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Troisième Etude :°-
Un peu d'histoire.
A science de l’entomologie a évolué lentement à travers les siècles : comme tout ce qui évolue icibas, elle a son histoire, histoire qui n’est pas sans intérêt, car il a fallu, pour arriver à la parfaite Connaissance de ce petit monde mystérieux, la Coopération d’une foule de chercheurs passionnés de la nature. De nos jours, elles sont par milliers les personnes qui collectionnent, et ils sont par milliers, établis un peu partout, les musées où l’on entasse ces cadavres de petits êtres, que l’on garde précieusement, montés, étiquetés, catalogués.
Il n’en a pas toujours été ainsi. Le temps rest pas encore si loin, où l’on tournait en ridicule, où l’on traitait de fous, de maniaques, ceux qui abordaient cette étude. Moi-même, combien de fois n’ai-je pas été chassé, avec force injures, des champs et des bois où je portais mes recherches ! Combien de fois n'ai-je Pas surpris un sourire narquois sur les lèvres de ceux qui me regardaient faire, et qui disaient : « Il cher-
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che des insectes. Y a-t-il quelqu’un de plus bête qu’un monsieur qui cherche des insectes?” Je ne prenais même pas la peine de réjondre: “Oui, c'est celui qui le regarde faire.” Ces sots préjugés finiront par disparaître, comme sont disparus tant de vestiges de l’ignorance, et de l’intransigeance qui en est le corollaire.
Il est certain que, dès la plus haute antiquité, les insectes ont été l’objet des observations des hommes. En effet, en plusieurs endroits l’Ancien Testament en fait mention, et les monuments de l’antique Egypte sont sculptés de scarabées, d’abeilles, de crustacés, etc. Des Chinois, nous sont parvenues aussi de très anciennes observations sur les insectes.
Mais la science de l’entomologie est à proprement parler née dans les écrits d’Aristote. Ce grand observateur reconnut les principaux ordres, en séparant les coléoptères, les diptères, les hémiptères, les lépidoptères, quelques Lhymonoptères, comme la fourmi, et les insectes qui sont complètement dépourvus d’ailes. Ainsi, il avait divisé les insectes en deux grandes classes : 1° Les insectes ailés, comprenant les coléoptères, les pedicata (orthoptères sauteurs), les astomata (hémiptères), et les psychae (lépidoptères) ; il divisait les insectes ayant quatre ailes de consistances égales, en majora (névroptères) et en opisthocentra (hyménoptères) ; il divisait les insectes ayant deux ail.s, en minora (mouches) et en emprosthocentra (taons). 2° Les insectes quelquefois ailés et quelquefois sans ailes, comprenant les myrmez (fourmis) et les Pygolampis (lucioles).
Cela prouve que les notions entomologiques d’Aristote étaient déjà assez étendues, du moins en ce qui concerne l’organisation externe des insectes.
Or, à cette époque;et non-seulement à cette époque, mais encore bien longtemps après, —les chercheurs, se basant sur le fait
LE MONDE DES PETITS ;'l'ES 35
apparent que les insectes naissent des animaux ou des végétaux en décomposition, avaient établi la théorie de la génération spontanés, c’est-à-dire, “la production, aux dépens de la matière organique, d’êtres ayant J4 vie végétale ou animale, production qui aurait lieu sans l'intervention d’êtres antérieurs.” Cétte croyance existe toujours au sein de nos populations. Allez demanier au paysan d’où proviennent les vers: il vous répondra sans broncher qu’ils naissent des animaux en décomposition. ‘Affirmez-lui le contraire: il haussera les épaules en répliquant qu’il sait ce qu’il dit, et qu'il a maintes fois observé ce qu'il affirme. Et vous aurez plus de difficulté à le convaincre de son erreur, que Galilée en eut avec ses comtemporains au sujet du mouvement de translation de la terre autour du soleil.
Donc, imbu de cette grave erreur de l’antiquité, Aristote ne connaissant que fort peu de choses à l’organisation interne et au mode de reproduction des insectes, les faisait naître du bois, des feuilles, de la boue, du fumier, quelques-uns même de la rosée, ou encore de la neige fondante des printemps. D’après lui, seules les phalanges, les araignées, les sauterelles et les cigales provenaient d'animaux semblables à eux.
D’Aristote jusqu'au milieu du XVIIe siècle, l’entomolo gie ne fit, pour ainsi dire, aucun progrès. Dans l’enthousiasme qu'avait inspiré ce génie incomparable, les savants, presque tous ses disciples,-se figurant que tout était contenu dans.ses écrits, se bornaient à étudier la nature tout en la négligeant elle-même. C'est le tort de l'homme, trop souvent, d'accepter pour admis ce qui a été dit avant lui, et de se reposer entière. ment sur des observations faites par d’autres. C’est la cause que des erreurs, quelquefois grossières, se propagent de siècle en siècle, cela, non seulement en entomologie, mais aussi dans toutes les sciences. £a
Parmi les savants du moyen-âge qui se sont occupés d’entomologie, il convient de citer Isidore de Séville (*) qui, au VIlesiècle composa un traité de l’Origine des choses, et Albert le Grand (*) qui, au XIIe siècle, consacra à l’histoire naturelle un volume de son oeuvre. Au XVIe siècle parut le livre de Gessner (°), intitulé Znsectorum sive minorum animalium thea-
() Isidore de Séville (Saint) n6 à Carthagène ou à Séville vers 560, archevêque de Séville vers 600, mort en 636. L'un des plus grands savants de son temps; esprit remarquable par sa facilité d’assimilation, extraordinaire par sa mémoire, Isidore de Séville a écrit sur tous les sujets et a embrassé toutes los sciences. Son oeuvre capitale Originum seu Etymologiarum libri XX, forme une encyclopédie de toutes les connaissances: grammaire, rhétorique et dialectique, arithmétique, géométrie, musique, ce qui plus tard a été appelé algèbre, médecine, histoire naturelle, lois, discernements des temps, Dieu, les anges, l'Eglise et les sectes, langues, nations, royaumes, cités, guerre, généalogie, tout y est passé en revue. On place la composition de ce livre entre 622 et 633.
(*) Albert le Grand, célèbre philosophe de l'ordre des Dominicains, évêque de Ratisbonne, n6 en 1200, à Lanningen, mort en 1280. Surnommé le Grand, à cause de l'universalité de ses connaissances, 11 fut l'introducteur, en Europe, de la philosophie d'Aristote et de ses ouvrages sur les sciences naturelles. Il se montra tellement supérieur à ses contemporains, qu'il était regardé comme un homme merveilleux et un véritable magicien.
(*) Conrad de Gessner, naturaliste et médecin suisse, né à Zurich, le 26 mars 1516, mort à Zurich le 13 décembre 1565. Il étudia successivement dans sa ville natale, à Strasbourg, à Bourges et à Paris, se livrant successlvement à la médecine et aux sciences naturelles, à la philosophie, aux langues anciennes, etc. En 1555, les magistrats de Zurich le nommèrent professeur public d'histoire naturelle et il conserva cet emploi jusqu'à sa mort. Cet illustre savant imprima une impulsion nouvelle à toutes les sciences, dont la marche avait 6t6 entravée jusqu'alors, l’Europe sortant à peine du moyen-âge; il réforma toutes les connaissances de son époque, et il rendit d'immenses services à l’histoire naturelle. Son Histoire des Animaux, dont 11 commença la publication en 1551, qu'il continua jusqu'à sa mort, peut être considérée, selon l'expression de Cuvier, comme la première base de toute la zoologie moderne. Gessner, le premier, a eu la conception mette du genre en z0ologie et en botanique et, le premier, il a indiqué ce qu'est la famille: le premier, aussi, il a eu l'idée de classer les végétaux d'après les de la fructification, idée qui plus tard transforma la botanique. Cet infatigable travailleur, a :aissé ‘une quantité d'écrits sur tous les sujets.
trum; cet ouvrage est tout probablement le premier consacré
exclusivement à l’entomologie.
Enfin vint Ulysse Aldrovandi (*), cet infatigable chercheur, dont les écrits devaient contribuer puissamment à propager le goût de l’entomologie. Il avait établi cette classification qui fut suivie pendant assez longtemps :
I. Insectes terrestres * Pourvus de pattes a. sans élytres + À ailes membraneuses.
Hyalines: Apis (hymenoptères).
couvertes de poussière écailleuse: Papilio (lépidoptère). + + Deux ailes seulement: Musca, tabanus (diptère). b. avec élytres.
Coleoptera: Gryllus, Scarabaeus, Cantharis, Buprestis, Blatta (coléoptères, orthoptères), .
c. aptères (sans ailes).
Six pattes: Ricinus, Cimex, Formica.
Huit pattes: Scorpio, Aranea.
Multipèdes: Eruca, Geometra.
Milipèdes: Onicus, Scolopendra, Julus.
+ + Apodes (sans pattes) Vermes, Teredo, Lumbricus, Limaz.
&. II. Insectes aquatiques.
Avec pattes: Tipula, Tinea, Pulez. de Sans pattes: Vermis, Hippocampus, Uva marina, Stella marina, Neréts, Asterias.
() Aldrovandi (Ulissi) naturaliste italien né à Bologne, le 11 septembre 1522, mort le 10 novembre 1607. Il obtint la chaire de bctanique à l’Université de Bologne, en 1560; en 1568, 11 créa le Jardin botanique de cette ville et en obtint la direction. I1 éprouvait une véritable passion pour lhistoire natuurelle, et surtout la botanique: son herbier comprend 60 gros volumes.
Outre une foule de manuscrits qui n'ont jamais vu le jour, Aldrovandi a produit quatorze forts volumes, constituant par leur ensemble une histoire naturelle complète; le quatrième traite des insectes, De animalibus insectis libri septem, etc.
Les ouvrages de Gessner et d’Aldrovandi ont, dit le Dr L. Hahn, constitué le seul corps de doctrines sur l’histoire naturelle des animaux, jusqu'à Buffon: Îls servirent de base à tous les travaux sur l’histoire naturelle jusqu'à la fin du XVIIe siècle. :
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18 | PRO ARS NE EUDIS dd
Aldrovandi range aussi, parmi les insectes, les crustacés, les rayonnés, les vers, les myriapodes, et même un poisson, l'hippocampe, ce qui montre que rien n'était plus capable d’empêcher toute observation sérieuse, à cette époque, que les idées émises par Aristote . t ses disciples concernant la génération spontanée. A l’illusitre Harvey (‘) revient l’honneur d'avoir ébranlé ces idées, en posant comme axiome “que tout ce qui vit provient d’un oeuf”. Francesco Redi (°) en donna la preuve matérielle, en 1668. I1 démontra, par des expériences concluantes, que la chair en putréfaction, toujours envahie par des vers pendant la saison chaude, si elle est exposée à l'air libre, est constamment à l’abri de l’atteinte de ces animaux, si elle est conservée dans des vases clos; il fit plus, il démontra aussi que ces vers, après un certain temps, se changent en pupes d’où sortent de grosses mouches bleues ou vertes, ou noires ; enfin, il démontra que ces mouches déposent leurs oeufs sur la viande, et que de ces oeufs naissent des vers absolument semblables aux premiers. En un mot, il décrivit parfaitement toutes les phases par lesquelles doit passer l’insecte pour atteindre à l’état adulte. Comme on le comprend, ces expériences donnèrent un rude coup à la théorie de la génération spontanée.
(5) Harvey (William), célèbre médecin anglais, né à Folkestone le 1er avril 1578, mort à Lambeth le 3 juin 1657. Son nom restera attaché à la découverte de la circulation du sang, déjà pressentie par ses devanciers, et le premier, il l’a démontré expérimentalement. Le premier, aussi, il a énoncé le principe de l’'omne vivum ex ovo.
(*) Redi (Francesco) mé à Arezzo, le 18 février 1626, mort à Pise, le 1er mars 1698. Doué d’une activité extraordinaire, il sut mener de front d’importants travaux scientifiques, physiologiques et littéraires. Poète, 11 a laissé de nombreux sonnets, des odes, et un poème lyrique plein d’une charmante fantaisie; médecin, il préconisa l'hygiène plus que la thérapeutique, tâchant de faire triompher l'observation sur l'hypothèse : naturaliste, 11 poursuivit de longues et fructueuses expériences sur les insectes. C'est dans son ouvrage Esperienze intorno aïla generazione degli insetti (1668) qu'il fait le récit de ses expériences concluantes contre la génération spontanée,
Or, vers le même temps, c’est-à-dire en 1690, parut à Londres le beau travail de Malpighi (‘) sur le bombyx du mûrier (ver à soie). Dans cet ouvrage, le premier qui ait été publié sur l'anatomie interne des insectes, Malpighi décrivit les différents appareils organiques de la chenille et du papillon. Non seulement il reconnut la disposition des principaux centres nerveux, les particularités essentielles de l’appareil alimentaire et des organes de la reproduction, mais, de plus il découvrit le vaisseau dorsal, qu’il considéra avec raison comme un organe respiratoire et qu’il désigna sous le nom de coeur.
Enfin, à la suite de ces admirables travaux, Swammerdam (‘), qui étudia d’une manière toute spéciale l’organisation interne des insectes, donna le dernier coup à la théorie de la génération spontanée, en reprenant les expériences d’Aldrovandi et en décrivant, dans tous leurs détails, les métamorphoses des insectes.
Jusqu'en 1734, il ne fut publié aucun ouvrage qui ait exercé
une grande influence sur la marche de l’entomologie. Cependant, cette science se popularisait de plus en plus, et,.chacun apportant le fruit de ses recherches, la lumière se faisait peu à peu sur ce monde mystérieux, fermé si longtemps au savoir humain. C’est alors que parut le premier volume de ce vaste ouvrage qui, quoiqu’écrit dans un style tout-à-fait déplorable, devait contribuer avec ‘tant d'éclat au progrès de l’entomologie,
» né à Crevalcuore, près de Bo-
novembre 1694. I1 sadonna d'a-
un des premiers il s’occupa de l’ana-
structure, qui a tant progressé de Os jours sous le nom d’histologie.
Le premier il a reconnu la vrai structure du poumon. Comprenant toute
l'importance de l'anatomie comparée, il a disséqué non seulement les ani-
maux supérieurs, mais encore les insectes ét les végétaux. “Il est, a dit l'un de ses blographes, l’un des pères de l’histologie végétale.”
(8) Swammerdam (Johan), naturaliste hollandais, né à Amsterdam le 12 février 1637, mort le 17 février 1680. II se consacra presque exclusivement à
je veux parler des Mémoires Pour servir à l’histoire des insectes. L'auteur en était Ferchault de Rhéaumur (*), l’un des savants les plus distingués et le premier physicien de son temps. “Personne, dit E. Lefebvre, n’a montré plus de sagacité dans l’art de disposer ses expériences, plus de patience pour les suivre jusque dans leurs dernières conséquences, plus d’exactitude dans la narration des faits recueillis”. Et, dit le professeur E. Blanchard, “l'on se demanderait comment ce chef-d’oeuvre, où tant de pages sont consacrées à la narration des phénomènes les plus curieux de la v'. des animaux, n’est pas connu de tout le monde, comment de telles pages n’ont pas acquis la popula. rité des descriptions de Buffon, si l’explication n'était facile: dominé par le désir de tout rapporter avec une scrupuleuse exactitude, l’auteur des Mémoires sur les insectes est lent dans son récit, et cette lenteur ne fait Pas toujours rayonner la clarté.” Quoi qu’il en soit, l'ouvrage de Réaumur est un véri. table chef-d'oeuvre; n’aurait-il eu pour résultat que d’avoir rendu l’entomologie attrayante et accessible à tout le monde, que c’en serait assez pour assurer la gloire à son auteur. Donc, déjà étaient très importantes les notions acquises sur
l'étude des insectes. Son oeuvre capitale est son Histoire générale des insectes (1733). I1 mourut dans l'isolement et presque ignoré: i] est considéré comme le véritable créateur de l'anatomie entomologique.
@) Rhéaumur (René-Antonin Ferchault de), physicien et naturaliste franais, n6 à La Rochelle, le 28 février 1683, mort au Château de la Bermondière le 17 octobre 1757. Possédant une belle fortune, 11 put consacrer toute son
à la fois la physique générale, l'histoire naturelle, les arts industriels, et, dans chacune de ces branches, il a réalisé de &randes découvertes ou d'importants perfectionnements, Son Histoire des insectes mérite une mention honorable, et, longtemps, elle a fait autorité. I] est un exemple de ce q peut le travail réuni à l'amour de la science,
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l'anatomie, la physiologie, les moours et les métamorphoses des insectes. Mais la classification en était encore embryonnaire, Ce fut Linné qui en posa les véritables bases dans
chant profiter de la critique de ses Contemporains, sut y apporter des perfectionnements successifs, Finalement, il divisa les insectes en sept ordres, de la manière suivante:
ose, ee la suture 8 su ro OLÉOPTÈRES, | nat | demi crustacées, incombantes HÉMIPTÈRES.
quatre couvertes d’écailles LÉPIDOPTÈRES, Ms toutes À ombre. | point d'éguillon Névroprènes. noue |, aiguillon HYMENoPTÈèRgEs, des balanciers remplaçant la deux deuxième paires DIPTÈRES, nulles APTÈRES,
Cette classification fut adoptée par Presque tous les natura-
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(*) Ray (John, naturaliste anglais, né à Block-Notley (Essex) le 2% novembre 1628, mort le 17 Janvier 1704. 11 étudia avec prédilection la botanique, puis s’adonne à l'étude des oiseaux et des poissons. Il a publié la flore complète des Iles Britanniques et une relation d’un grand voyage eur le continent. On considère Ray comme l’un des promoteurs de Ja classification naturelle des plantes et des animaux, E
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listes, et elle ne subit en réalité que peu de changements par la suite. En effet, tous les ordres sont restés tels que créés par ce naturaliste de génie, à l'exception des coléoptères, dans lesquels il rangeait les orthoptères, et des aptères, dans lesquels il comprenait, avec les insectes privés d’ailes sans exception, les myriapodes, les arachnides et les crustacés,
Or, pendant que cet illustre législateur de la botanique et de la zoologie procédait si heureusement aux réformes systématiques, un grand nombre d'auteurs publiaient d'importants ouvrages qui devaient contribuer beaucoup au progrès de l’entomologie. Il convient de citer, entre tous, le Philosophe Charles Bonnet (‘!), de Genève, célèbre par ses nombreuses expériences sur la respiration des chenilles, et par ses belles découvertes sur le mode de reproduction des pucerons; puis Scopoli (1), professeur à l’université de Pavie, dont l’un des ouvrages, En-
(21) Bonnet (Charles) philosophe et naturaliste, né de parents français, à Genève, le 13 mars 1720, mort dans sa ville natale le 20 juin 1793. C'est séduit par la lecture du Spectacle de la nature, de Pluc Swammerdam et des magnifiques recherches de Réaumur sur les insectes, qu’il se prit d’un amour si ardent pour l’histoire Laturelle. Dès l'âge de 18 ans, il découvrit ce fait extrêmement curieux, que les pucerons sont féconds, sans accouplement, pendant Plusieurs générations. C'est lui qui observa que les stigmates des insectes sont les orifices de leurs organes respiratoires. Membre d'un grand nombre de sociétés savantes, il ne fut que tardivement
yeux qu'avait fatigués l'usage du microscope, et 11 se tourna vers la psychologie, la philosophie des sciences et la métaphysique. C
tomologia carniolica, renferme une étuls spéciale très impor. tante sur l’organisation de la bouche des diptères; puis Geof. froy (**), surnommée à juste titre le Linné français, à qui l’on doit d’avoir fait usage, le premier, du nombre des articles des tarses pour diviser les coléoptères en groupes ; enfin, le baron Charles de Geer (**), maréchal de la cour de la reine de Suède, qui avait conçu l'ambition d’être le continuateur de Réaumur, et qui eut sur ce dernier le mérite, non seulement de faire connaître un plus grand nombre de faits relatifs aux moeurs et aux mé‘amorphoses des insectes, mais encore de nommer et de dé. crire plus exactement les espèces qui avaient été l’objet de ses observations. 11 avait même imaginé une classification, infé. rieure sans doute à celle de Linnée, mais remarque toutefois en ce sens que, pour la première fois, les parties de la bouche étaient prises en considération (*).
(3) Geoffroy Saint-Hilaire (Etienne), naturalist: français né à Etampes, le 15 avril 1772, mort à Paris le 19 juin 1844. 11 eut une véritable passion Pour l'étude de la nature. 11 remplaça, en 1793, Lacépède au poste de démonstrateur au cabinet d'histoire naturelle, qui s'était démis de ses fonctions; à l’âge de 21 ans il se trouvait donc, de droit, Professeur de zoologie, et chargé d'enseigner une science qu’il connaissait à peine, ne s'étant guère occupé jusque là que de minéralogie. 11 a rendu des services signalés à l’anstomie comparée: “Si l'on doit accorder à Cuvier, dit le Dr L, Hahn, l'honneur d'avoir créé cette partie importante de la science, il faut reconnaître à Etienne Geoffroy Saint-Hilaire le mérite de l'avoir ramenée dans æs véritables voies.”
. C'est lui qui, sur l’ordre de la Convention, fonda en l'an IT (1793) la ménagerie du Muséum; il en obtint la direction et en publia les mouvements d’une manière régulière.
(14) Geer (Carl de), naturaliste suédois; n4.à Finspang, en 1720, mort à Stockholm, le 8 mars 1778. Il a laissé de splendides collections d'histoire naturelle et un grand nombre de mémoires sur les insectes et leurs méta:
(*) Voir le remarquable travail de E. Lefebvre sur l’histoire de l’Entomolngie : La grande Encyclopédie, au mot Entomologie,
renard,
De son côté, Fabricius (*°), professeur à Kiel, conçut l’idée d'établir vn système de clasification exclusivement basé sur la dispositions des pièces buccales. La première ébauche de ce système, parue en 1775, dénotait une observation plus précise et plus approfondie des caractères. Cependant, cette classification, par le fait qu’elle offrait moins de certitude que celle de Linné, fut accueillie moins favorablement, Ce qui n'empêche que ce grand entomologiste a rendu d'immenses services à la science.
Quelques savants esayèrent de combiner Je système de Fabricius avec celui de Linné, notamment Olivier (**). en France. Ces essais, toutefois, n’apportèrent rien de plus précis, :t ne purent prévaloir. 11 serait donc inutile d’en faire l’énumération. D'ailleurs, un mouvement extraordinaire, qui n’a fait que s’accroître depuis, règnait à cette époque dans les sciences naturelles, d Les faunes locales surtout ce multipliaient, mettant Jes auteurs à même de faire plus facilement les comparaisons nécessaires à l’établissement des groupes, des familles et des genres.
(*) Olivier (Guiilaume-Antoine), entomologiste fran (Var) le 19 janvier 1756, mort à Lyon le 1er octobre 1814. Grâce à certaines missions diplomatiques, 1] Voyagea beaucoup et visita l'Egypte, l’Arabie, l'Asie Mineure, la Perse, partout faisant d'amples moissons en botanique et en entomologie. I] devint membre de l’Institnt en 1800 et, quelque temps
Çais, né à Ares
C’est alors que parut le beau travail de Latreille ("), Précis des caractères généraux des insectes (1796). Cet ouvrage, dans lequel était appliqués pour la première fois à cette science les principes de la mithode naturelle mis en pratique par Jussieu (**) pour la botanique, contenait en germe une révolution aussi grande en entomologie que celle qui avait été opérée peu de temps auparavant par l’oeuvre de Fabricius. C’est Latreille qui créa l’ordre des orthoptères, compris par Linné dans celui des coléoptères.
Enfin, quelques années plus tard, l’illustre Lamarck (:°) opé-
(17) Latreille (Pierre-André), naturaliste français, né à Brive le 29 novembre 1763, mort à Paris le 6 février 1832. Abandonné de ses parents, {1 dut son éducation à des personnes étrangères. Ordonné prêtre en 1786, 11 se retira à Brive et consacra tous ses loisirs à l'étude des insectes. Il revint À Paris en 1788; mais, lors de la Révolution, {1 fut condamné à la déportation; ses découvertes en entomologie l'avaient fait connaître à Dorgelar qui le sauva. Il revint à Brive et y publia, en 1796, son grand ouvrage Précis des caractères généraux des insectes disposés dans un ordre naturel, Nommé correspondant de l'Institut, en 1798, {1 succéda, en 1814, à Ollivier à l’Académie des sciences. Enfin, à la mort de Lamarck, il obtint la chaire de z0ologie qu'occupait ce savant au Jardin des Plantes. Grâce à son amour de la nature et À son activité infatigable, Latreille a laissé de nombreux écrits sur l’histoire naturelle des invertébrés.
(18) Jussieu (Antoine-Laurent de), botaniste français, n6 à Lyon le 12 avril 1748, mort à Paris le 17 septembre 1836. I] fut, en 1790, chargé de l'organisation du Muséum.
(19) Lamarck (Jean-Baptiste-Pierre-Antoine de Monet, chevalier de), l'un des plus célèbres naturalistes français, né à Barentin, en Picardie, le 1er août 1744, mort à Paris le 18 décembre 1829. I1 choisit d’abord la carrière militaire et, s'étant distingué par une action d'éclat, à la bataille de Willingshausen (16 juillet 1761), 11 fut nommé officier sur le champ de bataille: 11 11 n'avait alors que dix-sept ans. La guerre de Sept Ans terminée, 11 quitta le service militaire et vint à Paris dans le but d'étudier la médecine, I1 débuta dans la carrière scientifique par un mémoire Sur les vapeurs de l'atmosphère. Il aborda ensuite la botanique et, de 1778 À 1795, {1 publia sa remarquable Flore française. A la mort de Buffon, en 1788, 41 entra au Jardin des plantes. En 1793, 11 y fut cha#éé de la chaire de zoologie (division des invertébrés) de concert avec Geoffroy Saint-Hilaire (division des vertébrés).
46 LE MONDE pes PETITS ETRES
de Linné se trouvent partagés en deux groupes distincts, les Crustacés et les Insectes, ainsi que le montre le tableau sui. vant: