‹ Le monde des petits êtres [microforme]Chapitre 5 sur 12 · IV. RAYONNES · texte numérisé non relu

IV. RAYONNES

JOS..-ALEXANDRE CREVIER, au Cap de la Madeïaine en 182

+, mort à Montréal le 1er er 1889, Célèbre naturaliste canadien dont la modestie égalait la vaste érudition,

Deuxième Etude

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Rôle des Insectes — Division de l’Entomologie.

UT, dans la natuïe, ayant sa raison d’être, il s'ensuit que tout a son utilité.

Cette vérité peut, de prime abord, et dans beaucoup de circonstances, n’être Pas très évidente : habitués que nous sommes à ne considérer les

qu’au seul point de vue de l'intérêt personne! du moment, Presque toujours, nous nous laissons aller à critiquer ce qui, justement—et Sans que nous nous en doutions—contribne le plus à la stabilité de l'équilibre nécessaire entre les divers éléments et, Conséquemment, au bonheur de l'humanité.

Et même savons-nous nous accorder sur les jugements que nous rendons? Nous ne nous arrêtons qu’à l’impression agréable ou fâcheuse du moment, oubliant que le pré. sent n’est rien par lui-même, Puisque ce n’est qu’un point imperceptible placé entre le passé et l'avenir, Cette pluie monotone, Par exemple, qui transforme en bourbiers les rues de la ville, après avoir, sous forme de vapeur d’eau, voilé pendant de longues heures la bonne figure souriante du soleil, n'est-elle. pas nécessaire à la fertilité du sol? Cette‘chaleur irradiante contre

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laquelle maugrée l’indolent- citadin l’homme de la campagne, Jui, ne l'a-t41 pas ardemment désirée, la sachane indispensable à la croissance des blés et à leur maturité?

feuillage peuplé de nids, jusqu’au brin d’herbe couvert de la poussière de la route, depuis le fleuve orgueilleux qui roule avec majesté ses eaux Propices aux blanches voiles, jusqu'au modeste ruisseau qui se faufile timidement le long des prairies houleuses, oui, si nous Pouvions nous convaincre de cela, comme nous verrions la nature grande, et belle, et harmonieuse, et grand, et puissant et harmonieux Celui qui préside à son épanouissement !

L’insecte a lui-même son utilité,

I1 forme le monde des infiniment petits, et cependant 1] est doué d’une puissance tellement redoutable, qu’elle confond presque toujours notre imagination,

Retrancher l’insecte de la création, ce serait ron.pre immé.diatement cet équilibre admirable qui est la base de toutes choses dans l'univers et sans lequel la vie ne saurait être; car,

blesse individuelle ; cette faiblesse elle-même n’est qu’apparente, puisque, Proportionnellement à la taille, aucun animal n’a la force et la puissance de l’insecte. Or, cette force mystérieuse et cette puissunce incalculable sont mises au service de l’équili-

quent jamais à la consigne, protègent les eaux contre les myriades d’animalcules qui les empoisonneraient sûrement de leurs cadavres microscopiques, Ceux-ci—les abeilles Par exemple— fabriquent, sans repos ni trêve, ce mets délicieux, le miel que, Pour ‘notre usage, nous détournons du but qu’il devait servir à remplis; de plus. ces abeilles donnent, à un être qui se prétend

plus fort et plus intelligent, l'exemple du travail; elles lui en- : vu rent et par quels moyens une nation peut prospéner: par le labeur opiniâtré, Par la simplicité des moeurs, par l'association des courages. Ceux-là—hélas ! les vaincus dans la lutte de l'existence—sérvent de pâture aux oidvati. Qui, sans cette pâture, se jetteraient avidement sur nos champs et auraient bientôt fait de détruire l'espoir des moissons naissantes,

mais, se payant eux-mêmes des services qu’ils nous rendent, ils prélèvent constamment sur les produits agricoles un impôt colossal. Or, comme leur fécondité est vraiment prodigieuse, dé- Passant, en certains cas, les limites que peut embrasser l’imagination, ils constituent parfois, pour l'homme des champs, un fléau des plus redoutables, Ils veillent, en quelque sorte, à la réalisation de ce désir du Créateur, manifesté dans la Genèse, que l’homme gagne son pain à la sueur de son front : ilé semblent avoir remplacé l'ange placé à la porte du paradis terrestre afin d’en défendre l'entrée à ceux qui jadis en furent chassés.

c'est en cela qu’il nous faut reconnaître que tout est relatif ici-bas—combien d'espèces nous paraissent essentiellement nuisibles, qui, cependant, peuvent, elles aussi, rendre

sectes ont taillé, comme Je vigneron; mais, de même que le vi. gneron détruirait la vigne s’il la dépouillait d’un trop

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vaille, qu’ileæ plisse cette loi de la nature, et le peu d’ennemis qui resteront. loin de lui nuire, l’aideront dans son labeur.

Et puis, quelle abondance de vie, qnel déploiement d'activité grâce à .ceg' innombrables insectes ! S'il fallait qu’ils disparussent gubitèment, comme la campagne ‘semblerait morte: et dé. : serte! Peut-être ne vous en êtes-vous jamais rendu compte; peut-être n’ont-ils jamais attiré votre attention? &i donc vous le voulez, pour la première fois, nous allons faire ensemble, dans le but de les voir à l’oeuvre, une petite promenade à travers champs et bois,

On ne saurait choisir journée plus belle: juin, sur toutes choses, règne en maître prodigue, et le soleil lui verse en abondance ses rayons pleins d’une chaleur bienfaisante, Ecoutez : la brise, en Passant, taquine amoureusement chaque feuille, Voyez: tout respire le calme, le calme mystérieux et doux qui détourne, l’âme, pour quelques heures du moins, des vicissitudes et des tristesses de la vie, it

Nous avons serpenté Par ce sentier étroit tracé à travere les foins qui tressaillent d’, spoir; l’insecte nous a suivis constam-

c’est un concert prodigieux qui se prolonge indéfiniment et qui surpasse tous les autres concerts; c’est, en un mot, le travail fécond de l'insecte.

de soleil” : c’est comme un cri d'encouragement au cultivateur qui travaille, le front noyé de sueurs, le Coeur noyé d'espoir. Dans son vol alourdi, la laborieuse abeille Passe, éternellement affairées pour aller, là-bas, s’arrêter eur ces humbles fleurs, trèfles $onges, ‘trèfies blarice, qui-récèlent’en leurs: mieroschpi. ques calices ce qu’il faut à la confection de son miel.

Les mouches, insoucieuses de leur destin, passent et repagsent gaiement, volages comme leurs ailes, ne se doutant peut

armants hémiptères, les gerris, qui, par glissements brusques, vont, cherchant de-ci de-là, les malheureux moustiques noyés, petits eadavres qu’emporte le courant aux mille cascades lilliputiennes.

dans la douce fertilité des bords toujours humides du ruisseau, de gracieuses libellules, libellules de toutes tailles, Hbellules de toutes nuances, montent, descendent,

comme le froufrou de leurs ailes

est-ce cela qui leur a valu leur nom de demoiselles ?—elles s’approchent, pour mieux nous e i

» déjà, elles sont disparues ive de leurs ailes chargées d’aré-

Ecoutons toujours attentivement. Dans le tronc de l’arbre sur lequel nous nous sommes adossés, un grincement monotone vibre jusqu’à nous: c’est le travail incessant de la larve. Jour et nuit, sans repos ni trève, la larve est là, creusagt des galeries dans ce séjour ligneux ; bientôt, nymphe immobile, #lle dormira silencieuse jusqu’au moment où, subitement ‘égénérée, elle pourra, comme ceux de son espèce, sur l’ail® de la: brise, s'envoler glorieuse, ivre de lumière, ivre de:chaleur, ivre de liberté. Secouons maintenant une des branches de Parbre : nous en voyons descendre, suspendues à un fil de soie protecteur, de jolies chenilles rouges, ou blanches, ou brunes, ou vertes, qui s’étalaient sur l2s feuilles: dont elles ont fait leur demeure, et dont elles tirent leur nourriture, attendant inconsciemment l’heure de s'envoler à leur tour, sous la forme de ces Papillons capricieux, jouets de la brise et jouets des rêves fous.

Puis voilà que déjà la nuit est venue. Lentement, et comme

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