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XVIII. — Moeurs domestiquer

La maison chinoise est peut-être la mieux conçi ([u'on trouve dans I^s cinq parties du monde. Géa| lement composée d'une série de pièces de plain-pi formant un vaste rez-de-chaussée sans étages, garantie par des treillages extérieurs contre la curiosité du passant, ouverte à l'intérieur sur une cour ou sur un jar-. din, elle représente l'idéal du foyer, tel que peut le rêver un poète. Elle est construite en briques, ce qui lui donne une grande légèreté, en permettant de varier à l'infini le décor et la couleur des parois. La hauteur de la toiture, sa forme spéciale, assurent aux diambres les plus modestes des proportions aussi satisfaisantes pour l'œil que pour les poumons. Ce toit déborde de tous cùtés la muraille extérieure et souvent abrite une - véranda qui court tout autour de la maison. Des tuiles vernies, des piliers peints, des arêtes aux teintes vives achèvent de donner à l'ensemble un aspect gracieux et gai. La disposition intérieure se résoud d'ordinaire en enûlades de chambres carrées, séparées et éclaii'ées par des cours ou reliées par des galeries couvertes. Quand la famille prend un grand développement et reste au lieu d'origine, il arrive que des suites d'appartements

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conligus successivement ajoutés au corps de logis principal, iinissenl par constituer un vérital)le phalanstère.

Ce pian général est celui des palais comme il est celui des demeures privées. Quelques édifices publics, quelques hôtels et restaurants monti-eut des étages et par conséquent des escaliers; mais c'est par exception. Le I plus souvent, l'architecture chinoise reste fidèle à son I principe, qui estl» reproduction permanente de la tente yjL'imiLive.

HHOn n'arrive ordinairement à la #orte des maisons de rMUipayne qu'en francliissant deux ou trois grilles de bois espacées à travers une pelouse. A la ville, le seuil des plus belles demeures se trouve sur la rue, au-tiessus duji peiTon de deux ou trois marches. Ce perron donne II. accès dans un vestibule ou dans une cour. A droite se l'ti'ouve la loge du concierce; à gauche un autel élevé aux dieux domestiques et la liste des dignités ou fonctions remplies par le maître du lieu. La porte, éclairée au dehors par des lanternes de papier qui descendent des gouttières, est ornée d'attributs variés selon le rang du propriétaire, mais toujours elle présente soit l'image sculptée soil au moins le nom dos dieux You-Loui et Chiu-Fou, et courant sur les montants, sur le linteau, des inscriptions, devises ou proverbes de bon augure.

Dansleveslibuleoit dans la cour, un écran mobili;, ordinairemenlgarni de plantes grimpantes, masque l'entréedo lasalledcréceptioii.Celle salle esttoujoursmeubléeau chevet d'une table où l'on voit des brille-parfums, des vases, des pots de fleurs ; c'est l'autel des dieux laros. En avant de l'aiitulj un large sopha offre ses coussins au visiteur.

A droite et à gauche, des rangées de chaises sont alignées face à face et séparées par des tables basses. Tous ces meubles sont en ébène sculpté ou en bois imitant l'ébène. Des porcelaines, des bronzes, des écrans de jade, des étagères et cabinets chargés de livres et de bibelots, complètent la décoration. Le sol est pavé de briques ou de inarbre. L'ensemble, un peu froid, rappelle asse/ l'idée que nous pouvons nous faire, d'aprùs les ruines de Pompeï, d'un atrium latin. Ce n'est pas la seule analogie qu'on trouve entre les mœurs intimes de l'Empire du Milieu excelles des Romains,

La salle de réception marque une limite que l'étranger ne franchil guère. Au delà se trouvent les pièces réservées aux femmes, la cuisine, les chambres à coucher. Ces pièces s'ouvrent les unes sur les autres par des portes qu'on prend soin de ne pas faire de formes ou de dimensions pareilles, et surtout de ne pas percer symétriquement face à face, — de crainte que les mauvais sorts ne puissent entrer trop aisément. Les fenêtres et lucarnes qui éclaù'eut ces appartements étaient autrefois garnies de lamelles taillées dans Fécaille d'huître, ou de papier transparent, que la vitre européenne tend depuis quelques années à remplacer.

Nulle part on ne trouve de cheminées. Le fourneau de cuisine môme est ordinairement portatif, ce qui permet de l'établir dans les cours intérieures, quand le temps n'est pas pluvieux. Le seul appareil de chauffage des maisons chinoises est le kang ou sopha de briques, où dort une grande partie de la population : c'est un massif de maçonnerie analogue au poêle russe et sous lejuel se place un réchaud de braise. La houille qui

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abonde ilaiis le sous-sol de l'Empire du Milieu étant pas encore.peu utilisée pour les usages domestiques, et le bois étant relativement rare en Chine, les Fils de Han sont très ménagers de combustible. Ils le réservent habituellement aux usages culinaires et se contentent en hiver de se vêtir chaudement.

L'alimentation est surtout vé!j;étale; elle l'est du moins beaucoup plus que celle de tout autre peuple. Le riz en première ligne, le maïs, le millet, le blô et une multitude de légumes pour la plupart inconnus à l'Europe en forment la base. On ne demande pas en Chine : comment nllez-vous? mais chi îioiio fan? » Comment avez-vous mnngé votre riz? » Le poisson est, après les végétaux do tout ordre, l'aliment principal des classes populaires. Il pullule dans les innombrables ilvières, lacs et étangs du Royaume-Fleuri et ne coilte guère en moyenne que trois à quatre centimes la livre. Trois cent cinquante millions de Chinois au moins vivent à peu près exclusivement de riz et de poisson. La viande de bœuf et de mouton est peu répandue ; en revanche on mange une énorme quantité de porcs, de chiens nourris de riz, de poulets et de canards. Il n'est presque point de famille, si pauvre qu'elle soit, môme à bord des barques innombrables dont tous les fleuves sont couverts, qui n'élève son cochon et sa flotille de canards.

Le jeune chien passe pour un aliment si délicat que les iKiuchers ont l'habitude d'en mettre des niorccaux sur leurs auti-cs viandes pour allécher le client. Le rat est aussi un article de consommalion assez haljjtucl, spécialcmoiit pour les vieillards dos deux sexes : on lui attribue la propriOtc do faire repou:-ser les cheveux. Les

huîtriis et mollusques de toute sorte, les sauterelles, les chrysalides de ver à soie jouent aussi un rôle important dans ralimentation. Les nids d'hirondelle [coUocatia esculenlu) la biche-de-mer ou trépang, les ailerons de requin, les yeux de chat et les langues d'oiseau, dont la légende fait volontiers la nourriture habituelle des Chinois, doivent être considérés comme des raretés exclusivement réservées aux classes riches. Tous les aliments sont uniformément frits dans l'huile ou bouillis à l'eau, après avoir été d'abord divisés en petits morceaux, pour en faciliter la cuisson, et aussi sans doute pour en aider l'absorption, qui s'opère à l'aide d'une cuiller ou de deux baguettes.

Les vias chinois se font avec toutes sorles de fruits et méritent plutôt le nom de liqueurs; ils ont leur rôle traditionnel daus les cérémonies et dans lea fêtes privées : mais la boisson universelle de toutes les heures et de tous les repas est la décoction de feuilles de thé. Le caractère paisible, laborieux et gai du Chinois est peut-être dii dans une large mesure à l'habitude de se contenter de cette boisson, et surtout de la prendre ai faible qu'il peut eu absorber de très grandes quantités sans le moindre inconvénient. Cette habitude resserre les liens domestiques par les longues heures qu'elle fait passer à table. Elle escite les fonctions digestives et intellectuelles sans présenter les dang'era de l'alcoolisme môme le plus anodin. La Chine a rendu à l'Europe un service inestimable en lui faisant connaître le ihé. Ce que l'humanité pourrait faire de mieux pour sa santé, pour son bonheur, pour sa richesse, serait assurément de renoncer à ses boissons ferraentées, quel qu'en soit

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le nom ou l'espèce, pour s'en tenir au breuvage parfumé et doucemeub eshCarauL des Fiîs de Han.

Nulle part au monde on ne s'invite aussi fréquemment à dîner. L'invitation est ordinairement écrite plusieurs jom-s à ravaucc sur une carte de papier rouge, avec la formule : «Le — heureux jour du présent mois, une petite fête intime attendra l'illumination de votre présence. Avec les compliments de Chan-Wiing. i Après quoi, un domestique vient indiquer de vive voix l'heure du festin, ou même chercher les convives. Le moment arrivé, ils sont accueillis par l'amphitryon, en gi-and costume, qui les engage, après les salutations d'usage, à imiter son exemple et à se mettre à l'aise. S'il fait chaud, chacun profite de la permission, se dépouille de

I presque tous ses vêtements et reste le torse nu. On s'assied alors deux par deux devant des tables basses couvertes de porcelaines, de fruits, de gâteaux et de fleurs, — rarement devant une grande table unique. L'hôte s'excuse, dans un petit comphment préliminaire, du pauvre dîner qu'il a l'audace d'offrir à ses invités, et le festin commence. Il se compose parfois d'une soixantaine de plats différents. Le service étant assez lent, on fume des pipes et l'on boit des tasses de thé pour remphr les entr'acles.

Une autre distraction très appréciée consiste à jouer d'une taille à l'autre au jeu que les Italiens appellent morra, et que les Égyptiens connaissaient avant les Romains, car on en trouve la représentation sur leurs peintures murales. Il consiste t jeter hrusquemont en l'air un ou plusieurs doigts, en indiquant un chiil're que le partenaire doit compléter sans délai par le nombre

de doigts nécessaire. Le perdant boit aussitôt à la santé du gagnant et doit renverser sa tasse pour montrer ru]jis sur l'ongle ». C'est une grande source de gaîté pour les convives, qui rient h se tordre en se frappant l'abdomen.

Ces festins ont souvent lieu sur les haienux- peurs, tant calomniés en Occident. Les bateaux-fleurs sont tout simplement des restaurants flottants, onîés de lanternes, de verres de couleur et do guirlandes, où l'on retient an . salon pour régaler ses amis. Au lieu d'être servi par un \ garçon, comme aux cabarets d'Europe, on l'est par de» . servantes de quatorze à quinze ans, accortes et proprettes, ^ avec des fleurs naturelles piquées dans leurs noirs che- < veux, des bracelets au bras, des mains fines et de tout J petits pieds, Quand ou veut bien faire les choses, on a i soin d'inviter quelques musiciennes b. la mode. Ces.., jeunes femmes, pour la plupart jolies et bien élevées, participent à la fête uniquement pour chanter et dire des vers. Les choses se passent le plus décemment du monde : il s'agit d'une réunion galante et non pas d'une orgie. Seulement, les convives « se mettent à l'aise » et poussent le sans-façon, s'il fait chaud, jusqu'à exposer leur gros ventre à la brise des éventails, comme dans une « école de natation n parisienne. Il n'en a pas fallu davantage pour effaroucher la pudeur britannique et répandre partout la légende des bateaux-fleurs.

Peut-être aussi y a-t-ildans l'affaire un peu de rancune : après l'ambassade de lord Amherst, le commissairegénéral chinois qui le reconduisait de Pékin h Canton, lui donna h. dîner sur un bateau-fleur. Trois jeunes assistaient au festin. Elles chantèrent tour à tour

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en s'accompagnant du luth, dirent des vers, se montrèrent si modestes et si charmantes, que l'ambassadeur voulut savoir leurs noms et (jualités. Le comrajssaire- I général se trouvait en veine de gaîté ; il répondit gravement que la plus grande était la femme du gouverneur, les deux autres celles du trésorier et du chaiicelier littéraire. Le fait fut aussitôt consigné dans la relation de l'ambassade, comme un triomphe diplomatique sur les préjugés triidilionnels des dames cantonaiHes.. . Les Chinois en rient encore.

Les Fils de Han sont assurément un peuple sensuel, comme tous les Orienlaux; mais les mœurs ne sont chez eux ni meilleures ni pires qu'en Occident, La retraite où vivent les femmes, en compagnie de leurs enfants, dans les profondeurs d'un gynécée fermé, est une garantie positive de tranquillité pour les familles. Il en est de même de l'usage de se marier jeune et de la faculté pour le mari d'introduire dans le ménage autant de concubines qu'il peut en nourrir. Tout cela canalise pour ainsi dire les instincts les plus impérieux de l'humanité, en leur donnant une allure régulière. La dépravation de la rue a pu frapper les étrangers dans les villes du littoral, comme dans tous les ports du monde : elle n'est un caractère spécifique ni dans les villes de l'intérieur, ni dans les campagnes. Nulle part, au contraire, on ne voit populations pins sohi'cs , plus laborieuses et plus siigcs , — plus courtoises surtout.

Un Chinois vous parle de votre père sous le litre do « vénérable vieux prince n, de votre femme sous celui de 11 l'illustre dame », de votre demeure comme « du

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visite a votre stupide jeune frère », et se croit tenu de désigner sa compagne légitime par l'appellation méprisante (le a la pauvre sotte du dedans, u Cette politesse. cérémonieuse peut faire sourire par ses formes ampoulées. Elle n'en est pas moins aimable et touchante, quand on la rencontre chez le paysan, chez le plus rudeouvriet ou chez l'enfant. Or, c'est en Chine un trait constant dans toutes les classes et qui se retrouve dans les pro* vinces les plus reculées. Quel voyageur ne voudrait pouvoir en dire autant de tous les pays et de tous 1 peuples avec lesquels il entre en contact ?

Le vice le plus universellement répandu en Chine e la passion du jeu. Cette passion se manifeste à tous lea âges :1e premier soin d'un enfant de quatre ans, à Cantoa ou à Chang-Haï, s'il arrive qu'on lui donne une sapèque, est de la risquer à pile ou face aussitôt qu'il eu trouve l'occasion. Les femmes passent leur vie à jouer aux caries et aux dominos. Ou trouve des dés sur toutes les tables de restaurant. Les porteurs de palanquin, les bateliers, les soldats ont tous des cartes dans leurs manches et les exhibent à la première occasion. Quant aux maisons de jeu proprement dites, elles sont partout, jusque dans les salles inoccupées des yamens c Gray en cite deux, à Canton, qui sont ouvertement tenues par des magistrats du Nam-Hoï et du Poim-Yu. Les voleurs y pullulent, cela va sans dire. Parfois le scandale si grand, que lesnégociants d'un quartier sont obligés de ae coaliser pour demander la suppression d'une de ces tavernes : ils ferment alors leurs boutiques et se mettent en grève, jusqu'à ce que justice soit faite.

Un des jeux les plus répandus esl le fan-tan. Il se joua

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