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LA MUSIQUE

faisceaux de bambous. La porcelaine eat la matière première du suan ou ocarina chinois, sorte d'instrument conique percé de six trous, dont l'un au sommet, servant d'embouchure. Des conches et trompes de corne sont également en usage dans l'armée chinoise.

Tous ces instruments n'occupent pas le même rang dans la hiérarcliie musicale ; les uns sont tenus pour sacrés et réservés aux rites impériaux et confuciens ; les autres ne servent que pour les funérailles et les cortèges nuptiaux; d'autres encore sont exclusivement aux mains des musiciens ambulants. L'orchestre chinois normal, celui qu'on trouve dans les théâtres et les salles de concert, se compose habituellement d'un yang-chiu ou harpe horizontale, de deux violons, une flùtej un bambou, une guitare à trois cordes et deux guitares ovoïdes tenues par deux jeunes filles qui s'accompagnent en chantant.

Les cérémonies qui comportent le plus grand développement musical sont celles des temples de Confucius. Elles comprennent des marches, des hymnes, de véritables ballets dansés par des figurants munis de plumes de paon, des chœurs qui alternent avec des récitatifs, des saints, des offrandes et évolutions variées. La musique sacrée des bouddhistes présente de grandes analogies avec celle du rituel ambrosien et même du rituel rien primitif.

Les rites musicaux possèdent en Chine un véritable

ioiiservatoire, dépositaire de la tradition : c'est le Bureau

i Musique, composé de fonctionnaires qui ont pou)

a d'étudier les principes de l'harmonie et de

taélodie, de se livrer k la composition, d'inventer des

la I Les V

LE MOHDX CHINOIS.

îiistrumciils nouveaux et d'approprier les anciens aux! circonstances ofi leur emploi est requis, n D'autre part,] la littérature nationale est très riche en ouvrages relatifs! à l'art musical : la neuvième section tout eutière duj (Jatalogue Impérial est consacrée à cet objet.

Toute évaluation de lu richesse de l'Empire du Milieu esl nécessairement approximative, les données précises faisant absolument défaut. Par la comparaison des témoignages, il est pourtant possible * d'arriver à des notions qui ne sont assurément pas tout à fait satisfaisantes, mais qui ont du moins le mérite de flscr les idées. C'est ainsi que des calculs très serrés portent à 220 millions d'hectares la superficie des terres cultivées en Chine, et à 16 ou 17 milliards de francs la valeur totale de ces terres. Cela ne donne gnèro qu'un peu plus d'un demi-hectare par tête d'habitant, — en acceptant pour chiffre de la population celui de 380 millions, qui a été publié par l'administration européenne des douanes chinoises, comme résultat du recensement de 1881. Mais il importe de considérer que ces terres ne comprennent pas de pâturages et sont presque exclusivement consacrées h produire les éléments de l'alimentation humaine : la laine et le cuir sont en effet très peu employés en Chine; le beurre, le fromage et le lait ne sont pas dos articles do consommation commune ; la cultiu-e du coton et du milrier n'occupe qu'une très faible portion du sol; enfin les chevaux et autres bètes de somme BOnt nourris d'avoine, de sorgho et de riz.

là.

Le pied ou chih est l'unité de longueur; il n'est pas aisé d'en avoir la valeur exacte, car elle varie de dix à. douze centimètres selon les provinces et les villes. Les Européen3, pour leurs rapports commerciaux avec les Chinois, ont adopté dans la pratique l'évaluation du chih, à treize pouces anglais et un huitième. Il se divise en dix isun et chaque tsun en dix fan. Le U est la mesure des distances; il est actuellement de 300 au degré, c'està-dire qu'il représente la dixième partie d'une lieue astronomique. La mesure foncière est le mao, égal à 6,000 pieds carrés. Cent mao font un king.

Les poids communs sont le taêl, le cally et le pîeout, qui répondent assez bien à l'once, à la livre et au quintal. Beaucoup de choses qui se vendent chez nous selon la longueur oa la qualité se vendent au poids en Chine : par exemple, le hois, la soie et les étoffes de tout genre, les grains, la volaille, les liqueurs alcooliques. Les mesures de capacité se rapprochent du décilitre, du demilitre, du litre et do boisseau, mais ne sont gufere qu'approximatives, le boisseau seul ou pao étant soumis à la vérification et au timbre officiel. Les fractions décimales du taël ou once sont appelées le mèce, le candarin elle cach par les Européens, le Isien, le fan et le U par les Chinois : ce sont ces divisions du poids qui servent de base au système monétaire. On compte donc par tafils,. tsien ou mèce, candarin et cach; mais la seule monnaie chinoise est le isien ou sapèque qui pesait primitivement le dixième d'un taël ou once. Elle est mince, ronde et percée d'un trau carré qui permet de renfiler sur un cordon.

L'une des faces porte le mot pao, qui signilie

lation 11 , et le nom de la province en langue mandchoue ; le revers porte les mots Taou-Kouang tung pao, (jui signi- Qent « monnaie courante du règne de Taou-Kouang ». Celte monnaie devrait être composée normalement de 50 pour cent cuivre, 41 1/2 zinc, 6 1/2 plomi, 2 étain, ou de parties égales de cuivre et de zinc. Mais depuis une cinquantaine d'années elle est toujours allée en perdant de son poids et de son titre ; de telle sorte qu'aujourd'hui le change varie de 900 sapèques à 1,800 pour une pièce de 5 francs en argent.

C'est le gouvernement chinois qui est responsable de cet abaissement du titre, car Uy aun hôtel des monnaies dans chaque capitale de province. Mais les directeurs de ces établissements sont les premiers à favoriser le faux monnayage. Il est remarquable que jamais la Chine n'ait frappé de monnaie d'or et d'argent. Elle fait sons ce rapport une exception unique parmi les natious orientales.

En revanche, elle imporle et démonétise des quantités considérables de dollars et de piastres mexicaines. L'usage du pays, après avoir reçu ces pièces d'argent en payement, est de les fondre en lingots du poids de cinq à cinquante taels, qu'on appelle vulgairement semeltes. Il eu est de même de l'or, qu'on fond en petites barres -d'une dizaine de taels, de !a forme d'un bâton d'encro de Chine, ou bien en feuilles épaisees. Les impôts et droits de douane se payent toujom-s en semelles d'argent à 98/100 de fin.

Le papier-monnaie, connu en Chine dès la plus haute antiquité, était très usité sous la monarchie moni W. Vîssering, étudiant un billet debanquedeladyuastiQ,

lute M

ati«,^^B

224 *-^ NOTtDE CHINOIS.

'les Ming, y a trouvé les propres expressions inscrites sur los assignats de In Convention Irançaisc : La loi punit de mort le contre fadeur; la nation récompense le dênoncialeur. Le teste chinois dit : Quiconque émet o\t emploie un billet contrefait sera décapité; quiconque dénonce le faiistaire ou aide à l'arrêter recevra une récompensede 250 oneex d'argent. Dès le temps de saint Louis, le moine Guillaume de Ruhrouk, son envoyé à la cour du prince mongol Mangou-Khaii, rapportait la nouvelle que ■ la monnaie du Cathay est faite de coton, grande comme la main et sur laquelle ils impriment certaines lignes ou marques faites comme tè sceau du khan. » Environ trente ans plus tard, Marco Poto appréciait cette invention en digne citoyen de la plus puissante cité commerciale et marilime de l'Europe. Le chapitre est intitulé :

I Comment le gi-and khan fabrique avec l'ccorce des arhres une substance analogue au papier, et qu'il fait passer comme monnaie dans tout son Ens^ire. ■ Ces billets avaient cours forcé. « Personne, remarque le grand voyageur vénitien, n'oserait les refuser sans a'exposer h la mort; personne n'y songe, d'ailleurs, tant il est commode de se servir dune monnaie aussi légère et de transporter cent besants au poids d'un seul en or. »

II raconte alors que grâce à cette invention le gr^id khan peut accaparer toutes les matières précieuses gui

inëtrent dans seSaËtats, a et cela, sans qu'il lui ea

lûte rien. S'il arrive qu'une de ces pièces de papier

t usée ou déchii'ée, le porteur n'a que la présenter à

F la Monnaie, où, pour une minime commission de trois "

pour cent, on lui en donne une neuve en échange. »

t Gauthier a calculé que, dans les trente-quatre a^Ft

son règne, Kublai, le grand khan dont parle Marco Polo, avait émis pour plus de trois milliards de francs de ce papier-monnaie.

Mais depuis l'accession de la dynastie mandchoue, c'est-à-dire depuis le milieu du dis-septième siècle, il n'y a pas eu d'émission de hiUets de banque par le gouvernement chinois, si ce n'est en 1858, au cours de l'inam-rection des Taï-Ping, Il fallut y renoncer, personne ne voulant de ce pnpier. D'autre part, la liberté des banques étant absolna en Chine, sous la réserve de certains droits de patente à payer à l'État, la variété des hiUets mis en circulation g^ ces banques est presque ilUmitée. A Tien-Tsin seulement il y a trois cents maisons qui en émettent, et quatre ou cinq cents à Pékin. En certains cas, la banque d'émission a une notoriété si restreinte que ses billets sont acceptés seulement dans le quartier ou dans la rue où elle est établie. Aussi, dans la plupaitdes cas, le preneur se réaerve-t-il vingt-quatre heures diKélai pour vériûei' l'authenticité et la valeur du papier, et la condition est formellement stipulée sur l'endos, par-devanl témoins, ce qui ne contribue pas à faciliter la transaction. Ces banques font d'ailleurs toutes les opérations usitées en Europe et fournissent àjeurs clients des traites sur les diverses places de l'empire; inais à un taux très élevé. Le prêt sur gages, à intérêts usuraires, est aussi exiraordiuaysment développé; il ■joue un très grand rôle dans la flfe' commerciale et l'on peut dire dans la vie générale, car les Chinois de toute classe ont constamment recours à des établissements analogues à nos monts-de-piété. Otto Httbner est d'avis que la liberté des banques, telle qu'elle existe da.^%

226 r.E MONI.F-: THiNOlS.

ï'Btnpire du Milieu, est le meilleur des systùmea et répond à-tous les besoins. Macleoii, dans sa Theory ani Practke of Banking, montre que tous les phénomènes consécutifs à l'émission du papier-monnaie, tels qu'Us sont observés depuis un siècle ou deux en Europe el en Amérique, s'étuient produits en Chine à des époques bien antérieui-es.

Le revenu public n'est pas chose facile à évaluer en Chine; outre que les fonctionnaires, par suite du aySr ' tème régnant de malversation universelle, ont tout intérêt à en altérer les chiffres, le gouvernement même,' ; à tort ou à raison, croit 4evoir en faire le plus sou- ■ vent mystère: l'usage reçu de payer certaines taxes ep . nature, par conséquent en denrées de valeur variable, complique encore le problème. Les Chinois, comme le remarque de Guignes, sont d'ailleurs si portés à s'exagérer la richesse et la puissance de leur pays, qu'il ne faut pas songer à obtenir des données même approximatives par une enquête personnelle; sans compter que l'autonomie complète des provinces rendrait la tâche fort ardue, pour ne pas dire tout à fait impraticable. Ces motifs divers expliquent la différence des évaluations données à diverses époques par les statisticiens : différence telle, qu'on peut se demander s'il s'agit dans certains de ces chiffres du revenu total de l'empire ou seulement d'un résidu fiscal envoyé à la métropole après que les dépenses locales ont été réglées. Le missionnaire Trigault, par exemple, n'évaluait le revenu de l'empire, en 1587, qu'à vingt millions de taels, tandis que Nieuhoff, en 1655, le portait à cent huit milJions; Magalhaens, douze ans plus tard, à cinquante

FrWANCES. 1-i-J

millions de dollars, et Le Comte à soixante-dix millions. Des chiffres plus dignes de confiance et d'ailleurs infiniment plus intéressants, puisqu'ils s'appliquent à l'époque présente, ont été fournis par l'administralion des douanes chinoises, composée d'Européens qui se sont donné la mission de jeter quelque jour sur la statistique de l'empire. D'une analyse attentive des diverses sources de revenu dans les dix-huit provinces, ils déduisent les chiffres suivants, qu'on peut accepter comme au moins très approchés de la réalité :

Impût foncier perçu en argent. . . . 18.000.000 taëls.

Impôt foncier paye en nature . . . - 13.100.000 —

hi-liin ou droits intérieurs sur les marchandises ÎO.000.000 —

Droitsde douane perçus par ies étrangers 12.000.000 -

Droits d'importation et d'exportation

Gabelle 5,000.000 —

Ventes des degrés universitaires,

offices .et dignitûs 7.000.000 —

Divers 1.400.000 —

soit un total général de 79,500,000 taels, et, en mcltant le laël intérieur à 6 fr. 50, de 536,750,000 francs. C'est un revenu énormément inférieur à celui d'une puissance européenne quelconque, proportionnellement à la population. Il suffit de constater, par exemple, qu'en France l'impôt dépasse 98 francs par tûte, et qu'en Chine il n'atteint pas 1 fr, 25. 11 est vrai que les exactions personnelles des fonctionnaires du Fits du Ciel rétablissent dans une large mesure l'équilibre. Mais ces L£tiif[res n'en témoigneol pas moins de la puissance

22tS LE MONDE CHINOIS,

latente que révélera l'Empire (lu Milieu le jour, peiitâtre prochain, où il saura développer ses revenus.

Pour le présent, le déflcit chronique est son lot, et aes dépenses dépassent conslamment ses recettes. Comment ce déficit est-ii comblé? C'est encore ce qu'on ne saurait dire exactement, les procédés mis en œuvre étant de leur nature irréguliers et vai'iables. Tantôt on a recours à une altéralion du titre des monnaies, tantôt à des aujjTnentations provisoires de droits et à ce que nous appelons des centimes additionnels, à des ventes extraordinaires d'offices et de dignités, enfin à des contributions dii-ectes frappées sur les riches, les usuriers prospères ou les fonctionnaii-es prévaricateurs. 11 paraît aussi (jue les mines d'or et d'argent, les p("cheries de perles de la Mandchourie et d'ailleurs, les pierres précieuses apportées d'Ili et de Khoten fournissent des ressources secrètes et qui ne sont point portées au budget. C'est une opinion commune en Chine que le gouvernement possède des trésors inépuisables en Hngols d'or amoncelés el enterrés depuis des siècles. Parfois cette opinion est arrivée jusqu'en Europe. Elle ne paraît pas justifiée par les faits et, si ces trésors ont jamais existé, il semble que la cour de Pékin en ail vu la fin. Eu 1832, l'empereur avouait un déficit annuel de vingt-huit millions de taëls; en 1836, ce déÛut s'était encore accru, et il fallut, pour le comblée, des ventes extraordinaires d'offices. En IB52-55, le gouvernement chinois dut i-ecourir à des confiscations et à la réduction générale des salaires officiels. L'insurrection des Taïping acheva de le mettre aux abois, et c'est à peine si son revenu reprit une marche ascendante ytts

wm

1867. ^[ais bientût la grande famine de 1878, la plus terrible que le monde moderne ait vue, rouvrit l'ère des déficits, ère que la guerre de 1884-85 n'aura sûrement paH aidé h. fermer.

A s'en tenir pourtant aux données générales du budget impérial, ce budget devrait toujours se régler par des excédents d'une cinquantaine de millions de francs. Voici quelle en est l'économie générale, par ordre de

Appointements des fonctionnaires

civils et militaires 7.773.000 taàls.

Solde de 600. OOO hommes de troupes, à 3 taèls par mois, moitié en nature,

moitié en argent 21.G00.000 —

Solde de 342.000 cavaliers à i taëls

par mois 1I.GI6.000 —

Chevaux, à 30 taëls 4.8i0.000 —

Uniformes, 4 taeis par lioiiiiiic . . . 3.3es.000 —

I Armement 842.000 —

L Marine et gardea-oûtes 13.500.000 —

I Canaux et frais de transport de numê-

I raire 4.000.000 -

■ Service des fortifications et de l'artiU

1 leric 3.800.000 -

L Ce qui donne un total général de 71,339,500 taëls, Finférieur de 8,160,500 taéb au total des recettes prérviies. Mais il y a le budget extraordinaire des transnorts de troupes, secours aux princes et tribus de Mongolie, pertes résultant des mauvaises récoltes, réfroltos dans les provinces excentriques, etc.. Et le ■déficit grandit toujours. Encore est-il certain que les fflépenses sont systématiquement eiagérées dans ce Mableau et que le gi-and moyen d'arriver à un équilibre

au moins apparent est de réduire les effectifs sous les armes, ou de ne pas payer la solde des troupes, qui s'arrangent alors pour la prélever en nature sur le paysan. Mais, d'autre pari, il y a eu, depuis 1874, divers petits emprunts extérieurs contractés par l'en- Iremise des banquîei"s de Chang-Haï ou de Hong-Kong, et dont le produit passe pour avoir été exclusivement consacré à des constructions de forts ou à des achats de canons.

En 1833, la Gazette officielle de Pékin a publié un curieux travail, dd à un financier indigène, nomma Na : il s'attachait h démontrer que les dépenses nop- • maies de l'Etat, en temps de pais, ne devraient jamais dépasser trente millions de taëls. Ce beau projet, selon le sort commun des plans de réduction des dépenses, n'a jamais été mis à exécution, et, s'il l'avait été, il est au moins douteus que le contribuable chinois y eût rien gagné. La véritable réforme fiscale, la seule qui puisse donner au budget de l'Empire du Milieu son développement normal, consisterait à faire entrer dans les caisses de l'Etat les sommes immenses qui s'égarent présentement dans les poches de ses fonctionnaires. La véritable pinie de ce budget, c'est le vol organisé, le péculat, l'extorsion à tous les degrés de la hiérarchie officielle. Personne ne l'ignore, et, s'il en fallait une preuve, on la trouverait dans la désignation môme des appointements alloués aux employés de l'Etat. Le traitement fixe, régulier, qui figure au Livre Rouge en regard de chaque fonction, est absolument dérisoire et purement nominal; mais à côté de ce traitement il y a toujours une somme beaucoup plus forte, allouée à lit^

de yang-tien, c'est-à-dire à'assuranee contre l'impyobilê (U Itérai e ment gratification contre la faim). Un gouverneur gémirai, par exemple, n'a que 200 laiils de traitement fixe (à peine treize cents francs), mais il a quinze à vingt mille taëla de yang-tien ; un juge en a de trois à huit mille; un préfet, de deux à cinq mille ; etc.. Cette précaution de la loi n'empêche nullement les uns et les autres de prélever sur la fortune publique des sommes beaucoup plus fortes; mais le montant de ces exactions échappe nécessairement à toute évaluation, mi5me approximative.

- Commerce. Bouaaes maritimes.

Le commerce extérieur de la Chine n'a, pas changé depuis que le monde occidental est entré en relations avec elle, et consiste toujours en échanges de thé, de ses soieries, de ses laques, de ses poteiles et de ses émaux conti'û nos cotonnades, nos laiuageB, nos métaux, nos fouiriires, et surtout, hélas ! contre l'opium anglais. L'usage de celte drogue est pourtant, relativement récent, car on n'en trouve aucune mention dans les mémoires des missionnaires jusqu'au commencement du siècle, et c'est seulement vers 1767 que l'importation de l'opium a commencé à prendre une certaine importance. Ce commerce était alors dans les mains des Portugais. La Compagnie des Indes anglaises entreprit, vers 1773, de leur faire concurrence et établit un dépôt dans la baie de Lark, au Buà de Macao. Très gCnée par les pirates et les douaniers chinois, elle ne pouvait guère introduire son abominable poison dans l'Empire du Milieu que par voie de contrebande. Un édit de 1800, rendu par l'empereur Kia-King, en avait même formoUement interdit l'entré© sous des peines sévères, en se basant sur ce qu'il étî^.

impossible de laisser son peuple « échanger son bon argent contre la vile drogue des étrangers, et perdre ensuite son temps ou sa santé à la consommer n. Mais la vénalité des mandarins permettait toujours d'éluder les règlements opposés à l'introduction de l'opium; l'usage de ce narcotique faisait des progrès désastreux; le moment vint où la violation des lois devint si évidente â la fois et si onéreuse à la Chine, qu'elle tenta un effort désespéré pour s'affranchir du joug britannique et jeta à la mer la cargaison d'opium de deux navires anglais. Comment celte affaire amena la guerre entre la Grande-Bretagne et l'Empire àa Milieu, comment cette guerre se termina par le payement d'une indemnité de sis millions de dollars pour les cargaisons détruites et par la reconnaissance légale du commerce de l'opium, sous condition d'un droit d'entrée à payer au gouvernement chinois, c'est ce qu'il serait oiseux de rappeler ici. Il faut se contenter de constater qne jamais l'abus de la force et la démoralisation systématique do toute une race par une civilisation pré- ! tendue supérieure ne se sont aussi effrontément étalés 80US le soleil. Le docteur Martin a publié à Paris, en 1871, une béi.\e Etude stalisliijue et morale de la question. Présentement, la culture du pavot est Libre en Chine et i s'y développe dans des proportions alarmantes, mais l l'importation annuelle de l'opium n'en est pas moins I cinq à six millions de kilogrammes, d'une valeur [ înoyeEEe de trois cents millions de francs. Presque tout 'cet opium vient de l'Inde par navires anglais : l'irapor- I tation persane et turque, quoiqu'en progrès rapides, ne I représente guère que la cinquantième partie de la. va-la-açt

totale. En 1870, cette valeur a atteint son maximum et dépassé trois cent cinquante millions de francs.

Après l'opium et les produits de manufacture européenne, les principaux articles d'importation sont la noix de hétcl, la hiche-de-mer, les nids d'himndeUe, l'ambre, la cornaline, l'ivoire, les bois de marijueterie, la laque de Sumatra, les épices de Bornéo, le storas de Java, le cachou japonais, le benjoin, etc. De son côté, la Chine exporte, avec la soie, le thé, le nankin, le bambou, les porcelaines, les laques fabriqués, les nattes, la houille, l'indigo, le papier, l'alun, la rhubarbe, le cubèbe, l'huile de casse, le sang-dragon, le camphre et un grand nombred'autres produits pharmaceutiques,. Son commerce de long cours se partage en deux courants principaux, celui qui va de l'Inde et de l'archipel indien aux ports chinois, et celui qui franchit le canal de Suez. Le premier s'étend à une plus grande variété d'objets, mais sans atteindre comme valeur les chiffres du second. Les jonques chinoises vont surtout à Singapour, à Bornéo, à Bangkok, à Manille, aux côtes de la Corée et du Japon : elles y apportent des ustensiles de ménage, des fruits, du coton, des soieries à boa marché et un grand nombre de produits métalliques. Le riz est le principal article d'importation de Manille et de Bangkok; le rotin, le poivre et le bétel arrivent surtout de Singapour et de Bornéo. Le commerce extérieur de la Chine a une tendance marquée à passer aux mains des compagnies de navigation à vapeur étrangères ou indigènes. Mais le cabotage garde une certaine vitalité, et jusqu'à ce jour la navigation lluviale est restés ejtclusivement chinoise.

COMMERCE. DOUAMCS MAUITIMES. 23 5

La valeur moyenne du commerce extérieur de la Chine, de 1871 à 188], a été de 137 millions de tiiëls haikouan, (le tal'l liaikoiian, monnaie de compte de commerce international, vaut 6 fr. 85). Lexportation figure dans ce 'total pour une valeur moyenne de 75 millions de taPls, c'est-à-dire de moitié environ.

La part des diverses mariues dans ce commerce extérieur a été, en 1882, pour cent: 61. 17 h la marine anglaise, 26. 16 à lamarine chinoise, 3. 85 à l'Allemagne, 3. 55 à la France, 1. 81 au Japon, 0. 92 à l'Amérique. Encore, dans ce tableau, faut-il mettre au compte de l'Angleterre une bonne part des 26. 16 pour cent nominalement attribués à des navires chinois.

Le revenu moyen des douanes maritimes chinoises dans la période de 1871 à 1881 a été de 14 millions de taëls. Ces douanes sont administrées par des fonctionnaires européens, pour la plupart anglais. Etablies en 1842 par le traité de Nankin dans les cinq ports ouverts aux étrangers, elles furent d'abord ans mains d'employés indigènes, comme elles l'avaient été précédemment h Canton. Mais en 1853, le port de Chang-Haï étant tombé au pouvoir des insurgés cantonais, le directeur des douanes, Wu-Kien-Chang, fit appel aux consuls de France, d'Angleterre et d'Amérique pour prendre possession provisoire du service. Le gouvernement chinois se trouva si bien de cette expérience et de l'accroissement de revenu qui en résulta pour lui, qu'illaissa fonctionner le système à Canton et se montra disposé, après la couclusiondes traités de Tien-Tsin, en 1858, àl'étendro à tous lesautresportsouverts.Lesdouanesmaritimesde la Chine furent ainsi graduellement confiées à une administration

2'i6 LE MONDE CHINOrS.

européenne, dirigée par un Inspecteur Général- Cette organisation avait principalement pour but, quand elle fut mise en -vigneur, en 1860, de garantir le payement de l'indemnité due par la Chine à la France et à l'Angleterre. Le payement une fois effectué, le gouvernement chinois maintient le nouveau régime, mais en s'attrihuant 40 pour cent du produit des douanes maritimes, qui appartenait précédemment tout enliex- aux provinces où il était perçu. C'était autant de perdu désormais pour ces provinces. D'autre part les 60 pour cent qui leur restaient ne tardèrent pas à être saisis par la cour de Pékin sous une forme ou sous une autre, et spécialement à titre de garantie d'intérêts pour les petits emprunts partiels qu'elle prenait l'habitude de contracter en Europe. Or, le produit de ces emprunts n'a jamais été appliqué à des travaux d'utilité publique dans les provinces maritimes ; à peine a-t-îl ser\'i à élever quelques phares ; tout le reste s'en est allé en armements et en établissements militaires. Les provinces maritimes, privées de leur revenu principal, ont dû naturellement se créer d'autres ressources: elles n'y sont paiTcnues qu'en instituant de véritables douanes intérieures sous forme de droits de transit payés par les mai'chandises circulant dans la province. Ces droits sont levés par les autorités locales, comme ils pourraient l'être chez nous à l'octroi des villes ou aux écluses des canaus; ils sont presque impossibles à éluder même pour les marchandises qui ont déjà acquitté les droits de douanes marilimes. Il en résulte pour la plupart des produits européens un renchérissement qui commence en quittant la cûte, pour itller en augmentant à mesure qu'ils s'enfoncent

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COMltERCË. DOUANES MARITIMES. lif

l'intérieur: renchérissement dansée commerce étraii- Ser souffre autant que les populations mêmes de la Cliinc.

C'est là qu'est le vice du système, l'obstacle qu'il est indispensable d'écarter si l'on veut que les échanges se développent entre l'Empire du Milieu et rOccident. Maintenant que les portes de la Chine sont forcées, c'est son territoire même qu'il s'agit de libérer et d'ouvrir à l'industrie des nations européennes. Leurs efforts communs devraient tendre vers ce but et ce ne sont pas les arguments qui leur manquent : car les produits chinois, après avoir acquitté les droits de douanes dans nos ports, ne rencontrent plus chez nous d'obstacles qui les arrêtent, et le principe de la réciprocité exige qu'il en soit de même en Chine pour les produits o'icidentaus.

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