CHAPITRE XXXIV. 43;j
terrible ; sa mitre de forme antique et brillante de pierres précieuses, et sa crosse ricliement ornée qui était appuyée contre la table.
Le sacristain et le vieux père Nicolas avaient suivi le sousprieur dans l'appartement de l'abbé, probablement avec l'espoir d'apprendre quelque cbose de l'affaire importante dont il s'ajjissait en cet instant. Ils ne se trompèrent pas , car , après avoir introduit le sous-prieur, au moment où ils se disposaient à se retirer , l'abbé leur tit signe de rester.
«Mes frères, leur dit-il, vous savez tous avec quel zèle et quelles peines infatigables nous avons soutenu le poids des affaires de cette maison confiée à nos mains indignes. Le pain et l'eau vous ont été donnés chaque jour avec exactitude; je n'ai j)as dissi|)é les revenus du couvent en vains plaisirs, tels que ceux de la cbasse , ou en folles dépenses pour des cbangemens d'aubes ou de chapes, ou en fêtes données à des bardes ou à des bouffons oisifs, sauf ceux qui, conformément à l'ancienne coutume, sont reçus aux fêles de Noël et de Pâques. Enfin je n'ai enrichi ni parens, ni femmes étrangères, aux dépens de la communauté.
«Il n'y a pas eu à ma connaissance, dit le père Nicolas, un semblable abbé depuis le temps de l'abbé Ingelram , qui...»
«A'ce nom{, qui était toujouis le prélude funeste d'une longue histoire, l'abbé se hâta de l'interrompre.»
uQue Dieu ait pitié de son ame, dit- il; mais ce n'est pas de lui dont il est question en ce moment. Ce que je demande de vous, mes frères, c'est de savoir si j'ai fidèlement rempli les devoirs de ma place.»
«Il n'y a jamais eu le moindre sujet de plainte,» répondit le sous-prieur.
Le sacristain, beaucoup ))lus prolixe, fit une longue enumeration des diverses preuves d'indulgence et de bonté que la fraternité de Sainte-Marie avait reçues sous le gouvernement doux et bénin de l'abbé Boniface, des iudulgcntiœ , Aes, gratias , des hlbere, des soupes d'amandes bouillies distrlluiées chaque semaine , de l'abondance du réfectoire , de l'amélioration apportée aux celliers, de l'accroissement des revenus du niu-
r.R MONASITRE. aS
naslère, et de l'adoucissement apporté aux privations imposées aux frères ^
«Vous auriez pu ajouter encore , mon frère, reprit l'abbé qui écoutait avec un air d'approbation mélancolique -, le détail des actes méritoires de son administration , la construction de ce mur remarquable qui met le cloître à l'abri des vents du nord -est. Mais tout cela ne sert à rien, car nous lisons dans le livre des saints Machabées : Capta est civitas per vnluntatem Dei '■^. Et pourtant, il ne m'a pas coûté peu de réflexions , peu d'inquiétudes , peu de veilles pour or{>aniser toutes ces cboses dans l'ordre où vous les voyez aujourd'bui : il n'y avait alors ni grenier, ni office propre à recevoir des provisions d'aucune espèce ; ni infirmerie, ni doctrine, ni parloir, ni réfectoire qui méritât quelque attention. On ne faisait point de processions, on n'y trouvait point de confessionnal, la maison était incapable d'offrir aux étrangers une hospitalité honorable , d'accorder ou de refuser des indulgences ; enfin, je puis dire que lorsque chacun de vous était paisiblement endormi dans sa cellule, votre abbé veillait souvent pendant une heure entière pour s'occuper de ces améliorations et les ordonner d'une manière convenable'^.»
«Pouvons-nous vous demander, révérend père, dit le sousprieur, quels nouveaux soins viennent peser sur vous? car votre discours semble vouloir l'indiquer.»
«Et vous ne vous trompez guère, reprit l'abbé; il n'est question aujourd'hui ni de hibere ^ ni de caritas ^ ni de soupes d'amandes bouillies ^, mais d'une bande d'Anglais qui, partis d'Hexham, arrivent pour fondre sur nous : ils sont commandés par sir John Foster. Ce n'est plus du vent du nord-est dont il s'agit de nous garantir, mais de lord James Stuart, qui s'avance à la tête de ses soldats hérétiques pour dévaster et détruire. »
«Je croyais que ce projet avait été rompu par la querelle survenue entre Semple et les Kennedy,» reprit le sous-prieur précipitamment.
'Tout cet alinéa est omis en p.nrtie , et mal rendu en l'autre, par M. Dcfauconpret , page 411. — ^ Passage omis par le même. — 3 La ville a été prise par la volonté de Dieu. — 4 Omis par M. Defauconpret, depuis « vous les voyez aujourd'hui. — 5 Détails omis par le même. .\. m.