‹ Le monde chinoisChapitre 47 sur 49 · ET LE MONDE EXTERIF.UR · texte numérisé non relu

ET LE MONDE EXTERIF.UR

- La Chine et le monde extérieur.

Les étrangers gui visitent l'Empire du Milieu ont une tendance commune à rabaisser le caractère des Chinois et à les placer au plus bas degré de l'échelle des nations, soit pour la vigueur intellectuelle, soit pour la moralité. On les déclaro volontiers privés d'énergie, incapables d'observer un contrat, impuissants même à dire la vérité, tant le mensonge est devenu pour eux une babitudu invétérée. Et ceux qui portent ces jugements ne manquent pas de faits pour les appuyer. Mais peut-être n'en voient-ils pas la vraie cause, qui est à la fois dans la corruption du gouvernement national et dans la pauvre idée que les Européens ont donnée d'eux-m^mes aux populations du Royaume- Fleuri. Il faut considérer qu'on n'y trouve pas, comme base do l'ordre établi, le sentiment d'un devoir social ou simplement du respect des lois. Le Chinois méprise le représentant du pouvoir, déteste le juge, considère le perccpteui' comme son ennemi naturel. S'il les tolère, tout en cherchant perpétuellement à les frustrer, c'est uniquement parce que sa philosophie lui enseigne ta résignation à l'inévitable, et parce que l'intérôl personnel, élargi jusqu'à l'intérêt amilial, lui conaeille l'obéiasance apparente comme la

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plus silre des politi(jces. Mais il n'en a pas moins dea qualités de premier ordre.

B Je ti'ouTe dans cette race, écrit de Chang-Haï le consul américain Seward, un dévouement absolu de l'individu à sa profession, quelle qu'elle soit, une persistance remarquable dans le chemin une fois choisi, un sens très droit du juste et de l'injuste. Les gens du peuple; sont pleins d'esprit pratique; les classes supérieures ont le goût des lettres, l'ambition d'étendre leurs connaissances, l'habitude du travail régulier et continu. On trouve chez les gouvernants beaucoup de dignité, une véritable largeur de vues, un patriotisme des pluadélicats. Oiii oserait dire qu'un tel peuple n'ait pas, devant lui un avenir plus merveilleux encore que son passé? I

Quant aux étrangers, le Fils de Han les juge sur leur^ actes, et il faut bien reconnaître que ces actes ne SiSjt pas en général de nature à. iui inspirer la vénéralioû.; Son cerveau n'est pas le leur, ni ses habitudes de Toutes ses traditions tendent à lui donner de sa supériorité sur eux une opinion inébranlable. Balfour fait cette observation frappante : « Jamais un missionnairef européen n'a converti un lettré chinois; il n'exitte j un seul exemple d'une telle conversion, u C'est que le Q nois instruit ne peut avoir que du mépris pour les syS tèmes religieux ou philosophiques de l'Occident. Le s lui paraît nécessairement préférable. L'Européen e8t j

yeux un ouvrier mécanicien des plus habiles, e de plus. On peut lui emprunter quelques-unes d trouvailles, un canot à vapeur, uu fil télégraphique, ï fusil k tir rapide, deux ou trois cents volumes de rensK

gnemenls technkjues. Quant h lui emprunter ses vues générales de l'univers (si contradictoires), sa métaphysique {si nuageuse}, sa morale [si insuffisante), Vidé& n'en viendra jamais au FiU de flan. Une seule propagande aurait peut-i5tre quelques chances de réussir chez lui, — celle qui prendrait pour base de ses enseignements les œuvres d'un Auguste Comte, d'un Herbert Spencer, d'un John StuartMill ou d'un Schopenhauer. La tâche serait digne de tenter uae société nouvelle de missionnakes, et l'expérience vaudrait en tout cas qu'on !a fît, Mais les concepts théologiques d'une secte syriaque de la décadence romaine, quel iutérôt pourraient- ils avoir pour un élève de Confncius et de Çakya-Mouni? S'il daigne les approfondir, c'est seulement pour se dire que ses maîtres à lui sont autrement forts.

Encore si les prédicateurs de cette parole exotique se recommandaient parle respect des lois chinoises ou tout au moins par l'harmonie de leurs enseignements; mais ils se traitent mutuellement d'hérétiques, et sont poulie pays ou ils viennent s'établir une source constante d'embarras, ta circulaire que le Tsong-Li-Yamen adressait en 1871 aux ministres accrédités à Pékin, exposait très nettement ses griefs contre les missionnaires. Elle se plaignait que les évSques catholiques de la Chine eussent graduellement pris l'habitude de se donner pour de hauts fonctionnaires européens et d'usurper les insignes extérieurs des dignitaii-es de l'Empire, — la chaise verte à, quatre porteui-s réservée aux mandarins du troisiijnie rang, le sceau analogue en forme ou grandeur à i.xlui du Fils du Ciel lui-raùmo, et dont la perte entraîne la mort [lour le gouverneur qui en est dépositaire. La

note chinoise appelnit l'attenlioD des ministres étran-*; gers sur les orphelinats de lii Sainte-Enfance, et deman-. dait qu'aucun établissement de ce genre ne pût s'ouvrir sans autorisation régulière ; ello rcclaimait fort j ustement ' que ces maisons fussent sonmisiis i une surveillance i effective, gu'aucun enfant ne put y être reçu ou retenu contre le gré de ses parents. Enflu, elle faisait ressMùJ la tendance qu'ont les chrétiens chinois à se groupe autour des missions et à se former en communautés qui ne reconnaissent plus aucune autorité, sinon celle de leur chef religieux. Ces plaintes étaient assurément légitimes. Quelle est la nation civilisée qui laisserait des prêtres mahométaiiB ou bouddiiistes s'installer daiid setj* ports, y créer des étabhssements inviolables, usurper l'écharpe du maii* ou la broderie du sous-préfet, ériger en acte méritoire le détournement des minem's, se coastiluer en adversaires systématiques de l'administratioi locale?... La circulaii'e du Tsong-Li-Yamen le constate^ etle fait n'est que trop notoire : des bandits échappent' fréquemment à l'action des lois chinoises en adoptant 1^ reUgion chrétienne et obtenant ainsi une mptection qTj| devraif leur âtre refusée. Le besoin de s'aérer uiiâailQ est le motif déterminant de ces prétendues conversions;, car, une fois converti, le néophyte esl couvert pari missionnaire, lequel à son tour est couvert par le consul Il arrive que de petites communautés catholiques, excll] sivement secrutées parmi les classes criminelles d'u province, défient la justice et tiennent en échec l'^iitoriti du gouverneur...

Comment s'étonner que de pareilles imprudences abOntissent à des compUcations interna Uonfles? Unemëi'âsi

• plaint çue son enfant a été haplisé sans son consentement; un meurtrier échappe à la répression; le bruit se répand que les « bonzes étrangers » ont jeté un sortilège sur fe'jiays, empoisonné les puits, provoqué ,• une épidémie : un beau jour on les massacre, — et ' voilà la puissance militaire d'une grandstUt^tiou mise en jeu pour laver dans le sang de dis k vingt mille hommes les bévues d'un missionnaire trop zélé... Si seulement tant d'efforts aboutissaient à des résultats ! appréciables ! Mais les statistiques mi5me de fa. Propaga- ^<tion de la Foi montrent que ses a baptiseurs ambulants " " arrivent à peine à ondoyer par an, in articula morlls, âia ■. à douze mille petits Chinois qui passent aussitût dans un monde meilleur; et quant aux convertis adultes, dont le nombre diminue de jour en jour, au lieu d'augmenter, tous, sans exception, appartiennent ans classes absolument illettrées, si ce n'est pas aux classes criminelles, ' Le chargé d'affaires de France à Pékin, M. de RocUcchouart,dansla réponse qu'il ad ressaitleHnovembrÊt8îl " au Tsong-Li-îamen, ns cberchaitmème pas à réfuter des plaintes (fc fortement jnotivées, 11 convenait de bonne

[U^es

grâce qu^es chrétiens créeo^au gouvernement chinois des embarras perpétuels, en déclarant d'ailleurs qu'à son sens c'était surtout parce qu'ils fournissenl un prétexte aux adversaires systématiques des étrangers, a Tou- 'tefois, disait-il pour conclure, il faut reconnaître que le danger existe, qu'il a augmenté dans les derniàces années et pourrait devenir irrémédiable, si une entente parfaite ne s'établissait entre les deux gouvernements. » Ce danger pèse surtout sur la France, disons-le en passant, car

Baviéi-e, n'ont jamais eu garde d'accorder une protection effective au missioas catholiques.

Une autre source de malentendus a été jusqu'à ces derniers temps l'ignorance de la langue chinoise, qui a constamment caractérisé les diplomates étrangers. La conduite turbuleule des matelots occidentaux dans lea. ports de l'Empire du Milieu, leurs actes d'indiscipline, leur ivrognerie et leurs rixes constantes, n'ont pu contribuer non plus à donner aux Fils de Han une haute idée de la civilisatipn européenne. L'avidité avec laquelle nos marchands recherchent la soie chinoise, le thé, la rhubarbe et les autres produits de l'Empire du Milieu, le fait même que ces marchands bravent tant de périls et de chances conti'aires pour se procurer ces articles de négoce, sont faits pour confirmer les Fils de Han dans l'opinion exagérée qu'ils ont d'eux-miimes : i Que nous importent V03 cotonnades et vos petits couteaux, disait une note di] matique adressée à lord Napior par le gouverm Canton : tout cela ne pèse pas pour nous la valeur'__, plume ou d'un cheveu ; tandis que votre natioa vît noire ihé, s'habille de ta soie qu'elle vient ehejrçhernouset ne peut pas s'en passer... » Le nom popul des Européens chez les Chinois est fan-kouei, qui signi^i^ proprement n diables étrangers n. Cette appellation et les autres termes de mépris qui servent à désigner Jés Occidentaux dans l'Empire du Milieu, ont un rôle si marqué daBS les jugements portés sur eux par les populations de l'intérieur, que les traités se sont plusieurs fois occupés d'en interdire l'usage. Les mûmes ti-aités ont condamné aussi te mot aï, qui signifie « barbare » ;

lais il stoble que ce soit à tort, et que les Chinois noua

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l'appliqueiil au seus grec, c'est-à-dire pour indiquer simplement les gens qui ne parlent pas leur langue. Les termes généraux les plus usités maintenant sont ceux de oitai-kouo, ou a homme du dehors », et de yanij-jan, ou 1 homme de l'Océan n. Mais déjà les Fi!s de tian ont appris à distinguer les Français des Anglais, des Allemands, des Américains. Ils nous appellent Fo-Kouo: les autres sont les Ying-Kouo, les Tc-Kouo, les Mé-Kotio.

Il faut considérer que dans l'œuvre colossale, presque chimérique, de l'associalion de la Chine à 1« grande famille humaine dont elle vit séparée depuis les temps les plus lointains, c'est Bur les Fils de Han que pèse tout le poids d'uue révolutioB ai capitale. Les nations élrangères ont tout pour elles, — et la puissance des armes, et le béuéfice de V ex-territorialité qu'elles se sont assuré de longue date, et la lettre des traités qu'elles se sont graduellement fait concéder, et la connaissance du but précis qu'elles yeulent atteindre ; la Chine n'a liea que sa masse, ses traditions, la conviction intime de sa supériorité intcUectuelle et morale, l'aversion instinctive qu'elle nourrit pour tout changement, surtout quand le programme de ce changemeul lui vient d'un monde cïtérieur qu'elle dédaigne, — surtout quand elle constate qu'on prétend le lui imposer par la force. Au moment où les navigateurs portugais arrivèrent pour la première fois aux cùUîs de la Chine, à la fin du sv" siècle, quelle idée donnèrent- ils des Européens? Un pauvre îBée, assurément, celle d'un ramassis de brigands et d'usuriers, « Idée qui nfl^plpas devenir beaucoup plus favorable, écrit sir John ffiTB, quand les Hollandais et les Anglais entrèrent à leur tour en scèno et vinrent lutter d'a^dité mer-

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caiilile avec les Portugais. Aujourd'hui encore, la notion d'étranger européen est intimement associée, dans le cerveau d'un Chinois, à celle d'une race qui se préoccupe uniquement du gain, sans aucun souci des moyens à mettre en œuvre pour obtenir ce gain. »

Veut-on savoir comment cette arrivée de nos marchands est notée dans les annales de l'empire? Le voici : B Environ ce temps, pendant le règne de Ching-Ti (1506), des étrangers de l'ouest, appelés Fo-ian-si ^Français ou Francs), disant qu'ils apportaient le trihut, entrèrent subitement dans le port de Caalon, et, par le tonnerre de leurs canons, ébranlèrent tous les rivages. Rapport en fut adressé à la cour, qui envoya aussilôt l'ordre de les chasser et d'arrêter leiu' commerce. A peu près à la même époque, les Hollandais vinrent à Macao sur deux grands navires : c'est un peuple sauvage qui habitait jadis un territoire inculte et n'avait aucune relation avec la Chine. Les vêtements et les cheveux de ces gens étaient rouges, leur taille élevée ; ils avaieu! des yeux bleus, très enfoncés dans la tête, des pieds d'une coudée et deux tiers de long. Leur aspect était étrange et épouvantable, »

Les ambassades envoyées à la Cliine par les nations européennes n'ont fait longtemps que la confirmer dans l'opinion de sa suprématie. Elle a cm tout naturellement que c'était un hommage à sa pui.ssance et à sa civilisation. C'est te qui ressort avec le dernier degré d'évidence d'une étude attentive du beau livre que ïule a consacré à l'histoire des relations de l'Europe avec l'Empire du Milieu, et du grand ouvrage de Richtofen. On voit, par . fixempJe, les premiers ambassadeurs admis en présence

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du Fila du Ciel se plier sans protestation à l'étiquette de la cour de fékin et consentir à la dégradante cérémonie du ko-iaouf

C'est à genoux, se traînant sur les mains, frappant neuf fois de leur front les marches du trône, qu'ils se montrent à ol'Homme seul », La conséquence fut nécessairement que a l'Homme seul » les prit pour ce qu'ils étaient, — des laquais, — et les traita selon leursmcrites. De Guignes raconte que l'ambassade hollandaise de 1794 reçut de l'empereur comme une marque de sa bienveillance ironique, « un morceau de gâteau qui portait encore la trace de ses dents, servi sur une assiette sale et digne tout au plus d'être jeté à un chien »• De telles platitudes pouvaient seulement conflrnier la cour de Pékin dans ses préjugés et dans ses prétentions.

L'ambassadeur de Russie, Ismaïlof, arrivé à Tien-Tsîn en 1719, consentit de même à la cérérdonie du ko-lnon. Il se contentado stipuler que le premier ambassadeur du Fils du Ciel envoyé à Pétersbourg se conformerait lui aussi à l'étiquette de la cour russe.

Quant aux Anglais, comme leurs relations avec la Chine eurent pour agents exclusifs, jusqu'en 1834, les représentants de la Compagnie des Indes, leur dignité nationale n'eut pas à souffrir du Ion de siipcriorité toujours affecté à l'égard des nations étrangères par les. ministres du Fils du Ciel. Toutefois, en 1792, une ambassade anglaise dirigée par lord Macartney se rendit ài Pékin. Elle apportait des présents sptendides. Les Ghinoi» en furent émerveillés, mais, selon leur coutume, ils en conclurent que les Anglais s'étaient volontairement, rangés parmi les tributaires de l'empereur. Un nouvel

ambassadeur britannique, lord Amherst, ancien gouverneur général des Indes, qui se rendit en ISlôàPékin, ne fut pas reçu k la cour, parce qu'il refusa de s'abaisser au ko-taou. Ce fait senible iudiquer que lord Marcartney avait consenti h se soumettre, sinon à cette cérémonie, du moins à quelque rite humiliant. Le récit de Staunton admet qu'il o plia le genou « en se prrîaenlant devant l'empereur.

On est heureux de constater que la vieille France ne toniha jamais dans l'erreur d'envoyer en Chine des ambassades de ce genre. Nos premières relations diplomatiques avec l'Empire du Mil^ datent de Louis XIV, qui écrivit à Kang-Hi en le traitant de « Trtjs haut, très excellent, très puissant et magnanime prince, notre bon et cher ami n, pour signer : « votre ami affectionné, Louis ». Si plus tard, en 1844, M. do Lagrené mena à Men la mission dont il était chargé, et^écssit h conclure un traité de commerce avec la Chine^ ohs avoir à suhir aucune formalité dégradante, il icdut iient-ôtrepour^jne bonne part à l'attitude ferme et digne adoptée deux siècles plus tût par notre diplomatie. Avec les , Chinois, rien n'est jamais perdu : il n'y a pas de faute qui ne a^ paye, ni d'acte de fermeté et de justice qui ne porte soin fruit.

Les Espagnols envoyèrent en 1847 au Fils du Ciel une ambassade présidée par don Sinibaldo de Mas, et conclurent en 1864 avec la Chine un traité qui autorisait l'embarquement des coolies pour Cuba. Le trailement que ces malheureux y subirent était si atroce que la CbiDe; (îui expédier en 1873 une commission d'enquête àl3 ■■Havane, et que, depuis ceUe é^o<\Me, rembarquemeHl

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Û6S coolies à celte deslination est abaolunient iiilordit. I II en est de même de Manille, où les travaux les plus durs sont faits de très longue date par les CMiiois, La raaniÈre dont ils y sont traités a siirement iiiOué sur la tendance assez naturelle qu'ont montré longtemps les fonctionnaires de Canton a témoigner le plus grand mépris aux étrangers, en manière de représailles.

Quant aux Chinois qui passent aux Etats-Unis, à peine ont-ils moins de sujets de plainte. Tantôt on les lapide, tantôt on les lynche, sous préteste qu'ils viennent prendre le travail des ouvriers an^lo-saxons, tantôt on se contente de leur en voler le produit. Les compagnies américaines ' qui transportent des coolies aux Etats-Unis permettent I formellement et par conti'at de ramener le corps du Fils de Han dans son pays, pour y 6tre cnten'é conformé- I ment à ses rites, s'il meurt au cours de son engagement; elles ont mêmesim.de retenir d'avance le prix du voyage et du cercueil. MSK^uand un de leurs navires a complété sou funèbre chargement, elles trouvent plus simple et plus expéditif d'aller le vider en pleine mer. Du ^L moins telle était leur pratique jusqu'au jour où le gou- ^^^ernement chinois est intervenu direcrtinent dans l'af- ^B%ire, pour y mettre ordre.

^m Les Danois, les Suédois, les Autrichiens, les Italiens, B les Prussiens, les Péruviens, les Mexicams et lesGhiiiaas, tout en entretenant avec la Chine des relations comtaerciales assez actives, n'en ouvrirent pas d'officielles pendant de longuflB années.

La guerre de l'opium no pouvait guère contribuer à relever aux yeux des Chinois le caractère moral de l'Occident. Du moins eut-elle pour résultat d'établir i

traité de Nankin, en 1842, des reîaliiîns officiellea entre l'Empire du Milieu et l'Angleterre — par suite avec l'Europe; car le plénipotentiaire chinois, Ki-Ying, insista fort Iial)ilement pour que tous les étrangei's fussent désormais, dans les cinq ports ouverts, sur le mùme pied que les Anglais. lia France et les États-Unis d'Amérique s'empressèrent d'accréditer des ministres plénipotentiaires près la cour de Pékin. Une circonstance caractéristique de l'état d'esprit où M. De Lagrené, noire envoyé, et M. Cushing, l'eavoyé américain, trouvèrent les autorités chinoises, c'est qu'elles s'attendaient visiblement' de leur part à une demande d'indemnité, et furent soulagées d'un grand poids en apprenant qu'il n'en serait pas question. Telle était l'idée que les Anglais venaient de donner à l'eslrème Orient de la justice des nations occidentales ! Le traité de Whampoa, signé la 23 octobre' 1844 entre M. de Lagrené et Ki-Ying, consacra définitivement l'ouverture de la Chine aux puissances étj gères. La Belgique, les Pays-Bas, îa Prusse, i'^m elle-même s'empressèrent de profiter des avantages^ qao ce traité leur assurait indirectement. Mais un inslrum^nt diplomatique aftpouvait suffire à effacer dans les coaui la défiance que les Européen? inspiraient aul ChinOii et, après un demi-siècle, cette défiance n'a pas encco^ disparu.

Il importe do bien se dire que pour les Fils de Han, do toute antiquité étrangers aux relations diplomatiques avec le dehors, un traité ne saurait ^ftns aucun caa avoir la portée et la valeur qu'il peut garder aux ^ des Européens. Ce serait d'ailleurs une grande erreur^ croire que les stipu\aUons de Naul^in ou de Whamçoi

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aient jamais été connues de la grande -masae du peupli chinois. A peine le furent-elles de la cour de Pékin, s'il est vrai, comme on l'assure, que les minutes originiiles de ces contrats internationaux n'aient jamais été seulement transmises au cabinet impérial. Cependant on savait vaguement dans les provinces que l'usurpateui mandchou avait dil céder aux pi'étentîona des « diables étrangers s , et la connaissance de ce fait, jointe au licenciement des troupes attirées à Canton par l'appât d'uni' haute paye pour lutter contra les farces britanniques, doit lître miseau nombre des causes positives do l'insurrection des Taï-Ping.

Ce nom, comme presque tous ceux que nous appliquons aux choses du Royaume-Fleuri, est d'origine purement européenne. La Chine n'a jamais connu le? Taï-Ping, qu'elle appelait Chamj-Mao-Tse, les « rebelles aux longs cheveux ». L'article l"" de leur programme :'ét^ l'indépendance de la nation asservie par les Mand- XHaSs, et, pour élever autel contre autel, leur grand chef Hong-Siou-Taouen se déclarait'le-premierempereuide la H Dynastie de Paix » ou Ping-Chao. sous ie nom de Jie«- Te Qu « Vertu célestp n. Le ^ri^e laï (grande), ajouté, selon l'usage, au titre de la dynastie, donnait Taï- Ping-Chao, «. grande dynastie de p^», (}ueles Occidentaux prirent, en l'abrégeant, pour désigner tout'ie parti.

Hong-Siou-Tsouen était le fils cadet d'un cultivateur

des environs de Canton. Né en 1813, il s'était distinguéà

IMcolc par sa vive intelligence et se trouvait à fige de

un des candidats les plus brillants du concours

pour le degré de bacheher, quand il rencontra au chef-

lieu de sa province ua prédicateur indigène nommé Liang-A-Ta, Cet homme vénérable lui remit uif certain nombre de brochures intitulées : " Bonnes paroles pour la consolation du temps présent >■, que le jeune candidat emporta chez lui et lut avec intérêt, puis avec avidité. C'étaient tout uniment des pamphlets bibUques, traduits et disiribués par un méthodiste américain. Cette lecture, jointe au désappointement qu'il épiouva de ne pas sortir victorieux du concours, exerça sur le cervi de Siou-Tsoaen une influence déterminante. Il fut pris d'accès de mélancolie, dans lesquels il demandait humblement parfon à ses parents de ne pas avoir illustré leur nom par ses succès littéraires, puis d'accès de catalepsie compliqués de visions, où il était tantôt assis s un u trône de lumière », entouréd'homraes et de f{ célestes, tantôt persécuté par des monstres apocalyptiques et spécialement par une vieille sorcière qui loi reprochait sa malpropreté morale en lui recommaD^off l'ablution baptismale. '•-'

Il finit par se croire investi d'une mission divine, coupa sa nalte, laissa croître ses cheveux, renonça à la tunigi|ftlartar6*îtom' adopter la robe ouverte du tempi des Mlogtflt se mit à recruter des disciples. Sa doctrine paraît avoir été un mélange bizarre de conceptions délirantes se rattachant à la manie ambitieuse, d'aapiralions antidynastiques et de réminiscences évangfrliipics. II eut bientôt deux élèves dévoués, liong-Jin ( Poung-Yonn-Tchen- A eux trois, ils décidèrent de reaoi cer aux préceptes de Confucius et d'adopter l'immewfl ■ totale dans une eau courante, comme le signe de la i BOurelle. Les illuminés da Y^iut iis^èt<iu'cty.ient pasrard

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