CHAPITRE XXXVll
;i découvert ce que je m'efforçais en vain de cacher, m'eût rendu moins désireux de taire ce (|u»' je vous annonce aujourd'hui.»
«C'est Mysie Happer, la fille du meunier, sur ma vie, dit Tibb Tacket. J'ai toujours pensé que l'orgueil de ces Piercy finirait par tomber.»
«C'est en vérité la charmante ISIysinda , dit le chevalier, qui , par les services (ju'elle a rendus à son dévoué servileur, méritait un rang ])lus élevé que celui qu'il a à lui offrir.»
«Je soupçonne pourtant, dit Murray, que nous n'aurions pas entendu a|)peler la fille du meunier lady, si le chevalier n'avait pas été reconnu j)our être le petit fils d'un tailleur.»
«Milord, dit sir Piercy Sbaflon, il y a peu de valeur à frapper celui qui ne peut vous rendre les coups. J'espère ({ue vous vous rappellerez ce (jui est du à un prisonnier par la loi des armes, et que vous n'en direz pas davantage sur un sujet qui m'est odieux. Lorsque je ne dépendrai que de moi pour m'élever en dignité, je saurai bien trouver un nouveau chemin.»
«Couper ',je suppose comme un tailleur coupe un liabil •. dit le comte de Morton.»
«Douglas, vous le rendrez fou, dit Murray. En outre nous avons d'autres affaires à régler. Il faut que je voie Warden marier Glendinuingà Marie Avenel, et que je le mette en possession sans délai du château de sa femme. Cela sera mieux fait avant que nos troupes s'éloignent de ces lieux.»
«Et moi dit le meunier, j'ai le même grain à moudre. Car j'espère que quelqu'un d'entre ces bons pères voudra bien marier ma fille avec son joli fiancé.»
«Cela est inutile, dit Shaftou, la cérémonie a été solennellement célébrée. »
«II ne serait pas mauvais de la bluter? une seconde fois, dit le meunier; il vautmi»nix être sûr, comme je le dis, lorsipi'il m'arrive de prendre une double mouture dans le même sac.»
«Empêchez le meunier, dit Murray, ou il fera mourir sir
' Il y a en anglais shape one. Shape est un terme Iccliniqnc; il signifie fciiller, couj)cr un habit. C'est une espèce de calembour on anglais, et bien mordant, vu la circonstance de la naissance de l'icrcy. M. Delanconpret a jugé .i propos de passer cola sous silence. Nous avons essayé de rendre la phrase compréhensible en français, et de conserver le jeu de mots. — * Antre expression tccliniquc «)ue le mennisr tire de son éint. \. m.
Piercy. L'abbé, milord, nous offre l'hospitalité dans le couvent ; je suis d'avis que nous nous y rendions tous et sir Piercy aussi. Je veux connaître le jeune Avenel , demain je dois lui servir de père. Toute l'Ecosse verra comment Murray sait récompenser un fidèle serviteur.»
Marie Avenel et son amant évitèrent de rencontrer l'abbé , et prirent leur demeure momentanée dans une maison du village où le lendemain leurs mains furent unies par le prédicateur protestant en présence des deux comtes. Le même jour Piercy Shafton et son épouse partirent avec une escorte qui devait les conduire sur les côtes et les voir s'embarquer pour les Pays-Bas. Le lendemain , de grand matin , les troupes des comtes se mirent en marche pour le château d'Avenel , afin de mettre le jeune marié en possession du domaine de son épouse, et qui leur fut rendu sans aucune opposition.
Mais ce ne fut pas sans le renouvellement des présages qui semblaient accompagner chaque événement remarquable qui arrivèrent à sa famille soumise au destin ' que Marie prit possession de l'ancien château de ses ancêtres. Ce même guerrier qui était apparu plus d'une fois à Glendearg fut vu par Tibb Tacket et par Martin qui retournaient avec leur jeune maîtresse pour partager son changement de fortune. Il semblait glisser devant la cavalcade qui s'avançait sur la longue chaussée, il s'arrêtait à chaque pont-levis, et agitait sa main en signe de triomphe ; enfin il disparut sous l'obscur portique qui était surmonté des armes de la maison d'Avenel. Les deux fidèles domestiques ne firent part de leur vision qu'à dame Glendinning, qui, le cœur gonflé d'orgueil, avait accompagné son fils pour le voir prendre place parmi les barons du pays. O mon cher enfant , s'écria-t-elle lorsqu'elle eut entendu leur rapport, le château est une belle demeure, cela est sûr, mais je désire que vous ne souhaitiez pas retourner dans notre paisible vallon de Glendearg avant que tout soit terminé^?
Cette réflexion naturelle, qui partait de la sollicitude maternelle, fut bientôt oubliée et remplacée par le désir empressé et plein de charmes pour elle de nommer et d'admirer la nouvelle habitation de son fils.
Tandis que les affaires s'arrangeaient ainsi, Edouard était
' Fated, « qui a uu sort, » dit le texte. 2 « Avant que la pièce soit jôuéf; •> before the play be played out, dit le texte, a. m.