des inimitiés mortelles. Et toi , ma jolie tète blonde, ne veux-tu pas venir avec moi pour monter à cheval sur un charmant petit bâton que je te donnerai?»
«Non, dit Edouard avec une sorte de gravité ; car vous êtes un hérétique.»
«Ah , miséricorde ! dirai-je encore une fois , s'écria Stavvarth Bolton. Allons, madame, je vois que je ne trouverai pas ici de quoi recruter ma troupe ; et néanmoins je vous envie ces deux petits gaillards joufflus.» Il poussa un soupir en dépit de son hausse-col et de son corselet-, puis il ajouta : « Au reste, il n'en résulterait qu'un sujet de querelle entre ma femme et moi, pour savoir lequel des deux nous aimerions le plus; car moi je serais pour ce petit coquin aux yeux noirs, et elle , j'en suis bien sûr, pour ce bijou de blondin aux yeux bleus. Mais enfin il faut nous soumettre à la solitude de notre mariage, et féliciter ceux qui sont plus heureux que nous. Sergent Brittson , tu resteras ici jusqu'à ce que tu sois relevé ; protège cette famille comme étant sous ma sauvegarde, ne lui fais aucun tort, et ne souffre pas qu'il lui en soit fait, car tu m'en répondras. Madame , Brittson est un homme marié , d'un âge mur; il mérite toute confiance. Servez-lui ce que vous voudrez, mais pas plus de boisson qu'il ne faut.»
La dame Glendinning offrit de nouveau des rafraîchissemens, mais d'une voix peu assurée, et qui laissait apercevoir le désir que son invitation ne fût point acceptée.
Le fait est que, supposant que ses enfans étaient aussi précieux aux yeux de l'Anglais qu'ils l'étaient aux siens, erreur très ordinaire chez tous les parens, elle craignait presque d'après l'admiration, que dans sa brusque manière il avait témoigné pour eux, il ne finît par lui enlever effectivement l'un ou l'autre de ses deux bijoux qu'il semblait tant lui envier. Elle continuait donc à les tenir par la main , comme si sa faible résistance eût pu leur être de quelque utilité, dans le cas ovi l'on eût voulu employer la violence, et ce fut avec
' Levinholt, dit le texte, écossisme \\omt thunder bolt. — 2 Passage omis par le premier traducteur, page 54. a. m.
une joie qu'elle ne put déguiser, qu'elle vit le petit détachement se remettre en marche pour descendre le vallon. Ses sentimens n'échappèrent point à Stawarth Bolton. « Je vous pardonne, madame, dit-il, de vous méfier d'un faucon anglais planant au dessus de votre couvée écossaise. Mais ne craignez rien : moins on a d'enfans, moins on a de soucis • , et l'homme sage ne convoite point ceux d'une famille étrangère. Adieu, madame-, lorsque ce petit gaillard aux yeux noirs sera en état de chasser devant lui un parti de fourrageurs venus d'Angleterre, apprenez-lui à épargner les femmes et les enfans, en mémoire de Stawarth Bolton. »
«Que Dieu t'accompagne, brave homme du sud! dit Elspeth Glendinning; mais seulement, lorsqu'il fut hors de portée de l'entendre, et qu'elle le vit éperonnant son bon cheval pour rejoindre son détachement, dont les panaches et l'armure ne s'apercevaient qu'à peine et disparaissaient peu à peu dans le lointain, à mesure que les cavaliers suivaient les sinuosités de la vallée.
«Maman, dit l'aîné des enfans, je ne veux pas dire amen à une prière faite pour un homme du sud. »
«Maman, dit le plus jeune, d'un ton plus respectueux, est-il juste de prier pour un hérétique?»
«Il n'y a que le Dieu que je prie qui le sache, répondit la malheureuse Elspeth; mais ces mots, homme du sud et hérétique ont déjà coûté à l'Ecosse dix mille de ses meilleurs et de ses plus braves guerriers, et nous ont privés moi d'un mari et vous d'un père , et que ce soient des terme sde bénédiction ou de malédiction, je voudrais ne jamais les entendre prononcer. Suivez-moi dans l'intérieur, monsieur, dit-elle à Brittson; tout ce que nous avons à vous offrir sera à votre disposition. »
■ Those who have fewest children have fewest cares.
GHvVPITRE III. 61