CHAPITRE XXXIV
«Ils se sont mis d'accord à ce sujet aux déjjeus de l'Eglise, suivant l'usage habituel, dit l'abbé. Le comte de Cassilis doit avoir les récoltes de ses terres qui furent données à la maison de Corseregal, et il s'est allié avec Stuart, que l'on appelle actuellement Murray. Principes convcncrunt umim adversus Dominuin ',* voilà les lettres.»
Le^sous-prieur prit les papiers qui avaient été envoyés parle primat d'Ecosse, lequel s'efforçait de tout son pouvoir de soutenir l'édifice chancelant du système hiérarchique sous lequel il devait être enseveli. Le père Eustache s'apj)rocha de la lampe, et lut ces lettres avec la plus profonde attention. Le sacristain et le père Nicolas se rejjardaient l'un et l'autre comme pour se demander réciproquement des secours dans ce moment de détresse, et leurs regards de consternation ressemblaient à ceux de la gcnte emplumée d'une basse cour, lorsqu'elle voit le milan planer au dessus d'elle. L'abbé paraissait accablé sous le poids de ses tristes craintes; mais ses regards restaient fixés sur les (raits du sous-prieur, comme pour tacher de découvrir quelque motif de consolation et d'espérance dans l'expression de sa physionomie.
Lorsqu'enfin il s'aperçut qu'après avoir pris une seconde Fois lecture des lettres, il continuait à garder le silence et à rester enseveli dans de profondes réflexions, il lui dit avec l'expression de l'inquiéCude : «Eh bien, que faut-il faire?»
«^fotre devoir, répondit le sous-prieur; le reste est entre les mains de Dieu.»
«Notre devoir! notre devoir! reprit l'abbé d'un ton impatienté. Sans doute nous devons faire notre devoir : mais quel est ce devoir, et de quel utilité nous sera-t-il ? Nos cloches, nos bréviaires et nos cierges chasseront-ils les hérétiques anglais? Murray prendra-t-il garde à nos psaumes el à n(»s antiennes? condjaltrai-je pour cette communauté, comnu' Judas Machabée contre ces profanes Nlcanor? et enverrai-je le sacristain à ce nouvel Holopherne , pour qu'il me rapporte sa tête dans un panier?»
«Il est vrai, mon père, reprit le sous-prieur, qu»' nous ne pouvons combattre avec des armes temporelles, ce serait violer la sainteté de notre habit et les vœux que nous avons
' Li's princes se sont réunis contre le Sci{;iipiir, \. ai.
faits. Mais nous pouvons mourir pour notre croyance et pour la défense de notre abbaye, outre le droit que nous avons d'armer tous ceux qui ont la force et la volonté de combattre. Les Anglais ne sont qu'en très petit nombre, comptant, à ce qu'il paraît, se réunir à Murray, dont la marche a été inter* rompue. Si Foster avec ses bandits du Cumberland et de l'Hexhampshire osent entrer en Ecosse pour venir piller et dévaster notre couvent, nous lèverons nos vassaux, et j'espère que nous aurons alors des forces suffisantes pour leur livrer bataille *.»
«Au saint nom de Notre-Dame! s'écria l'abbé, me croyezvous donc un Pierre Lbermite capable de marcher à la tête d'une armée?»
«Non, répondit le sous-prieur, il faut leur donner un chef habile et expérimenté , tel, par exemple, que Julien Avenel, un guerrier éprouvé.»
«Quoi! un railleur impie, un homme débauché, un fils de Bélial ? » reprit l'abbé.
«Quand cela serait, dit le père Eustache, il faut nous servir de son expérience dans un art pour lequel il a été élevé; nous pouvons le récompenser richement, et je sais déjà le prix qu'il met à ses services. Les Anglais, informés que sir* Piercy Shafton s'est réfugié parmi nous , arrivent ici dans l'intention, disent-ils, de s'emparer de lui, mais ce n'est qu'un prétexte donné à leur incursion.);
«Cela se peut; j'ai toujours présumé que ce fat, dont le corps est couvert de satin et la cervelle de plumes, nous porterait malheur.»
«11 faut néanmoins nous assurer son appui, si cela est possible, dit le sous-prieur; il peut intéresser en notre faveur le grand Piercy dont il se vante d'être l'ami, et ce seigneur bienveillant et loyal peut détourner Poster de son dessein 2. Je vais charger un jackman de le chercher avec toute la diligence possible; mais je compte principalement sur l'ardeur martiale et l'esprit national des Ecossais, qui ne souffriront pas patiemment qu'on apporte le trouble et la guerre sur leurs frontières. Croyez-moi, vous verrez combattre pour
' Omis par M. Defniirouprct , page 42 >, depuis •■ les Anglais ne sont, etc. •> — 2 K Et celui-ci peut douuer de l'occupation à Foster, >> dit M. Defauconprct. a. m