‹ Le monastèreChapitre 247 sur 247 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

allé se rclirer et cacher ses chagrins dans la tour |>atcrnt-lle de Glendearg, où chaque objet était pour lui le sujet d'amers souvenirs. L'abbé, dans sa bonté, l'avait envoyé là sous prétexte de cacher et de mettre en sûreté quelques papiers a|)partenant à l'abbaye; mais, dans le fait, pour l'empêcher d'être témoin du triomphe de son frère. Le malheureux jeune homme, à travers les chambres désertes qui lui inspiraient tant d'amères réilexions, errait comme un esprit chagrin, choquant autour de lui, à chaque pas, de nouveaux sujets de tristesse et de tourment pour lui-même. Enfin, ne pouvant maîtriser plus loiig-lenq)s cet état d'irritation et cette agonie de souvenirs dans latjueile il se trouvait , il se précipita hors de la tour, traversa à la hâte la vallée, comme s'il eût voulu se débarrasser du poids qui pesait sur sf)n esprit. Le soleil était à son déclin lorscju'il arriva à l'entrée du Cnrric-rian-Shian , et le souvenir de ce qu'il avait vu la dernière fois qu'il s'y était rendu vint fraj)per son esprit. Il était dans une disposition à plutôt chercher le danger qu'à l'éviter.

«.le veux voir en face cet être mystérieux , dit-il ; il m'avait prédit le destin qui m'a fait prendre ces habits. Je veux connaître s'il a quehjue chose à me dire d'une vie qui ne peut être que malheureuse.»

II ne manqua pas de voir la Dame-Blanche assise à sa place accoutumée, et chantant, conune à l'ordnaiire, d'une voix basse et douce. En chantant elle send)lail jeter un regard de chagrin sur sa ceinture d'or, qui était parvenue à la finesse d'un fil de soie.

« Buisson .-lux rameaux Terdoyans, Adieu: du vallon je m'absente; On ne te verra de long-temps, Courbant ta tète obéissaule, Saluer ma grave descente, Tui qui fais tressaillir le daim.

Et vois tes feuilles , sans qu'il vente , A mon aspect trembler soudain.

<< Adieu, fontaine: ton murmure Ne s'unira plus à mes chants.

Toi de qui l'onde fraîche et pure Paraissait battre la mesure t'ar SCS bulles ou jets brillans.

Prismes légers dont la nature Aimait les jeux éblouissans.

^iOG LE MONASTÈRE. CHAPITRE XXXVII.

Ces huiles, ces jeux sédiiisnns ,

Tout a fui, comme la fortune , •

Détruit les projets différcns

Dont en vain l'homme s'importune.

<< Du sort le nœud puissant se lie :

Le paysan devient seigneur, La jeune vierge se marie.

Et contre son adorateur Echoûrait la vaine magie.

Oui, le huisson peut se fletrii*.

Et la fontaine se tarir:

D'Avencl la course est finie '.

Le fanlôme semblait verser des larmes en chantant, et ses paroles inspirèrent à Edouard une pensée triste; c'est que l'union de Marie avec son frère serait fatale à tous deux.

Ici finit la première partie du manuscrit du bénédictin. Je me suis en vain effoi'cé de fixer l'époque précise de celte narration ; les dates ne peuvent exactement s'accorder avec celles des histoires les plus accréditées. 11 est étonnant combien les écrivains d'Ctopie mettent peu de soin dans ces sujets d'importance. J'observe que le très érudit M. Laurence Templeton, dans sa demiière publication intitulée Ivanhoc , n'a pas seulement donné à Edouard le confesseur une postérité inconnue à l'histoire, sans citer d'autres fautes du même genre, mais qu'il a interverti Tordre de la nature, et nourri ses cochons avec des glands au milieu de l'été. Tout ce qui peut être allégué par les plus chauds admirateurs de cet auteur se réduit à ceci : que les circonstances reprochées sont aussi vraies que le reste de l'histoire ; ce qui me paraît à moi, et surtout pour les glands, une défense très imparfaite; et je pense que l'auteur fera bien de profiter de l'avis que le capitaine Absolu ' donne à son valet, et de ne plus faire de mensonges, à moins qu'ils ne soient indispensables.

' Ce eliant d'adieu a été réduit à huit vers par le premier traducteur — ' Personnage d'une comédie de Sheridan, intitulée les Rivaux. Le capitaine Ahsolu fait la cour à une jeune dame sous un nom supposé, celui de Ceverley, et se fait passei^our enseigne, a. m.

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