LE CYPRIN DORÉ
ceux-là n’ont plus de ventrales. Tous ces changements, comme | on le pense bien, ont demandé des siècles : les Chinois imitant avec respect les procédés de leurs pères, ont toujours agi par les mêmes moyens sur le doré; les empreintes ont été de plus en plus creusées, et les changements sont devenus profonds et durables. | Le télescope, à tète courbe et grosse, que vous avez certainement vu à l'exposition de 1878, dans l’aquarium de M. Car-
LE CYPRIN DORÉ. 151 bonnier, est un des cyprins monstrueux fabriqués par les Chinois.
« Le désir d’orner sa demeure, dit Lacépède, a produit le perfectionnement des cyprins dorés; la nouvelle parure, les nouvelles formes, les nouveaux mouvements que leur a donnés l'éducation ont rendu leur domesticité plus nécessaire encore aux Chinois. Les dames de la Chine, plus sédentaires que celles des autres contrées, plus obligées de multiplier antour d’elles tout ce qui peut distraire l’esprit, amuser le cœur, et charmer des loisirs trop prolongés, se sont surtout entourées de ces eyprins si décorés par la nature, si favorisés par l’art, images de leur beauté admirée mais captive, et dont les évolutions et les jeux peuvent remplacer, dans des âmes mélancoliques, la peine de l’inaction, l’ennui du désœuvrement par des sensations légères mais douces, des idées fugitives mais agréables, des jouissances faibles mais consolantes et pures. Non seulement elles en peuplent leurs étangs; mais elles en remplissent leurs bassins, et elles en élèvent dans des vases de porcelame ou de cristal, au milieu de leurs asiles les plus secrets. »
Lorsqu'on introduit des dorés dans un vivier ou dans un étang où l’on désire les voir se multiplier, il faut, si la pièce d’eau ne présente ni bords unis ni fond tapissé d'herbes, y placer, à l’époque de la ponte, des branches et des rameaux verts.
Si le bassin renferme du terreau ou de la terre grasse, les cyprins trouvent dans cet humus un aliment suffisant. Si le fond est sablonneux, il faut donner aux poissons du fumier, du pain de froment et du pain de chènevis.
Veut-on les garder dans des vases, on les nourrit avec des fragments de petites oublies, de la mie de pain blanc bien fin, des jaunes d'œufs dureis et réduits en poudre, de la chair de porc hachée, des mouches, de petits limaçons. Pendant l'été, il faut leur renouveler l’eau tous les trois jours, et mème plus souvent si la chaleur est vive et étouffante. Pendant l'hiver, il suffit de la changer tous les huit ou quinze jours.