‹ Le monde-diable. Traduit de l'espagnolChapitre 24 sur 29 · I,A SAL.\DA · texte numérisé non relu

I,A SAL.\DA

Et pourquoi irais-tu? Si tu savais, mon Adam, quelle action honteuse ces hommes vont commettre! Ah ! tu les fuirais. Est-ce que ton noble cœur ne te fait pas deviner ce qu'il y a de vil dans leurs desseins.

LB CURÉ

En voilii une bonne : le diable qui se fait prédicateur.

ADAM

Ecoute, Salada, je ne sais si l'action qu'on médite est bonne ou mauvaise et je ne comprends pas encore ce qui est bien ou mal : j'irai. Quelque nom que l'on donne à l'œuvre qui va s'accomplir, qu'elle doive attirer sur nous le bonheur ou le malheur, j'obéirai à l'inspiration qui m'anime. Suis-je né pour vivre dans une perplexité continuelle ? Ne pourrai-je jamais me laisser guider par ma fantaisie? Non, ma Salada, je vois la gloire et le triomphe au bout de ma carrière et le sort me donnera la force de la parcourir. Je veux voir et toucher les fantômes de mon imagination : d'un coup d'œil je veux embrasser le monde qui s'étend autour de moi : puis tu viendras avec moi dans le séjour que j'aurai choisi pour nous deux. Ah ! si tu m'aimais, tu me conduirais loi-môme par la main. — Mon désir me pousse vers le but, qui pourrait m'empêche? d'y courir? Ce serait injuste, et je briserai de mes mains les chaînes qu'on voudrait m'imposer.

I,E PREMIER

Bien tapé.

LA SAL.A.DA, d'un ton c&tin.

t)is-moi, mon Adam, m'aimes'tu ? Pourquoi to fâcher? Oh! ne va pas m'en vouloir! Donne-moi un baiser, une caresse, puisque tu tiens à y aller....

encore un baiser. Ne pounais-tu aller une autre fois, mon cher seigneur ? remettre l'affaire à plus tard ? Sans toi les heures me paraissent des siècles, tout m'ennuie. Moi qui comptais passer cette douce nuit avec toi et te prodiguer tant de caresses ! Tu le sais, Adam, il n'y a de pire malheur qu'un espoir trompé. Que ferai-je si tu vas ? pleurer toute seule. Un baiser encore ! O délice : être seuls ici avec notre amour et laisser courir les heures sans nous apercevoir de leur fuite: je te raconterai ce que j'ai souffert pour toi pendant que tu étais en prison. Jamais tu ne te lasses d'écouter le récit de mes peines et de mes fatigues. N'est-il pas vrai, mon trésor? Donnemoi un autre baiser....

ADAM, ému.

Ne pleure pas, ma vie, je t'aime.... Je ferai ce que tu voudras.

LE TROISIÈME

A merveille, le voilà qui se laisse mener par le bout du nez comme un pauvre sot.

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