AVANT-PROPOS
J’ai eu l’occasion de faire sur moi-môme et sur beaucoup d’autres aveugles un grand nombre d’observations. D’autre part, des renseignements abondants sur la psychologie des aveugles sont ensevelis dans leurs publications spéciales. Il m’a paru qu’il pouvait être intéressant, à la fois pour le grand public et pour les psychologues, ie réunir ces documents.
Cette considération seule pourtant ne m’aurait peut-être pas décidé. Je m’étonne d’écrire aujourd’hui mon nom sous le titre de ce livre; il y a dix ans, je ne m’y serais pas résolu : l’aveugle éprouve une répugnance parfois invincible à entretenir les autres de son infirmité. Pour triompher de cette pudeur, il a fallu le sentiment d’un devoir. Les aveugles sont victimes de l’ignorance où est le public de leur véritable condition. Faire connaître leur psychologie, c’est les défendre contre des préjugés qui sont la principale entrave à leur activité professionnelle.
Le lecteur n’a pas à redouter que ces deux desseins s’empêchent l’un l’autre, qu’un désir d’apologie fausse mes observations. J’espère que le scrupule avec lequel j’ai essayé de marquer les limites de ce que peut l’aveugle, s’il lui vaut peut-être des reproches