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LES ANCIENS TRUANDS ET LA COUR DES UIRAGLES

H existait en France, au moyen âge, et jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, une association de malfaiteurs, connus sous le nom générique de Truands^ dont le point central d'opération était Paris.

Ce mot truands vient, peut-être, du vieux subtantif tru qui signifiait impôt; — sans doute parce qu'ils n'en payaient aucun, et qu'ils en prélevaient un, au contraire, sur les bourses et sur les vies des honnêtes gens leurs victimes.

A Paris, les truands gîtaient dans des tanières retirées, appelées tours, puis cours, — puis par extension. Cours des Miracles.

Telles étaient spécialement certaines ruelles, enceintes et impasses, voisines ou faisant partie des rues de la Truanderiez de la Mortellerie, des Francs-Bourgeois, etc.

Mais la plus célèbre de toutes les cours était celle qui conserve encore ce nom, et qui se trouvait non loin de la Porte-Saint-Denis, entre la rue Neuve-Saint-Sauveur et l'impasse des Filles-Dieu. « Elle consistait, dit Sauvai, en

une place considérable, entourée de toutes parts de logis bas, enfoncés, obscurs, difformes, faits de terre et de boue, et tous pleins de mauvais pauvres. »

« On s'y nourrissait de brigandages, on s'y engraissait dans l'oisiveté, la gourmandise et toutes sortes de vices et de crimes. C'était une des lois fondamentales du lieu de ne rien garder pour le lendemain. Personne n'y avait ni foi ni loi. On n'y connaissait ni baptême, ni sacrement, ni mariage. Seulement, ils semblaient adorer un Dieu le Père, qu'ils avaient volé dans quelque église, et auquel, tous les jours, ils venaient adresser quelques prières. Des filles et des femmes, les moins laides, se prostituaient pour deux liards, les autres pour un double (deux deniers), la plupart pour rien. Plusieurs donnaient de l'argent à ceux qui avaient fait des enfants à leurs compagnes, afin d'en avoir comme elles, et de se procurer ainsi un moyen d'exciter la compassion et d'arracher des aumônes. » (Sauvai, t. I, p. 512.)

Tous ces brigands gueusaient dans les quartiers que leur chef le grand Co'ésre, leur avait assignés. Enveloppant la capitale comme d'un vaste réseau de filous, ils coupaient les bourses, détroussaient et assassinaient les passants, tant de jour que de nuit, enlevaient les hommes, les femmes et les enfants des deux sexes, afin de les vendre aux racoleurs ou de les faire embarquer pour TAmérique.

Dans les rues, ils contrefaisaient les boiteux, les borgnes, les soldats estropiés, et étalaient à tous les regards leurs membres couverts d'ulcères factices; mais, à peine étaientils rentrés dans leurs cours, qu'ils redevenaient sains et gaillards. — et c'est de là qu'on appela ces repaires Cours des Miracles.

Les huissiers, les commissaires et autres agents do la poUce n'y pouvaient pénétrer sans recevoir coups et injures, et même sans courir danger de la vie.

Cette association de bandits redoutables avait son chef

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