‹ Le monde des coquinsChapitre 20 sur 61 · REMARQUES SUR L ACTIF DU BUDGET DES COQUINS · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR L ACTIF DU BUDGET DES COQUINS

Une remarque importante à faire sur ce total annuel de 207,500 crimes et délits de toutes sortes, c'est qu'il ne varie, d'une annéQ à l'autre, en plus ou en moins, que d'une manière à peine sensible, soit dans la moyenne de ses chiffres, soit dans la nature, le mode d'action ouïe mobile des actes qu'il résume, soit dans le quantum des sommes qui résultent de ces actes au bénéfice des coquins ;

Ce qui vaut bien la peine d'entrer dajis quelques développements ; — d'autant que le lecteur, généralement peu versé dans la science criminelle, ne pourra que les trouver très-intéressants et très-curieux.

lo INVARIABILITÉ DANS LE CHIFFRE ET LA MATURE DES ACTES.

C'est donc sur ce' chiffre aimuel de 207,500 ou sur un chiffre normal approchant, et sur les chiffres,

AC'tIF 71

partiels qui le composent, que pivote la criminalité en France, depuis trente ans.

Et cela, invariablement ou, du moins, sans s*en écarter, ainsi qUe je l'ai dit, en plus ou moins, d'tme manière sensible, d'une période d'années à l'autre.

Toutefois, les statistiques annuelles constatent tantôt une diminution, tantôt ime augmentation assez notable, dans la gravité ou dans le nombre soit des crimes ou délits contre les personnes, soit des crimes ou délits contre les propriétés.

Mais ni cette augmentation ni cette diminution n*a l'importance qu'y attachent les statisticiens.

n n'y faut voir, en effet, qu'une simple transformation de l'égoïsme du crime, qu'une modalité nouvelle dans l'acte qui conduit à ses fins, qu'une peau nouvelle qu'il fait pom* varier ses moyens d'action, suivant les nécessités ou les revirements d'époque.

Que ce soit à nos vies ou seulement ànos botu'ses qu'il s'attaque, le crime n'en est pas nKs toujours crime en soi; sa gravité n'est que relative, — relative à l'intérêt de celui qui le commet, — relative à l'intérêt social qui en souffre plus ou moins.

L'intérêt social peut, selon les circonstances, avoir moins à souffrir d'un meurtre que d'un faux, — d'une émission de fausse monnaie, par exemple.

De même, selon les circonstances, l'intérêt privé I du coquin peut avoir moins à gagner à un assassi- 1 Bat qu'à un faux.

Dans l'un et l'autre cas, c'est moins la natu|^du

|(nme que son objet qui en mesure la portée, p^r la

qui en détermine la perpétration chez le

upable.

Au fond, le champ dans lequel se meut Tégoïsme du crime reste circonscrit dans les mêmes limites, et la moisson de méfaits qu'il y recueille reste composée des mêmes quantités que sa consonmiation annuelle comporte.

Quand ime plante donne moins, Tautre donne plus; cela fait compensation, — et le produit annuel est égal en somme.

D'ailleurs, l'augmentation qu'on remarque, d'une année à l'autre, dans le total des crimes et délits, n'existe, en apparence, que parce qu'on compare le chiffre de la période courante à celui de la période écoulée, sans tenir compte de l'augmentation progressive de la population, survenue dans l'intervalle de l'une à l'autre période.

Comparez le chiffre de l'une et l'autre période au chiffre progressif de la population, et l'augmentation disparaîtra.

C'est ai^JUque, quel que soit le taux de la criminahtc, à quelque époque qu'on fasse l'addition de ses , chiffres, le rapport du nombre des accusées et des prévenus à celui de la population est constanunent, chaque année, savoir :

Pour les accusés de crimes, de 1 accusé sur 4,000 à 5,000 habitants.

Pour les pi'évenus de déUts, de 1 prévenu sur 170 à 180 habitants.

Jamais moins, jamais plus I

Ce crime insatiable, ainsi qu'un minotaure.

■B^ D'une dîme de chair tous les ans se restaure;

Le poignard ne boit pas plus de sang qu'il n'en but : Et la mort immuable a son m^me tribut. *

Barthélémy. ^

Ce champ clos, à bornes fixes, de la criminalité, t l'un des résultats, on pourrait dire des phénomèîs, les plus curieux 'de la statistique des tribunaux. J'essaierais bien de l'expliquer, mais cela nous ènerait un peu loin...

2o INYÂRIABILITÉ DANS. LE MODE D*ÂCTION.

Une particularité non moins remarquable de ce lénomène statistique, c'est la constance avec laquelle criminalité se meut dans son champ clos, en s'y produisant invariablement, chaque année, dans le ème ordre, et dans les mêmes proportions, de telle rte que nous pouvons énumérer d'avance combien individus seront accusés d'avoir souillé leurs mains ins le sang de leurs semblables, combien d'être emdsonneurs, combien d'être faussaires, etc. , à peu près mme on peut énumérer d'avance les naissances et i décès qui doivent avoir heu.

Cette constance de reproduction est telle qu'elle ippUque même à ceux des crimes qui, de leiu' nare, sembleraient devoir le plus échapper à toute évision, — aux meurtres^ par exemple, lesquels se mmettent, en général, dans des circonstances en parence les plus fortuites.

La statistique prouve, en effet, que non-seulement ; meurtres sont annuellement à peu près en même mbre, mais encore que les instruments qui servent es commettre sont employés dans les mêmes prortious.

La statistique prouve eneoit) que, nop-seulement chaque année voit se reproduire le même nombre de crimes, dans le même ordre^ dans les mêmes régim^ mais encore que chaque classe de crimes a sa distribution particulière et invariable par «ea?e, par d^, par saison^ et que tous sont accompagnés, dans des propoi-tions parallèles, de faits accessoires^ iûdiflérents en apparence, et dont lien encore n'explique le retour.

De telle sorte que le produit annuel des recettes ou des impôts, dans les diverses parties de Tempire, ne saurait être évalué d'avance avec plus de précision, de certitude, que le nombre, la nature et le mode de perpétration des vols, des meurtres et des assassinats.

Une chose plus extraordinaire encore, c'est que la totalisation du chif&'e des crimes de chaque année, ne reçoit aucune augmentation de l'accroissement dos récidives^ c'est-à-dire que la moyenne des crinm primaires reste toujours la même, quelle que soH celle des crimes secondaires, autrement dit des midives.

Ainsi, qu'il y ait, dans ime année, plus de 1,800 récidivistes^ comme en 1R44, par exemple, ou qu'il y eu ait moins de 1,200, comme en 1828, par exenipl'N la somme totale des crimes n'eu présentera pas moins le même chiffre, en fin de compte.

Dieu a creusé le lit de cette mer... Il défend à ses flots de s'épancher au-delà.

3» mYARIABIUTÉ BAK8 IJi MOBILE d'aCTION.

Pour ce qui est du mobile qui pousse les coquins à mal faire, il faut distinguer entre les crimes et délits contre les propriétés^ et les crimes et délits contre les personnes,

A l'égard de ces derniers, comme ils ont presque tous leur source dans la haine, la vengeance, le ressentiment, les dissensions domestiques, les rencontres fortuites, les discussions de voisinage, les querelles de jeu et de cabaret, l'adultère, la séduction, le concubinage, le dérèglement des mœurs, — il est certain que leur perpétration n'a directement en vue aucun profit pécuniaire à en tirer.

Cependant, outre les querelles de cabaret et de jeu,. qui peuvent avoir ce profit pour cause, la statistique officielle constate qu'un cinquième des crimes d'empoisonnement, d'assassinat et de meurtre, prennent leur source dans la cupidité.

Les difiamations et injiu'es peuvent aussi être, et sont même souvent, l'objet d'une spéculation de gain et de lucre. — Cette spéculation a même reçu, de nos joiu's, en raison de la fréquence de son exercice, un nom spécial qui la particularise, — nom emprunté à cette sorte de pèche appelée chantage^ qui consiste à faire donner le poisson dans le filet par la seule pression du bruit dont on lui fait peur.

Les attentats aux mœurs donnent heu aussi trèssouvent à une spéculation de même nature. Seulement, ici, ce n'est pas le pécheur, c'est le poisson pô-

ché qui opère le chantage et qui fait tomber le jjêclieur dans les lacs cachés qu'il lui tend.

Quant aux crimes et délits conti^e les propriétés^ tous ont le lucre pour objet exclusif, à Texception toutefois de l'incendie^ dont on ne compte que 25 sur 100 qui paraissent allumés par Tappàt de la prime d'assurance.

En dehors des vols proprement dits, les banquerour tes^ les faux^ les abus de confiance ont pour grand ressort l'argent.

n en est de même de la mendicité^ du vagabondage^ des ruptures de ban,

n en est de même siuiout de l'escroquerie et de la fausse monnaie,

n en est de même aussi, jusqu'à im certain point, des délits forestiers^ fiscaux et autres de même sorte, qui comptent pour près de 100,000 dans le nombre total des déUts. Prendre du bois, des fruits, des fourrages dans les forêts des particuliers ou de l'État, ce n'est pas moins voler ^ c'est-à-dire s'approprier ime chose qui ne vous appartient pas, que frauder les droits du fisc. Seulement, ce sont des vols que la loi n'atteint pas sous ce nom, et que la manche large de nos consciences n'atteint même pas comme actes moralement repréhensibles, surtout en ce qui lèse le fisc...

n en faut dire autant des délits de chasse si j5réquents, surtout par rapport aux braconniers^ lesquels, au demeurant, sont de vrais voleurs. La n^yenne des permis de chasse est d'environ 155,000, jfoduisant, pour l'État, 2,325,000 fr. et, pour les commu- i nés, \ ,550,000, fr. Or, on évalue à 450,000 le nom- i

bre des braconniers, soit un chasseur pour trois bfacomiiers; ce qui prouve que le plus grand nombre échappe à l'impôt, c'est-à-dire dérobe aux communes et à l'État ce qui leur appartient légalement; et ce vol rapporte un gros profit (1).

Quant aux vols proprement dits, le tiers seulement de leur nombre totaI-;i5omprend de l'argent, soit monnayé, soit en billets, effets de commerce, ou 'autres titres pécuniaires.

Le surplus se compose d'argenterie ou d'autres objets précieux, de marchandises, de linge, d'effets d'habillement, de comestibles, de blé, de farine, d'animaux domestiques vivants, et de tous autres objets ou ustensiles que les voleurs peuvent emporter; —

Le tout classé par nature, et se reproduisant encore •ici presque de la même manière, et en pareilles quantités, chaque année.

40 INYÂRlÀBILrrÉ DANS LE QUANTUM EN SOMME.

Nous savons au juste que les coquins nous coûtent invariablement, chaque année, savoir :

Douze miUions de francs, au moins, pour leur entretien dans les prisons et dans les bagnes ;

(1) D'après une évaluation faite au minimum, ]a moyenne du produit de la chasse est, pour chaque chasseur, de 50 fr. En multipliant celte somme par le chiffre de 600,000 formant le nombre lotal des chasseurs, tant régulièrement munis que braconniers, 00 a 30 millions de francs pour Timporlance de la chasse réelle^ eo France. Quelques statisticiens Testiment à 40 millions.

Quatre millions, au moins, pour les frais faits par la justice pour les y mettre ;

Quatre millions encore, au moins, pour les frais faits par la police pour les surveiller à leur sortie.

Au total vingt millions, au moins par an;

Sans compter les six millions, et plus que coûte à la ville de Paris son admirahie garde municipale ;

Non plus que ce que coûtent à l'État les essais de colonisation pénitentiaire hors de la France continen* taie, lesquels n'ont encore eu de résultats certains pour nous que leurs dépense|^

Pareillement, nous savons, ou nous pointons estimer à quelle somme annuelle peut monter l'impôt forcé de la mendicité et du vagabondage.

A cet égard, je dois faire observer que, dans la no* menclature ci-dessus de Vavoir en crimes et délits du budget des coquins, je n'ai compris que pour 8,280 le nombre des faits de mendicité et de vagabondage portés annuellement devant les tribunaux correctionnels. Mais le nombre réel des mendiants et des vagabonds qui n'ont affaire qu'à nos bourses, sans passer jamais par les mains de la justice, est de beaucoup plus considérable. D'après les supputations modérées de M. de Villeneuve-Bargemont, on l'évalue à 200,000.

Or, en calculant sur ce dernier chifl&^e raumôûe forcée que chaque mendiant ou vagabond perçoit quotidiennement sur nos revenus, et en évaluant cette aumône à 2 fr. reçus de qk et là, il en résulte que l'entretien de la mendicité nous coûte 400,000 fr. pû^ jour, où 146 milhons par année, — somme qui^ autrement employée, pourrait suffire à Téteiadre.

D*uii autre côté, nous pouvons encore évalueii^^e que coûte annuellement au vrai commerce le commerce de ceux qui n'en font pas d'autre que d'exploiter, c'est-à-dire que de duper l'industrie honnête, en usurpant la confiance publique et en donnant à leurs floueries tout le vernis de probité extérieure qu'il faut pour ne jamais être inquiétés par la justice.

Vidocq m'a dit plusieurs fois que les renseignements certains qu'il avait été à même de prendre siu* cette classe d'industriels, lui permettaient d'en porter le nombre à 20,000 au moins pour toute la France. Or, en fixant à 10 fi:*, feulement par jour le prélèvement que chacim de ces 20,000 escrocs opère sur les recettes ordinaires du commerce honnête, aux délK?iLs duquel ils vivent, et vivent très-bien, — nous anivons à ce résultat que le montant de l'impôt que le commerce paie à ces messieurs, s'élève au cliiffre de 200,000 fi\ par jour, ou de 70 miUions 200 mille fr. par an.

Et nous n'avons point encore parlé des voleurs proprement dits, — des voleurs qu'a pu saisir la justice, — et de la valeur des objets qui nous sont annuellement volés par eux.

Cette valeur, encore bien que nous dussions la coniiaitre arithmétiquement, puisque c'est la justice ellemême qui se charge d'en constater l'objet et le taux, nous ne la connaissons, néanmoins, qu'imparfaitement et très-incomplétement.

Cette valeiu*, en effet, n'est constatée, dans les comptes de la justice crimiuelle, que pour les vols i qualifiés^ justiciables des cours d'assises, et que pour f ime partie seulement de ces vols, dont la valeur ap-

pHtimative n*est, en moyenne , que d'un million 200 mille francs par an, environ. Or, il est constant que cette somme est de beaucoup inférieure au préjudice annuel que nous cause la totalité des vols qualifiés portés devant le Jury. •

Quant aux vols simples^ beaucoup plus nombreux, qui sont portés annuellement devant les tribimaux correctionnels, radministration de la justice s'en oc- • cupe encore moins, en ce sens qu'elle ne se livre à aucune investigation poiu* la constatation de leur valeiu*, — ce qui est fort à regretter.

Mais, en l'absence de tout document officiel à ce sujet, on. peut aisément se figurer à quel chiffre énorme doit s'élever, en sus des sommes émmiérées ci-dessus, le tribut annuel qu'imposent à nos fortimes plus de 200 mille crimes et délits constatés, jointes à plus de 200 mille crimes et délits non poursuivis, lesquels ont tous pour principale cause le manque ou l'insuffisance d'argent, et pour mobile le besoin ou la passion de s'en procurer, autrement que par les voies légitimes de l'épargne et du travail.

Auri sacra famés! Voilà la faim qui remplit, non. de pain, la besace du pauvre, mais de rapines et de méfaits le budget des coquins.

Mais tout n'est pas que profit, dans l'industrie des coquins. Si cette industrie a son actif ào, gains et de bonnes chances, elle a aussi son passif de pertes et de malencontres.

Dans ce passif figurent, en première ligne, la chasse qu'on fait aux coquins pour les prendre, et les condamnations qu'ils subissent quand ils sont pris.

1« CUASSE AUX COQCDJS.

J'ai parlé plus haut de la pèche appelée chantage^ à l'aide de laquelle certains voleurs font tomber les honnêtes gens dans leurs filets.

J'ai à parler ici d'une certaine chasse appelée iraque^ dont les honnêtes gens, par répresaiUe, usent, à leur tour, contre les voleurs, — chasse qui consiste à faire, dans une forêt giboyeuse, une enceinte continue mobile qu'on resserre peu à peu, en tapinois, de manière à forcer le gibier ainsi traqué à entrer de lui-même dans les toiles tendues, ou à passer tête baissée sous le coup des chasseurs.

Pour opérer l'immense battue que comporte la forêt appelée société, qu'elle doit embrasser tout entière, cette chasse, aux mains du gouvernement, a dû se faire vénerie de justice^ et le gouvernement luimême grand veneur.

La meute de chiens courants, de chiens couchants, de limiers, de lévriers, de furets, etc., qui composent l'équipage de la vénerie judiciaûe, est proportionnée en nombre au nombre des bêtes féroces, fauves ou civilisées, — bons, tigres, loups, sanghers, renards, vautours, pies voleuses, etc., — qu'il s'agit de traquer et de prendre vivants.

Voici le dénombrement, en chiffre ronds, du personnel de cette meute d'ordi^e pubhc :

35,000 gardes champêtres communaux;

30,000 gardes particuliers assermentés ;

30,000 douaniers ;

15,000 gendarmes divisés en 3,000 brigades;

10,000 gardes forestiers et gardes-pêche ;

3,000 commissaires de pohce et 3,000 agents subalternes ;

3,000 agents voyers et leur armée de cantonniers, échelonnés sur toutes les routes ; -. Plus tous les postes militaires, dans toutes les villes où il y a garnison.

Plus, tous les citoyens, gardes nationaux ou non, que la loi investit du droit de main mise, en cas de damciu* publique ou de flagrant délit. •

Le tout, sans compter les sergents de ville et les agents de poUce de Paris, lesquels, à eux seuls, comptent pour plus de... (1)

Mais ce n*est pas tout :

A la tête de cette nombreuse meute d'ordre public, le gouvernement a placé des officiers de vénerie chargés de la commander, de la dresser, de la diriger, chacun selon ses attributions ^éciales. En. voici l'état officiel.

2 ministres; Tim de la justice, chargé de la direc — tion de Tordre judiciaire ; l'autre de l'intérieur, chai^;*^^ de la poUce générale de l'empire ; plus, leiu*s se^fe taires et leiu*s bureaux poiu* la transmission de leu«cr$

(1) D'après un décret du 27 novembre 1859, le total du p^ ^r sonnel de la police municipale de Paris est de 4,500 : comm~^^s saires, chefs adjoints, commis, inspecteurs, officiers èe psL'^L'J brigadiers, sous-brigadiers, auxiliaires, etc.; — mais, dans <

chiffre, n'est pas compris celui des agents secrets^

ordres aux préfets et aux magistrats ; — plus un préfet de police à Paris, chargé de la direction générale de la police de tout Tempire ;

86 préfets de département, assistés de 362 souspréfets d'arrondissement;

38,000 maires de commîmes ;

3,000 juges de paix de canton ;

2,500 magistrats coinposant les 370 tribunaux de première instance : présidents, vice-présidents, juges ordinaires, juges d'instruction, procureurs impériaux et leurs substituts ;

950 magistrats composant les 28 cours d'appel de l'empire : premiers présidents, présidents de chambre, conseillers, prociu^urs généraux, avocats génénéraux et leurs sabstituts.(4) ;

Plus, les greffiers et commis greffiers ;

Plus, les huissiers ;

Plus, les 8,500 jurés, annuels, tirés au sort parmi plus d'un million de citoyens...

Maintenant pour mettre le gibier pris en cage, le gouvernement a fait établir, dans toute l'étendue du territoire finançais :

38,000 violons ou salles de poHce communales, à raison d'un violon par chaque municipaUté ;

3,000 maisons de dépôt cantonales, à raison d'un dépô^par chaque chef-lieu de canton ;

3,000 chambres de sûreté de gendarmerie, à raison d'une chambre par brigade et caserne ;

362 maisons d'arrêts pour les prévenus, à raison

(*) Ces divers chiffres doivent être augmentés par snite de Tannexion des trois départements de Nice et de la Savoie.

d'une maison par chaque chef-lieu d'arrondissement;

86 maisons de justice pour les accusés et les condamnés à mort, à raison d'une maison par chaque chef-lieu de département;

25 maisons centrales de force et de correction, pour les condamnés correctionnels et les réclusionnaires ;

3 bagnes^ enfin (centralisés aujoiu*d'hui eu un) poiu' les condamnés aux travaux forcés, en attendant leiu" transfèrement à Cayenne;

Le tout, sans compter les 12 prisons de Paris^ non plus que les dépôts de mendicité^ les refuges^ les asiles et les colonies déjeunes détenus^ disséminées dans les diverses parties de la France ;

Et sans compter l'armée de directeurs, inspectem's, greffiers, surveillants, gardiens, brigadiers, geôhers, etc., préposée à la garde des prisonniers.

A voir ce nombre prodigieux de maisons et d'agents de captivité , dont la surface de la France est couverte, ne dirait-on pas que la Justice, maintenant, a pris un trousseau de clefs pour glaive, et que l'action répressive de sa main l'enveloppe tout entière d'un vaste réseau, dont chaque maille est ime prison?

2» PÉNALITÉS EiNCOURUES PAR LES COQUINS.

Plus de deux cent mille coquins sont ainsi traqués et mis sous clef, chaque amiéc, dans toute l'étendue de la France.

Une fois pris, quelle punition la Justice leur infliget-elle?

Ici nous voyons les. peines encourues pour crimes et délits présenter, chaque année, dans leiu* application, la même identité de nature, de nombre et de circonstances accessoires que nous avons vu les mêmes ciimes et délits présenter, chaque année, dans Ic'iir perpétration.

Donc, les peines criminelles et les peines correctioimelles prononcées par les cours d'assises et les tribimaiix, se moulent invariablement, chaque amiée, Jans le cadre moyen des espèces et des chiffres suivants :

PEINES PRONONCÉES PARLES COURS d'ASSISES

Peine de mort 50

Travaux forcés à perpétuité 210

Travaux forcés à temps {mojAO ans). 960 J^ 4,900 /^^cWo7i (diu'ée moyenne 6 ans). . . 830 EmprisoyînementcoYYeci. (moy. 3 ans). 2,850

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