CONCLUSION
Nous voici arrivés au terme d'une étude, sans doute fort incomplète et imparfaite, (mais dégagée de tout système antérieur), concernant cet univers que rhomme porte en lui et qui s'appelle le monde des images. Cette étude, qui fait suite à rHérédo et sur plusieurs points le complète, n'est elle-même qu'un chapitre dans une série d'ouvrages, menée parallèlement à d'autres travaux, et visant un résultat pratique : la lutte, à l'aide de la volonté, contre les maux héréditaires. Il est clair qu'une telle lutte est impossible, sans une analyse préalable des forces intimes, qui serviront de point d'appui à cette volonté.
L'homme est un résumé de la nature et des rythmes de la nature, en accord complet avec ces rythmes sur certains points, en moindre accord sur d'autres, en désaccord complet et en résistance sur quelques-uns. Il semble être le résultat non d'une évolution lente, mais d'une involution soudaine, qui
3'iO r.F MONDR DBS IMAGES.
so transmet ensuite, par enroulements et déroulements successifs de sphères héréditaires, idéales et organiques ; les sphères idéales commandant et dirigeant les sphères organiques. Il n'est donc pas le produit de la nature, mais d'une force, supérieure à lui comme à la nature, et qui est le principe divin. Le miracle est à Torigine de la vie humaine. Bien loin que le miracle contredise l'intelligible, il a ouvert ses possibilités infinies à l'intelligence. GrAce à lui, l'intelligence humaine n'a pas plus de limites imaginatives que n'en a le ciel étoile.
Mais elle a, cette intelligence, des limites verbales, que la compréhension ne peut franchir, sans se perdre dans les profondeurs désertiques de l'inexprimé. A chaque émotion un peu vive, à chaque pensée un peu haute ou complexe, chacun de nous sent en lui ces limites verbales, et l'abîme adjacent du silence, du geste, ou du cri.
L'intelligence humaine se manifeste en images, elles-mêmes faisant partie de personimages ou hérédofigures, sphères mi-idéales, mi-organiques, qui gravirent à l'intérievir de l'homme, autour du soi, comme les planètes autour du soleil. Certaines parties de ces sphères sont involuées en formes verbales, de telle sorte que le langage humain est une image au second degré, ou l'involulion d'une involution. Les mots gravitent avec les images.
La mémoire héréditaire assure la continuité de l'espèce humaine. Elle est fécondée par la mémoire immédiate de la sensation individuelle, comme l'ovule
touché et péftétré par rélémei|t mâle. Celt^ fécondation assure toutes les fonction^ et créations humaines, 4ôpuis }e simple réflexe jifsqu'à la conception littéraire et pJïi^pgophiq^e.
CJ e3t ainsi que les phefs-d'œuyre liftér^irPS, éjpanatious (Jircctps de personnalités aboudaminent pourvues d'images et qui s'pn délivrent par le styje, peuvent êtF® cpnsidérées comn^e des expériences psycho- PfganiqUPS de pren^ier ordre, coi^pie autant de clés cjp rej5prit-cprps. La critique véritable apparaft donc telle qn'nne pliniqnedes ân^es et des tempéran>ents. Jl est possible, à J'aide des drapies de Shakespeare, de Corneille, de Rapipe, des fables de JL.^ Foijtaine, £Je5 pensées de Pascal, de repon^truire l'individualité de Sbalfespeare, de Corneille, de IJacipP? de La PontainP» et de Pascal, avec i^ne exactitude très approchée. Cette individualité est insprite dans liâurs oiîvrages, comme Taccent de la voix est dans la parpl^ écrite on impriinée. Il s'agit de la reponstitiier rationnellement.
J^a résistance de Vi^ojfime h la n^tnre et h l'involution de la natnre en lui e$t fîgprée d.ans la volonté» émanation du soi et principe d^nergie créatrice. La volonté agit sur Jes sphères psyphiqnes et sur leurs prolongements organiques, pqlamnient sijr les mu5cnlaires, qjui sont cpmnie les courroies de transmission de nos ij^nages a^ monde extérieur. La parole résulte 4e la u)ise en mouvement des muscles du larynx par les images des mots; l'écritnre, de la jrpise en n^opvefnent des fni^^pljBs et fibrilJ.es muscu-
Ll MOHDK DM IMA«KS. l6
Jis LL MOHDE U£8 IMAGES.
lairt*^ de U main par ce^ mêmes images. C'est pourquoi rh^rédité agit si vivement sur la parole et j«u^si sur récriture, modifiant et transformant celleci ou celle-li. selon les personimages dominantes, et dont la domination change au cours de l'existence, il CD est de niéni(* des expressions du visage et de l'intensité du rc'ganl, de la forme du geste et du cri articule. I/iuiagination, mue par la raison, ouvre à rhomuie les sciences, qui lui permettent de percer les socrels de la nature, participant à sa substance, et il ne fait ainsi, la plupart du temps, que se retrou- \er, puis s*oublier à nouveau lui-même. L'alchimie est à l'origine de la chimie; lastrologie à Torigine de l'astronomie; le calcul superstitieux des chances à Torigine de Tarithmétique et de l'algèbre; la consultation musculaire des entrailles des victimes à Toriginc de l'anatomie autopsiale; la recherche des Simple-s à l'origine de la botanique, etc.. Mais s'i est vrai que ces sciences se précisent et s'étendent en s'éloignanl de l'homme, il est malheureusement vrai aussi qu'elles s'appauvrissent en substance humaine et deviennent ainsi plus statiques que dynamiques. Elles passent de l'action à la spéculation, ce qui est le premier degré du dessèchement, et plus elles deviennent indifférentes, plus elles peuvent aisément se retourner contre l'homme et l'écraser. Ici encore la résistance de l'homme est dans sa volonté active et bienfaisante. S'il se sent libre, de celte liberté intérieure qui est l'émanation essentielle du soi, il contrebattra les forces issues de ce
CONCLUSION. a43
qui s'inscrit en lui de la nature. Sinon il s'abandonnera et disparaîtra, broyé par les enfants, devenus homicides, de ses images. La Providence entend que jusqu'au bout il demeure le maître de ses destinées. Il n'est donc pas de dogme plus faux que celui du progrès indéfini de l'homme, que celui de la science toujours bienfaisante. L'homme est soumis à des régressions, à des stagnations, qui tiennent à dos troubles et à des accidents dans la gravitation de ses images, ainsi qu'à l'affaiblissement du soi. Certaines idées absurdes, issues d'hérédofigures funestes, peuvent prendre tout à coup (par le retentissement interhumain et la communion partielle des hommes porteurs de ces images, à une époque donnée), une importance extraordinaire et catastrophique. D'autres idées fausses, moins violentes, tout aussi nocives, peuvent s'infiltrer lentement dans la connaissance et tout retarder. Enfin nous venons de voir qiie la science, détachée de l'homme et devenue indifférente à l'homme, peut aussi se retourner contre lui et le blesser cruellement, à la façon d'une boîte de coutellerie ou de poisons, mise entre les mains d'un enfant. Brunetière avait parfaitement tort de nier ou de contester l'importance primordiale delà science, qui est, après le mot et la poésie, la plus grande invention humaine. Berthelot avait parfaitement tort de croire que la science renferme ou confère la sagesse ou le bonheur. La science est un fait d'universalisation; la sagesse un fait individuel, et qui tient à l'équilibre en nous des personimages, à
leur parf?iite gravitation devant le soi. La santéi c'est la sagesse organique. Quant au bonheur, c'est une iiiiaplalion individuelle et méthodique de la sagesse aux circonstances, c^est le sentiment de i'ordrp intérieur. Il se conquiert et il se maintient, comiBe l'ordre dans la société, par un entraînement méthodique de bonnes lois ou règles, et un exercice çoAStant de la volonté.
Quand je di^ que Thomme est un résumé dfi h nature et de ses rythmes, je pense qu'une spieoçe spéciale ne serait pas de trop pour en poursuivra Ijà démonstration ; science qui serait, h U cons^tutiop et à la condition bumaine3, ce que la sémanUque e^ au langage, et qui étudierait et classerait les signîficaliofu fouctionnelles et organiques. Cert^iu^ analogies nous frappent, qui correspondent isûr^m^nt à des inclusions d'états de la matière, qu de modftlités élémentaires, dans l'esprit-corps humaiu. (jÇ squelette est une pétrification, b9iguée, çomote les organes, par deux circuits, celui de |a boue ou du limon lyniiphatique, celui du s^ng» pour T^ualogie marine duquel je renvoie aux travaujt originaux et puissants de Hcné Quinton. La vasQularisatiou sanguine et lymphatique, les deux inuervations. sont autonomes et entrecroisées sans ?e confondre, avec une affinité remarquable du circuit . ly mphp^tiquP pour le grand sympathique Huterpo^itiou, dws les deux, de sphères ganglionnairps), du circuit saugUIA pour le système nerveux pérébro-médullaire. Noup pouvons en conclure que les hérédosphèrep com-
CiONGLUSION. 245
tliaiidâiit lés prolongements lymphatiques sont voisina de celles commandant les ganglions et filets sytbpâltliiques, et d uiie gravitation analogue devant la volonté. Leâ circuits! musculaire^ (lisses et striés), encore mal étudiés, comportent des îlots singuliers (JU'à éttidiéi^ Ëabinâki et qui sont comme des muscles de nitlscles, k rapprocher, par conséquent, des nervi nervorum et des vàsa vasorum. Le développement embryonnaire des grosses glandes est analogue à céttii des champignons, dont elles ont la chair et respect. Le feutrage déS lianes conjonctives, qui relient entre elles toutes ôés sphères organiques plus ou moins déformées, forme aussi un vaste circuit, (Jtii passe par la névrogHê médullaire. Le champ de cette sémantique du corps humain, que je ne fais qu'indiquer ici, est immense et inexploré. Or chacune de ses particularités est inscrite dans ces hérédofigures idéales, qui commandent toute la machiue organique, et que commande elle-même le soleil du soi.
L'examen des phases de Tembryon humain (voir planches de Mathias Duval) nous montre, d'autre part, cet embryon procédant par des inflexions ou iiiVoluiions successives des feuillets externes, moyens et internes, qui forment progressivement tout autant de sphères, elles-mêmes étirées, déformées, comprimées, conjuguées, adaptées aux réactions de position de leur réduit. C'est la transmission à rêffibryôn humain des rythmes de la nature extrahumaine qui fait, en grande partie, Thomme; et la
a46 LB MONDE DES IMAGES.
nouvelle question qui se pose est celle de savoir ce que deviennent ces rythmes dans l'homme, une fois ,[ ([u'il est sorti du ventre maternel et en conflit, par ses générateurs, avec sa formatrice, la nature.
Ces rythmes élémentaires se communiquent à rhomme par l'intermédiaire des hérédofigures et de leurs prolongements somatiques et fonctionnels. Le feu couve en nous vers 87 degrés et peut monter, par la fièvre, jusqu'à 42. L'eau nous baigne, marine par le sang, terrestre et limoneuse par 1 lymphe. L'air emplit l'arbre pulmonaire et les cellules de la moelle osseuse. La continuation de l'espèce, autre forme de l'élémentaire, est inscrite en nous dans ces appareils difiérenciés, complexes, encore infiniment peu connus dans leurs connexions avec les hérédofigures, que sont les organes sexuels, chez qui le baroque du procédé s'associe au gaspillage de la substance. C'est là un des points de résistance les plus saisissants de l'homme à la nature. Outillés, dans leurs cellules génératrices, pour donner la vie à des milliers d'êtres, l'homme et la femme ne donnent par leur accouplement, la vie qu'à quelques-uns. Analogie frappante avec les milliers et les milliers d'images qu'accumule en nous la mémoire héréditaire, et le petit nombre de celles que féconde la mémoire individuelle pour nos besoins, nos travaux et nos rêves.
Q uan t à la vol onté ,(pourlaplus grande partie, expression du soi), qui meut les hérédofigures, elle existe aussi, pour une part moindre, dans la mémoire héré-
CONflMISlON. 347
Sitaire, d*oii elle agit sur les muscles à fibres lisses des parois viscérales. Noire volonté personnelle meut nos membres, mais n*intervient pas dans les mouvements de Testomac et de l'intestin, par exemple, ni dans les contractions de nos vaisseaux, que régit le groupe des volontés héréditaires appelées « réflexes » . D'une façon générale, la volonté, principe essentiel de réaction contre les forces de la nature incluses en nous, est aussi ignorée des savants et des philosophes que pouvait l'être l'électricité il y a cent trente ans. Nous s'avons d'elle que, bien appliquée, elle triomphe de presque tous les obstacles extérieurs ; et il n'y a évidemment aucune raison pour que, mieux connue, elle ne triomphe pas de ces obstacles intérieurs que sont les maux humains et n'arrive point, en outre, à prolonger notablement la vie humaine.
Comment la soutenir, comment la guider, cette . force supérieure^ à presque toutes les autres, comment l'appliquer à certains troubles fonctionnels, à cer- . tains organes, à certaines lésions de ces organesP Yraisembablement par les images, et en agissant volontairement sur ces figures héréditaires, dont nous avons tenté, dans ce volume, la description. Il y avait une idée dans la suggestion hypnotique, mais cette idée est encore à l'état embryonnaire, et aussi éloignée des interventions méthodiques, qu'il est déjà permis d'entrevoir, que la peau de chat et le bâton de résine d'une dynamo du dernier modèle. Nous manquons notamment d'appareils capa-
ble» de mesure^, d'enregistrer, d'accumuler là vc^ lohté huinnine à Tétbl Minsaiit, c*e^t-à-dire natt cnrrire dépcnst^e en tiiôuvemeiltd illuscillftif^d et eb parott^s. Nous manquons aussi d'appareils tSapablés dVhre«rislrer le» images et les pefsotiimages, eh tm mol d'im.'igograplics, qui seraient aut hérédofi^tirts» ce que 1(^ phonographe est à la voix et le cinématographo au mouvement de )a vie. Cette première lâcutle Une fois cohiblée, ce sera déjà uu grfttld pfts de faildan*} la voie des rectifications liérMitaires peA rcVcrcice soutenu du vouloit*.
Jo ne me dissimule pas que certains points de Ytié, abonlt^s au cou^s de la présente étude, choqûei^nt les idées reçues de bfeautioup de naturalistes, de psychologues et de ttiédfecins. Les naturalistes patce que la doctt-ine de l'évolution leUr pâtàtt un bon oreiller pour dormir; les psychologues, parce' qu 'ils sont accoutumés à cônsidéret leis idées eotlittie des parcelles reliées les unes aux autres, sftms aucune espèce de forme et de substance, à Tâide dU fil association. Vous tirez sur Tune et les autres viennent; c'est extrêmement slhiple. Leâ niédèi5ins, parce que, poiir beaucoup d'entre eux, le métîanisme de la pensée humaine n'est pâSun ptoblèttle, depuis les localliîvlions cérébrales et lés neurôttes. Ceux-ci cH celles-là ont réponse à toUl. Or je considère, au bonti^itxik que ces qualité préjugés ont eotaplètement inhibé et atrété les étudfes de l'esprit hUmaîn depuis un quart de siècle', cependant qUe, d'un auli-e côté, l'intultlvismé de M. Bergson, prolonge^-