PHILOSOPHIE
Lao-Tseu ne donne dans sa doctrine aucune place aux, devoirs filiaux, conjugaux, paternels ou politiques et sociaux. C'est ce quiluifait une place à part au milieu des autres penseurs cMnois et le marque comme un métaphysicien aumilieu deces positivistes, Samuel Johnson lerappi-oche, non sans raison, de Thomas-à-Kempis. Pauthier a voulu voir en lui un Jean-Jacques Rousseau de l'Orienl. Commeilesl arrivé à d'autres docteursde l'humanité, ilest aujourd'hui singulièrement interprété par ses disciples. Les sectateurs du Tao ont graduellement fait de Lao-Tseu un véritable Dieu, qui s'est incai'né ti-ois fois : la première, sous la dynastie des Chang; la seconde, au temps de Gonfucius; la troisième, au vu" siècle de notre ère. Ses pi-êtres se rasent les deux côtés de la tète et vivent dans les temples, avec leurs familles, en communautés ; la plupart cultivent les domaines qui leur sont affectés ; d'autres s'en vont mendier sur les chemifts, en vendant des recettes empiriques ou des horoscopes. Tous, ils pratiquent l'astrologie. Sous la dynastie des Tang, ils se prétendaient possesseurs d'un éUxii' de longue vie. Ce fut le moment de leur splendeur : ils ohtinrent des privilèges et des richesses, se virent même admis aux examens littêtaifQB et aux fonctions pubhques. Aujourd'hui, leui' prestige est tombé : seules, les classes illettrées croient encore à leurs jongleiies.
On voit parfois, dans les pcleriuages qu'ils organisent, les fidèles ùter leurs souliers pour mai'cher les pieds nus sur des charbons ardents; cette cérémonie est censée agréable au divin Lao-Tseu et souveraine pour chasser les mauvais esprits ; elle est obligatoire pour les fidèles, le jour aanivereaii'e de la naissance du « ûraad. &)3.^!i-
reur des Ténèbres » ; mais il est permis de la faire exécuter à prix d'argent par des suppléants de profession. Bazin pense que ces déviations singulières de la doctrine originale sont nées de la concurrence bouddhiste.
Le Bouddhisme présente en effet cette analogie avec le Taoïsme, qu'il recommande la renonciation aux choses de ce moudij et la pratique des macérations physiques «omme le moyen de dompter les instincts charnels et la véritable voie de la perfection. Il ouvre en outre aux aspirations idéalistes d'une classe nombreuse d'esprits un champ presque sans limites, en leur offrant, avec la plus admirable unité doctrinale et la plus pure des morales humaines, une théorie complète du présent, du passé et de l'avenir, de l'origine des choses et du lendemain de la mort. Le positivisme confucien a pu décréter qu'il est oiseus de s'occuper des causes premières, comme les mathématiciens décrètent qu'il n'y a pas lieu de chercher la quadrature du cercle : H n'en reste pas moins certain que des millions de cerveaux humains éprouvent l'impérieux besoin de s'élancer vers les régions de l'Infini ou de se reposer sur des solutions plus ou moins satisfaisantes de l'Insoluble, Le Taoïsme, dans une certaine mesure, et le Bouddhisme, dans la mesure la plus large, répondent à ce besoin.
Le Bouddhisme s'est introduit eu Chine au premier siècle de l'ère présente. C'est en 67 après Jésus-Christ que l'empereur Ming-Ti, ayant entendu pailerdc la doctrine du sage Hindou, envoya une ambassade à Bénarte, pour en rapporter ses hvres et ramener des docteurs capables de les expliquer. Il y avait déjà 700 ans que le jirince Siddharta, de la famille Çakya-Mounî, qui'devait ,
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devenir lo Bouddha, c'esl-à-dire a celui qui apporte la vérilé n, était né dans le Népaul, du roi Suddhodana, et de sa femme Maha-Maya-Deva. A 25 ans, il avait épousé Yachodara et en avait eu un flls. A 35 ans, il s'était déterminé à vivre dans la solitude, et, renonçant à 3a famille, à la cour, au trône qui l'attendait, il s'était isolé dans la forêt de Kapilavistu, pour conquérir la paix morale. Longtemps illui fut impossible de l'atteindre ; mais enfin, après cinq ans de silence, d'ascétisme et de méditations, il arriva soudain à la connaissance de la véritable condition de l'homme et des réels besoins de l'humanité. Alors commença son apostolat, qui devait durer quarante-neuf ans. Passé désormais au rang de Bouddha, il vivait dans un état de rêverie profonde, émettant autour de lui des rayons lumineux et s'absorbanl dans la contemplation des quatre modes de la vérité. Ses prédications commencèrent à Bénarés. Il formait ses disciples en communautés, et quand il en avait réuni cinquante-six, les envoyait prêcher la lionne parole aus provinces les plus lointaines. Après avoir exposé les misères de la vie charnelle, sa doctrine en indiquait la remède, qui est uniquement dans le nirvana, c'est-à-dire dans le détachement complet des choses ambiantes, obtenu par la solitude et la concentration mentale. Comme moyens accessoires, elle recommandait l'isolement monastique, le célibat, la pauvreté volontaire, la pratique assidue de la charité, l'observance rigoureuse des instructions développées dans Iiîs trente-cinq suli-as ou discours du Bouddha, recueillis par ses disciples et restes jusqu'à ce jour la loi de ses innombrables sectateurs. A ses yeux, la vie terrestre n'est que l'antichambre d'une vie céleste. Qu'iiu^ïtA-sÀ
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dès lors Igs misères de cet état préparatoire? L'essentiel est de l'employer à conquérir le bonheur êterael. Or, ii y a pour cela des moyens certains, en quelque sorta mécaniques, indépendants de toute volonté, de toute puissance extérieure à l'individu. II s'agit d'annihilet l'action du monde physique sur ia conscience, à force de privations, de renoncements, d'écrasements systtoiatiques de la chair. L'Otre périssable arrive ainsi à se mettre en communion si intime avec le monde invisible, qu'il finit par s'y absorber en perdant le sentiment du péché. Plus cette rupture avec la terre est complète, plus le bonheur sera parfait dans l'Infini. Si l'on songe que l'auteur de ces enivrantes promesses était une de ce» ci'éatures exquises, qui possèdent avec la beauté plastique, avec le génie propre de leur race, avec l'éloquence, avec la foi, tous les prestiges de la plus pure vertu ; ai l'on ajoute à ses enseignements et à ses exemples un récit grandiose de l'origine dos choses, venant rattacher directement la conscience individuelle, par une chaîné ininterrompue, à l'infini du passé, en même temps qu'à l'inûni de l'avenir, — on s'explique de reste les séductions d'une pareille doctrine, la plus haute formule qu'aieat jamais rencontrée les appétits spiritualistes d'une large section du genre humain'.
1. Aussi le Bouddhisme, loin de perdre du terrain avec les siècles, an gagne-t-il chaque jour. Après s'Être étendu k toot. l'extrÈme Orient, il semble aujourd'hui vouloir fuire des conqufitea. jusqu'en Occident. De plus en plus fréquemment, on voit dflS ' Europëens cultivas adopter les principes de Çakya-Mouni. EM' mai dernier (1885), la ville de Colombo, à Ceylan, a été témoÏB' de deux conversions pareilles : celle d'une jeune anglaise, Mai-y Flynn, et celle d'un pasteur de l'Église anglicane, '
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Juxtaposée en Chine au plus noble édifice de la philosophie expérimentale et matérialiste, elle fut embrassée avec enthousiasme par les esprits qne cette philosophie ne suffit pas à satisfaire, et qui s'obstinent à chercher, au-delà des réalités de la vie, des motifs de résignation ou d'espérance. Les principes du Bouddhisme étaient d'ailleurs parfaitement compatibles avec le culte des ancÊtres et avec les autres cérémonies traditionnelles. Peu à peu, ils s'infiltrèrent dans la vie populaire de l'Empire du Milieu, au point d'y jouer un rûle prépondérant. 1 En Chine, a dit Morrison, le Bouddhisme, décrié par les lettrés, tourné en raillerie par les libertins, est plus ou moins pratiqué par tout le monde. » Il faudrait ajouter : dans ses développements iconologiques et fétichistes, qui n'ont aucun rapport avec la pensée de son fondateur. Ce qui frappa surtout les Jésuites, à leur arrivée dans l'Empire du Milieu, ce fut d'y trouver un cuite qui reproduisait presque tous les traits caractéristiques du leur, non seulement dans ses dogmes, mais dans son rituel; où des congrégations d'hommes et de femmes, séquestrées dans des monastères, faisaient vœu de célibat et de pauvreté ; où les prêtres vendaient des cierges, des messes et des indulgences, vivaient du produit des quêtes et prêchaient l'immaculée conception du Bouddha par ia vierge Maya; où se retrouvaient, selon rénumération de l'abbé Hue, « la croix, la mitre, la dalma-
rend C.-I). I-eadbeater. liUerrogÉs par les prêtres bouddhistes sur les motifs qui les amenaient k leur foi, les deux catéchumâiies ont rëpondu qu'après avoir patiemment étudie tous les systËmes religieux du globe, ils n'avaient trouvé de satisfaction pour le boa sens et la ntison que dans Je système du. tio'o.â.àiGA..
tique et l'élolederorflciant catholique; le plain-chant, la psalmodie, l'exorcisme, l'encensoirà cinq chaines.la bénédiction donnée de la main droite aux fidèles agenouillés ; lo rosaire, le célibat ecclésiastique, la retraite spirituelle, la vénération des saints; le jeune, les processions, les litanies, l'eau bénite; » sans compter les macérations physiques, la confession auriculaire, les pénitences proportionnées au péché, la doctrine du purgatoire, l'adoration des reliques, les messes pour le repos des morts, les sonneries de cloches; et par dessus tout l'usage de formuler les prières dans une langue inconnue au commun des fidèles. Incapables de s'élever jusqu'à la notion de loi naturelle, les Jésuites du xvii" siècle virent dans ces analogies la marque évidente d'un plagiat.
Ils crurent que les bouddhistes chinois avaient copié leurs rites sur ceux des chrétiens de l'Orient. Prémaré n'hésita môme pas à attribuer ces emprunts à l'influence du démon, qui aurait ainsi cherché h prévenir les progrès de la religion chrétienne. Est-il besoin de dire que le Bouddhisme ayant précédé le Romanisme de douze ou quinze siècles, l'antériorité de ses rites est plus que probable? Fergusson veut que les imitateurs se soient -trouvés d^ns l'éghse grecque primitive, qui eut avec l'Inde des rapports notoires. Davis préfère chercher le modèle commun des deux cultes dans les cérémonies du paganisme antique. Pourquoi ne pas admettre simplement qu'ils ont abouti aux mômes conséquences par le développement logique de principes identiques? Une autre analogie qu'on ne saurait attribuer à l'imitation et qui est bien incontestablement sortie de la nature des choses est le schisme qui divise les secluteura de
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Bouddha ; les uns ont pour langue sacrée le Sanscrit et les autres le Pûli. Il n'y a jamais eu rupture entre les deux églises : mais dans la suite des temps les différences se sont produites, puis fixées, au point que le Bouddhisme de Ceylan ou des bords du Gange n'a presque plus rien de commun avec celui de l'Asie Orientale. Celui de la Mongolie et du Tihet a revÊtu la forme spécialo du Ghamanisme on « secte jaune w, ainsi nommée pour la couleur de ses ornements sacerdotaux. Elle a codifié ses préceptes en dix n commandements » et possède un pape, ou Dalaï-Lama, qui réside dans l'illustre monastère du Poutala. Ce pape est entouré de respects par la dynastie mandchoue, à cause de l'influence politique dont i! dispose, et sa position n'est pas purement honorifique, comme celle de ses collègues du Taoïsme et du Confucianisme. Elle en diffère aussi par ce qu'elle n'est pas héréditaire, le Grand-Lama ayant de longue date fait vœu de célibat.
Le pape héréditaire du Taoïsme habite sur le Loung- Hou, (montagne du Dragon-Tigre), dans le Kiaiig-SÎ. Son nom est Chang et son titre a le Maître céleste. » Cette dignité s'est perpétuée dans sa famille, presque sans aucune interruption, depuis le premier siècle do notre ère. On suppose généralement que l'âme du premier pape est arrivée par une suite de tiiansmigrations successives jusqu'à son représentant actuel. La famille Chang possède depuis l'an 101 j de notre ère un domaine immense qui pourvoit à son entretien et lui a été affecté à litre perpétuel par l'empereur Chant-Souug. On dit proverbialement en Chine : " Quelles que soient les révolutions de l'Etat, ni les Chang ni Ics^om^s"'^*^'^'^"'*- '^■^'^-
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quiéter de leur pain. » Lea Chang sont les papes du Taoïsme; les Koiing, descendants de Confucius, sont également pourvus d'un domaine inaliénable.
Ni les uns ni les autres, non plus que les prêtres des trois religions reconnues et plus ou moins directement stipendiées par lo domaine public, n'ont aucune place dansl'Jilat, aucune part au gouvernement. Très intimementm^lGS à ta vie populaire, par la vente des remèdes, des horoscopes, des charmes de tout genre, ils sont méprisés par les classes dirigeantes, à peu près comme le pope russe ou roumain peut l'être par son seigneur. Leur culte, que! qu'en soit le nom, a toujours flni par tomber dans lemétier et dans l'accomplissement machinal de pratiques puériles. Peut-être aurait-il entièrement dispMn,, s'il ne se rattachait étroitement aux superstitions courantes sur l'influence des « mauvais esprits », et surtout aux rites funéraires.
La Chine est le seul exemple historique d'une Dation qui ait conservé des mœurs démocratiques sous onà' monarchie absolue. Cet avantage unique, elle le doH sans doute à l'absence de toute hiérarchie ecclésiastique, autant qu'au principe du concours pour le recrutement des fonctionnaires publics. Le peuple; asservi à un sott' verain qui marche l'égal des dieux, est du moinâ garanti par des lois fl-ves contro les intérêts fcodaUK, héréditaires ou religieux. Jamais le monde n'a rien tu d'aussi original et d'aussi profondément chinois. Gela seul suffirait h montrer que la plus légère influença chaldéenne, syriaque ou persane n'est jamais venue altérer le génie propre des Fils de Han.
Quant à leur mélaphysiquii, coQaiè.ftï(ifc mi^^^'adam-
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meut des roligioas, elles n'est pas toujours aisée à démêler, au milieu des végétations cabalistiques dont elle s'est enveloppée. On peut dire pourtant que la connaissance se divise pour les philosophes chinois en deux parties ; elle est antécédente, et s'occupe de l'être et de la substance, de l'opération des causes premières considérées en puissance — ou subséquente, et traite alors de l'influence des principes, de l'application des forces, des lois civiles, etc....
La science antécédente est à peu près aussi nuageuse et aussi hypothétique que celle des Européens : 1. 11 ne se Tait rien de rien. Il n'y a donc ni principe, ni cause qui ait tiré tout du néant, iî. Tout n'étant pas de toute éternité, il y a donc eu de toute éternité un principe des choses, antérieur aux choses. Li est ce principe ; Li est la raison première et le fondement de la nature. 3 . Cette cause est l'Etre infini, incorruptible, sans commencement ni fin ; sans quoi elle ne serait pas cause première et dernière. Elle n'a ni vue, ni intelligence, ni volonté; elle est pure, tranquille, subtile, transparente, sans corporéité, sans figure; elle ne s'atteint que par la pensée et n'a ni les qualités actives ni les qualités passives des éléments. 4. Li a produit l'air et cet air est devenu par cinq vicissitudes sensible et palpable. 5. Li devenu par lui-même un globe infini s'appelle ta-hien, perfection souveraine. C. Li est la matière première; Tai-Kie est la seconde. 7, Le froid et le chaud sont les causes de toute génération et de toute desti-uction : le chaud naît du mouvement, le froid du repos. 8. L'air contenu dans la matière seconde ou le chaos a produit la chaleur en s'agitant de lui-mL'me. 'J. Il y a àont quaU^ ':;ù»sfc%
physiques, le mouvement et le repos, l;v chaleur et le froid. 10. Lg froid et le chaud sont étroitement unis; c'est la femelle et le mâle ; ils ont engendré l'eau la première et le feu après l'eau. L'eau appartient au yin, le feu au yanfi- 11. Telle est l'origine des cinq élémenta qui constituent tai-kie ou l'air revêtu de qualités. 12. Ces éléments sont l'eau, élément septentrional, le feu, élément austral; le bois, élément oriental; le métal, élément occidental; la terre, élément central. 13. Le yin-yang et les cinq éléments ont produit le ciel, la terre, le soleil, la lune et les étoiles. L'air pur et légei porté en haut a fait le ciel ; l'air épais et lourd précipité on bas a fait la terre, l'i. Le ciel et la terre unissant leurs vertus ont engendré mâle et femelle : le ciel et la mer sont d'yanj, la terre est la femme de ym. 15. Ce monde s'est fait par hasard, sans dessein, sans intelligence, sans prédestination, par une conspiration fortuite des premières causes efficientes. 16. Le ciel est rond son mouvement est circulaire, ses influences suivent 1a même direction. 17. La terre est carrée; c'est pourijuoi elle tient le milieu comme le point du repos. Les quati autres éléments sont à ses côtés. 18. L'air qai est entre le ciel et la terre est divisé en huit cantons : quatre sont méridionaux et forment le domaine âlyany ou de la chaleur, quatre sont aeptentrionanx, soua le règne de yin 01 du froid.
La science subséquente ne vaut pas heaucoup mieuli, Encore y discerne-t-on une appréciation singulièremâàl juste du rôle de la chaleur dans le cosmos et l'affirma-' tion de cette unité de substance, devenue l'un des' dogmes de la physique moàernc :
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1. La clialeui' est le principe de locte action et de toute conservation; elle naît d'un mouvement produit par le soleil et par la lumière éclatante; lo froid est cause de tout repos et de toute destruction : c'est une suite de la grande distance du soleil, de riiloignement de la lumière et de la présence des ténèbres. 2. Le zodiaque est divisé en huit parties : quatre appartiennent à la chaleur et quatre au fi-oid. 3. Toutes choses no sont qu'une seule et même substance. 4. Les choses différent par la forme estérieure et par les qualités internes. U y a qiiatre qualités : le ching, droit, pur et constant; le pien, courhe, impur et variable: le tang, pénétrant et subtil; le se, épais, obscur et impénétrable. 5. De U pur ou du chaos universel sortent cinq vertus : la piété, la justice, la religion, la prudence et la fidélité; de li revêtu de qualités et combiné avec l'air primitif, naissent cinq éléments physiques et moraux, 6. Li est donc l'essence de tout et la substance universelle. 7. Après un certain nombre d'ans et de révolutions, le monde finira; tout retournera à sa source première; il ne restera que U et ki; li reproduira un nouveau monde ; et ainsi de suite à l'infini. 8. II y a des esprits ; c'est une vérité démontrée par l'ordre constant de la terre ot des deux et la continuité de leurs opérations. 9, Autre preuve des esprits : ce sont les bienfaits répandus sur les hommes, amenés par cette voie au culte et aux sacriflcea. 10. La vie de l'homme consiste dans l'union convenable des parties de luimême qu'on peut appeler les entités du ciel et de la terre; l'entité du ciel est un air très pur, très léger, de nnture ignée, qui constitue Vhoen, l'âme ou l'e%ç^\.\, A^s,
animaux ; l'enlité de ]a terre est un air épais, pesant, grossier qui forme le corps et ses humeurs et s'appelle pé^ corps ou cadavre. 11. La mort n'est autre chose que la séparation do hoen et de pé; chacune de ces entités retourne à sa source, hoeji au ciel, pé à la tei-re. 12. Il ne reste aprtis la mort que l'entité du ciel et celle d( terre ; l'homme n'a point d'autre immortalité; il n'y a proprement d'immortel que IL
Tout n'est certes pas de valeur égnle dans cette exposition. Ce qu'elle a de véritablement surprenant, c'est qu'elle date de trois mille ans et représente le système général des métaphysiciens commentés par Confucius. Diderot l'a remarqué : ces prédécesseurs d'Aristote parlaient tout simplement la langue philosophique de
l LANGUE ET l'écriture.
- La langue et I^ écriture.
Les langues humaines se classent, selon le degré de développement qu'elles ont atteint, en langues à flexion, langues agglutinaEles, langues ntonosyllabiques. Les premières, plus complexes et pour ainsi dire parfaites, sont seules arrivées à maturité : telles, les langues indo-européennes, sanscrit, grec, latin, français, allemand, espagnol, etc. Les secondes sont encore à une phase intermédiaire, (qu'elles peuvent fort bien ne jamais franchir, d'ailleurs), comme le basque, le japonais, les langues dravidiennes. Les troisièmes sont restées à l'état primitif, original, de toute langue, l'étiil. monosyllabique.
C'est le cas du chinois, — le plus ancien pourtant des idiomes actuellement parlés, ptiisque sa littérature possède des poésies qui datent de trente-cinq siècles. Non seulement la langue chinoise se compose exclusivement de monosyllabes, OQ si l'on veut de racines; mais ces mots élémentaires, restés à leur état natif, tels peut-être qu'ils jaillirent des lèvres du premier homme, au londemain de l'âge tertiaire, — comme des graines qui n'ont pas fructifié ou comme des pierres fines qui u'oni pas subi la taille, — ces mots d'une syllabe août i.û.N%.-
sence de ponctuiitioQ dans les textes imiinmés ou manuscrits, le manque d'une majuscule ou d'une indication spéciale pour îos noms de personne ou de lieu, qui sont pourtant toujours des substantifs communs. Aussi le sens d'une phrase chinoise reste-t-il souvent un peu vague pour le sinologue le plus exercé. Mais ce vague, qui est une imperfection k ses yeux, est un charme de plus pour le lettré indigène.
H Les Chinois, dit Morrison, dans la préface de son dictionnaire, sont un peuple original. Leure manières de penser et de raisonner sont originales et diOferent souvent beaucoup de celles des Européens. Cette différence n'est que trop visible dans la façon dont les écrivains occidentau-t apprécient en beaucoup de cas les motifs d'agir d'un Chinois. Que de fois on lui attribue des jugements et des pensées que la moindre connaissance de son esprit suffirait à rendre invraisemblables ! L'ignorance do ces modes de pensée et de ces mœurs spéciales conduira nécessairement un étranger à des contre-sens, toutes les fois qu'il ne s'agira pas de phrases aussi simples que prenez une chaise ou donnezmoi une assiette, »
C'est la langue de la Chine, plus encore que sa position géographique, qui Ta si longtemps séparée du monde; et plus encore que sa langue, l'écriture symbolique dont elle se sert a produit ce résultat. Cette écriture n'est en effet applicable qu'au langage pour lequel elle a, été inventée; elle ne saurait se prêter à exprimer les sons d'un autre idiome. Il n'en a pas fallu davantage pour enfermer l'Empire du Milieu dans un mur infranchiasablo. Si les écritures sanscrite et tUaldéenne