‹ Le monde animalChapitre 2 sur 110 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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Tous les enfants aiment les animaux. Ils n’ont ni peur ni dégoût des plus formidables et des plus laids. Formes étranges, riches fourrures, écailles luisantes, bonds désordonnés, cris effrayants, ne sont pour eux que prétextes de Joie : ils diraient volontiers comme Victor Hugo :

... Que les hippopotames, Que les rhinocéros et que les éléphants Sont évidemment faits pour les petits enfants.

Cette pensée pleine de sourires et de tendresse est digne de celui qui voudrait avoir la lune pour en faire un cadeau de grand-père; c'est une pensée de poète prodiguant les trésors, semant les fleurs pour les petits. Mais hélas! les aïeuls ont seuls le droit de ne voir que le côté riant des choses, en laissant dans l'ombre les tristesses et les dures nécessités de la vie.

Dès que l'enfant passe des jeux du Jardin des Plantes à la contemplation de ce qui se déroule autour de lui, il se trouve en face de la réalité qui fait de tous les êtres vivants les héros et les victimes d’une guerre incessante. Celui-ci est mangé par celui-là, qui s’engraisse pour un plus fort. Des espèces tout entières disparaissent, absorbées par d’autres; certaines races humaines s’éteignent au milieu du cerelé de civilisation qui les enserre de plus en plus.

Cachera-t-on cela aux jeunes intelligences? Il faudrait être aussi insensé que ce roi qui voulait que son fils ignorât la mort. La vérité éclate de toutes parts : pourquoi ne pas la dire? Les scènes de carnage, de chasse, ne choqueront pas plus les enfants que la vue des corbillards dans la rue, ou celle des quartiers de bœuf pendus aux crocs des boucheries.

Au contraire, en lisant de quelle façon l’homme a conquis la plupart des animaux, comment il se défend contre ceux qui ont des intérêts opposés aux siens, de quelle façon il se met l'esprit en travail pour vaincre les ennemis qui lui restent, ou ceux qui, comme le phylloxéra, lui apparaissent tout à coup, l’enfant sera pris d’une juste fierté : il aura le sentiment de sa puissance.

Que lui dirons-nous alors ?

€ Tu es fort; n’abuse pas de ta force. Tue et mange les animaux, puisque tu y es contraint sous peine de périr toi-même ; mais évite les chasses cruelles qui ne sont qu’un jeu de luxe et d’orgueil; si tu deviens un savant, économise la vie des bêtessur lesquelles tu auras à faire des expériences; si tu es un paysan, sois doux pour ton âne qui peine à ton service, pour ton chien qui t'aime. En dépit de leurs étroites destinées, les animaux nous tiennent de bien près. Leurs yeux profonds cachent bien des mystères. Ils souffrent et ils aiment comme nous : qui oserait affirmer qu'ils ne pensent point? Il faut se préoccuper de leur sort, et les classer parmi les malheureux de ce monde. »

Obligées de vivre en lutte perpétuelle, toutes les bêtes, même les plus infimes, ont à leur disposition un arsenal inépuisable de ruses, de stratagèmes, de moyens de défense ou d’attaque tout à fait inattendus. La conservation de la vie est obtenue à force de merveilles. On se mange, mais pas sans restrictions, les victimes mettant entre elles et leurs oppresseurs le plus obstacles possibles.

En somme, nous espérons que ce livre ne nuira en rien à la

à Ni

bonne opinion que les petits enfants ont des animaux. Parmi ceux-ci, point de méchants : le lion est simplement une grosse bête qui mange de la viande et qui a beaucoup d’appétit. Point non plus d'animaux sales, mais des bestioles qui piquent ou qui exhalent des odeurs non faites pour notre nez. Les seules qualifications qu’il nous soit permis d'appliquer à ces êtres placés au-dessous de nous, sont celles de nuisibles ou d’utiles : les animaux nuisibles étant surtout ceux qui aiment ce que nous aimons nous-mêmes, le cep de vigne, le grain de blé, la chair du mouton; les animaux utiles, ceux qui mangent nos ennemis ou nous aident à remplir nos coffres et notre gardemanger.

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