CHAPITRE PREMIER
UN COUP D'CBIL SDK L'UNITKRS.
Qui de nous, au moins une fois dans sa vie, no s'est adressé ces ijuestioas : Qu'est-ce que le monde? d'où Tient le monde ? par quelles Ticissilndes a-t-il passé 1
C'est là, en e&et, un de ces problèmes qui se présentent tout d'abord à la pensée de rbomme intelli- S;eDt, lorsqu'il jette sur tout ce qui l'environne, avec es yeux de l'esprit, ca regard curieux qui cbercbe le fond des choses.
Lorsqu'il voit passer devant lui. comme un immense spectacle, la terre et le ciel, le soleil et les étoiles, la mer et les fleuves, les montaenes neieeuses et les vsllées verdoyantes, les arbres, les uenis. les animaux, le monde, enfin, tout entier, déroulant sous son regard ses phénomènes merveilleux et ses décorations splendides, il éprouve une invincible curiosité ; il sent le besoin de se rendre raison de ce qu'il voit, de s'expliquer le spectacle dont il est non-seulement témoin mais encore acteur; car, quelque vaste que aoit la scène du monde, quelque petit et infime qu'il soit lui-même,
l'homme a son rfile à jouer, sa raisoD d'être sur cette terre,
Malheureusemeut, ; Je. prohlÈme de l'univers dépasse notre intelligence ; les limites du monde fini sont celles de la science humaine ; elle ne saurait les dépasser. Dieu lui a dit, comme à l'Océan, tu n'iras pas pins loin ! La question des origines sera toujours pour l'homme un problème insolublej mais que, poussé par une irrésistible curiosité, toujours, cependant, il a voulu résoudre.
De même que l'histoire des nations offre généralement deux périodes, l'une fabuleuse ou hypothétique, l'autre s'appuyant sut des documents authentiques, sur des monuments irrit^usables, de même l'histoire de la terre présente deux phases distinctes. Au sujet du système planétaire, de l'origine de la terre, nous n'avons que dés probabilités oudes hypothèses, qui, toutes vraisemblahles qu'elles
{missent être, ne : sont pas appuyées sur des aits. Mais il n'en est plus de même lorsqu'on aborde l'histoire des révolutions du globe. La terre porte en elle-même gravées en caractères ineffaçables, les preuves des événements prodigieux dont elle a été le théâtre. La science, armée du flambeau de ses expériences et de ses découvertes, a fait surgir de son sein tout un monde nouveau inconnu à sa surface, et, comme un génie révélateur des secrets de la terre, elle nous guide par mille sentiers lumineux à travers ces immenses catacombes d'ua monde qui n'est plus.
Mais, avant de pénétrer dans le domaine de l'Jiistoire positive du glohe, portons nos regards au delà,
Sour essayer d'attâindre le commencement même es choses. C'est une curiosité bien légitime, et, comme l'a dit saint Augustin : Dieu en donnant l'intelligence à l'hommelui a permis et lui a même imposé de méditer les pages sublimes de ses œuvres.
L'histoire de la terre est liée à celte de ronivers, et nous ne pouvons tenter de remonter jusqu'à son commencement saas élever notre pensée jusqu'à celui de l'univers lui-même, ou, tout au moins, du système planétaire dont notre glohe fait partie.
L'espace qui nous entoure est inûni, etle nombre . des astres qui peuplent l'espace est infini comme
tE HlWDB ATAKÏ LE I^LttGE 7
lui, bien que noé yeux n'en décMiTreirt reiatiTement qu'un petit nombre.
Parmi ces astres, les uns sont flies ou da moins paraisBent conserver leurs distances respectives; ce sont les étoiles ; les autres changent de place par rapport au soleil et aux étoiles ; ce sont les planètes. qui tournent autour du soleil. Les comètes sont des astrea errants i^ui tournent ég^woent aMeae du soleil, mais qui, après s'en être approchée, s'en écartent â d'immenses distances, pour ne reparaître que longtemps après.
Chacune de ces innombrables étoiles dont le rial nous semble parsemé est un véritable soleil, centre d'un système de planètes analogue au nôtre, qu'il ëtiaire et vivifie.
Tous ces mondes solaires font Mrlied'unimmense groupe, la voit lactée, qui se dessine sur le ciel comme une zAne blancb&tre et fait le tour de la voAte aïurée. Cette voie lactée est un immense gmas d'étoiles, ayant la forme d'un anneau dont le vide contrai serait occupé par notre système 8(daire et par les soleils les plus rapprochés du nôtre.
L'étoile la plus voisine de notre soleil est à une distance telle, que les unités de longueur habituelles ne suffisent plus pour en donner une idée claire ; il faut ici prendre pour terme de comparaison la vitesse de la lumière. Celle-ai parcourt 76,000 lieuea pfr seconde et met huit minutes et quelques secondes pour franchir les trente-huit millions de lieues qui nous séparent du soleil. Malgré cette vitesse eiirayante, un rayon lumineux parti de l'étoile la plus voisine delà terre met près de quatre ans pour arriver jusqu'à nous. Et il ne faut pas moins de vingt siècles pour que la lumière d'une des étoiles du disque de la voie lactée vienne frapper notre œil l De sorte que si, par impossible, qe sOlell venait à s'éteindre, les habitants de la terre Te verraient encore briller à la mdme place dans le ciel, pendant deux mille ans, après qu'il n'existerait
plUSi
Eh bien, cette voie lactée, aonll'él<âgneniBnt nousparait si prodigieux qu'il faudrait au moins vingt cbiflres pour nombrer sa distance en lieues; n'est çUe-méme qu'un point perdu dans l'espace. Ce n'est qu'une de ces nébuleuses que les télescopes nous
8 LE NIHIDE AT&HT LE DÉLUfiB
moQtreat répandaes  profusioD dans le del, et dont chacone est une agglomération de quelque cinquante millions de systèmes solaires: et pour se transporter d'une nébuleuse â l'antre, il faudrait à la Inmière plus de quatre cent mille ans.
Fig.l. — Notre système planélaire.
Toutes ces nébuleuses, tourbillonnant à leur tour autour d'un centre commun, forment un système immense qui n'est lui-même qu'un atome dana l'inâni.
L'univers est donc un océan sans bornes , et , pour nous servir de la belle expression de Pascal ,
LE HOIIDI ATADT LE DÉLOM 9
c'est on cercle Immenae dont le ceotre est partout et la circonférence nulle part.
Hais revenons à notre système planétaire qui, bien que fort amoindri par cette contemplation de l'inûni, est encore digne de toute notre adnûration.
Depuis le plus petit des atomes jusmi'au pins vaste des soleils, tous les corps s'attirent à travers l'espace, et ils s'attirent dans la proportion de leur masse et en raison inverse du carré de la distance. C'est en vertu de cette loi, imposée par rÉternet et découverte par le génie de Newton, que les coriM célestes exercent les uns sur les autres cette récinrocilé d'action et de réaction qui les tient dans un équilibre commun et dans un accord unanime.
Notre système solaire se compose d'un globe central énorme, lumineux, le Soleil, qui, par sa puissante attraction, oblige un certain nombre de
f lobes plus petits à décrire autour de lui des orbites peu près circulaires. Ces globes errants sont les planètes, dont six seulement étaient connues des anciens ; ce sont, par ordre de distance au soleil : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiteret Saturne. Depuis l'invention des télescopes, on a découvert deux autres grosses planètes, Uranus et Neptune, dont les orbites enveloppent celle de Saturne, et une centaine de planètes très-petites, qui pourraient bien n'être que les débris d'une grosse planète qui, â une époque très-reculée, aurait circule entre Mars et Jupiter. Les astronomes et les géomètres sont parvenus à connaître quels sont la forme, la grandeur, le volume, le poids, la marche, non-seulement de la Terre, -mais encore des autres planètes et du Soleil lui-même.
. Le Soleil est un million quatre cent mille foia
glus gros que la Terre, qui a cependant dix mille eues de tour. Si l'on prend celle-ci comme terme de comparaison, en la représentant par 1, on aura
Ïour la gioBsear des diverses planètes : pour lercure 0,06, Vénus 0,95, Mars 0.14, Jupiter 1414, Saturne 734, Uranus 82, Neptune 110. Quant aux distances qui séparent les diverses planètes du Soleil, si nous représentons par l l'intervalle compris entre l'astre radieux et la Terre, nous aurons : Jour Mercure 0,38, pour Vénus 0,72, Mars 1,5, upiter 5, Saturne 9, Uianua 19 et Neptune 30.
fO DE MONDE ATUJT LE D&LUGE
Multipliez maintenant tous ces nombres par 38 millions de lieues, distance de la Teire au Soleil, et vous aurez une idée exacte de la vaste étendue qu'occupe dans les espaces célestes notre système solaire, qui n'est cependant qu'un
Point inflœe dans in Uni.
Les plus grosses planètes Bontàleur tout le centre de petits systèmes analogues à ce système solaire ; dans leur course autour du Soleil elles emportent un cortège de globes plus petits ou satellites, qui touF' nent autour d'elles, comme l'essieu d'une voiture entraîne dans sa marche un clou de
O^^^ la circonférencede
4fliB la roue. La Terre
V^S n'a qu'un satellite,
^Ê^ la Lune, Neptune
n'en a qu'un comme lalerre, Jupi- 1 e^ ter et Uranus en
ontchacunquatre,' 7 • 8 • Saturne en a huit.
Fig.!.- Gfoa«i.r comparée des Une autre singupiinâtee. larite que présente
I. joDiiQr. - 1. gainrnt.- >. Ti>i>iiiDe. — Saturne cest que 7 M"n°^e~"tùrt'irre'""' ~ '' ^*'"' ~ ^^^^ planète est entourée, outre ses lunes, d'un anneau concentrique très-brillant.
Tous ces globes, soleil, planètes et satellites, outre
le mouvement de translation dont ils sont animés,'
tournent sur eui-mêmes comme une toupie qui
court sur le sol.
Tous ces mouvementa ont lieu dans le mém»
.L.OO'^lk?
sens, les rotations sont uniformes, les orbites près-
Îue circulaires sont à peu près dans un même plan. , y a donc là un véritable système soumis aux lois de !a géométrie et de la mécanique; et il résulte de cet ensemble de rapports la probabilité qu'une seule et même cause a mis eo mouvement tous les corps du système solaire.
^invGoo<^[c
OHIGINS DSS UOKDES.
Des hypothèses plus ou moins hardies, pltts ou moins fondées ont été émises, dès les temps les plus reculés, sur l'origine des mondes. L'une des plus anciennes et des plus célèbres théories est, sans contredit, celle de Moïse, qui vivait 1700 ans avant notre ère ; et chacum connaît ce premier verset de la Genèse, â la fois si simple et si sublime : ■ Au commencement. Dieu créa le ciel et la terre *. Mais Buffon parait être le premier qui ait tenté de remonter scientifiquement à l'origine des planètes et de leurs satellites.
Considérant que cescorps tournent tous autour du. soleil et presque dans le même plan, BuQon en conclut qu'une seule et même cause doit les avoir
Erimitivement mises en mouvement ; et, suivant i\, cette cause ne peut être autre qu'une comète, qui tombant sur le Soleil et le heurtant obliquement en aura séparé une portion assez considérable pour former toutes les planètes connues de son temps, et qui, avec leurs satellites, formaient une masse égale à la 650^ partie de celle du soleil.
Cette masse de matière, liquéfiée par la chaleur, ae sera échappée sous la forme d'un torrent, d ont les parties les plus denses se séparant des moins denses auront formé par leur attraction mutuelle des globes de différentes matières. Saturne, com-