LE PÈRE GRIME ET LA MÈRE MISÈRE
a Misère 1 admirable et terrible épreuve dont les faibles sortent infâmes, dont les forts sortent sublimes ; — creuset où la destinée jette un homme, toutes les fois qu'elle veut avoir un demi-dieu, ou un gredin. "»
Tel est le thème du roman faux des Misérables^ roman dont le bruit a cessé, mais dont les erreurs de fait et de doctrine ont laissé dans les esprits, sous leur forme brillante et paradoxale, des traces qui pour-
raient y rester durables, si ceux qui en connaissent le mensonge, ne prenaient à cœm* de les extirper, ou tout au moins d'en eiSfiacer, d'en atténuer la forte empreinte.
En tête des erreurs, figure, dans ]q livre de Victor Hugo, celle qui attribue, pour cause, a»; crin»e, Fincitation de la misère.
Coname le roman de Claude Gueux ^ publié en 1831 ; comme Le dernier Jour d^un Condamné^ publié en 1832 ; le roman des Misérables^ publié en 1862, pivote sur une même sorte de vol, — im vol de pain.
Pom'quoi cette répétition de vol de pain , au bout d'un intervalle de trente années, et de trente années incidentées p^ des causes de crimiijalité si diverses?
C'est que le vol, à la dernière comme à la première époque, comme à toutes les époques, a, dans l'opinion de Victor Hugo, de même que dans celle du plus grand nombre, pour cause imique, pour cause pre- , mière, la faim, — et cette opinion acquiert d'autant „ plus de force aujourd'hui, que l'auteur des Misérables l'appuie de l'autorité crue compétente d'une statisti- que anglaise, « laquelle, dit-il, constate qu'à Londres quatre vols sur cinq ont pour cause immédiate la faim. »
Que la faim, qui chasse le loup du bois, pousse un malheureux qui en soufl&*e à dérober, pour la satisfaire, tout ce qui peut tomber sous sa main, sous sa dent, cela, certes, n'a rien que de conforme à la nature du besoin qui le presse ;
Aussi, les statistiques officielles, tant en Angleterre qu'en France, mentionnent-elles annuellement ua certain nombre de vols de eomestibles.