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LOCALISATION DES FACULTES

A la détermination du nombre, de la qualification, de la classification des facultés ou dispositions innées de l'homme, la phrénologie ajoute celle de la localisation, de remplacement, du siège des divers organes cérébraux qui les spécialisent à l'extérieur.

Pour cela, les phrénologues font de l'enveloppe osseuse du cerveau, une boite à compartiments numérotés dont chaque numéro représente la position de chacune des vingt-sept ou trente-sept facultés dont nous parlons, facultés dont l'énergie respective coïncide avec le développement plus ou moins considérable de certaines circonvolutions particufières de ce point central du système nerveux, et correspond à certaines protubérances crâniennes, qui en accusent la signification, en en accusant le relief.

Assurément rien n'est plus contestable que cette géographie de l'encéphale ; aussi a-t-elle subi les attaques de plus d'un médecin physiologiste, et particu- Hèrement celles du docteur Lélut, l'adversaire le plus prononcé du système de Gall.

Cependant, le docteur Lélut reconnaît, avec tous les physiologistes modernes, que c'est au cerveau que réside l'intelUgence, l'âme ; — comment donc alors les organes , les instruments de l'intelligence , de l'âme, ne se trouveraient-ils pas spécifiés au cerveau ?

« Lorsque, dans la nature, il n'y a pas deux corps difierents qui n'aient des quaUtés, des propriétés opposées ; lorsque, dans notre organisme entier^ il n'est

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pas deux organes, deiix parties qui aient la même destination; lorsque le cœur est pour la circulation du sang, les reins pour les urines, les poumons pour la respiration, etc., lorsque enfin, chaque partie a une propriété, et que cette propriété se subdivise en plusieurs autres, — toutes les parties distinctes du cerveau, toute cette admirable texture fibreuse seraient sans destination I... C'est impossible I ce serait là un oubli de la divinité. » (Béraud, journal la Phrénologié).

« Donc, de même qu'il y a un système nerveux spécial pour chacun de nos sens ; de même, il y a un organe nerveux pour chaque faculté; de sorte que, plus la faculté est forte, plus l'organe nerveux est développé, et plus la saillie est apparente sur le crâne. Donc, si le crâne, substance dure et osseuse, se moule sur le cerveau, et cède constamment à ses efforts, la boite osseuse sera l'image du cerveau. » [Ibid,)

Sans vouloir entrer dans la polémique contradictoire que la crânioscopie de Gall soulève parmi les savants, — non licet inter vos tantas componere lites^ — je crois qu'on peut réduire, ramener ou rattacher, toutes les subdivisions systématiques dont le crâne et le cerveau humains sont l'objet, à cette division vulgaire, normale, incontestée, — celle qui présente le cerveau de Thomme, et conséquemment son enveloppe crânienne, partagé en deux parties distinctes, savoir :

La première, latéro-postérieure^ commune à l'homme et à l'animal, en laquelle résident tous les instincts^ tous \q& penchants de la bimte;

La seconde, supéro-antérieure^ spéciale à l'homme^

en laquelle résident V intelligence^ le sentiment mora/, tôiitès les facultés de l'âme et de tèsprOl

Reste maiiiteûant à résoudre le prbblètrie signaléûqùe que nous allons poser :

PROTUBERANCES GRANIENItES.

À quels signés extérieurs jpeut-on récdnhaitrë — la prédominance de tel instinct animal, dans là partie latérà-postérieure du crâne? — la prédominance de telle ou telle faculté intellectuelle ou morale; dans là partie supéro-aniérieure?

Pour ce qui est des instincts animaux j là cômpàtàison ànatomique des animaux carnassiers et non car nàssiets, — du loup et du mouton, par exemple, dé la belette et du lièvre , de Taigle et du cygrte , — donne pour résultat des crânes très-larges sur tes côtés chez tous les animaux carnassiers, et, vice versa, des crânes très-étroits chez les non carnassiers.

Or, cette comparaison, appliquée aux hommes â peiichants sanguinaires ou destructeiirs, a fait pareillement reconnaître, siu* le crâne humain, ûtle rriènïe prédominance latérale mauvaise.

C'est ce qui a porté les phrénologues à grouper, sur les parties latérales du crâne, les organes de la combativité et de la destructivité du du fneurtre, eh y ajoutant, au-dessus, l'organe de l'acquisivité où penchant au vol, lequel saillit pareillemeni àiix deux côtés du crâne de certains animaux:

C'est pareillement ce qui a fait découvrir atrx phrénologues et ce qui leur a fait placef , danà là |)àrtie

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postérieure iiii crâne , rinstiiict de V attachement et l'amour iie la progéniture^ et, tout a fait â la basé, à l'endroit ou est le cervelet, Vamativité ou iiistinct de la génération^ le plus fort de tous.

Voici plus particulièrement les signes extérieurs auxquels se reconnaît la prédominance spéciale de ces divers instincts :

Le cervelet^ situé dans la fosse occipitale, acquiert, chez certains adultes, im développement extraordinaire qui se révèle extérieurement par une sorte de poche bombée que forme à sa base la pai^e postérieure du crâne. C'est l'organe de V amour physique. Les parties génitales n'en sont que l'appareil correspondant.

L'esprit querelleur et batailleur^ désigné sous le nom de combativité^ exagération née de l'esprit de défense personnelle, se reconnait à la partie postérieure de la tète, au niveau des oreilles ; cette partie est toujours plus large chez les braves que chez les timides et les poltrons.

Non loin de cette protubérance, juste demcre les deux oreilles, est située celle de la destructivité ou du meurtre; celle-ci se reconnait à sa forme demi-sphérique. Cette protubérance dénote l'instinct de destruction sous toutes ses formes : fer, feu ou poison.

La protubérance de la ruse et de la finesse est placée au-dessus et im peu en avant de celle de l'instinct carnassier. Elle s'étend d'arrière en avant, sous forme d'une proéminence bombée, qui se termine près de l'arcade du sourcil. Plus d'un scélérat réunit les deux bosses, celle de la ruse et du mem-tre.

La protubérance de Vacquisiviié^ poussée jusqu'à

la passion du vol^ consiste en une proéminence de forme allongée commençant où finit celle de la ruse, et s'étendant jusqu'au bord externe de l'arcade supérieure de l'orbite de l'œil.

Voilà pour ce qui concerne la plupart des instincts et penchants que l'homme partage avec les animaux.

Pour ce qui est des facultés de Tâme et de V esprit^ partage exclusif de l'homme, l'homme moral est tout entier en caractères essentiels sur l'ovale supéro-antérieur du sphéroïde de sa tête.

Lorsque les organes cérébraux de la partie supéroantérieure du crâne ont acquis im grand développement, il en résulte, pour ces organes, la possibilité de manifester leurs fonctions avec beaucoup d'énergie.

Que l'on compare les têtes petites, exiguës, irrégu- Uères et sans symétrie, des imbéciles, des crétins, des idiots, des hommes médiocres, — les têtes à front étroit, déprimé, fuyant en arrière, les têtes à partie supérieiu'e évidée comme le toit d'un couvreur, — comme la tête posée sur le corps de l'ignoble Thersite par Homère, qui, comme tous les grands poètes, connaissait bien la nature humaine, — ou comme la tête pointue de Dumollard, si la photographie de ce scélérat stupide, que j'ai sous les yeux, est fidèle, —

Avec les tètes eu avant, les tètes à large front, des hommes de grand talent, des hommes de génie, — avec les tètes d'im Napoléon, d'un Mirabeau, d'un Gall, d'un Cuvier, d'un Arago ;

Et l'on reconnaîtra, à première vue, de quel côté sont les vases d'argile, et de quel côté les vases d'or.

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C'est dans la région frontale que sont compris les divers organes qui servent à nos facultés intellectuelles . Si donc la région frontale est très-développée, on peut dire, en général, à la première inspection d'une tète, que l'individu est très-intelligent. Seulement, d'après le docteur Bessière, si c'est plus spécialement la partie inférieure du front, vers les yeux, c'est une intelligence de spécialité, d'application; si c'est la partie moyenne, intelligence d'observation; si c'est la partie supérieure, intelligence de réflexion, métaphysique, poéfiie, etc.

Doit-on conclure de ce qui précède que la somme plus ou moins étendue de l'intelligence se mesure toujours, constamment, sur le volume plus ou moins étendu du cerveau?

Non; car, parfois, certains hommes, comme certains animaux, se rencontrent avec im cerveau beaucoup plus petit et une intelligence beaucoup plus grande, que certains autres ayant une intelligence beaucoup plus bornée avec im cerveau beaucoup plus développé.

Le problème physiologique des bons et des mauvais instincts de l'homme n'est, pas plus que celui du plus haut ou du plus bas degré de ses facultés intellectuelles, une question de poids et mesiu'cs, une affaire de pied-de-roi qu'il suffit d'un mètre pom* résoudre. Aussi, en cherchant cette solution dans la mensuration des crânes des condamjiés de Bicetre, mes bons et savants amis, le docteur Lélut et le statisticien Guerry, se sont-ils Uvrés à une opératiitfitjpie l'ingénieux céphalomètre de ce dernier n'a pu que rendre encore plus vaine.

De ce que le cerveau est Torgane de rintelligence, a ne s'ensuit pas que la quantité de matière cérébrale, et par suite celle de la matière osseuse qui la renferme, doive toujours expliquer l'étendue de la pensée, des facultés, des instincts.

Ce qiii est à considérer, avant tout, en ceci, c'est qu'un cerveau, comme un muscle, peut être originairement plus gros et moins innervé (qu'on pèse bien ce mot), que deux autres analogues plus petits et mieux vitalisés.

L'innervation, ce principe insaisissable? qui constitue l'homme un être vivant^ bien mieux ^ue la masse du cerveau plus grande, voilà, en définitive, le point essentiel qu'il faut établir, auquel il faut s'arrêter, en matière crânioscopique.

Le docteur Lauvergne, médecin en chef du bagne de Toulon, auquel je dois l'observation qui précède, a remarqué de plus, dans sa longue pratiqué, qu'un cerveau présente souvent des anfractuosités très-profondes, chez les hommes dont l'instinct absorbe l'in- • teUigence, à l'endroit où siègent ces facultés, sur les parties latérales et inférieures du crâne.

Ce qui, selon le savant praticien, dénote que l'étendue d'une faculté instinctive pourrait bien être représentée intérieurement, sur l'organe, d'unç manière matérielle, indélébile et profonde, sans l'être beaucoup, et même pas du tout, sur l'enveloppé extérieur du cerveau ;

Et ce qui achève de prouver l'inanité de toute inddetiSi^ probante, que l'on croirait pouvoir tirer de la mensuration coinparative extérieure de divers crâHes, soumis à quelque opération de métt'age qiïè ce ébit*

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Tc^ ce que iious avons clit jusqu'ici tend à prouver combien il est difficile de juger de la prédominance de tel ou tel instinct animal, de teUe ou telle faculté morale, chez un individu, par la seule palpation des protubérances de son crâne ; D'autant qu'il est des bosses crâniemies qui, souvent, peuvent être le résultat d'un vice d'ossification, ou d'un développement anormal du volume du cerveau, comme chez certains idiots, etc.

Et puis, l'instinct des passions n'est jamais bl'ut dans l'homme comme dans l'ammal.

L'instinct des passions, chez l'homme, se complique de mille circonstances accessoires, influentes ou déterminantes, qui doivent nécessairement en altérer le relief primitif.

C'est ainsi qu'un voleur se trouve souvent avoir la bosse du meurtre^ sans qu'aucime protubéranc€^cuse chez lui l'instinct de Vacquisivité,

C'est ainsi qu'un meurtrier se trouve avoir la bosse du vo/, sîmâ qu'aucune protubérance accuse, chez lui, l'instinct de la destructivité.

Tous les assassins politiques, depuis Brutus jusqu'à Orsini, n'avaient pas nécessairement la bosse du meurtre.

Beaucoup d'assassins ordinaires n'ont tué que parce qu'ils cherchaient, non la vie de leurs semblables, mais leur aident. Ils sont tachés de sang, c'est vrai ; mais ils u'àuxaient été qiie voleurs, avec efîractioli et

escalade, sans des circonstances accidentelles, indépendantes de leur volonté.

D'ailleurs, les têtes criminelles forment, en général, dans le monde des coquins, comme les grandes tètes morales et intellectuelles dans le monde -des honnêtes gens, une exception, dans leur genre^n ce sens tpi'elles sont placées, comme celles-ci, par la nature, — mais à Finverse, — en dehors de la masse humaine, laquelle flotte, marche, vit ou végète, entre leurs deux extrêmes, sans protubérances crâniennes sensibles, ni pour le vice, ni poiu* la vertu.

Même dans les prisons, mlême dans les bagnes, le plus grand nombre des condamnés portent avec eux une structiu'e crânienne ordinaire et commune.

Comme la masse humaine libre, la masse humaine prisonnière est moyenne dans sa forme, moyenne dans son développement, moyenne dans son activité. Elle n'a point de vocation ; elle obéit à Timpulsion qu'on lui donne, et devient, aisément, tout ce que la font ou les lieux, ou les lois, ou les mœurs, ou les instituons, ou les rares géants, — géants du bien, géanW^du mal, — de son espèce.

Ce qui ajoute à la difficulté de distinguer, par des signes certains, au moyen de la phrénologie, le coquin de riiomiète homme, dans les prisons comme dans le monde, c'est l'obstacle, c'est la gêne qu'apportent, pour la palpation comme pour l'appréciation à première vue, les cheveux, la coiffure. Le front, il est vi^ai, se Uvre à découvert à l'étude, mais les organes du front représentent des qualités, et ce ne sont pas les qualités qu'on veut étudier chez les hommes. Ce qu'on tient à connaître, avant tout, c'est

leurs mauvais instincts, leurs mauvais penchants. Or, ce sont ceux-là qui se dérobent le plus à notre vue, en crânioscopie.

Donc, la phrénologie est impuissante, ou tout au moins insuffisante, à discerner distinctement Thonnête homme du coquin.

n faut, pour cela, non-seulement palper avec les mains, mais encore et surtout palper avec les yeux, avec les yeux de l'esprit autant qu'avec les yeux du corps.

C'est de cette dernière palpation que nous allons maintenant interroger, et, s'il se peut, découvrir les secrets.

La physionomie est l'empreinte extérieure du caractère et du tempérament de l'homme, que trahissent certains traits, certains signes, certaines contractions de son visage.

La physionomie n'est donc que le reflet de nos impressions. Par cela même, elle semble destinée à expliquer les instincts et les qualités dont le secret est caché, en phrénologie, sous les cheveux et la coififdre.

Chaque trait du visage est doué d'une valeur physiognomonique quilui est propre, et dont il est nécessaire, pour porter son jugement, de se rendre compte séparément.

120 A QUELS SIGNES RECONNAtTRÈ tJN COQUIN

Mdis, c'est le jeu d'ensemble dès divëts traits dé là physionomie cjui vous frappe tbiit îj'àbord. C'est donc cet ensemble qu'il importe d'étudîét; àtàllt tout.

iO TRAITS d'ensemble DD TISAGB HUMAIN.

« Dieu répandit sur le visage de l'hoiùmé un soiifQe de vie, et l'homme devint vivant et animé, » dit la Genèse.

C'est donc le visage que Dieu, lui-même, a choisi ^oxxt être le miroir de la pensée animique de l'âme.

Aussi, en voulant que l'homme porte la face élevée vers le ciel, — os homini sublime dédit ^ etc., — Dieu l'a-t-il pourvue de tous les organes des sens qui concentrent en elle toutes les affections dont l'âme est susceptible, et dont les nerfs nombreux qui s'y ramifient, lui donnent une sensibihté exquise, comme les vaisseaux qui s'y distribuent une énergie vitale extraordinaire.

C'est là qu'est la vie entière, a dit liii médecin philosophe ; c'est là que viennent éclater les feux de l'intelligence. Partout ailleurs on ne trouve que des forines matérielles, presque sàiis animation. La face c'est la seule partie de l'organisatioii qui soit, ei quelque sorte, spirituahsée par la pensée ; c'est le li vre du cœur, ouvert à quiconque sait y lii^; auss chez tous les peuples, es^elle découverte. »

Douée seule de la faculté de rougir, la facis < l'homme oflfre, dans les nuances averses de sa co' ration, des signes révélateiu^ aiitquels nul physioi miste ne sam*ait se méprendie.

Est-ce J)ar les yéiix que cbinmeiiee toujours là rougeur de là colère; — par le front celle Jie ranibiir; — ^ar lés jciues et rëxtrémité des oreilles celle de la honte J — coninië le prétend de La Chambré, eh son livré du Caractère des Passions? — Peut-être bien. Ce qu'il y a de certain, c'est que la rougeur de la colère est facile à distinguer de celle de la pudeur. Tandis, en efifet, que celle-ci, par suite de Taugmentàtion légère des mouvements du cœur, revêt line couleur brillante et vermeille; là première, déterminée par la stase du sang, effet immédiat de la gêné de la respiratioh comprimée, présente une teinte sombre ou Uvide;

Il eh est de même de la pâleur. Tandis que celle de la frayeur se manifeste par une simple décoloration du visage, celle qui annonce la présence de la jàloiisie, de rënvië, de la haine, ou de quelque àiitre passion sombre et farouche, se recohnait à une teinte terne et blafarde, cuivreuse ou plombée.

« n est des hoihmes que Lycurgue eût chassés de Lafcédémbne, sur le sinistre caractère et la pâleur de leur front, » disait Saint-Just, à la Coiivéhtioii, là veillé du â theriiiidor.

C'est surtout pat les muscles nombreux, destinés à mouvoir les parties molles de la face, que là physionoîûié humaine revêt cette étonnante mobiUté d'expression qu'on M connaît. Souple, molle et transparente comihe iiiië eau calme, hmpide, la face se bom^soufle, se contracte, se couvre de rides profondes et vertiges, lorsque qùel^he passioh triste ou terrible s'empare de î'àhie. Alots, tout devient dur et heurté, le tendon roidi se montre conlme une corde sous la

peau; les angles se dessinent; les muscles, repoussés les uns par les autres, forment des saillies brusques; les sillons qui les séparent se creusent et s'enfoncent; la peau monte et descend, s'élève, se précipite, passe du relief au creux, sans ménagement pour l'œil. C'est, dit le même médecin, comme une roue qui roule sur un sol déchiré par l'éruption d'un volcan. Chaque passion, chaque sentiment fait agir d'une façon particuUère chacun des ihuscles de la face ; et chaque état de l'âme fait vibrer ainsi une des cordes de cetinstrument malléable et docile.

De cet instrument, toutefois, les nécessités de position faussent souvent le ton normal et l'harmonie naturelle des sons ; car, tant mue qu'elle puisse être par les passions, la physionomie dépend du cerveau et est, par cela même, esclave de la volonté. Elle sait donc, quand le cerveau le veut, se faire trompeuse, et obéir, s'U le faut, aux injonctions de la perfidie et de la ruse.

Cela lui est d'autant plus facile qu'il est démontré aujourd'hui, par les curieuses expériences d'électricité du docteur Duchenne, que les mêmes nerfs agissent toujours sur les mêmes muscles pour traduire les mêmes émotions ^^i qu'on peut produire artificiellement, et fixer très-nettemement, par la photographie, jusqu'à 33 expressions différentes, représentant les principaux états de l'âme ; — le tout, sans que le sujet, soumis à l'action du conducteur électrique, ait la moindre conscience des sentiments que l'opérateur lui fait exprimer. Son masque exprime ime terreiu* indicible, ime joie ineflable, un mépris profond, unô raillerie amère, une lascivité désordonnée ; et pour-

tant la respiration reste paisible, le pouls calme et le cerveau tout à fait inconscient !...

Quoi d'étonnant, d'après cela, de rencontrer, tous les jours dans le monde, le vice calquant la vertu, reflfronterie mimant la réserve, la rouerie singeant rinnocence, la flouerie grimaçant Tintégiité, le vol simulant la propriété, le coquin, en un mot, imitant l'honnête honunè, — le tout, souvent, à s'y méprendre, — selon l'intérêt, la passion, les circonstances qui poussent l'homme à composer son visage et éprendre le masque des vertus qu'il n'a pas !

Toutefois ce n'est pas chose facile de cacher toujours, de cacher longtemps, la vérité sous le mensonge :

Difficile est iiisti fingere mente jocum.

Née benè mendaci risus eoniponiiur ore.

Quelque bon acteur qu'on soit, il y a toujours quelque coin de son masque qui laisse échapper un trait, un signe, un rien dont le spectateur s'empare pour pouvoir lui dire : Je te connais, beau masque ! Entrez dans l'ateUer du jeune statuaire Christophe, «le statuaire du rêve, le philosophe du marbre, auteur d'une œuvre qu'eût enviée Byron, » comme l'a si bien défini Aiu*éhen Scholl, le fin critique. Là, vous admirerez une statue de femme, dont le visage heureux et riant attirera tout d'abord votre attention. Mais, ce visage, regardez-le autrement que de face; tournez-vous un peu de côté, et vous ne verrez plus ^'un masque qui recouvre, cachée par derrière, une figure anxieuse, convulsivc, tortm*ée, mourante, avec

130 A QUELS SIGNES BECOXNAITHE UN COQUIX

un serpent qiii lui mord le cœur, sous les plis grs^-: cieux de la riche draperie qui le dérobe aux reg^ds. C'est ce que Tauteiu" appelle la Comédie humaiiae.

Ainsi en est-il, en effet, dans la comédiç que la plupart des hommes, et notamment les coçj^iii^, jouent sur la scène du mondie. ;f^es homn^es les plug forts, les coquins les phis madrés, se lassent à la longue de ce jeu factice et fatigant. Ils sont fQ|:cés dq se reposer, ne fût-ce qu'un poment. Alors, pn éclair fauve c[ui sillonne Tœil, un pli imperçejjtil)!^ g]û se forme au coin de la bouche, dévoilent le tigre pi^ \(^ renard. Alors le vice, débordant du cœur sur la physionomie, vient y imprimer le cachet de son origine, tirer en bas tous les muscles de la face, hébéteir les yeux, changer la beauté en laideur, et crier gare au filou, à l'assassin, au voleur I

Donc, à tout bien considérer, et malgré les voiles trompeurs dont certains visages se couvrent, l'observateur habile trouve toujours l'occasion de répéter, d'après Pétrone. Ex vultibus hominum mor& colligo.

Voyez, en prouve, l'œuvre de Gavarni : Masquer visages; et les dessins au trait du caricaturiste ing' iiieux Toppfer.

On sait qu' Aristote recommandait à son royal élè de choisir ses magistrats sur la physionomie, et ( Platon, son maitre, renvoyait ceux de ses discii dont la physionomie et les formes extérieures lui plaisaient.

4 leur exemple, im célèbre ministre suédqî XVII® siècle, Oxenstiem, avait coutume de dh*e : « vous étonnez que tel soldat soit devenu génén

SlQNESf PHYSIOGNOMONÎQUES 131

pauvre vicaire évêquel Avez-vous étudié sa physionomie! »

Distortum vuUurn sequifur distortio morum^ disait un proverbe latin.

Nimium ne crede colori^ disait un autre.

A ino4 sçns, le conseil de celui-ci est plus pru4ent à suiyre, dpns toii^ les cas, que l'axiome de l'autre n'est jfl^te k applique!* toujoiu*s.

n fei|t» çft effet, ^stinguer, à cet égard, entre les difformités d'accidents et les difformités de nature.

Les premières peuvent n'altérer en rien le germe antérieur, les qualités préexistantes d'une belle âflie, d'un esprit droit, d'une raison saine , d'u^e intelligence hors ligne.

Les secondes ne peuvent que serviy d'enveloppe à une âme, à une rsfison, aune inteUigence contournées conuQfie ^lles.

J'ai souvent remarqué, 4ans le cours de mes inspections, qu'une difformité naturelle du visage, qu'une anormale conformité de la tête, coïncidait avec une iiffi)rmité de caractère, avec de bizarres idées, avec ^e anormaUté de jugement.

En créant l'homme à son image, Dieu l'a nécessairement doué d'une beauté morale et physique parfaite.

L'homme n'a pu devenir laid naturellement, de ^^isage et d'âme, que par le péché.

Satan, avant sa chute, était le plus beau des anges. Ce n'est qu'exceptionnellement et par une de ces monstruosités cp'elle se permet quelquefois, que la ^^^'tore place une laide âme dans une tête belle, une toae belle dans ime tête difforme.

Les monstruosités ne font pas la règle; elles. 1^ confii*ment comme les exceptions.

C'est au physionomiste qu'il appartient de percer, de son œil scrutateur, Técorce menteuse, et d*en pénétrer le for intérieur.

Le for extérieiu" le révèle presque toujours par quelque coin caché. Il suffit d'y regarder de près.

n suffit même, comme dans la statue de femme de Christophe, souvent, d'en regarder le dessous, ou de l'examiner de profil.

Alors se voit le plomb vil ou l'or pur que Tenveloppe de dessus, brillante ou hideuse, vue de face, dérobait aux yeux trompés.

C'est de profil^ d'ailleurs, non de face qu'il faut toujours considérer une figure, quand on veut en étudier la signification, parce que le profil offre des traits plus prononcés, des lignes plus pures, et se prête beaucoup moins à la dissimulation.

De là, la pratique des silhouettes si usitée et si fort à la mode vers la fin du dernier siècle; — pratique aujourd'hui tombée en désuétude et en oubU, mais qui n'en a pas moins conservé toute sa valeur pour les études physiognomoniques.

La silhouette est, en effet, l'empreinte immédiate de la natiu'e, empreinte que le dessinateur le plus exercé ne saurait reprodmre avec im degré égal de correction. Aucim art n'approche de l'exactitude d'ime silhouette bien faite, dit le docteur Ysabeau. « Et, cependant elle n'a qu'ime hgne, dit Lavater. Elle n'a point de mouvement , point de jour, point de couleur, point de relief, point de creux ; elle n'a ni yeux ni oreilles, ni narines, ni joues, ni dents. Elle n'a

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même qu'une fort petite partie de la lèvre. Malgré cela, quelle expression déterminée dans son contour ! » Il va sans dire que la silhouette accuse naturellement mieux les caractères extrêmes que leurs nuances intermédiaires; les caractères des gens ou très-doux, ou très-emportés, très-flexibles ou très-opiniâtres, très-superficiels ou très-profonds, excessivement honnêtes ou excessivement coquins. ,

La silhouette exprime parfaitement la vigueur naturelle de rame, la bonté, la mollesse, la sensualité, surtout rinnocence de Tenfant. Elle donne ime plus juste idée de Tintelligence profonde que de l'esprit vif et lucide , de rintelligence élevée que de la grosse sottise, de l'audace d'un héros de la haute pègre que de la gaucherie d'un pégriot.

Du reste, il est un moyen, plus ^ûr encore que celui de la silhouette et du profil, de reconnaître au juste ce qu'un visage laid ou beau recouvre de beauté ou delaideiu' d'âme, c'est de la mettre de face, en face d'une action laide ou belle, se passant sous ses yeux. Lors donc que vous rcDcontrez dans le monde, ce çû arrive plus d'une fois, des gens décidément laids, et remplis, malgré cela, de bonnes quahtés, ou bien des figm^s de scélérats empreintes, néanmoins, d'une incontestable beauté; — pour savoir si cette laideur, âcette beauté physique est le reflet de celle de l'âme : ^ examinez ces hommes si beaux, et tâchez de voir ïexpresion de leur physionomie, en présence d'une Ws-laide action. Alors, vous verrez à quel point ils [iffièrent des types observés chez ceux qui n'ont jafoilli. Alors, les signes de leur déchéance, quelle frappante que leur beauté physique soit encore,

m A QUELS SlGNî:S RECONNAITRE VH COQUIN

ne pourront vous échapper. Maintenaut, observez ^ic hommes à la laide figure en présence d'une b g=* action, d'un action grande et généreuse; alors v«zdi verrez leur laideur illuminée par le feu d'uue pasat^îa noble; alors vous verrez percçç le g^mQ de befi|Lirf( sublime qui accompagne toujours la vertu.

Ayant Lavater, ces diverses inductions, tirées de l'étude des traits du visage de l'homme, étaîeja^ affaire d'instinct, d'aperception, de divination, chez le physionomiste. Ce n'était point affaire de science.

Le premier, le célèbre pasteur de Zurich en fit une science, à la fin du siècle dernier, sous le nom de physiognomonie.

Cette science, Lavater la fonde sur la division de la face humaine en trois parties essentielles, sï^voir :

La première, qui s'étend de la racine des cheveux aux sourcils, caractérise le degré des facultés intel' lectuelles;

La seconde, qui descend des sourcils au bas dtt nez, a plus de rapport avec les sentiments moraux;

La troisième, qui comprend le reste du visage, est plus intimement bée aux besoins animaux, notaiDment à la gourmandise et à la volupté.

Suivons les données de cette division, dai^s sofl application à chacune des parties, à chacun des traits du visage.

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