La droiture de cœur est le fondement de la vertu
18. L'univers a cinq règles : il faut de la justice entre le prince et le sujet ; de la tendresse entre le père et le fils : de la fidélité entre la femme et le mari ; de la subordination entre les frères ; de la concorde entre les amis. Il y a trois vertus cardinales : la prudence qui discerne, l'amour universel qui embrasse, le courage qui soutient. La droiture de cœur les suppose. 10. Les mouvements de ton âme sont ignorés des autres; si tu es sage, veille donc à ce que tu es seul à voir. 20. La vertu est entre les extrûmes: celui qui a passé lemiliew -îCa-^^aiïà.eNi.i.^sïis.
que celui qui ne l'atleint pas. 21, Il n'y a qu'une cdiOfio précieuse, c'est la vertu. 22. Une nation peut plus par la vertu que par l'eau et par le feu; je n'ai jamais vu périr le peuple qui l'a prise pour appui. 23. Il faut plus d'exemples au peuple que de préceptes : il ne faut se charger de lui transmettre que ce qu'on a en soi. 24. Le sage est son propre censeur, et le plus sévère; son témoin, son accusateur, son juge. 25. C'est avoir atteint l'innocence et la perfection que de s'être surmonte et d'avoir recouvré cet ancien ou primitif état de droiture céleste. 26. La paresse et l'ardeur inconsidérée sont deux obstacles égaux au bien. 27. L'homme parfait ne prend point une voie détournée ; il suit le chemin ordinaire et s'y tient ferme. 28. L'honnôte homme est un homme universel. 29. La charité est cette affection constante et raisonnes qui nous immole au genre humain, comme s'il ne faisait avec nous qu'un individu, pour nous associer à ses malheurs et à ses prospérités. 30. Il n'y a qne l'honnête homme qui ait le droit de haïr et d'aimer. 31. Compense l'injure par l'aversion et le bienfait par ia reconnaissance : telle est la justice. 32. Tomber et ne point se relever, voilà proprement ce qui s'appelle faillir. 33. C'est une folie de souhaiter ou ce qui n'est pas en notre pouvoir ou des choses contradictones. 34. L'homme parfait agit selon sou état et ne veut rien qui lui soit étranger. 3.î. Celui qui étudie la sagesse a nei^ qualités en vue : la perspicacité de l'œil, la finesse de l'ouïe, la sérénité du front, la gravité du corps, la vivacité du propos, l'exactitude dans l'action, le conseil dans les cas douteux, l'examen des suites dans la vengeance et dans la colère.
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Tels sont les principes fouiltimentauj; du Gonfucianiame, qu'on doit considérer comme la religion officielle de l'Empire du Milieu. Réduit au culte des ancêtres, qui est pratiqué par tous les Chinois sans exception (Voir chapiti-e XVII, La Famille) c'est aussi la religion populaire. Maisle Taoïsme et le Bouddhisme influencent dii'ectement l'immense majoi'ité des Fils de Han : aussi ces deux cultes sont-ils reconnus et protégés par l'État, comme le Confucianisme, quoique le gouvernement ne se mêle en rien du recrutement des prôtres.
Par Taoïsme il faut entendi'e à la fois une des roIigioDS les pins répandues en Chine et le système de philosophie exposé dans le Tao-Teh-King, écrit au vi" siècle avant notre ère par Lao-Tseu. L'auteur du système est devenu un des principaux saints de la religion; mais il u'est pas démontre que cette religion soit un produit direct de son livre. Toute relation entre l'une et l'autre est pui'ement extérieure. Le Tao-Tch-King est en effet un puissant effort rationnaliste, — le cuits un fétichisme pur et simple. Il n'est pourtant pas surprenant qu'on les ait longtemps confondus en Europe, étant donné l'exti'aordinaire difficulté d'interprétation qu'opposait ce classique à des cerveaux occidentaux. Le D'Legge, d'Oxford, qui en a donné en 1882 la dernière traduction, conte un exemple cui'ieux des erreurs où sont tombés ses prédécesseurs.
Le jésuite Prémaré et d'autres missionnaires catholiques, dit-il en substance, s'étaient mis en tète, au comtmencement du siècle dernier, de trouver dans les livres asacrés de la Chine la confirmation des enseignements scripturaux. Ils pensaient tout sçètVB-Vwas!^
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couvert dans le Tao-Teh-Kimj une description si parfaite du dogme de la Trinité que la chose ne faisait plus doute pour eux ; la Trinité avait été révélée aus Chinois dng siècles avant ta venue du Christ. Le Père Amiot alla plus loin; il publia une traduciion du passage où se trouvait, selon lui, l'allusion formelle aux « trois personnes o , c'est le 1" paragraphe du XIV" chapitre. Voici quelle était sa version :
B Celui qui est pour ainsi dire visible et qui rCesi pas vif s'appelle I; celui que nous ne pouvons entendre et gui ne parle pas à nos oi-eilles s'appelle Bî; celui qui est tangible mais que nous ne pouvons toucher s'appelle Ovei n,
11 était réservé à Rémusat de dépasser Amiot dans Tinterprétation de ce texte. Sinologue éminent, le premier titulaire d'une chaire de Chinois en Europe, il crut trouver le mot hébreu Jéhovab dans les trois syllabes I-IIi- Ouei, et pour répandre sa découverte, il publia, en 1823, son " Mémoire sur la vie et les opinions de Lao-Tseu ». Toute l'Europe en retentit. Retrouver en Chine, au VI' siècle avant Jésus-Christ, un mot hébreu, — le nom même de Dieu, — quel texte à savantes hypothèses! Comment ce mot y était-il arrivé? Le Tao-Teh-King n'était-il pas appelé à jouer un rôle nouveau dans la conversion des Chinois au christianisme? « Pour mon compte, dit Leggc, j'adoptai la conclusion de Rémusat quand j'en eus connaissance, en 1838, et, pendant deux ou trois ans, toutes les fois que le nom de Jéhovah se présentait dans les traductions destinées aux Chinois dont je m'étais chargé, j'avais soin de le rendre par les trois syllabes I-Hi-Ouei. Cette illusion ne devait pas durer longtemps. Quand la nouveWe uaû-acUon. du Ta^
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Teh-King par Stanislas Julien, publiée en 1842, vient exposer l'erreur de son prédécesseur dans la chaire de langue chinoise, j'Étais tout préparé à me trouver d'accord avec lui. »
Ce chapitre XIV doit, en effet, être traduit comme suit, , et l'on aura une idée assez juste du livre tout entier :
H Nous le regardons, et nous ne le voyons pas ; son nom est ce-qui-n'a-pas-de-couleurs. Kou3récoutons,et nous ne l'entendons pas; son est ce-qui -n'a-pas-de-son. Nous cherchons à le saisir, et nous n'y arrivons pas ; son nom est l'incorporel. Avec ces qualités, il ne saurait Ôtre ni recherché ni défini. Pourtant, en les réunissant, nous en formons une unité.
u Sa partie supérieure n'est pas hrillante ; sa partie inférieure n'est pas obscure. Incessamment actif, il ne peut pourtant pas avoir de nom. Enfin, il retourne au néant et s'y confond. Voilà la forme de co qui est informe, l'image de l'invisitle, la définition de l'indéfinissable.
ï Nous le renconti'ons et nous ne voyons pas sa face; nous le suivons et nous ne voyons pas son dos. Mais quand nous arrivons à comprendre le Tao de jadis, et à l'appUquer aux choses d'aujourd'hui, quand nous savons le commencement des choses, voilà ce qui s'appelle avoir le fil du Tao. »
L'auteur, ajoute Legge, parUiit de son Tao [ou, si Ton veut, de sa Raison) et non pas d'un fitre personnel. Plusieurs des expressions dont il se sert sont remarquables et faites pour dérouter. Elles semblent promettre de nous conduire au bord d'un vaste horizon ; et puis il n'y a devant nous qu'un vaste océan de Lrumes. Si. la.(i-\%'ea.
1 trouvé si malaiaé d'expliquer sa propre idée du Tao, il n'est pas étonnant que ses commentateurs, 2,500 ans après lui, liésilent quelque peu à le déHnir.
Considérée dans son ensemble, la doctrine de Lao-Tseu a quelque analogie avec celle de Zenon. Elle conseille la retraite, le détachement de toutes choses, comme le seul moyen accessible à l'homme de dompter ses passions, d'élever sa raison et d'arriver ainsi à la perfection idé^e. M Tous les hommes sont pleins de désirs ambitieux ; cçlui-ci souhaite le bœuf de son voisin; celui-là les douceiîpB du printemps : moi seul, je suis calme; mes affections n'ont pas germé; je suis comme l'enfant nouveau-né avant qu'il n'ait souri à sa mère... — Le sage n'a pas de pensées immuables : il s'approprie les pensées de l'humanité et les fait siennes. — Celui qui est bon, traitez-le avec bonté; celui qui n'est pas bon, traitez-le encore avec bouté : car la bonté est la vraie sagesse. — Celui qui est sincère, abordez-le avec sincérité; celui qui n'est pas sincère, abordez-le encore avec sincérité : car la sincérité est la vraie sagesse. — Le sage considère le monde avec calme et se tait; son âme conserve toujours les mêmes sentiments pour l'humanité : aussi les peuples tournenl-ils leurs regards vers lui, qui J,es considère comme ses enfants. — Celui qui connaît les hommes est sage; celui qui se connaît lui-même est plus que sage. Celui qui dompto les hommes est fort ; celui qui se dompte lui-même est tout puissant. Celui qui se contente du nécessaire est riche. Celui qui sait se flser un but saura l'atteindre. Celui qui comprend sa vraie nature saura supporter la douleur. Celui qui meurt doit se dire qu'il ne s'éteint pas et devient immortel... »