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Vient ensuite le corselet ou thorax (fig. 7, nos 2, 3 et 4), composé de trois anneaux, auxquels sont attachées les pattes, en dessous, et les ailes, en dessus. Ces anneaux sont ordinairement soudés les uns aux autres et, vus de dos, n’en forment qu’un seul. On appelle prothoraæ (fig. 7 n° 2) le premier anneau, celui qui porte la première paire de pattes, mésothoraz (fig. 7,n° 3), celui qui porte les pattes int:rmédiaires, et métathoraz (fig. 7,n° 4), celui auquel est attachée la troisième paire de pattes,
Les ailes sont généralement au nombr2 de quatre; il n’y a que chez les diptères où elles sont au nombre de deux, et que chez les thysanoures où elles sont tout à fait nulles. Par exception, cependant, la seconde paire d'ailes fait défaut chez certains coléoptères, certains orthoptères et certains hémiptères. La première paire est portée par le mésothorax, et la seconde par le métathorax ; chez les diptères, l'unique paire d’ailes est attachée au mésothorax (1). =.
Les ailes fournissent un grand nombre de caractères très sail. lants pour la classification. Et même, chez les hyménoptères et les diptères, pour la distinction d’un certain nombre d’espèces, on se base uniquement sur les nervures de l’aile,
Au-dessus du thorax, sont les ailes; au-dessous tiennent les pattes constamment au nombre de six; ce nombre, comme nous l'avons vu, caractérise l’insecte et le sépare de l’araignée, du crustacé et de myriapode.
Les pattes, surtout chez les coléoptères, offrent plusieurs caractères saillants dont on tire grand avantage pour la classification. Elles sont organisées en général pour marcher, assez souvent pour sauter, nager, fouir, et quelquefois même pour saisir la proie, Aussi, les différentes parties en varient-elles selon ces divers usages; il suffit, pour s’en convaincre, de comparer les pattes postérieures proéminentes de la sauterelle à celles de la libellule.
() Les deux ailes inférieures sont transformées en organes particuliers désignés sous le nom de balanciers.
Les pattes se divisent en trois parties toujours distinctes (:) : la hanche (fig. 6, g), la cuisse ou fémur (fig. 6, h), la jambe ou tibias (fig. 6, i) et le tarse (fig. 6 k) ; elles s’articulent au corselet par la hanche appuyée du trochanter (fig. 6, j).
Ces deux dernières parties varient beaucoup selon l’ordre et même le genre d'insectes, La hanche est le plus souvent de la forme d'un cône tronqué, quelquefois globuleuse, d’autres fois aplatie et soudce avec le dessous du thorax. Le trochanter (fig. 6, j) est une petite Pièce quelquefois quadrangulaire, le plus souvent conique, qui s’interpos: entre la hanche et le fé. laur ou même, rejetée de côté, vu son développement, se colle à la partie supérieure de la cuisse et paraît n’être alors d'aucune utilité,
A la hanche, par le trochanter le plus souvent, s'articule le
a partie la plus variable de la patte, susceptible de prendre toutes les formes selon les moeurs de l’insecte, Assez souvent, surtout chez les coléoptères, elle est munie d'épines qui fournissent parfois de bons caractères génériques.
Le tibias (fig. 6 à ), qui s'articule au fémur, est, en général, moins changeant dans ses formes, Cependant, souvent aussi il est muni d’appendices qui lui semblent aussi nécessaires que les anneaux d’or que le beau sexe, chez l'homme, porte à ses doigts. Peut-êtr: sont-ils placés là, ces appendices, pour aider le savant dans son travail de Comparaison et de classification. :
Le tarse (fig. 6 k), cette partie qui représente le pied, est composé d'articles mobiles qui varient en nombre selon les insectes.
postérieurs,
et les trimères,
, Voici comment ils
pport : pentamères, la plupart des lépi-
doptères, des névroptères, les hyménoptères et les diptères ;
()ÆExcepté chez les gyrinides, famille de coléoptères hydrophiles.
LE MONDE DES PETITS ETRES él
tétramères, un certain nombre d’orthoptères et de lépidoptères ; trimères, la plupart des orthoptères et presque tous les hémiptères.
Les articles des tarses sont munis de divers apareils, que Kirby (') a désignés sous le nom de pulcilli; au moyen desquels l:s insectes peuvent marcher renversés sur les surfaces même les plus polies. Ces appareils sont les brosses, la pelote, la sole et la ventouse, Cette dernière est un appareil propre à faire le vide, Qui ne s’est souvent demandé, dans son enfance, à cet Âge où tout ce qui frappe le regard intrigue et intéresse, où l’on passe des heures à considérer le travail des fourmis et la toilette des mouches, qui ne s’est souvent demandé comment ces petits êtres peuvent ainsi monter le long des vitres, ou marcher si aisément au plafond? Quelle aurait été notre joie si, au pourquoi que l’on posait, on eût pu nous répondre et nous dire que ce phénomène est simplement dû-à la ventous: minuscule que la mouche porte à l'extrémité de ses pattes et qui la soutient ainsi; mais celui-là eût en même temps été obligé de nous expliquer que la ventouse est un appareil élastique, susceptible de se comprimer et de faire le vide.
Vient ensuite l’abdomen (fig. 7,n° 5) ; c'est la troisième division du corps de l’insecte, et ordinairement, c'est la plus volumineuse, car le corselet ne contenant en somme que les muscles locomoteurs, c’est dans l’abdomen que se trouvent renfermés les viscères et les parties les plus importantes des divers appareils. Cet abdomen affecte ordinairement une forme allongée plus ou moins cylindrique, et il est formé d’anneaux ajoutés bout à bout (fig.7,n° 15). Généralement de six chez les coléoptères, ils atteignent le nombre de äix et même de douze chez certains névroptères. Chacun de ces anneaux ne forme pas un cercle complet, mais est constitué par deux arceaux dont le supérieur est nommé tergite et l’inférieur sternite, reliés entre eux par l’hypoderme. L’extrémité de l’abdomen est nommée pygi-
() William Kirby, naturaliste anglais, né à Wittnesham (Suffolk) le 19 septembre 1759, mort à Barnham (Suffolk) le 4 juillet 1850. 11 était ras- Se —— On lui doit d'importants travaux d'observations sur l’enomologie
dium, le dernier anneau portant plus particulièrement Je nom de postpygidium et étant souvent muni d’appendices ou cerques, ou de diverses saillies se rapportant aux organes de la reproduction, tels qu'appareils de ponte, tarières, aiguillons, etc, L’ar. ticulation de l’abdomen au thorax se fait d’autant de manières, Pour ainsi dire, qu’il Y a de genres d’insectes, Lorsque l'abdo-
L’abdomen est, en général, moins coriace que les autres parties de l’insecte ; il est totalement dépourvu d'ailes et de ces appendices locomoteurs que l’on voit à certaines larves notamment aux chenilles, I] varie en forme et en consistance selon les différents ordr2s d’insectes, et les anneaux qui le composent sont parfois soudés entre eux, ne lui permettant alors qu’un mouvement très restreint de bas en haut; cela se voit surtout
&ueur, égalant à peine le corselet parfois, et parfois dépassant deux ou trois fois en longueur le corselet et la tête réunis.
incolore ou légèrement verdâtre qui n’est autre que le sang ré. novateur, Le système circulatoire, chez eux, est surtout cons. titué par un long vaisseau dorsal à chambres multiples, dont les Parois élastiques font, se dilatant et se contractant tour à tour, l’office d’un coeur.
Etant pourvus de Sang, les insectes ont donc besoin d’un système respiratoire qui permette au sang d'absorber l’oxygène de l'air et de se débarrasser qu carbone qui l’empoisonne. Ce système consiste en trachées où l'air cireule, qui commencent de chaque côté de l’abdomen par des stigmatrs—-orifices arrondis ou linéaires disposés par paires Sur chaque segment de
selon l’organisation de leur bouche, en insectes broyeurs, qui comprennent les coléoptères, les orthoptères et les névroptères, en insectes lécheurs, comprenant les hyménoptères, et en insectes suceurs se répartissant dans les autres ordres (*).
Quant au cri strident de la cigale, du grillon et de di fférents autres insectes, il est loin d’être, comme celui des animaux à respiration pulmonaire, produit par l’émission de l'air frappant les cordes vocales du larynx; il résulte de divers appareils propres à ces insectes et que je décrirai en parlant de ces insectes dans le cours de cet ouvrage.
() Les auteurs n’admettent que deux divisions, les broyeurs et les suceurs. Les hymenoptères n'ont pas, à proprement parler, une bouche conformée pour broyer ou pour sucer. C’est ponrquoi {1 vaut mieux en faire une division à part sous la dénomination de lécheurs. J'expliquerai ces différences en traitant des divers ordres.
M. V. A. HUARD, Pre.
Né à Saint-Roch de Québec, le 23 février 1853. Directeur du Naturaliste Canadien, et conservateur du Musée de l’Instruction Publique, Quéhec.
Cinquième Etude
Le rôle des Insectes dans l’industrie —Les ennemis des Insectes.
UTRE leur utilité dans l’ordre de la création — utilité telle, je le répète, que sans eux la vie deviendrait impossible Eur nous sur notre planète—les insectes ont de plus une très grande importance dans l’industrie. L'homme a su diriger leur ravail, et les utiliser eux-mêmes pour les faire servir à son bien-être, C’est ainsi que, en serviteurs aveugles et inconscients, mais toujours fidèles et infatigables, ils confectionnent nos soies, extraient des fleurs les sucs les plus Purs pôur en distiller le miel, ou servent comme produits chimiques, comme remèdes, comme ali. ments.
L’un des plus précieux est sans contredit le ver à soie (1),
parmi la vermine qui pullulait sur Jo . Mais laissons de côté la légende. C'est en Chine très certainement que l’industrie de la soie a pris naissance Les auteurs Chinois enseignent que c’est Si-Ling-Ché, la principale des épou-
de la cour, elle s’exerçait en grand mystère, sous la haute direction des impératrices initiées dès leur jeune âge à ses moindres détails; toute tentative
que, si l’on en juge par les autres espèces de la famille des Bombycides à laquelle cette espèce appartient, il n’en a pas dû être ainsi dans les temps primitifs,
Pour plusieurs raisons, l'élevage de ce ver à soie n
ticable dans notre pays. Cependant nous possédons deux Bombycides qui, peut-être, pourraient remplacer avec assez d’avantage le Bombyx du môûrier ; ce sont la Samia cecropia, Lin, et le
l'elea polyphemus, Cr. Les larves de ces espèces filent une soie forte, luisante et d'u
de divulgation des méthodes employées ou d'exportation d'oeufs étaient rs. primée par les châtiments les plus cruels. Seuls pouvaient franchir la grande muraille, les étoffes et les fils de soie dévidés. Peu d'années avant notre ère, une princesse chinoise aurait, d'après la légende, révélé le prémr __— aux Japonais, puis, une autre, aux Thibétains, six cents ans plus tard.
De son côté, et concurremment avec la Chine, l’Inde haute antiquité, de la soie qu’elle tirait, selon tou nos jours encore, non plus d’un ver domestiqué, m assez différent du Bombyx des Chinois.
produisait, depuis une te apparence, comme de ais d’un ver demi-sauvage,
bles étoffes de sole.
avoir paré elles n’apparurent dans la toilette
sort aux hommes.
= moines persans raprortèrent de Constantinople, dans un bâ
Un autre insecte d’une grande utilité, c’est l’abeille, vulgairement nommée mo'che à miel (2). |
Tandis que c’est le Bombyx à l’état de larve que l’on cultive,
c’est l’abeille adulte que l’on élève. Et l’abeille offre cet avantage sur le ver * soie, de s’acclimater dans tous les pays, des régions les plus froides aux climats les plus chauds. ” Nous avons un insecte indigène qui produit un miel très succulent ; c’est le bourdon, improprement appelé taon dans nos campagnes. Malheureusement la culture en est impossible, par ce fait qu’il n’y a guère que les femelles qui résistent aux froids de l'hiver.
Il existe sur notre continent, dans l’Amérique méridionale, un insecte qui remplace l’abeille et qui fabrique, lui aussi, un miel d’une excellente qualité; c’est la Mélipone scutellaire (Melipona scutellaria L). Il est tout probable qu’elle finira par disparaître devant la concurrence énorme que lui fait l’abeille. Mais je reviendrai sur ce sujet en temps et lieu.
Puisque nous en sommes aux aliments, parlons de l’insecte comme comestible.
On ne mange plus d’insectes, de nos jours, dans les pays civilisés, quoique, autrefois, on en ait fait une consommation considérable chez les Romains, qui considéraient comme nourriture de luxe la larve de certaines espèces. Ce sont sans doute les huîtres et les escargots qui ont supplanté ces larves-là dans l’estime des gourmets. On dit que les Chinois—ceux d’aujourd’hui comme d’autrefois, puisqu'ils ne sont guëre susceptibles de changements dans leurs moeurs et dans leurs coutumes—sont très friands des larves de certains coléoptères et de la plupart des
(*) Le miel est le produit de la transformation que subit, dans le premier estomac de l'abeille ouvrière, une sorte de jus sucré, le nectar, que celle-ci puise avec sa languette dans le calice des fleurs et qu'elle dégorge, une fois élaboré, dans les alvéoles des rayons ou gâteaux de cire, La récoite du miel est le but principal de l'élevage des abeilles. Il y en a plusieurs espèces; la plus importante est l'abeille mellifère (Apis mellifera L.) Connue dès la plus haute antiquité, cette espèce est la Déborah des Hébreux, la Mélitta des Grecs, et l’Apis des Latins. On la croit originaire de :a Grèce ou de l’Asie Mineure, d’où elle aurait été introduite successivement dans toute l’Europe. Or peut affirmer qu'elle s'est acclimatée dans tous les pays du mcnde.
Il est un mets très recherché en Afrique: les sauterelles, que l'on fait sécher, griller, ou que l’on apprête d’autre façon, et qui constituent, disent les Voyageurs, un plat excellent. C’est heureux, car l'extrême abondance de ces insectes dans certaines contrées de l'Afrique, fait que, après avoir en quelques heures
tout dévasté, tout rongé, ils peuvent suppléer aux famines épouvantables dont ils sont la cause,
Pour tout dire, n’est pas très éloi
tes sauces et cuits de succulente façon jours même, de ces mets délicats
parlez-moi des viandes faisandées et des fromages raffinés! Mais passons.
; On en présente de nos
Les cochenilles (*) rendent aussi de grands services à l’in-
dustrie. Ce sont elles qui fournissent le carmin employé par les peintres,
plusieurs espèces Mais elles ne paraissent un carmin aussi brillant du Mexique. Autrefois,
omme remède contre la coqueluche; je ne sache Pas qu’on la recommande de nos jours
en Europe et dans le midi de la France, pas donner une teinture aussi belle,
(*) Ces insectes sont des Hémiptères-homoptères : Îls constituent, dans leur ensemble, la famille des Coccides, voisine de celle Cette famille des Coccides est très intéressante à étudier et offre de curieuses particularités. On en connaît au-delà de trois | quatre tribus, L'espèce type est le Coccus cacti L. ou Cochenille proprement Î dite. La culture de la Cochenille était autrefois u | et la source de revenus considérables. On la délaisse peu à peu aujourd'hui:
depuis la découverte des couleurs de la houille, elle a perdu de son importance comme couleur colorante.
Les cantharides, dont on compte plusieurs espèces, sont employées avantageusement en pharmacie comme vésicants. On en faisait autrefois une consommation considérable, Les espèces que l’on rencontre dans le commerce sont propres au midi de l’Europe et de l’Asie, et à l'Amérique du Sud. Nous avons cependant dans notre faune un insecte qui pourrait être utilisé de la même manière, quoique à un degré un peu moindre peutêtre; c’est un coléoptère qui ressemble beaucoup à la cantharide vésicatoire d'Europe; il est d’ailleurs de la même famille. Nos naturalistes le désignent sous le nom de Pomphopoea aenea, Say.
Telles sont les principales espèces d’insectes remarquables dans l’industrie et le commerce. Elles sont bien peu nombreuses dans la légion immense de ces petits êtres si puissants, si intéressants et si peu étudiés! Mais combien n’y en at-il pas d’autres, que l’on pourrait exploiter et qui, par leur travail ingénieux, fourniraient de nouveaux aliments pour nos tables, de nouveaux draps pour nos vêtements, de nouveaux remèdes aux maladies qui nous affligent! Hélas! l’insouciance nous accable; on vit comme si l’on n’était pas de ce monde ; On ne s’inquiète pas de connaître ce qui nous entoure; trop souvent même on ridiculise ceux qui s’occupent de ces choses !
Non; puisque la terre est notre domaine, parcourons-la ; étudions les êtres qu’elle porte et sachons nous convaincre, une bonne fois, qu’il n’y a rien de méprisable ici-bas et que rien n’est indigne de notre attention. N’oubliez pas, enfants, que ce miel qui vous délecte, c’est un chétif insecte qui le fabrique; n’oubliez pas, jeunes filles, que ces soies luxueuses dont vous faites vos toilettes, celle qui les a tissées, c’est une chenille yue Vous qualifiez de l’épithète immonde. Enfants, soyez reconnaissants envers l’insecte chétif; jeunes filles, remerciez l’immonde chenille,
La nature a doué les insectes d’une prodigiense fécondité. Comment, sans cela, auraient-ils pu échapper à la destruction
totale, devant la guerre acharnée coalisés contre eux? Et c'es
uCun autre être vivant !
Que l’on en juge par ces chiffres. “La mère Puceron, dit Geoffroy, pond de quinze à vingt oeufs en un jour, sans paraître moins grosse. Si l’on prend une de ces mères et qu’
ze. Donnez à ce puceron dix générations dans la saison, il en résulte qu’à l'automne, il aura produit un quintillion (1, ,000,000,000, ,000) d'êtres de son À résultat qui serait trente fois plus fort si on y ajoutait la géné. ration ovipare”,
Et je n’ai mentionné là qu’une famille d’insectes. Combien
de temps faut-il à la chrysomèle (bête à patate) pour infester
totalement un champ de pommes de terre! aux némates pour couvrir les groseilliers de leurs larves voraces ! aux sauterelles Pour ravager toute une moisson !
Heureusement, si la Providence n’a mis, pour ainsi dire, au-
cune limite à cette fécondité, elle a placé là des gardiens fidèles chargés de la destruction du trop grand nombre d'insectes.
Tout s’entre-mange ici-bas, tout s’entre-combat, tou: s’entredétruit: c’est la grande lutte pour l'existence. Les plus forts pourchassent les plus faibles, les plus timides,
audacieux que lui. Il te fallait donc, pauvre insecte, pour ne pas disparaître en un jour, cette fécondité merveilleuse qui est ta force contre l’anéantissement qui te guette partout !
L’insecte, comme d’ailleurs la totalité des êtres, ici-bas, a trois genres d’ennemis : ses semblables d’abord, ses supérieurs, puis ses inférieurs.
Ses semblables; ne les méprisons pas pour cela : {ls se font la guerre entre eux, comme nous nous la faisons entre nous, avec cette différence qu’ils agissent par instinct et nous, par passion. Les plus forts font la gnerre au grand jour: ce sont les cicindèles pourchassant et dévorant les mouches et autres diptères ; ce sont les carabes et les calosomes, broyant tout ce qui passe à portée de leurs mandibules; ce sont les coccinelles, faisant une consommation énorme de pucerons. Les plus faibles, au contraire, agissent par ruse, Ainsi le frèle ichneumon voit-il se promener paresseusement une chenille rondelette et dodue, immédiatement il la suit, et profitant de son sommeil, il déposera sous son épiderme une bonne douzaine d'oeufs, qui, à leur éclosion, donneront passage à autant de petites larves, très satisfaites de se nourrir à même cette proie facile. Celle-ci en mourra, mais l’ichneumon aura assuré l'existence de sa nombreuse progéniture.
Je pourrais donner mille autres exemples.
Parlons maintenant des ennemis du dehors. Nous commencerons par les êtres inférieurs à l’insecte sous le rapport de la force et de la conformation, pour finir par ceux qui lui sont supérieurs sous ces mêmes rapports.
Un fait démontré par l’observation, c’est qu’il existe des épidémies chez les insectes, comme il en existe pour l’homme. Il en meurt des milliers que l’on rencontre un peu partout, cramponnés aux végétaux sur lesquels ils cherchaient leur nourri. ture. Je ne sache pas que personne, jusqu'ici, ait cherché à reconnaître la cause de ces épidémies. Elles ne sont certainement pas dues aux intempéries: si j’en excepte les grands froids qui ‘tuent, l’insecte résiste à tout ce qui pourrait ébranler la constittion d’êtres forts. Qu’on n’aille pas croire non plus que ces pauvres victimes se soient empoisonnées aux plantes dont elles ont
mangé: leur merveilleux instinct n'aurait Pas pu les tromper ainsi; et d’ailleurs, les insectes changent rarement, très rare-
un grand nombre d’autres s’attaquent à l’homme, Et pourquoi ce petit monde n’aurait.il pas, lui aussi, ses choléras, ses typhus? Comment expliquer autrement ces maladies subites qui ravagent en un jour tant de représentants de ce petit monde mysté.
Mais leurs ennemis les plus redoutables sont les petits ani. maux supérieurs en force et en organisation, je veux dire les petits mammifères et les oiseaux. Ceux-ci, surtout, leur font une guerre acharnée.
La plupart des insectes étant nuisibles à l’agriculture, il est de toute nécessité de Protéger leurs ennemis; de nous les asso-
destruction de nos récoltes, On me saura peut-être gré de faire ici une liste de nos plus utiles auxiliaires,
Voyons d’abord chez les mammifères.
La Taupe est un petit animal qui est loin d’avoir les égards de nos cultivateurs et qui, cependant, les mérite à un bien haut degré. Dans nos Campagnes, où, en certains endroits, elle est assez Commune, on lui fait une &uerre acharnée, et cependant, elle, la pauvre Proscrite, ne cesse de rendre les plus grands services, Pour éviter ses persécuteurs, elle se tient caché tout le jour, dans les longues galeries qu’elle s’est creusées sous terre; mais que vienne la nuit, aussitôt elle se met à l’oeuvre, et malheur
loin de chercher à la détruire, amenez-la dans vos champs: le nombre de larves dont elle vous délivre vaut bien les petits monticules qu’elle y élève et les galeries qu’elle s’y creuse,
La Taupe proprement dite n'existe pas dans notre faune, Elle
est remplacée par de petits mammifères qui s’y rapprochent par leurs moeurs autant que par leurs formes. Les deux plus remarquables sont la Parascalope (Parascalops breweri Bach), et la Condylure (Condylura cristata L.) Ces petites bêtes passent la plus grande partie de leur vie à la Poursuite des lombrics et des larves dans les longues galeries souterraines qu’elles se creusent avec un art admirable, Elles sont très ‘éroces et s’attaquent à tous les animaux, insectes, reptiles, grenouilles, qui s'égarent dans leurs galeries, Elles sont utiles, puisqu'elles font des vers et des insectes leur principal aliment; cependant, par leur trop grand nombre, elles peuvent causer des dégats, coupant les racines des plantes pour creuser leurs galeries et bouleversant parfois les jeunes semis jusqu’à en compromettre la levée. Je ne sache pas qu’elles causent de tels dommages dans notre province, :
Il ne faut pas confondre la Taupe avec le Mulot ( Microtus pennsylvanicus Ord.). Tandis que celle-là ne vit que d’insectes, celui-ci est un rongeur qui s'attaque aux racines dont il fait sa nourriture, Il est d’ailleurs très facile de les distinguer l’un de l’autre, la Taupe ayant le museau très allongé, quelquefois Pourvu, à l'extrémité, de lanières en forme d’une étoile, tandis que le Mulot a toute l’apparence d’une Souris; il est d’ailleurs de la même famille,
La Musaraigne (Sorez albibarbis, Copr.) est un petit mammifère qui a beaucoup l’apparence de la Souris, sauf le museau qui est beaucoup plus allongé. Elle ne se construit pas de galerie, comme la Taupe, mais elle niche sous les souches, les troncs d’arbres ou les écorces. Ce petit animal, que l’on rencontre rarement le jour, se promène, la nuit, dans les jardins et les champs à la recherche des larves dont il fait une consommation considérable.
La Chauve-Souris ( ‘) est join d’avoir l'estime que lui méri-
ent
(4) Les Chauves-Souris (que l'on désigne généralement sous le nom de “souris-chaudes”, dans nos Campagnes) sont des mammifères pourvus d'ailes, et qui constituent un ordre bien distinct sous le nom de Chéiroptères, mot qui signifie animaux à mains en formes d'ailes, En effet leur faculté de voler leur vient de ce que les quatre doigts de leur main sont considérablement allongés et servent À tendre comme les baleines d'un Parapluie une membrane souple et élastique qui les relie entre eux. Cette membrane, qui est
tent les services qu’elle rend. On la voit, dès la chute du jour, se livrer à une chasse incessante qui se continue tard dans la uuit. Elle vit uniquement d'insectes qu'elle saisit au vol, et qu’elle pourchasse même quelquefois jusque dans nos appartements où, Sénéralement, elle trouve la mort. Quelle manie de destruction afflige l'humanité! L'homme tue Pour le plaisir de tuer, se basant uniquement sur cet instinct brutal qui le porte à voir des ennemis dans tous les êtres qui l’entourent. Il tue sans prendre la peine de se demander s’il a raison ou tort, Il tue sans se préoccuper de savoir si l'être qu’il anéantit est un ami ou un ennemi, Et d'où vient cette terreur que cause à l’homme un objet que son imagination lui montre comme monstrueux et repoussant ? Vous, que rempli d’effroi la légère Chauve-Souris qui s’est aventurée dans votre demeure, à la poursuite des insectes qui y viennênt voltiger autour des lumières,
quittez toute frayeur, il ne vous fera pas de mal; il n’en veut qu'aux moustiques, vos ennemis, Voyez; fatiguée maintenant de sa course folle et de ses multiples chevauchées dans le vide, la Chauve-Souris est allée se reposer un instant, se fixant, tête
lui que vous lui lanciez tout à l’heure, Pauvre petit, comme il doit être désabusé! I] croyait entrer chez un ami, et voilà que celui-à même à qui il rend service veut l’exterminer! Non!
Ce constituée par une expansion de la peau des flancs, se prolonge jusqu'aux
membres postérieurs et jusqu'à la queue. Les Chauves-Souris se rencontrent dans tous les Pays. On en compte plus
ne mesure pas moins de cinq pieds d'envergure: son Corps seul a près de ae Pouces de long. C'est cet animal qui a donné lieu à la légende du vampire.
Nos espèces, toutes insectivores, sont de la taille d'une souris. La plus commune est le Vespertilio Subulatus Say.
LE MONDE pgg PETITS ETRES 76
laissez vivre la Chauve-Souris : demain elle recommencera sa * Laissez.la vivre, elle qui ne vit que de vos ennemis. Tels sont les Principaux petits mammifères qu’il convient d'e- Pargner.
ne doivent-ils pas se dérober aux regards de l’homme, ur plus mortel ennemi ! Cependant ne sont-ils pas les protecteurs Je 8. jardins, de ses champs! C’est surtout les enfants qu'ils ont à craindre, Hélas! Pourquoi n’enseigne-t.on Pas aux enfants ; respecter ces reptiles inoffensifs! Comme je m'estimerais heu reux et combien grande serait la cause Sagnée, si, implorant en ces lignes pour le Crapaud repoussant d’aspect, pour la couleuvre dont le seul crime est de ressembler au serpent et d’inspirer
dangereux dans notre faune—s;j implorant Jour ces êtres bien. faisants, je voyais désormais leurs Persécu:eurs d’hier devenir leurs protecteurs de demain et accorder à ces petits animaux l'estime qu'ils méritent par les services qu’ils nous rendent !.….
ti; l'homme lui-même ne saurait se défendre contre les myriades
navrant va bientôt s'offrir à votre indignation : des désoeuvrés de toutes sortes sont là, le fusil à l'épaule, tuant sans pitié ni
Vergogne tous ces Pauvres oiseaux qui passent à leur portée. Fauvettes et Pinson ne sauraient trouver grâce devant ces bourreaux avides d’un jeu barbare: il faut tuer, il faut tuer sans cesse. L'instinct de la bête féroce s’en donne à coeur joie. Vous n’entendez que détonnation sur détonnation. Pour ces pauvres oiseaux, la mort implacable siffle d'arbre en arbre, et la terreur plane chez tous les faiseurs de nids : Pics, Orioles et Moucherol. les qui étaient venus égayer les Paysages de leurs couleurs variées, Pinsons, Grives et Fauvettes, qui joyeux, chantaient pour
sensé; plus que cela, c’est barbare! Je ne comprends pas que les autorités n’aient pas, depuis longtemps, opposé à ces tueries
Il serait trop long d’énumérer tous les oiseaux qui font des insectes leur principal aliment ; je ne nommerai ici que les plus remarquables.
Les Fouvettes sont en général des oiseaux de petite taille, très variés dans leur plumage; seul leur gosier souple et Puissant nous révèle leur présence, cachées qu’elles sont dans les feuillages les plus touffus. Nos espèces les plus communes sont : la Fauvette d'Amérique, Ja Fauvette jaune, la Fauvette à tête cendrée, la Fauvette de Peunsylvanie, la Fauvette à poitrine noire, la Grive couronnée, la Fauvette trichas, le Mouche-
en pâture à sa couvée, Nos espèces les plus connues sont l’Hi.rondelle pourprée, l’Hirondelle à front blanc, l’Hirondelle des franges et l’Hirondelle des rivages.
L’Engoulevent a Presque les mêmes habitudes que la chauvesouris. Comme elle, il apparaît au coucher du soleil, et comme elle il prolonge sa chasse tard dans la nuit. C’est un oiseau peu connu, quoique très commun en certains endroits. C’est jui
une continuelle série de tournoiements bizarres, mêle à inter. valles égaux, par les beaux soirs d'été, sa note discordante et criarde aux bruits confus qui montent des rues de la ville. Cet Engoulevent, que nos paysans appellent le Mangeur de maringouins, car ils n’ont pas été sans observer la chasse continuelle qu’il fait aux insectes, est le Chordeiles Virginianus
A cette même famille ge rattache l’oiseau que les Anglais appellent Whip-poor-will, et que, dans nos Campagnes, l’on nomme du joli nom de Boipouril, à cause de son cri. Il a d’ailleurs Presque les mêmes habitudes nocturnes,
Les Pics, que l’on désigne généralement sous le nom de Pic-bois, font une Suerre acharnée aux larves qui s’attaquent aux arbres. Ces oiseaux sont si bien connus, que je n’ai pas à
l'oreille; et si quelque bruit révèle la présence d’une larve, ils l'ont vite, pour s’en repaître, retirée de sa cachette, Puis ils recommence leur exploration, frappant de nouveau de-ci, de-là,
dont j’ai parlé plus haut ; le nombre de ceux qui tombent ainsi
Presque fantastique.
Je ne terminerais pas si je cherchais à décrire tous les oiseaux qui rendent ainsi d’incalculables services à l’agriculture. J'ai
nommé les Principaux, mais Combien n’en reste-t-il pas? Lés Etourneaux, les Goglus, les Coucous, les Moucherolles, certains Pinsons, etc., etc., ne le cèdent en rien aux autres dans l’Apreté de la guerre sans merci qu’ils Hfyrent constamment aux insectes,
Oui, je le répète, il serait à désirer que le S0uvernement édic-. tât-—et surtout les fit respecter —Jeg lois les plus sévères contre
les. ‘Tous les Pays d'Europe, certains Etats de la confédération américaine se sont donnés, sous ce rapport, un régime de lois admirables, Seul] le Canada n’a rien ou Presque rien, I] ya des lois qui régissent la pêche afin de prévenir le dépeuplement de nos cours d’eau et de nos lacs; il y a des lois qui régissent la chasse du gros gibier afin d'empêcher le dépeuplement de nos forêts : et cela en vue du plaisir brutal que les sportmen privilégiés de la fortune ont d’aller tendre Ja ligne ou d’aller loger
Sixième Etude
Une gerbe de conseils aux débutants.
RC = VE qui suit s’adresse aux jeunes à qui le désir vien- SŸ drait de consacrer leurs loisirs à l’étude si inté- CIS ressante de l’entomologie; peut-être leur épar-
MÉZIR gnerai-je bien des difficultés en les instruisant
mm) de ma modeste expérience. Je ne prétends me
QE poser en maître, mais en ami et dire simplement
Ms //|\ 2264 à Le NL
comment sy prendre pour progresser rapidement dans la voie mystérieuse des connaissanx ces humaines,
Le champ de l’histoire naturelle, et en particulier celui de l’entomologie, est si vaste, que ce serait folie de vouloir l’entreprendre tout entier à la fois. Il vaut mieux en parcourir un à un les divers sentiers. Que celui donc qui se sent de l’attrait pour cette science de l’entomologie, examine tout d’abord ce qui lui plaît davantage du coléoptère ou du papillon, de la mouche ou de l'abeille, du criquet ou de la libellule, et qu’ensuite, ayant fait son choix, il se mette résolument à l'ouvrage.
“Qui trop embrasse, mal étreint”, dit le proverbe avec beaucoup de sagesse; en histoire naturelle cela peut se lire: “Qui trop embrasse mal retient”. Inutile d'essayer à surcharger la mémoire d’objets qu’on lui présente pêle-mêle et sans liaison ; le Progrès dans l’étude consiste dans la méthode: soyez méthodique et je vous prédis le succès.
La première chose à faire est donc de se former une collection; sans collection, toute étude sérieuse de l’entomologie devient impossible, Sans elle, le naturaliste peut parvenir à la connaissance de quelques familles, d’un certain nombre de
genres, peut-être, mais jamais de l’espèce; ou tout au plus arrivera-t-il à la distinction d’un petit nombre d’entre les plus frappantes. Il faut avouer que c’est alors une ébauche plutôt qu’une étude sérieuse, Non, il faut la collection, et non seulement elle est nécessaire, mais encore doit-en y recourir très souvent, presque chaque jour, si l’on ne veut pas oublier en quelques semaines ce que l’on aura appris péniblement dans l’espace de plusieurs mois. ‘“S’arrêter dans le chemin de la perfection, c’est reculer”, nous disent les auteurs ascétiques ; de même, s’arrêter dans le chemin de l’étude c’est oublier.
Mais ici je dois mettre en garde contre un danger réel: la collection est un moyen et non pas la fin. La fin, c’est l’étude, la science; c’est la conquête sur l’inconnu; c’est le combat contre le mystère. Le moyen d'arriver à cette fin, c’est la recherche de ce qu’il y a à apprendre, c’est l’étude du produit de ces recherches. Il faut done collectionner pour étudier et non pour entasser. Le collectionneur peut agir par manie ou par art; par manie, s’il vise uniquement au nombre, par art s’il vise d’abord à la science. Hélas! tout collectionneur d’insectes n’est pas naturaliste, au contraire, Combien en ai-je vu de ces collections qui trahissent hautement l’ignorance de ceux qui les possèdent' Un ordre parfait semble y régner, tout y brille de propreté, le fond de chaque case est d’un blanc immaculé: seulement vous y cherchez en vain une étiquette et les individus les plus disparates s’y coudoient effrontément; rien n’est classé, rien n’est nommé, rien n’est connu: tout y baille dans l’ignorance! Donc, en garde contre cette manie d’accumuler espèce sur espèce qui s'empare de l’entomologiste souvent, comme la manie de la rime chez le poète, ou celle des mots d’esprit chez le journaliste.
Instruments indispensables pour la chasse aux insectes. Les insectes se rencontrent soit à la surface du sol, soit à la
surface de l’eau, soit sous l’écorce des souches ou des troncs d'arbres, soit À une certaine profondeur sous l’eau, soie enfin
Vagent nos récoltes et y nent nous incommode
« F1 ienr jusque
dans nos Maisons, C'est dire que ce