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LIVRE II. LE MONDE COMME VOLONTE

leur qualité d'idées inférieures, ont des droits antérieurs sur la même matière. Yoilà pourquoi retombe le bras que l’on a tenu étendu, en surmontant pendant un moment la pesanteur : voilà ce qui amène aussi les interruptions si fréquentes dans le sentiment de bienêtre que procure la santé, laquelle exprime la victoire de l’Idée, objectivée dans un organisme conscient, sur les lois physiques et chimiques qui gouvernaient à l’origine les sucs du corps; non seulement ce sentiment s’interrompt, mais il est même toujours accompagné d’un certain malaise plus ou moins prononcé, résultant de la résistance de ces forces, et en vertu duquel la partie végétative de notre vie est déjà constamment affectée d’une légère souffrance. C’est pour cela encore que la digestion déprime toutes les fonctions animales, vu qu’elle accapare toute la force vitale à l’effet de vaincre, par l’assimilation, les forces naturelles chimiques. Enfin, de là résulte le poids de la vie physique, la nécessité du sommeil et, à la fin, celle de la mort, car ces forces naturelles subjuguées, favorisées finalement par les circonstances, arrachent à l’organisme fatigué par ses perpétuelles victoires elles-mêmes, la matière que celui-ci leur avait enlevée, et arrivent à manifester, sans obstacle, leur propre nature. On peut donc dire que chaque organisme ne représente l’Idée dont il est l’image, qu’après déduction de cette portion de son activité, qu’il doit employer à soumettre les Idées inférieures qui lui disputent la matière. C’est ce que Iacob Bôlim semble avoir vaguement entrevu, qnand il dit quelque part, qu’à proprement parler les corps des hommes et des animaux, et même les végétaux, sont à moitié morts. Dans la mesure plus ou moins complète dans laquelle l’organisme réussira à vaincre les forces naturelles qui expriment les degrés

L’OBJECTIVATION DE LA VOLONTE

inférieurs d’objectité de la volonté, dans la même mesure il arrivera à l’expression plus ou moins parfaite de sa propre Idée, c’est-à-dire, s’approchera ou s’éloignera de l’idéal, qui, dans chaque genre, personnifie la beauté.

Voilà donc que dans la nature, nous trouvons partout conflit, combat et alternative de victoire; cela nous servira plus tard à reconnaître bien clairement le dissentiment essentiel de la volonté avec elle-même. Chaque degré d’objectivation de la volonté dispute à l’autre la matière, l’espace et le temps. La matière permanente doit perpétuellement changer de forme, parce que les phénomènes mécaniques, physiques, chimiques et organiques, dirigés par la causalité, et pressés d’apparaître, se la disputent avidement, voulant chacun manifester son Idée. L’existence de cette lutte peut se constater à travers toute la nature, qui n’existe à son tour que par cette lutte: nsi yctç prj yv 10 vsixoç sv toiç TCQaypaGiv, tv ctv rjv aTravra, ojç (prjGiv Epnsôo/J.rjç. “ (Nam si non inesset in rébus contentio , unum omnia es sent, ut ait Empeclocles. Arist. Metapli. B., 5): cette lutte elle-même n’est que la manifestation du dissentiment essentiel de la volonté avec elle-même Ce combat général est le mieux visible dans le règne animal qui se nourrit du règne végétal, et dans lequel chaque animal sert à son tour de proie et de nourriture à quelque autre; en d’autres mots, chaque animal doit céder la matière par laquelle se représentait son Idée, pour qu’une autre puisse se manifester, car une créature vivante ne peut entretenir sa vie qu’aux dépens d’une autre, de telle manière que la volonté de vivre se repaît constamment de sa propre substance, et, sous ses diverses conformations, constitue sa propre nourriture; quant à l’espèce humaine, parvenue à sub-

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