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OISEAUX

Les caractères les plus constants des oiseaux sont d’être couvert de plumes, de n’avoir que deux pattes, de posséder des ailes, et de donner naissance à des œufs d’où sortent leurs petits.

Les oiseaux ont le sang très chaud, le corps peu dense, à cause de certaines cavités de la poitrine, du ventre et des aisselles qui contiennent de l'air. [ls n’ont pas de dents, mais un bec plus ou moins fort; et, pour triturer leurs aliments qu'ils avalent entiers, ils possèdent un estomac composé de trois parties : le jabot, renflement de l’œsophage; Le ventricule succenturié, garni dans l'épaisseur de ses parois d’une multitude de glandes dont la sécrétion imbibe les aliments; enfin, le gésier, fait de deux muscles vigoureux où les aliments se broient d'autant plus aisément que les oiseaux ont soin d’avaler de petites pierres. Toutefois, dans la plupart des espèces qui ne vivent que de chair ou de poisson, les muscles du gésier sont d’une extrême faiblesse, et cet estomac a l'air de ne faire qu’un seul sac avec le ventricule succenturié.

Les oiseaux n’ont jamais plus de quatre doigts aux pattes et jamais moins de deux. Le sens le plus aiguisé chez eux paraît être celui de la vue; leur œil, en effet, est disposé de manière à leur permettre d’apercevoir les objets aussi bien de près que de loin. Le sens du goût, au contraire, semble peu développé dans la plupart des oiseaux.

Les plumes des ailes s'appellent les pennes rémiges; celles de la queue, les pennes rectrices.

L'instinct des oiseaux se fait surtout voir dans l’industrie variée qu'ils mettent à la construction de leurs nids, et le tendre soin qu'ils prennent de leurs petits. Une autre marque non moins étonnante de la prévoyance dont ils sont capables, c’est larégularité avec laquelle certaines espèces accomplissent des voyages qui leur permettent, aux changements de saison, de suivre les climats qui leur conviennent.

C’est d’après la forme du bec et celle des pattes que les oiseaux ont élé classés.

Un bec fort et crochu, des pattes à quatre doigts, munis de oriffes acérées ou serres, un vol puissant, tels sont les moyens et les armes que la nature a mis au service des oiseaux de proie ou rapaces.

Les uns fondent sur leur proie au grand jour, et l’emportent : ce sont les rapaces diurnes. Les autres ne sortent que la nuit, craignent la lumière qui blesse leurs gros yeux à pupille trop dilatée, et vont saisir les petits oiseaux endormis dans les branches pour en faire leur repas. Vêtus d’un plumage léger pourvu d’ailes soyeuses, ils ne font aucun bruit en volant, pour ne pas donner l’éveil à leur victime : ce sont les rapaces nocturnes.

Les oiseaux de proie diurnes comprennent deux grandes divisions naturelles : les vautours et les faucons.

Les vautours ne se nourrissent que d’animaux morts. Avec leur aspect hideux et leur odeur félide, ce sont, dans les pays. chauds, des animaux fort utiles qui font disparaître avec rapidité les cadavres de toute sorte qui infecteraient l’air.

Les faucons, qui recherchent les proies vivantes, ont été, selon l'usage qu’on en faisait autrefois en vénerie, divisés en

deux sections : en oiseaux de proie nobles; ce sont les faucons proprement dits, qu'on pouvait dresser pour la chasse; et en oiseaux de proie ignobles, les aigles, qui ne s’emploient pas en fauconnerie.

Le faucon fut pour la noblesse du moyen âge un objet de luxe des plus recherchés, et cela depuis une époque reculée, car le roi Mérovée avait des faucons. Aujourd’hui il n’est pas moins cher à l’aristocratie arabe qui vit dans les oasis du Sahara, à peu près à la manière des anciens barons dans leurs châteaux.

M. A. Toussenel a dit : « Le faucon est le lévrier de Pair. » Rien n’est plus exact. Par cet oiseau, l'intelligence du chien est égalée, sa promptitude dépassée; les fauconniers français prétendaient mème qu’en fidélité le faucon l'emporte.

Il était une fois un seigneur nommé Chabert, qui, parti en Palestine avec l’intention de battre les Sarrasins, y avait reçu maint horion et avait été dix ans captif. Étant parvenu, on ne sait au juste comment, à revenir dans sa patrie, il se présenta un beau soir dans le château de ses pères ; mais il trouva ses chiens menaçants, sa femme remariée, ses serviteurs insolents, tout le monde incrédule.…. il n’y eut que le faucon qui se souvint et se montra joyeux du retour du pauvre chevalier.

Le faucon est un oiseau d’une rare élégance ; l'œil est vif, la tête fine, les tarses emplumés, de façon que les serres ont l'air de sortir de manchettes. Le faucon pèlerin, la seule espèce que la France nourrisse maintenant, « porte une large moustache noire, cränement rehaussée à la facon des guerriers de son pays. Le bec est bleu d'acier, bleu noir, le dessus de la tête et la partie supérieure du cou d’une belle couleur noir mat, la gorge d’un blanc aussi pur que la poitrine, avec de fines raies noires longitudinales du plus charmant effet. La queue est traversée de bandes étroites alternant du gris cendré au brun sombre, les barbes des rémiges sont historiées de taches rousses semblables aux arabesques d’une armure de Mi-

lan; le tour des yeux et l'iris sont jaunes d’or comme les pieds.»

L'ancienne fauconnerie admettait six espèces : le gerfaut, le

sacre, le lanier, le pèlerin, lalèthe et l'alphanet. Le hobereau,

l’émerillon et la cresserelle, qui sont de tout petits faucons,

les plus petits des oiseaux de proie, — ne figuraient pas parmi les faucons de chasse.

Les femelles de tout le genre sont d'un tiers plus grandes que les mâles, qui portent pour cette raison le qualificatif de liercelels : aussi sont-elles reines et maïtresses dans le ménage ; et, comme le fait remarquer M. Toussenel, les fauconniers les reconnaissaient comme telies au point d'imposer leurs noms aux mâles : sacre et lanier sont des noms de femelles; et les mâles portent les diminutifs, sacret et laneret.

Le prix des faucons était autrefois fort élevé; l'alèthe se

payait sous les Valois jusqu’à trois cents écus la pièce, somme

énorme pour ce temps. Maintenan! encore, bien que les faucons soient retirés du commerce, op paye les gerfauts non dressés environ cinq cents francs.

Les gerfauts sont du reste fort rares. Ils paraissent retournés en Islande, d’où ils étaient venus. L'Islande, station obligée des nombreux oiseaux de passage qui font la traversée de l’Amérique du Nord à l'Europe, est un lieu de délices pour les oiseaux de proie.

« L'Islande, dit M. Toussenel, est une des patries les plus aimées du grand cygne sauvage à bec jaune que nous luons l’hiver sur la Seine. La bécasse et la bécassine, deux fines bouches qui savent par leur nom tous les bons endroits du globe, en parlent comme d’un pays de Cocagne où elles aiment à passer un ou deux mois par an. L'hirondelle de cheminée y va faire entendre chaque printemps ses suaves chansonnettes. La caille elle-même y touche. On comprend que le gerfaut, qui est un amateur passionné de la chair de la bécasse et de celle du canard, S’acoquine au séjour cher à ces volatiles, et ne le quitte pas pour nos terres dépeuplées. »

Comment le faucon est dressé à chasser pour l’homme, c’est ce que peuvent voir tous ceux qui vont chez les Arabes du Sahara, et le général Daumas nous a donné à ce sujet de précieux renseignements.

Comme on le pense, l’éducation de celte bête de proie est des plus cruelles. La chasse, qui chez nous, quand elle

n’est pas une nécessité, est seulement —- à part quelques exceptions — un faible reste des amusements barbares du

passé, tend à perdre de jour en jour son caractère sauvage. Le chasseur est le’plus souvent un tranquille bourgeois qui prend avec lui un fusil et un chien, et a tout simplement envie de se donner dans les bois un exercice salutaire. Son carnier vide ou peu rempli lui vaut des plaisanteries qu’il accueille bien, convaincu qu'il est de n'avoir pas perdu son temps, et d’avoir attrapé. beaucoup de bon air. Chez les Arabes, c’est autre chose. Féroces comme nos ancêtres, ils font la chasse quand ils ne peuvent faire la guerre. Notre passé avait ses tournois : ils ont leurs fantasias, où ils montrent leurs belles armes, font courir leurs nobles chevaux, tirent en l'air des coups de fusil, pour le seul plaisir de brûler de la poudre et de faire du bruit devant la foule qui les regarde et les admire. Il est tout naturel que ces gens-là aient le faucon.

Le plus estimé des quatre faucons qu’emploient les Arabes est le terakel, dont la femelle atteint quelquefois la taille d’un aigle ordinaire.

C’est pendant l’été qu’on cherche à se procurer le faucon, afin d’avoir le temps de le préparer pour les chasses qui ont lieu vers la fin de l'automne. On met un pigeon domestique dans une espèce de petit filet dont les mailles sont faites de laine et de poil de chameau ; un cavalier porteur de ce pigeon va se promener dans les lieux déserts et le lance en l'air quand il a vu un faucon, puis il va se cacher.

Le faucon se précipite sur le pigeon, mais ses serres s’embarrassent dans le filet, il ne peut ni les retirer ni s'envoler.

On s’en empare alors facilement.

Quand le faucon se voit pris, il ne donne aucun signe de

colère ni de crainte. Il existe au désert un proverbe qu'on répète dans le malheur : « L'oiseau de race, quand il est pris, ne se tourmente plus. »

L'oiseau est aussitôt emporté dans la tente, où l’on dresse un perchoir. Il y est attaché avec une élégante lanière de cuir, qu’on à bien soin de mettre de façon à ne pas incommoder l'animal.

C’est le maitre de la tente qui seul, deux fois par jour, donne au faucon sa nourriture : de la chair de mouton crue, proprement et soigneusement coupée. L'oiseau peut manger à satiété. Pour ébaucher son éducation, on procède de la manière suivante : On présente le morceau de chair tout entier, en faisant de la voix un appel trois fois répété, et qui peut être représenté par ceci : « Ouye ! ouye! ouye! » L'oiseau se jette sur le morceau qu'on ne lui abandonne pas, mais qu’il s’efforce d’arracher ; on s'éloigne progressivement, toujours en lui présentant la chair et en provoquant cette lutte infructueuse ; puis enfin, avant qu’il soit tout à fait épuisé, on lui donne sur le perchoir sa pâture, divisée en plusieurs morceaux.

Jusqu'à ce qu'il soit accoutumé aux femmes, aux enfants, aux animaux, on garde le faucon encapuchonné, c’est-à-dire la tête enveloppée de manière à l'empêcher de voir autour de lui.

Quand il commence à se faire à sa nouvelle existence, son maitre l’attache à une longue corde, et emmène hors de la tente pour lui donner sa nourriture. Peu à peu il l'emporte sur le poing à d’assez grandes distances, lui ôtant et lui remettant son capuchon. Certain enfin de son apprivoisement, l’Arabe lui retire définitivement ses liens, lui donne sa nourriture toujours loin de la tente, et le mène partout avec lui.

Reste à apprendre la chasse au faucon, ce qui se fait au détriment des pauvres lièvres.

On prend un lièvre et on lui fait au cou une grande blessure; puis on Ôte le capuchon de l’oiseau, qui saute aussitôt au cou de la victime. On le laisse déchirer cette proie pour qu'il y prenne goût; on l’en nourrit même ce jour-là, afin de l’affriander davantage. On recommence celte opération sept ou huit jours de suite; puis on présente un lièvre vivant au faucon, qui s’acharne dessus.

Le temps de la chasse approchant, 1l est nécessaire d’éprouver l'oiseau. On sort à cheval, en l’emportant encapuchonné; on se rend dans une plaine découverte ou sur un vaste plateau. Arrivé au lieu choisi, on prend un lièvre, on lüi casse les quatre pattes, et on le lâche à portée de l'œil de l’oiseau; plaintif et criant, 1l court tant bien que mal. On décapuchonne alors le faucon en disant : (Au nom de Dieu, Dieu est le plus grand. » Le terakel, impatient, s’élance droit vers le ciel, et de très haut se précipite sur le lièvre, qu'il tue ou étourdit d’un -coup de ses serres crispées. On s'approche de la victime, on la saione, on l’ouvre, et on donne les entrailles, le foie, le cœur, à l'oiseau pour qu'il les mange sur place.

Après plusieurs jours de cette épreuve, il est complètement dressé. On peut se mettre en chasse avec lui.

Le faucon tue le lièvre, le lapin, le petit de la gazelle, la pintade, le pigeon, la perdrix, la tourterelle.

Les rendez-vous de chasse favoris des Arabes porteurs de faucons sont les parties du désert où l’alfa croit en abondance, les hauts plateaux, la lisière du Sahara.

Quand les nobles chassent au faucon, ce sont des rendez-vous de vingt-cinq ou trente personnages, sans compter les serviteurs.

La saison propice est la fin de l'automne, l’hiver ; car l'oiseau ne chasse bien que pendant les temps brumeux, et même par les temps froids.

On se met en route après un léger déjeuner, vers onze heures du matin, le faucon sur l'épaule ou sur le poing ; on s’est approvisionné seulement de lait de chamelle enfermé dans

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