LA CHENE ET LE MONDE EXTMIEUR
dans la province de Canton, et l'opposition à la maison régnante y devenait si active que les mandarins n'essayaient même plus de remonter un courant irrésistible. SioLi-Tsouen réunit hientût de nombreuï adhérents qui le roconnurent pour leur chef. Un de ses éléments de succès était la répétition fréquente du signe Tso-Uen dans les brochures du méthodiste, qu'il avait prises comme base do sa prédication : ce signe, qui répondait au prénom du nouveau messie, exprime aussi « le tout » et fait partie du mot « Tout-puissant ». On en concluait que Siou-Tsouen était désigné de toute éternité pour régner sur le « Eoyaume du Ciel » ou « Céleste- Empira " , c'est-à-dire sur les hommes.
De là h prendre ouvertement le titre souverain, il n'y avait qu'un faible intervalle. Siqu-Tsouan attendit pour le franchir que le nombre de ses adhérents se fût élargi, ce qui prit plusieurs années. Appelant à lui tout les déshérités, tous les nomades, tous les mécontents, renversant les temples, pillant les caisses publiques, U se trouva vers 1850 assez fort pour résister aux ti'Cïupes impériales envoyées pour l'ari-êter, occupa Lienjâbouei s'y fortifia. L'insurrection s'étendit aux districlavçSsins.
Ipuis aux huit provinces limitrophes. Elle mhab0 bientôt dans son e.ïistence môme non seulement l'établissement mandchou, mais toute la société chinoise. Chef d'une religion nouvelle, envoyé du Tien-Fou ou « Père Céleste », et de Jésus-Christ, son " frère aîné s ou Tien- Hioung, le nouveau souverain proclamé à Nankin représentait, en outre, la haine du peuple conquis contre le vainqueur, celle du pauvro contre le riche, celle de la L masse laillable et corvéable contre lo mandarin. Il grou-
i^O LE MONDE CHINOIS.
à l'Europe, en la personne d'un agent démissionnaire des États-Unis, M. AnsonBurlingame. Presque aussitôt ellea nommé directement trois chargés d'afTaîres accrédités auprès de onze gouvernements. La grande famine de 1878 a fourni à l'Eurapo l'occasion de se montrer à l'Empire di. Milieu sous unjonrplusavantageux qu'elle ne t'avait fait encore, en lui envoyant des marques positives d'intérêt ' fraternel. Peu à peu, la position morale de la Chine dans le concert des nations s'est affirmée, tandis que sa prospérité matérielle se rétablissait dans une large mesure. Il ne lui faut peut-être qu'un grand financier, un cabinet '. résolu à mettre un terme aux exactions des mandarins ■ de tout ordre, pour que sa merveilleuse richesse naturelle entre définitivement en pleine floraison. Déjà son réseau télégraphique est établi; les mœurs judiciaires commencent à s'adoucir dans les provinces maritimes ; les mines entrent en exploitation par les procédés occidentaux; on peut prévoir le jour prochain peut-être où des voies ferrées s'ouvriront sinon dans l'intérieur, au , moins sur le littoral.
Mais que l'Occident eu soit bien convaincu : tout cela se fera « par les Chinois, poui' les Chinois ». L'Empire du Milieu, comme le Japon, est parfaitement décidé à prendre aux « hommes de l'Océan » ce. qu'ils peuvent lui ;ipporter d'utile, sanS^amaia se laisser absorber par eux. C'est Ini peut-être qui les inondera bientôt de ses masses profondes et viendra soit par ses produits, soit par ses travailleurs, compliquer encoie sur nos marchés le problème économique.
Paris, juin i885.