‹ Le monde des coquinsChapitre 51 sur 61 · tu, que sont devenus ces voleiu's qui infestaient · texte numérisé non relu

tu, que sont devenus ces voleiu's qui infestaient

e Neuve-des-Petits-Champs, cassaient les vitres

ips de pistolet après le coucher du soleil, rava-

it la rue Saint-Honoré dans toute sa longuem^

teuaieut conseil au marché des Innocents, et assassinaient les mortels sur le Pont-Neuf, à neuf heures du soir? Quoi l on se promène sans danger, toute la nuit, sur les boulevards ! Quoi l on ne coupe plus les bourses dans les églises 1 Quoil on ne rosse plus le guet, converti en sergent de viUe ! Mais aussi, quel guet! une patrouille grise de quatre invalides, qui vendaient leurs arquebuses à mèches pour jouer au brelan. Comme tout cela est changé ! La professioï^ de voleur public est perdue. »

Ce qui prouve d'ailleurs, que les vers de Boilea ^'^ ne sont ni une fantaisie ni une hyperbole de poèt^^^' c'est la correspondance, rendue pubhque, d'un per"^^' sonnage célèbre et nullement poète du même temp^^^' correspondance qui renferme les détails les plu -^^ précis et les plus curieux sur la criminahté à cett- ^^^ époque,

« On ne parle, écrivait Guy Patin, en 1668, que à^ -^ vols domestiques, de valets et de servantes qui volei^^** leurs maîtres, et de là se font pendre, »

Guy Patin ajoute : « En 1650, on pend à Pari-^ — ^

force voleurs ; — en 1653, on exécute à Paris plu '

sieurs faux monnayeurs, voleurs et assassins; — e^^ 1659, on ne fait que pendre et rompre; — en 166^*=-; jour et nuit, à l'entour de Paris, on vole et on tu^ ; — en 1666, il y a des exécutions fi^quentes de vo leurs et de faux monnayeurs ; — en 1667, on n€ ,

entretient que de vols, massacres, et autres crimes; - en 1669, on ne parle que de voleurs, de recèleiurs t d'assassins : les exécutions publiques ne manquent as... (1). »

Et, pourtant, que de grands coupables échappaient lors au supplice, et même souvent à l'action de la istice, soit à cause de la crainte qu'ils inspiraient, oit au moyen des lettres d'abolition ou de grâce, u'obtenaient facilement les personnages riches ou laut placés !

Tous, malgré cela, ne parvenaient pas à s'y sousraire, et la correspondance prouve que, dans les ingt-deux années qu'elle embrasse, le monde des aqiiins d'alors eut plus d'une fois maille à partir, 3ur ses héros, avec le glaive de la justice.

Voici, à ce sujet, quelques détails que nous avons -traits de cette correspondance : ils sont édifiants !

F'aux. — Les faussaires en écrits publics et privés, ' en sceaux ou cachets, sont nombreux. Parmi eux gxirent un chanoine et archi-diacre, un avocat, deux otaires et le président d'un baiUiage.

Parmi le^ faux témoins, deux docteurs en Sor- >oime.

(1) V. Lettres choisies de Guy Patin. La Haye, 1718. 3 vol. n-lt — Nouvelles lettres, 1734. 2 Vol. in-12. — Et Revue de WoU français et étranger. Tome II, article de M. Berriat-Saint-

Parmi les faux monnayeurs, au nombre de plus de trente, un chirurgien, le neveu du premier médecin du roi, deux médecins, un prêtre, un prieur, un magistrat, deux gentilshommes.

Vols. — Les vols domestiques et de grands chemins sont dtés, les premiers au nombre de dix-neuf, les seconds au nombre de neuf. On y compte aussi quatre vols à force ouverte, onze précédés de meurtre ou d'assassinat, vingt-six accomj^agnés d'autres circonstances aggravantes.

Au nombre des voleurs publics ou qualifiés, on trouve des financiers, des religieux, des nobles, les fils d'un conseiller d'État, et, parmi les voleurs de grands chemins, le clerc d'un procureur, un conseiller à la cour des comptes, et plusieurs nobles ou gentilshommes.

Assassinats. — Trente sont indiqués par Guy Patin, dont trois conmiis en plein jour, et six avec des circonstances qui dépassent les forfaits des Mingrat, des Delacolonge, des Lacenaire et autres bandits fameux de notre temps. Ainsi :

En 1667, un contrôleur de la maison du fils du grand Condé est assommé par ses domestiques à coups de maillet ;

En 1649, une comtesse et sa fille, après avoir cherche d'abord à faire tuer à la chasse leuf gendre et mari, puis à lui faire empoisonner ses blessm^es par un chirurgien, se réimissent et l'étranglent de leurs propres mains ;

Eu 1655, le fils d'un prociu'eur au Paiiement, sans aucune provocation, sans aucun motif, tue sa femme fi'oidement à coups de couteau ;

En 1657, le fils naturel d'un gentilhomme prêta son assistance à des voleurs pour assassiner son père, afin de prendre part à leur butin ;

En 1656, deux cordeliers attirent, de leur église dans leur couvent, une fille jeune et jolie, et, après avoir assouvi leur brutalité, la tuent et l'enterrent secrètement dans leur église ;

En 1658, un substitut du procureur général au Parlement de Paris essaie d'assassiner im de ses amis, en lui envoyant une boite remplie de poudre et de balles, destinée à le tuer par l'explosion;

Enfin, en 1668, des voleurs étranglent, dans l'hôtel de son maitre, le valet de chambre d'un évêque, et coupent son corps en plusieurs quartiers qu'ils jettent dans des latrines.

Empoisonnements. — Guy Patin cite deux empoisonnements commis, en 1651 et 1665, par deux femmes sur leurs maris, dont le premier était homme de lettres, et le second conseiQer à la cour des comptes.

n cite aussi quatre autres empoisonnements, dont les auteurs furent im domestique, im apothicaire, un ecclésiastique et un curé.

Le tout, sans compter les forfaits de la trop fameuse marquise de BrinviUiers, laquelle empoisoima, comme on sait, notamment son père, ses frères, sa sœur. (V. ci-dessus, p. 201) ;

Et sans compter non plus les attentats épouvantables, auxquels une infâme cupidité entraîna le chevaher et l'abbé de Ganges envers leur infortunée belle-sœur, — attentats où l'empoisonnement fut suivi de plusieurs assassinats commis en plein jour, de sang-fix)id et de guet-apens.

274 Y A-T-IL PLUS DE COQtTINS

Bébellions. — En 1658, des religieux Ângustins résistent à un arrêt du Parlement qui ordonne une visite dans leur monastère, et massacrent deux archers.

L'année suivante, im receveur des domaines, contre lequel avait été décernée une ordonnance de prise de corps, tue quatre archers qui prêtaient main-forte aux officiers de justice, et échappe ainsi à l'exécution.

En 1660, des laquais excitent un grand tumulte auprès de la porte de Paris, pour enlever deux criminels, im homme et une femme, que Ton conduisait à Téchafaud ; tumulle séditieux au milieu duquel bon . nombre d'honmies furent tués ou blessés*

Crimes divers. — Parmi les escrocs qui foisonn^at^^ on distingue un chartreux, des carmes, la fiUe d* iii — président au Parlement de Paris.

Parmi les concussionnaires et les banqueroutier on compte des rec^^veurs des tailles et finances, de conseillers, des nobles, et jusqu'au trésorier des con^.».i. gnations du Parlement.

Parmi les incendiaires, figurent un gentilhomifecse et un médecin.

Enfin, parmi les auteurs de séduction et de vl^^d/, trois prêtres séculiers et deux reUgieux, dont les {premiers avaient abusé de leur quahté de confesseurs. ,

Ainsi, tandis que de nos joiu's, le plus grand nombre des crimes les plus graves est commis par des

coupables appartenant aux dernières classes de la société, les plus hauts échelons de la criminalité sont montés, au dix-septième siècle, par des nobles, des prêtres, des magistrats, des conseillers d'État, des avocats, des médecins, etc.

Ajoutons que, dans le récit que fait Guy Patin des exécutions capitales, il en mentionne : — 88 par la strangulation ou la potence, — 7 par le feu, — 12 par la décapitation, — 56 par la roue ou rupture des membres, dont 5 avec amputation préalable du poing;

Ce qui fait 163 exécutions à mort, — et à quelle xnortl — dans un intervalle de vingt-deux ans, c'est- ^-dire deux fois plus que, dans un espace de temps j^resque égal (de 1825 à 1842), n'en a ordonné la <îour d'assises de Paris, bien que rendant la justice <2iiminelle pour une population beaucoup plus considérable; car dans cet espace de temps, elle n'a prononcé la mort que contre 76 condamnés.

De tout quoi il résulte que, dans la comparaison <Iu'on cherche à établir entre le nombre et la gravité ^es crimes d'autrefois et le nombre et la gravité des erimes d'aujourd'hui, la supériorité morale du temps passé n'est qu'un mensonge du temps présent.

Le temps présent se calomnie lui-même, en ce point, comme en beaucoup d'autres.

Du moins, il abuse par trop contre lui-même des ^anws de cour d'assises, où le crime vient recevoir

périodiquement le châtiment que la loi pénale lui inflige, en laissant dans le plus profond oubli, comme si elles n'existaient pas pour lui, les séances de TAcadémie française, où se décernent annuellement les prix de vertu, et les colonnes du Moniteur^ où sont trimestriellement comptés les actes de probité, de com^age et de dévouement, qui distinguent si éminemment la classe laborieuse, dont ils sont pour ainsi dire le privilège exclusif.

Le vice fait plus de bruit que l'innocence, le crime plus de* bruit que la vertu. Voilà pourquoi il est plus en vue qu'elle, bien qu'en réalité il fasse moins de besogne.

On ne sait pas assez combien il y a de vertus discrètes qui travaillent dans l'ombre à compenser les scandales publics de nos jours.

Un savant académicien, M. de Barante, a mis cette vérité en lumière, dans un éloquent discours plein de récits touchants, dont la conclusion est que nos niœurs valent bien celles de nos pères (1) ; —

Conclusion que deux estimables écrivains, INM. Frédéric Lock et Coiily d'Aragon ont rendue palpable poiu^ tous, en publiant le recueil des rapports lus dans l'Académie française sur les actes de vertu qui ont mérité le prix Montyon : deux volumes où il n'est question, pendant huit cents pages, que de bienfaif aisance, de courage, de dévouement, de sacrifices; où l'on trouve mi héros ou un saint par page, un admirable cours de morale en action , emjfruntc à l'histoire privée de la France, depuis, cinquante ans!

(1) Séance annuelle de l'Académie française d'août i8{i6.

Voltaire, dans Zadig^ suppose que tous les cinq ans le roi de Babylone, par la main de ses mages récompense d'une coupe d'or celui de ses sujets qui a fait la plus belle action. M. de Montyon a pris, chez nous, le rôle du roi de Babylone et donné celui des mages aux membres de l'Institut.

Mais ce n'est pas seulement im trait accidentel de courage ou de vertu qui rend digne de la coupe d'or, aux yeux de l'Académie ; c'est encore et surtout la continuité de l'acte, la persévérance dans le sacrifice, l'habitude de l'abnégation; c'est l'héroïsme soutenu, la constance des patients et courageux efforts, le labeur des longs dévouements.

N'est-ce pas à réconciher avec le temps présent ses plus pessimistes détracteurs, et à* donner l'espoir que notre pauvre siècle pourra bien être un grand siècle, aux yeux de nos arrière-neveux I

Il suffirait de la seule histoire de la fondation des prix Montyon pour prouver que nous valons mieux que nos pères.

Lorsque ces prix furent distribués pour la première fois, en 1783, savez-vous ce qui arriva? Il arriva que madame de Rivarol, dont la domestique avait été désignée à l'Académie pour avoir soulagé la misère de sa maitresse, poussa l'ingratitude et l'orgueil jusqu'à nier le bienfait dont elle avait profité. La chose fit scandale, mais elle eut heu. Aurait-elle heu aujourd'hui?

Aulre histoire morale du même temps.

Le premier prix pour l'ouvrage le plus utile aux mœurs fut disputé par deux vestales du grand monde d'alors, madame de Genhs et madame d'Epinay. Il

n'y avait pas, dans toute la France, de concurrentes plus vertueuses I

M. de Barante dit malignement à ce sujet : a Madanie d'Epinay, qui avait eu quelques amours de plus que sa rivale, l'emporta. Ce fut la première des rosières de TAcadémie. On n'en courronne plus aujourd'hui de pareilles. »

Serait-ce pour cela que la moralité du siècle décline?

Ce que les laudaiores temporis acti s'obstinent le plus à nier, c'est l'évidente et heureuse transformalion apportée, dans les mœurs publiques et privées, par la révolution de 89. Cette révolution a été une fournaise ardente qui a piuifié tout ce qu'elle n'a pas brûlé. Sa flamme n'est pas éteinte, elle dure encore, et consume peu à peu les vieux restes d'immoralités du passé qui ont pu échapper à son feu épurateur.

Qu'est-ce, par exemple, que les peccadilles du temps du grand empereur, en regard des péchés monstrueux du temps du grand roi? Est-ce que, aujourd'hui, les infamies du temps de la régence et de Louis XY, seraient possibles?...

Notre httérature elle-même, qu'on accuse si fort d'être immorale, est pudique et collet-monté, en comparaison de celle du bon vieux temps, si souvent grivoise et débraillée.

Non, toutefois, que jenie que les Fanny^les Bovary^ les Antoine Quérard et autres productions naodemes

de même morale, exhalent un arôme d*iin montant de mauvais lieu.

Mais on ne peut nier non plus que ces romans de lupanar, ou d'alcôves adultères, dont se repaissent quelques appétits blasés, n'excitent, chez le plus grand nombre des gens de sens et de goût, que répulsion et nausées, — sentiment, certes, que n'eussent point éprouvé nos pères, accoutumés qu'ils étaient à la lecture d'ouvrages bien autrement épicés d'impuretés : le Sopha^ les Bijoux indiscrets ^\q Libertin de qualité^ le Pm^tier des Chartreux^ Justine^ etc., etc., ouvrages que toute la jeunesse dévorait avec délices dans le dernier siècle, et qu'elle rejetterait avec dégoût aujourd'hui.

Aujoiu*d'hui, personne ne transige ouvertement sur les questions de pudeur pubhque.

Aujourd'hui, non-seulement les Ubidineuses élucubrations d'un marquis de Sade, ou d'un compère Mathieu, ne trouveraient plus de place dans la bibUothèque d'un homme honnête , mais les hcencieuses privautés et les obscènes peintures de Rabelais, de Hathurin Régnier, de Bussy-Rabutin, de Tallement des Réaux, de Voltaire même, et même de Saint- Simon, ne seraient plus supportées dans un livre moderne.

Brantôme, qu'on lisait dans les cercles, n'est plus même lu dans les boudoirs, et la nouvelle édition de ses Amours git délaissée, malgré son titre aUéchant, à l'étalage des libraires au rabais.

On ne jette même plus les yeux sur Faublas; et les lomans de Pigault-Lebrun sont à l'état fossile...

Oui I . . . mais VA mour de Michelet ! m*objectera-t-on.

Si grand qu'ait été, lors de son apparition, le succès préparé de cet étrange traité de physiologie conjugale, — car, au fond, ce n'est que cela, — ce livre, dont les marquis duxviii® siècle auraient fait le régal de leurs petits soupers, aujom'd'hui ne se Ut plus, ne se trouve plus nulle part.

Nulle parti... c'est-à-dire partout, objecte-l^on encore.

Partout 1 c'est-à-dire, — répondrai-je, avec M. Cuvillier-Fleury, — « ayant fait son chemin dans le monde, silencieusement, avec un mélange d'audace et de honte, étonnant lesims, scandalisant les autres, ne laissant une impression saine et un souvenir respectable à personne. » '

C'est sur l'ensemble de ses œuvres sérieuses qu'une époque doit être jugée, non sur celles de quelques individuahtés excentriques, qui font du scandale dans la rue, ou des incongruités portes closes.

Jugerez-vous des mœurs d'un peuple sobre par quelques ivrognes, ou d'un peuple chaste par quelques dévergondées?

Cessez donc, contempteurs du présent, de faire le procès aux vices actuels, sous l'évocation de prétendues vertues antiques, dont le passé oubUé peut seul vous donner gain de cause.

Ce n'est pas d'aujorn-d'hui, d'ailleurs, que date cette manie de s'attaquer à tout, dans le présent, de dénigrer son temps de faire le procès à son pays, de

prédire la fin du monde, et d'invoquer les mânes des aïeux, à propos d'im mauvais livre, d'un mauvais roman, d'ime mauvaise action.

Le mauvais goût du siècle en cela me fait peur : Nos pères, tout grossiers, l'avaient beaucoup meilleur ; Et je prise bien moins tout be que l'on admire Qu'une vieille chanson que je m'en vais vous dire...

Nous avons tous, comme Alceste, cette « vieille chanson » à opposer à « tout ce que l'on admire, » de nos jours.

Les prédicateurs, les moralistes, les poètes, les critiques d'autrefois sont pleins de lamentations sur les vices de leur temps, et de louanges sans fin sur les vertus du temps passé.

Jamais aucun Bourdaloue, aucun Bossuet, aucun Massillon de nos jours, ne fera, contre la' corruption de ce siècle-ci, de plus vives, de plus éloquentes objurgations que celles que leurs prédécesseurs ont faites contre la corruption de leur époque.

Labruyère a là^dessus des peintures qui font frémir.

Boîleau, qui n'est pas seulement le fléau des mauvais poètes et des etmuyeux conteurs, jette Tanathcme à la corruption du Paris de son temps, c< Où le seul art en vogue est l'art de bien voler. »

Quittons donc pour jamais une ville importune. Où l'honneur a toujours guerre avec la fortune, Où le>ice orgueilleux s'érige en souverain, Et va la mître en tête et la crosse à la main...

A quel évèque de nos jours poiurait s'adresser justement le reproche cinglant, alors mérité, de ce dernier vers ? Est-ce à Mgr de Quélen, ou bien à Mgr Affre, ou à Mgr Sibour, ou à Mgr Morlot, ou ù Mgr Darboy, — ces éminents prélats dont « le vice orgueilleux » n*aspire qu'à ime a souveraineté, » celle des vertus dont ils offrent, quoique différemment semblables, les plus parfaits modèles ?

Est-ce que, de nos jours, un cardinal de lloban se compromettrait dans une intrigue scandaleuse, comme celle du collier de la reine ?

Est ce que, de nos jours, im nouveau Jarentè contaminerait, des amours d'une Guinard, le siège èpiscopal d'Orléans , que son illustre titulaire actuel, Mgr Dupanloup rehausse, d'un si pur éclat?

Est-ce que, de nos jours, un immonde abbé Dubois trouverait un pape assez faible pour salir de sa boue la pomprc romaine ?

Non I non I Toutes ces hontes sont devenues aujourd'hui impossibles, parla raison que tous les évêqiies de même que tous les papes, de même que tous les prêtres, de notre temps, sont devenus, de par la Civilisation moderne, par eux pourtant si décriée, — tout le contraire de ce qu'ils étaient, de par les vices du vieux Jadis, — par eux pointant si regretté.

Pour en revenir à mes moutons, je veux dire à mes coquins, — qu'est-ce que la haute et basse pègre^ qui fait le sujet de cette étude, et qu'est-ce que le troi-

sième dessous des Misérables de Victor Hugo, en comparaison de cette terrible Tmanderie de la vieille France, dont je fais connaître le grand Coesre et la vaste organisation, dans une note spéciale, à la fin du présent volume I...

Qu'est-ce que Gueulemer^ Babet ou Claquesous^ en comparaison de Mandrin? Et qu'est-ce que la bande Lemaire^ ou Soufflard^ en comparaison des bandes de Poulailler et de Cartouche /. . .

C'est à ce sujet que, frappé de l'énormité des actes de barbarie, d'immoralité, de corruption, dont étaient entachées la justice et la société autant que la coquinerie d'autrefois, im écrivain catholique célèbre a fait une remarque qui doit trouver place ici, et dont la justesse d'appUcation ne peut échapper à personne :

(( Autrefois, dit l'auteur des Études sur le christianisme^ les crimes étaient pubUcs, sociaux, collectifs ; tandis que aujourd'hui il n'y a plus que des crimes privés ; encore ces crimes ont-ils im caractère de singularité, d'excentricité, comme on dit, qui accuse la foUe autant que la perversité, tant la raison pubHque les rejette, tant la conscience sociale les désavoue.

» Autrefois, continue le même auteur, la perversité n'était pas seulement dans les âmes particuhères, elle était dans l'âme même de la société, dans les lois, dans l'opinion, dans les institutions, dans les coutumes, dans tout ce par quoi nous vivons en commim. Aujourd'hui, au contraire, je ne crains pas de le dire, la perversité y est moins que jamais ; et, quels que soient les écarts de IS. morahté privée, le niveau de la morahté sociale n'en a pas moins tou-

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