AE
à regret, s’est englouti dans les-brames du couchant, le soleil
arrivé au bout de sa Course journalière: l'homme des champs
est rentré à son foyer, le boeuf à son étable, l'oiseau à son nid. C’est maintenant le temps du repos: tout bruit a cessé. Je me trompe, l’insecte est toujours là, accomplissant son travail mystérieux : dans le tronc de l'arbre, c’est toujours le même bruis. sement monotone; autour de nous, c’est toujours le même bourdonnement grêle et prodigieux ; au loin, c’est toujours le même cri strident du grillon. La nuit croyait pouvoir tout plonger dans son ombre: l'étoile et la lueiole l’en défient ; l’une scintille au firmament, comme Pour attirer vers elle les rêves d’icibas; l’autre, de son éclat intermittant, perce les ténèbres d’ici- ? 1e“pour ravir au Passage tous ces rêves qui s’en vont là-haut. Pendant que tout est noyé dans le sommeil—<ette mort d’une nuif—l’insecte, lui, est là qui personnifie la vie sans arrêt, et qui continue le concert de louanges que la campagne reprendra demain à la gloire de son immuable Créateur... Cette journée dans les champs, toute remplie d’émotionnantes surprises, a tourné notre coeurs vers ces petits êtres qui, jusqu'ici, nous avaient Paru si méprisables, si peu dignes de notre attention. Nous avons compris peu à peu que “si nous comparons leurs forces à nos forces, leurs ressources à Nos ressources, leur habileté à notre habileté, dans la voie du grandiose et du
safñce avec etx tous. . Hier nous ne les avons vus que de loin ; dun trop: räpide coup d’oeil nous les avons embrassés, Etudions aujourd’hui leur organisation. intime. Je vous dis que nous serons'émerveillés de voir, en ces petits êtres, tant de vi. talité, tant de force, un organisme si complexe et si parfait, des transformations si variées et si mystérieuses, L’astronome, l'oeil braqué à son télescope, peut sottement voir, dans l'arrangement des mondes, un effet prodigieux du hasard : l’entomologiste, lui, ne saurait attribuer, à ce mot vide de sens, la vie intense, la vie grêle, la vie gigantesque de l’insecte dans chacune de ses phases,
: (1) L'abbé Provancher: Petite Faune entomologique. Vol. 1 p. 109.
ser v—-
[OS 1 1 k 4
Voici donc que nous entrons définitivement et résolüment dans ce monde puissant des petits êtres. C’est une étude passionnante, parce que c’est la vie dans toutes ses manifestätions que nous allons scruter ensemble,
Nous avons vu, dans notre première étude, que les insectes font partie du troisième smbranchement du règne animal, les Arthropodes, Cet embranchement se subdivise en quatre classes bien distinctes: 10 les Insectes; 20 les Arachnides ; 30 les Myriapodes ; 40 les Crustacés. Tous ces êtres (1) ont le corps
ties articulées entre elles; les uns servent au sens de l’ouie, les autres, au sens du goût: ils sont généralement portés par la tête; d’autres sont limités à la région moyenne du corps, et, disposés pour la locomotion, servent soit à la marche, soit à la nage: ce sont les pattes, soit au vol: ce sont les ailes,
Voici comment, d’une façon aussi simple que peu scientifi. que, on peut facilement distinguer chacune des classes de cet embranchement :
A—Trois paires de pattes, une tête, un thorax, (cette partie à laquelle aïles et pattes sont attachées) et un abdomen. . ..,,.... INSECTES. uatre paires de Pattes, ure tête confondue avec le thorax, abdomen ordinairement très EE ARACHNIDES, C—Cinq ou sept paires de pattes, tête, thorax et abdomen distincts; généralement aquatiques et respirant à l'aide de branchies; on les dé.
(1) A l'exception, cependant, de quelque espèces chez lesquelles la segmentation du corps peut disparaître à l’état adulte, par suite de métamorphoses régressives. £
signe p de tous sous le nom vulgaire
:r d'écrorinns, ser etes. «+ . CRUSTACES.
D--Vingt-quatre Paires de pattes ou plus, pas de
‘” thorax distinct, une tête, un abdomen; on les
l appelle généralement bêtes-àmille-pattes + + MYRIAPODES. Î "
Ï Je n“tonnerai Personne en f£isant remarquer ici que ce ne sont là que des Caractères apparents, qu’il y a, entre ces quatre classes, d’autres Caractères beaucoup plus distinctifs, basés sur
différences anatomiques ; j'ajouterai, cependant, qu'il ts groupes, de limites absolument tranchées, et que de nombreuses formes intermédiaires les re-
Œ, © ù ë ee Ê
à ES ] El
Den nnn
| T1 est bon aussi, avant d'aller plus loin, de faire remarquer | que l'on a divisé le règne en embranchements, l’embranchement
genres, et le genre en espèces, lesquelles sont formées par les individus. Prenons, par exemple, cet insecte bien connu que l’on désigne vulgairement sous le nom de barbeau et qui remplace ici le hanpeton des Européens : c’est le Lachnosterne brun
nosterne, celle du genre; cet insecte est de la famille des scarabéides; cette famille appartient à l’ordre des coléoptères, qui forment la classe des insectes ; et cette classe, ainsi que nous venons de le voir, est la première des Artropodes, troisième embranchement du règne animal.
C’est ce procédé que l’on appelle classification.
Les savents dé‘inissent la classification “une Opération par laquelle l : srit remène les objets divers de sa pensée à un petit
mille, classe, embranchement, etc., ne sont que des choses conventionnelles. Etant conventionnelles, elles ont donc changé selon les époques et selon l’avancement des sciences. Quoi qu’il en soit, il est tout naturel que l’homme ait, de tout temps, cher.
Re nm = n
SIRET Er)
SAT fr
ta
ché à classer les êtres qui l'entourent, soucieux qu’il a toujours été d'arriver plus facilement à leur parfaite connaissance.
êtres que l’on veut connaître ,ou faire connaître, se conçoit faci. lement : “Nous voulons”, écrivait l’abbé Provancher (1), “vous faire connaître le Héron. r, sans recourir aux méthodes de Classification, il nous faudra vous en donner une définition des Plus exaci..:, et, avant de vous former une juste idée de Panimal
(1) L'abbé Léon Provancher, né à Bécancourt le 10 mars 1820, est mort au Cap-Rouge le 23 mars 1892. Doué d'un remarquable esprit d'observation, servi par une intelligence merveilleuse et une mémoire extraordinaire, amant Passionné de la nature dans l'universalité de ses êtres, l'abbé Pro
l’histoire naturelle, Sa Petite Mlore, publiée en 1862, reste encore le meil]leur traité de botanique que nous ayons. Ses livres sur l'entomologie, surtout ies deux volumes qu’il a consacrés aux Hyménoptères, sont
de recherches patientes comme fécondes en découvertes: ces deux seuls volumes auraient sans doute suffi, dans un autre Pays, à consacrer Ja renommée de leur auteur. Sa revue, sa bien-aimée revue, je Naturaliste Canadien—
grandir le savoir humain, on eût fait des funérailles publiques à cet homme
perçue, comme sa vie avait passé ignorée. Pour lui, en 1892 comme, ce matin même, pour le grand poète que quelques amis ont accompagné au champ du repos, Louis Fréchette, le chantre puissant ue la Légende d'un Peuple, ce
fagoter comme dans un manteau d’apathie Pour tout ce qui touche au coeur et à l'intelligence. C'est navrant!... 3 : (3 juin 1908)
dont nous voulons vous entretenir, description ainsi donnée
vous excluez de la comparaison tous les mammifères, tous les poissons et tous les
us distinguez aussitôt votre animal des neuf dixièmes des autres oiseaux :
mot Héron, vous n’avez à faire la comparaison qu'entre les quelques espèces qui appartiennent à ce genre.”...
Maintenant, si vous le voulez, faire une petite promenade d’
es examiner de plus près, de retour à re ne sera pas long et le gibier menu
hors de votre portée agile comme une sauterelle” me faites-vous :
tre tambourine de ses quatre ailes légères
frou-frou, passe, rapide comme ua chagrin d’enfant : “La ravissante demoiselle !” pensez
un autre qui, tout R-haut, sur cette branche de Pommier, fait entendre son cri
Calomnié par le fabu puis c’est un autre, l’orgueilleux
une fleur, soulève et abaisse, d’ les quatre panaches multicol
ores de son dos velouté; puis c’est
la guêpe méchante, qui bourdonne sa colère, enhardie par la.
puissance consciente de son dard; nuis c’est la mouche volage, la mouche inconsciente, la mouche bon enfant qui s’obstine à vous impatienter de sa curiosité vrainent trop familière à votre
D'un seul coup d’oeil vous avez pu juger, n'est-ce pas, que chacun des insectes que nous venons d'examiner a une conformation spéciale qui le distingue parfaitement des autres insectes. En effet, chacun d’eux forme un groupe, un ordre auquel viennent se rattacher tous ceux qui lui ressemblent ; et du moment que vous connaîtrez bien la conformation de cet insecte type, vous serez certain de ne vous pas tromper en disant, à la vue de tel ou tel insecte, qu’il appartient à tel ou tel groupe, tel ou tel ordre.
Se basant sur leurs principaux caractères distinctifs, on a divisé en huit ordres la classe prodigieusement nombreuse des insectes. Ces huit ordres sont :
10 Les Coléoptères. Ces insectes, qui composent l’un des ordres les plus importants, et qui sont peut-être les plus attrayants à étudier, sont caractérisés par quatre ailes dont les supérieures, généralement dures, opaques et parfois de couleur métallique, ornées des plus jolis dessins, servent d’étuis sous lesquels, dans le repos, les aïles inférieures viennent se renfermer repliées en travers. Ces deux ailes supérieures, qui poftent le nom d’élytres, sont géné-
Un Coléoptère. ralement impropres au vol. Quelques-uns de
des insectes atteignent une taille vraiment re-
marquable, et, bien qu’inoffensifs, ont un aspect redoutable. On
désigne vulgairement les représentants de cet ordre sous le nom
de barbeaux—les beetles des Anglais. Ce sont les scarabées, les cicindèles, les chrysomèles, les coccinelles, etc.
20 Les Orthoptères. Les insectes qui composent cet ordre ont aussi quatre ailes ; mais les supérieures, qui sont moins coriaces sont, de ce fait, plus distinctement sillonnées de nervures ; SOUS ces ailes, appelées aussi élytres, viennent se ranger les deux
ESP ARNO UPEE SE PTE store