‹ Le monde animalChapitre 22 sur 110 · IX. — LE CHEVAL · texte numérisé non relu

IX. — LE CHEVAL

« Est-ce toi qui as donné la force au cheval, qui as hérissé son cou d’une crinière mouvante ?

« Le feras-tu bondir comme la sauterelle? Son souffle répand la terreur.

€ Il frappe du pied la terre, il s’élance avec orgueil, il court au-devant des armes.

« Il se rit de la peur, il affronte le glaive.

« Sur lui le bruit du carquois retentit, la flamme de la lance et du javelot étincelle.

«Il bouillonne, il frémit, il dévore la terre.

€ A-t-il entendu la trompette? C’est elle. Il dit : Allons, et de loin il respire le combat, la voix tonnante des chefs et le fracas des armes. » (Job, ch. xxxix, v. 19 à 25.)

Cette énergique et célèbre peinture s'applique au cheval de guerre. L'homme a tellement transformé ce noble animal en le faisant son associé, que, malgré sa tranquille nature d’herbivore, le cheval est devenu aussi courageux et aussi ardent aux combats que lui-même.

L'accord du cheval et du cavalier est si absolu, ils sont si bien proportionnés l’un à l’autre, que les Mexicains, qui n'avaient jamais eu l’idée de monter les animaux, crurent, en

voyant Fernand Cortez et ses compagnons sur leurs chevaux, apercevouw des êtres fantastiques, tout-puissants, moitié hommes, moitié animaux ; — hommes pour lintelligence, animaux pour la force et la rapidité. [ls s’enfuirent épouvantés.

Jadis les Grecs éprouvèrent semblable frayeur à la vue des Seythes, les inventeurs de l’art du cavalier; et leur gracieuse et féconde imagination créa le Centaure, être presque divin, habile dans l’art de guerir, instituteur des fils de Jupiter.

Le cheval n’a de nos jours rien perdu de la considération qu'on lui témoignait autrefois; il est l’objet de mille soins; c’est l'animal de luxe par excellence, c’est l’utile bête de somme employée au transport de tous les fardeaux. Pour nous, c’est un allié; pour les Arabes, c’est un ami, et les trouvères qui vont de tribu en tribu, chantent aux acclamations de tous des vers en son honneur :

Mon cheval est le seigneur des chevaux!

Il est bleu comme le pigeon sous l'ombre, Er ses crins noirs sont ondoyants,

Il peut la soif, il peut la faim; 1l devance le coup d'œil.

Et véritable buveur d’air,

Il noircit le cœur de nos ennemis.

Aux jours où les fusils se touchent,

Mebrouk est l’orgueil du pays !.

La race arabe est peut-être, en effet, la plus estimée de toutes. Quelques-unes de ses qualités se retrouvent dans les chevaux anglais. Les Arabes sont extrêmement jaloux de leur cheval. Au temps de sa puissance, Abd-el-Kader punissait de mort quiconque était convaincu d’avoir vendu un cheval à un chrétien, dans le Maroc, on frappe l'exportation des chevaux de droits tels, que la permission d’en exporter devient illusoire ; à Tunis, on ne cède qu’à des considérations impérieuses de politique; de même dans tous les États musulmans. Mais

1. Vers cités dans le livre du général Daumas, Les Chevaux du Sahara.

LE CHEVAL. 53 maintenant que l'Algérie est à nous, il est facile de répandre en Europe cette race précieuse, et c’est ce que lon commence à faire.

L'amitié ombrageuse des Arabes pour leurs chevaux s’explique aisément.

« Chez un peuple pasteur et nomade !, qui rayonne sur de vastes pâturages et dont la population n’est pas en rapport avec

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