‹ Le monde chinoisChapitre 30 sur 49 · LE THÉÂTRE. 2 [ L · texte numérisé non relu

LE THÉÂTRE. 2 [ L

ses lecteurs sur des productions éphémères et qui n'ont pas encore reçu la consécration du temps. C'est dire que ni dans la Gazelle of/icklle de Pékin, ni dans Icsjoui-naux plus modernes du littoral, on ne trouve encore de a feuilleton du lundi ». Quant à l'industrie du courriériste théâtral, les infortunés Fils de Han ne la connaissent pas encore. Non seulement ils s'occupent peu des faits et gestes des comédiens et de la chronique des coulisses, mais leur rigorisme n'admet môme pas que les femmes ae montrent au théâtre et surtout paraissent sur la scène. Le fait s'étant produit h Canton, il y a quelques années, le trésorier-général Wong crut nécessaire de mettre un terme à ce scandale, par un arrêté spécial ;

B J'apprends, était-il dit dans ce document, que le peuple de Canton manifesle une passion désordonnée pour les représentations dramatiques. J'apprends aussi avec douleur que certaines pièces présentement mises à la sctne sont d'un caractère Kcencieus. Rien n'est plus propre à détruire la moralité publique. Un grand nombre de personnes respectables m'avei'tissent môme que des Itemmes sont admises à jouer un rôle dans ces pièces. ■C'est d'une obscénité intolérable. J'ordonne en conséquence que les directeurs de théâtre s'abstiennent k l'avenir de pareilles abominations, et je les avertis que s'ils ne tiennent pas compte do ma défense, je saurai les punir sévèrement. Signé : Wong, le T jour du 10° mois de la 8= année do Tung-Chi. «

Le cas était, il faut bien le dire, tout à fait excep' ■tionnel et ne pouvait se produire que dans une ville' cosmopolite comme Canton. Jamais, dans les provinces, une femme ne monte sur les planches, et il est, ïaàaia *i.

peu près sans exemple qu'une femme quitte pour pénétrer dans un ihéâtre. Tout au plus assistera-telle, à son domicile mûme, à une représentation privée, organisée par son mari ou l'un de ses proches parents. En général, le seul spectacle public où les dames soient admises est celui des petits théâtres de marionnettes, habituellemeut ouverts sous le porche des temples. Les pvpazzi chinois sont en eiFet les derniers dépositaires .des anciens « mystères » religieux; c'est à des acteurs de bois, hauts de quatre ou cinq pouces, qu'est exclusivement dévolu le soin de perpétuer celte tradition. Ces marionnettes, fort l)ien sculptées et superbement accouti'ées, sont mises en mouvement par des flls que tient un homme caché dans la coulisse ; il les fait parler en imitant successivement plusieurs voix et ne se contente pas, comme son congénère européen.de leur donner des rôles sommaires ou enfantins : son ambition s'élève parfois jusqu'au drame historique. Un des plus populaires, dans ces petits théâtres forains, est « l'Orphelin de la maison de Tchao, n traduit en 1755 par le jésuite Prémaré, et d'où Voltaire tira YOrphdiii de la Chine.

La musique passe chez lea Chinois pour avoii- été inventée par Fou-Hi, ce qui équivaut à dire qu'on n'en connaît pas les origines. Sans doute elle a débuté, dans l'Empire du Milieu, comme partout, par une imitation grossière des bruits naturels et une cadence marquée avec la paume de la main soit sur le ventre des danseurs, soit sur un tambour de peau. Quoi qu'il en soit, l'art musical tient actuellement dans la vie des Fils de Han une très grande place, et il a son rùlo dans toutes les cérémonies publiques ou privées. Si les européens se montrent en général peu sensibles aux charmes de la musique chinoise, s'ils la trouvent monotone, bruyante et désagréable, — les Chinois les payent do la môme monnaie en déclarant qu'il est impossible de rien comprendre à la musique occidentale. Au fond, la grande dilîérence entre les deux écoles, c'est qu'elles sont arrivées à des degrés inégaux do développement. L'Europe a. appris au xvii' siècle à distinguer le mode majeur du mode mineur; elle a depuis cette découverte graduellement perfectionné ses méthodes et approfondi la science do l'harmonie. Le Royaume-Fleuri en est resté au poiut I se trouvait l'Occident vers le xi" siècle, avant tyie

2 [4 LE MONOK CKlJifllS.

Guido d'Arezzo n'inventât la portée musicale et le mode de notation qu'elle comporte. D'autre part, la théorie des sons a été de bonne heure associée en Chine, comme toutes les seiences, à des règles arbitraires et cabaHaliques, qui l'ont stérilisée. Houang-Ti ayant décrété il y a quatre raille ans que la musique devait être l'expression des lois naturelles, telles qu'elles sont exprimées dans les diagrammes classiques, — il fit couper un bambou entre deux nœuds et prit pour tonique ou base de son système le son rendu par ce roseau; choisissant alors une série de douze bambous de mùme diamètre et d'inégales longueurs, il donna à ces tubes le nom de lus, c'est-à-dire de o principes n, répondant chacun à un élément cosmique, et annonça que celte cspfcce de flûte de Pan serait désormais le diapason normal des Chinois. Tous les instruments durent être accordés sur ce diapason de hasard. Or, la plupart des notes qu'on en tire, au lieu de répondre à la gamme telle que nous la comprenons, sont séparées par des intervalles trop longs ou trop courts pour notre oreille, et l'octave, en particulier, est infiniment trop haute. Il s'ensuit que la musique chinoise nous semble une cacophonie, alors qu'elle' cause au nerf acoustique des Fils de Han, rompu à ces. anomalies, la sensation la plus délicieuse.

Les douze liis n'en forment pas moins une échelle de demi-tons analogue à notre gamme. On aurait pu en tirer des séries chromatiques de sept notes dans toutes les clés : les Chinois se contentèrent des notes rendues par les cinq premiers lus, et qu'ils appelèrent : kung^ chang, chiao, ehih, yû. Ces notes étaient censées correspondre aux cinq planètes, Mercure, Jupiter, Saturne, ,

LA MUSIQUE. 3 i 5

Vénus et Uars, — aux cinq éléments, lu bois, l'eau, la terre, le métal et le feu, — aux cinq points du compas, le sud, le nord, l'est, l'ouest et le centre, — aux cinq couleurs, le noir, le violet, le jaune, le blanc et le rouge.

Sous la dynastie des Cliaou, on ajouta deux notes à cet arsenal chromatique, pien-kung et pien-chih. On eut alors 'une gamme à peu près équivalente, sauf sur un point, à la gradation de la nûtre : ut, re, mi, fa dièse, sol, la, si, et qui se détaillait : kung, chang, ckiao, pienchih, chih, yû, pien-kung.

Puis vint l'invasion mongole du xvi' siècle, qui apporta avec elle une notation où les sons, désignés par des noms difTérents, s'exprimaient d'une façon plus simple : ho, su, yi, chang, chih, kung, fan, liu, wu (ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, ré). Le fa dièse y faisait place au fa naturel. Mais cette nouveauté choquant le sentiment musical de la nation, on ne tarda pas à rétablir le fa dièse dans la gamme nouvelle, qui devint alors, ho, su, yi, chant], kou (fa dièse), chih, kung, fan, liu, wu.

Les Ming réduisirent la gamme mongole à l'échelle penlatonique : ho, su, chang, chih, kung, liu, wu {nt, ré, fa, sol, la, ut, ré). Enfin la dynastie présente revint à la gamme mongole sans fa dièse, ce qui donne comme notes naturellement admises : ho, su, yi, chang, ckîh, kung, fan, liu-, wu (ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, réj.

Mais on dépit de cet arrangement théorique, les Chinois continuent à ne se servir que de cinq notes, toujours par des motifs cabalistiques : l'une correspond au chef de l'Etat, l'autre à ses ministres, la troisième au peuple, le quatrième aux affaires publiiçiai. Va. wv.

quibme au monde matériel. Chacune de ces noi figurée par un signe spécial, qui on indique aussi 1< ton, sans que l'emploi de la portée soit nécessaire. Comme les caractères de l'écriture ordinaire, ces signet sont d'ailleurs rangea en lignes verticales, qui se lisent de droite à gauche. Rien ne dit quelle est la mesure, fig mouvement, la valeur propre et la durée de chagui note. Tout au plus certains signes sont-ils plus grande que d'autres, pour indiquer leur importance relativei et les temps de repos sont-ils ordinairement marqués par des blancs. Parfois aussi, deux ou trois points à. droite de la note indiquent qu'elle a la valeur d'une noire ou d'une croche. Mais ces renseignements sont tout à fait insuffisants et rudimentaires. Aussi le musi-: cien chinois ne saurait-il jamais déchiffrer un morceau à première vue. Tant qu'il ne l'a pas entendu jouer, peut seulement en conjecturer l'allure générale, d'appôsi la nature de la poésie qui l'accompagne toujours, comme chez les Grecs.

Cette poésie se chante à l'unisson, et dans beaucoup' de cas, spécialement au théâtre, elle ressemble à im récitatif. Souvent elle est mimée par le chœur, dans une sorte de danse lente qui la souligne par des gestes, des attitudes et des évolutions.

Les matériaux mis en œuvre pour la construction des instruments de musique chinois sont la pierre, les métaux, la soie, le bambou, le bois, les peaux, les gourdes, l'argile. Chacun de ces matériaux correspond, selon l'usage, à un symbole cabalistique, à un point de la boussole, à une saison.

Les instruments de pierre sont particuliers à l'Empk»

LA MUSIQUE. 2 t 7

du Milieu ; ils se coniposeiit d'une 'plaque de jade ou de marlirQ eu forme d'équerre de menuisier, suspendue par son angle externe à un cadre de bois : c'est ce qu'on appelle le té-ching; — ou de seize plaques de ce genre, formant un cai'illon : c'est ce qu'on appelle le pkn-ching. Les plaques, frappées par un petit martonu spécial, donnent des sons cristallins. Il y a un pienchinrj dans chaque temple de Gonfucins. C'est un instrument considéré comme sacré, et qu'il est à peu prés impossible de trouver h. acheter.

Les métaux servent à la fabrication des cloches, sonnettes, chien ou mortiers sonores, gongs, cymbales, et h. celle de deux ou trois sortes de trompettes. Une de ces trompettes, composée de pièces qui rentrent l'une dans l'autre comme les parties d'un télescope, ne donne qu'une seule note, très prolongée et très grave, et sert uniquement dans les cérémonies funéraires.

La soie entre dans la composition du chiu ou luth, l'un des plus anciens et le plus gracieux des instruments chinois. C'est une sorte de lyre à cinq ou sept cordes de soie, tendues au moyen de clefs sur des boutons de jade : le musicien la place horizontalement sur une petite table et pince les cordes des deux mains, eu introduisant dans ses mélodies toutes les variations que lui suggère sa fantaisie. Le se, construit sur le même principe, a vingt-cinq cordes; le tsmg n'en 3. que quatorze; le pi-pa est une guitare ovoïde à quatre cordes de soie. Puis viennent le chouang-cMu ou guitare octogone; le san-sien ou guitare à trois cordes, dont la caisse est un tambourin de peau de serpent; le yuiili-

3, s LE MONDE CHFNOIS. \

chiu ou guitare limaii-e; le hu-chi» ou violon a ubp seule corde; lo er-^ien ou violon à deux coi-dcs, mis en jeu 'par un archet; enfin le ijang-chin ou hiirpe horizontale, formé d'une caisse trapézoïdale sur laquelle sont tendues seize cordes (jtie l'exécLitaiit fait résonner avec deux éclissesde roseau.

Avec le bambou, les Chinois construisent plusieui-s sortes de flûtes, notamment, le paî-chiao, composé de seize tubes d'inégale longueui-, portés dans un Didre plus ou moins richement décoré, le yieh, le chih. Je siao, le ti-tzu, flûtes simples à trois, à dix, à cinq et à hait trous; le kouan-tsu et le so-na, véritables clarinettes.

Le bois fournit principalement des instruments religieux analogues à la claquette des églises romaines. Il y on a plusieurs espèces : le chii, sorte d'auge sonore, qu'on frappe avec un marteau ; lo yû, qui revêt la d'un tigre couché sur une caisse et dont Je dos scul^Ë9 en dents de scie donne une sorte de rAIe sous la hil4 guette do l'exécutant, qui le frôle brusquement à la flû de chaque strophe; le jmirpan ou castagnelte; le mu-yU ou tôtc de mort, fait d'un seul bloc de bois creux, lequel les prêtres marqueDt la mesure.

Les tambours de peaux sont de formes et de dimensions variées : on bat les uns avec la main, les aal avec des baguettes et tampons, ou même avec des ballet de cuivre suspendues à une corde. Le tambourin, la tambour de basque et la caisse roulante font également partie de l'orchestre chinois.

Les gourdes entrent comme caisses sonores dans composition de divers instruments populaires, faits de

Page 1