‹ Le monde des coquinsChapitre 54 sur 61 · ET LA COUR DES MIRACLES · texte numérisé non relu

ET LA COUR DES MIRACLES

suprême, son organisation sociale, et son langage à part, Vargotj qui s'est traditionnellement conserve parmi los voleurs. (Voir ci-dessus).

Voici la classification complète des membres de cette étrange société, avec l'indication «des devoirs que chacun de ses groupes avait à remplir.

Le chef suprême de l'association des truands, ou de la nation argotique, s'appelait, comme je l'ai dit, le grand Coesre, Dans un recueil de gravures du temps, intitulé ie Livre des proverbes contenant la vie des gueux, on voit, au livre troisième, planche 25, ce roi des truands, vêtu d'un manteau déchiré, ooifTé d'un vieux chapeau orné de coquilles, appuyé sur un bâton noueux en forme de bëquiUe, assis sur le dos d'un coupeur de bourses, en argot mion de houle j et recevant, sur cette espèce de trône vivant, les contributions de ses sujets. A ses pieds, se trouve ua bassin où chacun vient déposer son offrande, ce qu'<m nommait^n cette langue, cracher au bassin. Un des grands officiers du monarque, élevé sur une estrade, lit et explique une ordonnance du législateur de ce peuple singulier.

Les cagoux ou archi-suppots, principaux officiers du grand Coësre, avaient sous lui le gouvernement des quartiers ou des provinces. Es enseignaient aux débutants la langue de l'argot, la science de voler les marchands, l'art de couper les bourses, qu'alors on portait à la ceinture, le secret de fabriquer un onguent propre à se procurer des plaies factices, et les moyens d'en imposer au peuple par des plaintes simulées, ou des tours d'adresse. Ce premier gracte se composait ordinairenient d'écoliers et de prêtres liëbanchés, qui, en considération de la peine qu'ils prenaient dans l'intérêt de la science de ^meuserie, étaient

exempts de toutes les contributions que les sujets devaient à leur chef. Ils exploitaient les provinces que le Coësre leur avait assignées. — On les nommait aussi narquois ou gens de la petite flambe, ou de la courte épée, à cause des ciseaux qu'ils portaient pour couper les bourses.

On nommait orphelins, de jeunes garçons qni, par groupes de trois ou quatre, parcouraient les rues, tremblotants et presque nus.

Les marcandiers étaient, « ces grands pendards qui allaient d'ordinaire par les rues, deux à deux, vêtus d'un bon pourpoint et de méchantes chausses, criant qu'ils étaient de bons marchands ruinés par les guerres, par le feu, ou semblables accidents. »

Les rifodés, accompagnés do leurs femmes supposées et de leurs enfants prétendus, mendiaient en tenant à la m::m un certificat attestant que le feu du ciel avait consumé leurs maisons et leurs biens.

Les malingreu^ étaient ceux qui simulaient des plaies ou des maladies. Les uns se rendaient le ventre dur et enflé, et contrefaisaient les hydropiques par des moyens qui leur procuraient l'apparence de cette maladie. Les autrw avaient un bras, une cuisse, une jambe couverts d'ulcères factices ; ils demandaient l'aumône dans les églises, afin d'aller en pèlerinage à quelque saint, renommé pour la guérison du mal dont ils paraissaient affligés.

Les capons étaient des filous qui mendiaient dans les cabarets, escamotant lestement ce qui se trouvait à leur portée. C'étaient aussi des jeunes gens qui jouaient sur le Pont-Neuf, et feignaient de perdre leur argent, pour engager les passants à jouer avec eux et à risquer le leur.

Les piètres marchaient avec des béquilles et contrefaisaient les estropiés.

Les polissons allaient quatre à quatre vêtus d'un pourpoint sans chemise, d'un chapeau sans fond, le bissac sur l'épaule et la bouteille au côté.

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