‹ Le monde des coquinsChapitre 8 sur 61 · ET LA MÈRE MISÈRE · texte numérisé non relu

ET LA MÈRE MISÈRE

Mais, remai*quez-le bien, ces vols de cotoestibles ne compteut que pour une très-minime proportion — i p* 0/0 à peine, — dans la totalité des vols commis.

Et ce qu'il y a de plus curieux, en ceci, c'est que les mêmes statistiques constatent que^ en ce qui concerne spécialement les comestibles volés, la faim proprement dite n'en grignotte qu'une imperceptible petite portion, tandis que la goiumandise lèche et engloutit tout le reste.

Voulez-vous la preuve de ce que j'avance ici? La voici, telle que je la tire d'une note extraite de documents officiels, le? plus consciencieusement recueillis :

Le cadre complet du vol, à Londres, comprend 43 catégories d'objets volés de toute nature. Or, dans ce cadre, ce n'est qu'au 13® rang que commencent à figurer les comestibles, encore sont-ce des comestibles de luxe : viande^ volailles^ gibier^ jambons^ saucisses^ fromages^ etc. Puis viennent, bien loin après, c'està-dire au 30« rang seulement, le thé^ le sucre^ le café^ la bière ^ le vin^ les spiritueux., é

Quant au pain^ ce n'est qu'au 43o degié, c'est-àdire au moins fréquent, au plus bas, au dernier, qu'on conunence à en voir poindre le vol.

Que M. Victor Hugo veuille bien se donner la peine, — ou plutôt le plaisir, car c'en sera un pour lui, amateur de belles choses, — de consulter le magnifique volume in-folio, avec atlas et planches gravées, que mon savant ami Guerry correspondant de rinstitut, est en train d'imprimer, en ce moment, à Paris, chez Bailiicre, sous ce titre : Statistique morale

de V Angleterre comparée avec celle de la France^ d*après les documents officiels : — Prix 100 fr.

Et, nonobstant la statistique anglaise qu'il cite, — laquelle est de pure fantaisie, comme tant d'autres, dont les chifl&*es, groupés avec art, n'ont d'autre autorité que celle de rt)pinion préconçue poiu* laquelle ils ont été inventés ou arrangés, — il demeurera convaincu, à l'avenir, que tous les vols, de quelque natm^e qu'ils soient, qui se commettent, à Londres comme à Paris, ont pour mobile, dans la proportion V de bien plus de 4 sur 5, la faim, — ouil mais une ^"^'^ tout autre faim que le besoin de manger, celle qui nait des sept péchés capitaux, c'ést-à-dire, de l'appétit déréglé des passions.

Il est vrai de dire pourtant que, lorsqu'on visite nos maisons de justice et d'arrêt, oalorqu'on assiste aux audiences de nos tribunaux criminels ou correctionnels, la vue des malheureux en haillons qui les peuplent ne peut que donner la pensée que la misère en est la principale pourvoyeuse.

Mais, lorsqu'on secoue ces haillons, et qu'on scrute ce qu'il y a en dessous, on ne peut ne pas arriver à cette conclusion : qu'ils sont moins im signe infaillible de misère qu'un signe infaillible d'immoralité. Ces haillons, d'ailleurs, ne sont pas tous le vêtement dont le crime est couvert.

Le plus souvent le crime, le vol spécialement, se produit en habit de fin drap.

Voulez-vous vous en convaincre? Ouvrez les comptes de la justice criminelle en France; — Voici ce que vous y verrez :

1" Que les départements les plus riches sont ceux

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