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mer, et inversement, dans les imaginations ardentes. Cellesrci conçoivent la femme comme un élément (voir les Anciens-, Racine, certaines poésies de Baudelaire) et cherchent des analogies entre elle et cette immensité liquide, d'où le paganisme fit sortir Vénus.
Sauf les cas exceptionnels où elle se précise, et revêt des formes et des couleurs analogues à la mémoire personnelle, la mémoire héréditaire, qui commande d'ailleurs nos mouvements coordonnés et nos geôles, est diffuse dans Tesprit comme dans le corps. Imaginez que les endroits où nous avons vécu aient laissé leur empreinte photogénique sur nos téguments, comme ils la laissent sur notre réiine, les endroits où ont vécu nos ascendants seraient à ces empreintes ainsi qu*un halo, renforçant ici et là les nuances et les couleurs, les atténuant ici et'là. C'est ainsi que les choses doivent se passer pour Tesprit, mille et mille fois plus impressionnable que le revêtement cutané, encore que l'embryologie assigne la même origine à la peau et au cerveau.
La tendance proverbiale et la faculté de créer des chansons de route semblent des conjonctions de la mémoire héréditaire et de la mémoire personnelle. Tout au moins peut-on discerner dans ces productions (qu'une fausse doctrine, d origine allemande, attribue au peuple anonyme, mais qui émanent toujours d'une personne déterminée) le double goût, rinclusion indiqués plus haut. Ce n'est pas ici le lieu de passer une revue générale du folk-lore.
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véritable trésor littéraire, pour le jour où l'introspectioQ sera arrivée à mottro debout une histologie géaérale de l'esprit hurnain. Mai^ un Villon, un La Fontaine, un Mistral nous fournissent des modèles achevés d'extension de la sensibilité présenta ou récente par la mémoire héréditaire et de condensation rythmée du passé dans le présent. On sait combien Villon osl hanté par l'antan, et cette hantise donne à son œuvre une coloration et une abréviation uniques. Elle est à la foi» très concrète, très proche des choses, de sensation immédiate, et fort elliptique, co qui in^ ique un haut degré do réflexion par une réflexion. Elle ajoute, cette œuvre, la vie à la vie. Elle a cette saveur de lignée, cette marche rapide et sûre dans le dédale des sentiments que crée seule la mémoire congénitale.
La Fontaine est peut-être le poète de notre langue le plus relié à la longue sagesse d'une 8\iite de générations, dont les apports s'éveillent el brillent constamment en lui. Sa perspective verbale, oonsé-* quence d'une richesse infinie de gravitation dans l«fi profondeurs psychiques du langage, a masqué longtemps son amplitude intellectuelle. Aucun écrivain peut-être n'a jeté un pareil filet sur les passicfhs humaines, n'a plus aisément, ni magiquement ramené le complexé au simple. Voir notamment, à ce snjet, l'exposé du cartésianisme dans la fable fameuse Les deux rat», le renard et l'ctuf. Le tout recouvert, et comme saupoudré de cette souriante bonhomie que donne le complet équilibre du soi.
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L'accent profond et sagace de sa voix nuancée est reconnaissable dans chacun de ses vers, et souvent dans deux mots d'un hémistiche. Joignez à cela une liberté d'allure souveraine, qui lui fait employer, comme en se jouant, tous les rythmes. Les proverbes, qui nous occupent ici, jaillissent spontanément sous sa plume, traduisant, à chaque instant, la reviviscence d'une mémoire artisane, rustique et forestière, venue de loin, incomparable. Ses animaux sont de la quintessence d'hommes, et jugent nos passions et leur vanité, ainsi que d'un promontoire, qui est l'acquit mnémonique héréditaire, qui ne peut être, quand on y réfléchit, que cela.
Ainsi, dans la création littéraire, dans la formation et l'élimination d'images qui constituent celle création, un des deux éléments du désir — l'élément soi — - va éveiller et stimuler la mémoire personnelle, individuelle, alors que le second, l'élément moi, va éveiller et stimuler la mémoire congénitale. J'appelle là-dessus J'altenlion de mes confrères. Chacun d'eux, au moment où il compose, dans le feu de la création, pourra constaler sur lui-même cette dualité, qui va souvent jusqu'à l'ambiguïté. La mémoire immédiate donne le récit et les circonstances du récit. La mémoire héréditaire donne la perspective et, en un mot, la poésie vraie, avec toutes ses prolongations.
Il serait facile de multiplier les exemples. Voici La Rochefoucauld, l'auteur des Maximes. Chacune de celles-ci part d'un cri ou d'une observation per-
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soQnelle, dont l'amertume, le cuisant sont connus, puis se continue par un écho sensible, ou sentimental, où se distingue la vibration héréditaire. La même dualité, moins accentuée, parce que plus prolixe, se remarque chez La Bruyère. Elle est invisible chez Vauvenargues. Mais c'est chez Molière peut-être, le plus riche et le plus nuancé des auteurs comiques de tous les temps, que ce doublement des images individuelles par les personimages, sous l'influence du désir, arrive à son point culminant. Lisez attentivement le Misanthrope .et le Tartuffe (qu'a si sottement critiqués La Bruyère), vous y discernerez, à travers les voix artificielles des personnages, deux voix réelles : celle de Molière, observateur au premier degré des travers et des tares des humains. Je n'Insiste pas. Puis, derrière celte voix, celle de l'ascendance Molière, de l'observation au second degré ou intuitive, qui va chercher, audessus de ces tares, une sorte d'indulgence supertragique et super comique, une leçon morale et proverbiale.
Or c'est cette leçon, stimulée par une remarque circonstancielle, qui a certainement déclenché l'œuvre toute chaude dans l'esprit-corps de Molière. Car Molière, comme tout grand écrivain, projette sur la scène une représentation corporelle et mentaie, divisée en plusieurs protagonistes, de sa personnalité. Alcesle, c'est lui tel qu'il n'osait pas être, tel qu'il aurait eu plaisir à être, et il s'est délivré, dans^ Aiceste, de toutes ses rancœurs contre les belles
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coquettes. Orgon, c'est encore lui, dont il rit en grimaçant, lui chez qui la jalousie a pris la forme de la confiance aveugle ou entêtée, ainsi qu'il arrive à bien des jaloux, las de leurs continuelles alarmes. Mais derrière Alceste, derrière Orgon, leur donnant . une portée générale, qui fait que tant de misanthropes, tant de jaloux se reconnaissent partiellement en eux, il y a la mémoire héréditaire de Molière, comme l'horizon de pins et de collines derrière les magiques figures du Vinci. Une élude de caractère et de tempérament ne vaut que située dans un milieu familier, éclairée, élargie par une ascendance, poursuivie à travers ces portraits de famille que sont les cortèges de personimages dans la mémoire de l'écrivain.
On m'excusera de citer ici une pièce bien caractéristique de- la première maturité d'Alphonse Daudet : rArlésienne. Un fait-divers, un suicide par amour, a donné naissance à cette œuvre, considérée à bon droit comme un chef-d'œuvre. Mon père racontait que l'atmosphère de drame lui était venue d'une paysanne provençale appelant, sur des tons diflérenls, l'un aigu, l'autre grave, son fils dans les plaines de Grau, au jour tombant. J'ai toujours pensé que ce cri naturel (mon père était exceptionnellement auditif) avaitsuscité, dans l'esprit et le corps d'Alphonse Daudet, une multitude d'hérédofigures méridionales, de parents ardéchois et languedociens, accompagnés de leur ambiance et de leurs façons de voir, de sentir, de parler. En eff'et,
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à ce rnoment-là, Tauteur de r Artésienne avait conçu le drame dans son ensemble, el il l'écrivit dans la fièvre, sous la dictée immédiate de cette évocation. Ce drame a Taccent provençal; il est semé de dio tons méridionaux; bien qu'écrit en français d'oïl, il se rattache au mouvement si importatit du Félibrige misiralien. Puis du temps passa, mon père écrivit de nombreuses pièces, de nombreux romans, .où Témolion intense, douce et cruelle (toujours le « je ris en pleurs » de Villon I) palpite sous la leçon morale. Car c'est là sa grande caractéristique, et qui l'apparente à nos meilleurs classiques. Vers la fin de sa trop courte vie, brille et s'élance hors de ses deux mémoires (l'individuelle et l'héréditaire), ce Trésor d'Arlalan^ qui est comme une réplique de VArlésienne. Si vous n'avez pas lu le Trésor d^Arlatany lisez-le. C'est une petite tragédie rustique, qui sfe balance, au-dessus des marais dorés et tireux de là Camargue, comme l'entrevision hallucinatoire d'uùe belle fille nue et pâmée. Un accent déchirant de volupté mélancolique, joint à l'idée du fds et du ne/as, plane là-dessus, trait d'alto parmi l'accord des violoncelles, des harpes et des hautbois. Nous voyons ainsi, après un grand cycle littéraire, composé d'une trentaine de romans et de livres de contes, le môme groupe d'hérédofigures inspirer à nouveau Alphonse Daudet, et avec un bonheur égal .
Le désir, tel que nous l'avons défini, est une vibration communiquée à la fois à l'organisme et à
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Tesprit. Quand cette vibratioû s'accélère, c'est Tétai de fréaésie ou de passion violente. Quand il se ralentit, c^est l'état mélancolique. Le passage de Taccéléralion au ralentissement, ou vice versa, fait affleurer les sentiments et les constatations ironiques. D'une façon générale, l'ironie est l'eÔbrtd'un tourbillon héréditaire désorbité par le désir, et qui tend à l'équilibre par le soi. C'est ce qu'avait remarqué Socrate, si nous en croyons son disciple Platon.
La frénésie, dont les exemples abondent dans la vie courante, oflVe peu de témoignages littéraires, pour cette raison qu'elle bouscule le rythme, indispensable à la prose comme aux vers. Il ne faut accueillir qu'avec une extrême réserve les remarques et théories de Nietzsche, concernant l'ivresse dionysienne, opposée au calme apoUinien. Il est naturel qu'un déréglé tel que Nietzsche ait cherché à glorifier le dérèglement, mais ce n'est ici qu'une des mille aberrations de'l'orgueil, poussant sa pointe dans l'investigation philosophique. L'Ordre demeure la grande et profonde loi de la gravitation intérieure, comme de la planétaire, et quiconque méconnaît cette loi perd la parole. Il existe dans Hugo, qui divinisait, lui aussi, son propre dérèglement, des morceaux d'une frénésie toute pure, plus superficielle néanmoins que foncière. En effet, rien ne prête plus au cabotinage et à l'affectation que le débordement et le balbutiemetit passionnels dans les mots. Il y aura lieu d'y revenir, à propos du lan-
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gage. C'est le cas de Tenfant qui se place devant un miroir pour faire une scène, trépigner et montrer le poing. ^
La mélancolie, ralentissement du désir, est bien coanue des amoureux, quand ils viennent de satisfaire le désir. Conformément a son étymologie, elle est ainsi liée, sur le plan organique^ aux réactions du grand sympathique vers Tintestin. Nous savons que le grand sympathique, filets et ganglions, charrie des hérédofigures et prolongations d'hérédofigures par ébranlement, comme le cerveau, le bulbe, la moelle, les troncs nerveux. Dans le ralentissement de leur principal évocateur et moteur, ces hérédofigures tendent à devenir fixes et obsédantes. C'est ce qui fait de la mélancolie, même simple et habituelle, un état dangereux, contre lequel il faut réagir.
L'ironie est ainsi, par définition, J'état le plus philosophique de Tesprit- corps, celui où tous les échanges se rapprochent le plus de la parfaite santé morale et physique. Le type littéraire en est Cervantes, dans ses pièces, comme dans Don Quichotte et dans ses Nouvelles Exemplaires, L'inspiration de Don Quichotte, d'abord accélérée et euphorique au possible, passe par une phase de ralentissement du désir, 011 plane une» douloureuse mélancolie, puis ressaisit l'équilibre par l'ironie, que personnifie le gros et jovial Sancho. Cet ouvrage est, pour ainsi dire, le décalque des opérations mentales et somaliques que j'essaie de décrire ici. Il est farci de
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locutions proverbiales; il apparaît d'une simplicité de lignes et d'une clarté classiques.
L'ironie est un sentiment constant. Je veux dire qu'elle ressemble, populaire et courante, à ses formes les plus raffinées, et que celle d'un paysan tourangeau ou d'un gamin de Paris ne dififère pas essentiellement de celle du peintre Whistler ou d'un Cervantes. Nous avons cependant un cas d'ironiste ayant passé biographiquement de la \ie de luxe à celle de la prison et de la gloire à la honte : c'est Oscar Wilde. La forme et la qualité de son ironie sont demeurées identiques, en dépit de son vice, avant comme après sa condamnation. Toutes les personimages et images tendant à ramener l'être à l'équilibre sont nécessairement plus stables que les autres. Les grands vieillards, comme les enfants précoces (inclusion du sénile dans le juvénile), sont volontiers ironiques et narquois.
Une des personnalités les plus complètes et les plus séduisantes que j'aie rencontrées dans l'existence, est celle de mon vieux frère catalan (« frères de Catalogne », disait Mistral) Santiago Rusiiiol, peintre, romancier, auteur dramatique. L'ironie est, chez lui, aussi vive et spontanée que chez Cervantes, avec lequel il a plus d'un point de contact, moins a mère et sombre que chez un Larra, et sa verve est aussi abondante, drue et lyrique que celle de Calderon. La mélancolie dorée s'élève de ses toiles, représentant les jardins d'Espagne, où brillent doucement et architecturalement les lueurs étranges de
la mémoire héréditaire» cependant que ses pièces et contes abondent en traits de mémoire directe. Alors qne Tironie, chez certains, effarouche ou rebute les âmes simples, chez Santiago Rasiflol elle exerce une force de sympathie ; le marchand de pastèques en fait ses délices, comme le rafQné. Une de ses pièces a pour titre : VAlegritX que passa^ la Joie qui passe. Ce titre exprime la personne même de l'auteur, qui transporte avec lui le rire, la bienveillance et Taltendrissement. Son désir se porte frénétiquement sur les idées, les sons, les paysages, les formes, les couleurs, les parfums. Il se ralentit et se nuance au contact des figures héréditaires, qui donnent à ses toiles leur étonnante magie et profondeur.
J'ai beaucoup fréquenté et aimé Jules Lemaltre, descendant de paysans du Loiret, le plus fin et délié critique sans doute que nous ayons eu depuis Sainte^ Beuve. Son cœur et son esprit nostalgique, envahis par la mémoire héréditaire (visible jusque dans son clair regard aigu), cherchaient vainement ici bas quelque chose qui était dans le passé, dans son passé familial, dans une longue suite d'observateurs moqueurs et pondérés. Car l'œil avoue les visions diflFuses de la mémoire héréditaire, leur furtif écoulement au fond de l'esprit, par un petit éclair symptomatique, où la mélancolie raille doucement. J'ajoute que les privilégiés de la mémoire ancestrale, maîtresse d'œuvres fortes et durables, sont en général des traditionnels ; ce qui s'explique aisément, si l'on considère que nos facultés domi-
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nantes aiguillent no» convictioua et uos penchants. L'amour de la patrie, impérieux chez Lemaitre, tenait à la reconnaissance fréquente qu'il faisait de 1968 ancêtres en lui» de leurs mœurs simples, de leurs habitudes laborieuses, à cette confrontation imagée.
Or, on dit couramment que ce qui rayonne dans l'être, c'est l'esprit. Je pense que c'est, avant l'esprit et l'inlelligence, la mémoire héréditaire. Ceux qui en sont chargés et imprégnés exercent une aimantation particulière sur leurs contemporains. Cette irradiation, d'un genre spécial, incline à l'avis des mnémohéréditaires, des personnes quelquefois très récalcitrantes et fait d'eux des propagandistes remarquables. À^vant qu'il eût ouvert la bouche, pour émettre, de sa voix d'or, quelque appréciation motivée sur les gens et les événements, le public trouvait que Lemaître avait raison. Il est le seul orateur lisant que j'ai vu avoir une influence immédiate sur ses auditeurs. On n'écoute et on ne subit d'ordinaire que le^ improvisateurs. Lemaître suivait son texte sur son papier, et l'assistance buvait ses paroles. Ses cours sur Racine, Rousseau, Fénelon regorgeaient de monde. Il avait une façon d'articuler, de nuancer, d'insister brièvement, puis de déblayer, qui vous faisait assister au travail merveilleux de son intelligence frémissante, débarrassée de toute apparence de convenu. Aucun apprêt, la vie même... mais éclairée, soutenue, rythmée par un chapelet de vies antérieures.
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Élève de Renan est vite dit. Sans doute la mémoire héréditaire (bretonne celle fois) a valu à Renan les délices de son style et de sa conversation. Mais Renan se composait un personnage, et se donnait à lui-même la représentation d'un sceptique suspendu entre un rêve multicolore et le néant. Sa bonhomie était simulée. Celle de Lemaitre était fort sincère, assez voisine, je pense, de celle du champenois qui, bien plus que Renan, fut. son maître : Jean de Lafontaine.
Jules Lemaitre me demandait de lui imiter tel ou tel (notamment Zola, qu'il avait en horreur, mais dont la reproduction mimée l'amusait) et nous cherchions ensuite en quoi consiste cette réincarnation d'un accent, d'un style, d'une attitude mentale dans une autre personne. Je le sais aujourd'hui : c'est dans la greffe du souvenir personnel sur des personimages, dans l'assouplissement de l'imitateur par le défilé en lui d'hérédofigures. Celles-ci permettent de modifier la voix, le geste, la conception, à la ressemblance approximative, ou exacte, d'un type donné. Le mimétisme est fonction de l'hérédité.
Si, de l'art, nous passons à la science, on peut conclure que la découverte résulte d'un croisement de la mémoire héréditaire, d'un ensemble de personimages, par la mémoire, ou l'observation directe. C'est au point de croisement qu'est la découverte et il se peut qu'ensuite elle ramifie de là, jdans les deux mémoires,- amenant, provoquant d'autres découvertes. Lisez, à ce sujet, l'Introduction à la
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Médecine expérimentale de Claude Bernard, le Traité d'Auscultation médieite de Laënnec et les Leçons du Mardi à la Salpêtrière de Charcot. Lisez-les en vous représentant, non la matière même des sujets exposés, mais le fonctionnement de l'esprit qui les expose, et en tenant compte des données ci-dessus. Le mécanisme du croisement des deux mémoires vous apparaîtra nettement. Au moment de la découverte, de ce que j'appellerai, en souvenir d'Archimède, 1* « Eurêka », le sïivant éprouve, en général, une sorte d'éblouissement intérieur, qui tient à l'explosion de la mémoire héréditaire sous la pointe pénétrante de la mémoire personnelle, car l'observation elle-même est un acte de mémoire rapide, ou immédiate, ou subite. Il s'agit d'un phénomène analogue à la rencontre de l'ovule par l'élément mâle, au moment de la fécondation. C'est la mémoire héréditaire qui joue, en ce cas, le rôle de l'ovule. Elle s'épanouit, se gonfle,' s'écoule dans l'esprit, y répandant la facilité et une sorte de joie, .d'euphorie, accompagnée d'un sentiment d'épuisement.
La Vie de Pasteur, par son gendre Vallery- Radot, nous montre Pasteur en état continuel de transe héréditaire, c'est-à-dire constamment parcouru par des souvenirs et rêveries, en qui nous reconnaissons des états de mémoire ancestrale, et les fécondant par des remarques scientifiques d'un caractère immédiat. C'est ainsi qu'il donnait, au transitoire et au particulier, le caractère de la durée
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el du général. C'est ce qui a fail dire de ce beau génie qu'il découvrait comme d'autres respirent.
Il n'est pas que des découvertes de premier plan. Certains industriels, techniciens, même ouvriers, pour les besoins de leur métier, trouvent journée lement des perfectionnements* de8 procédés nou* veaux, dont la genèse est identique. Gela se reniarque surtout dans les professions manuelles ou demi-manuelles, où le fils succède au père et le petit fils au fils, ajoutant le savoir au savoir. De cette façon, non autrement, le petit Biaise Pascal redécouvrit les mathématiques et arriva, sans mailre et sans guide, jusqti'au trente-deuxième postulatum d'Euclide. La connaissance de la température et de l'opportunité de tel ou tel travail champêtre est héréditaire chez les paysans. J'ai fréquenté un maire vigneron d'une très petite commune de France, homme d'une remarquable intelligence technique, quia imaginé et réalisé le premier, pour son patelin, la si importante opération de rassemblement territorial, connue sous le nom de remembrement des parcelles. Grâce à cette opération, le machinisme agricole peut augmenter le rendement du sol, dans des régions où le morcellement des surfaces cultivables et cultivées le rendait impraticable. Ce maire est fils et petit fils de vignerons. L'esprit inventif de nos fins marins de Bretagne et de Provence est, lui aussi, le résultat de la rencontre do deux mémoires. Bref, je pense qu'il y a là une loi générale de l'esprit d'invention dans tous les domaines.