COMIQUE DE LA VOLONTÉ — COMIQUE MOKAL
un patelinage plus extérieur, plus manifeste, plus théâtral, ou la pièce devenait impossible. Tartufe est un gredin, mais n'est pas un génie, ne conduit pas ses manèges avec une adresse infaillible et impénétrable, qui étoufferait la comédie dans son germe. 11 continue donc à intriguer plus ou moins subtilemenL, dessiner son caractère par son exagération et ses fausses manœuvres. 11 termine ainsi la recommandation hypocrite, dont j’ai cité les premiers vers :
Si l’on vient pour me voir, je vais aux prisonniers Des aumônes que j'ai partagées les derniers.
dorine, à part.
Que d’affectation et de forfanterie 1
TARTUFH,
Que voulez-vous ?
DORINE
Vous dire. . .
tartufe, tirant un mouchoir de sa poche.
Ah! mon Dieu ! je vous prie, Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.
DORINE
Comment 1
TARTUFE
Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées.
Et cela fait venir de coupables pensées.
DORINE
Vous êtes donc bien tendre à la tentation î Et la chair sur vos sens fait grande impression ! Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte: Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte ; Et je vous verrais nu, du haut jusques en bas.
Que toute votre peau ne me tenterait pas.
LE MONDE Dll COMIQUE ET DI 111 RE
Mettez dans vos discours un peu de modestie,
Ou je vais sur-le-champ vous quitter la partie.
DORINE
Non, non, c’est moi qui vais vous laisser en repos,
EL je n’ai seulement qu’à vous dire deux mots.
Madame va venir dans cette salle basse,
El d’un mot d’entretien vous demande la grâce.
TARTUFE
Hélas ! très volontiers.
dorine, à pari.
Comme il se radoucit!
Ma Toi, je suis toujours pour ce que j’en ai dit.
TARTUFE
Viendra-t-elle bientôt'?
DORINE
Je l’entends, ce me semble.
Oui, c’est elle en personne, et je vous laisse ensemble.
lit immédiatement après avoir fait cacher le sein de Dorine, le papelard prend la main d’Elmire et lui serre les doigts, pose sa dextre sanctifiée sur les genoux de la dame* manie son fichu, avec la tentation de palper ce qu’il voile. C’est admirable de mise en scène : dès son début, le cagot nous apparaît dans toute sa fourberie. « Quel pauvre homme! dit La Bruyère. A sa première tentative pour séduire la femme de son hôte, il se laisse surprendre! b Mais, si Tartutfe ne commettait pas de maladresses, ne se laissait pas surprendre, il ne serait pas comique: un traître, un faussaire qui réussit toujours, est une bête venimeuse dont on né rit pas. Donc, sans les hyperboles et les décon-
COMIQUE UE LA VOLONTE — COMIQUE MORAL 'Jo
tenues de l’imposteur, la pièce n’aurait pu naître, serait morte dans son germe, comme un fruit ivorté. Aussi Tartufe exagère-t-il constamment son :èle dévot: Orgon l’atteste lui-même, sans le vouloir, :n faisant l’éloge du pieux intrigant :
Jusque-la qu’il se vint l’autre jour accuser D’avoir pris une puce, en faisant sa prière,
Et de l’avoir tuée avec trop de colère.
Et le triomphe du bigot arrêterait l’action Loul ;ourt, de la manière la plus désagréable, si le trompeur ne se laissait tromper à son tour, ne tombait, tveuglé par la luxure, dans un piège où il est de louveau pris sur le fait, seul moyen qui restait au >oète d’amener une catastrophe, de vilipender le ourbe, puisque l’hypocrisie, ce vice redoutable, t’a que deux défauts dans son armure, sa propre ’xagéralion et le flagrant délit.
L'exagération toute seule, en dehors des manœi vres astucieuses, produit des effets comiques, parc qu’elle est une espèce de mensonge, qui altère ei partie la vérité. La Fontaine a rimé le dialogu amusant de deux voyageurs, où le rire naît de l’hy perbole. L’un prétend avoir été dans un pays si fer t i le, que les choux y devenaient gros comme de maisons. L'autre personnage ne souffle mot, n< marque pas d’étonnement; mais, au bout de quelques minutes, rapporte qu'il a vu, dans une contréi voisine, fabriquer des marmites grandes commi des églises. Le hâbleur se récrie, juge l’assertioi invraisemblable. « Pourtant, lui réplique son inter locuteur, ces marmites étaient destinées à fain cuire vos choux. » L’hyperbole du premier voya geur se trouve ainsi rétorquée par une autre exagération.
COMIQUE MOU AL
Les hommes du midi de la France, les Marseillis surtout, se sont fait une réputation universelle ■ms ce genre d’impostures ou de demi-impostures, s les débitent avec un sérieux imperturbable, qui «1 augmente beaucoup l’effet : on pourrait croire, a vérité, qu’ils y ont conliance. Quelques-unes de urs gasconnades sont vraiment prodigieuses.
« Eh bien, comment vont les affaires? demande 1 négociant marseillais à un collègue qu’il renmtre dans la rue. — Mais assez bien, mon cher: iur mes écritures de commerce, on dépense cha- Lie année dans mes bureaux mille francs d’encre. Mille francs seulement! répond l’autre vantard: loi, j’en économise trois mille, rien qu’en ne l'a i int pas mettre les points sur les i ! »
Deux propriétaires du midi de la France, Gascons u Marseillais, s’entretiennent, de leurs maisons de impagne. — «Oh ! dit l’un, j’ai dans mon parc un ,ang si poissonneux que, quand je m’y promène a barque, cà chaque coup de rame je touche une ’ète écaillée. — N’est-ce que cela? demande l’autre aniteux : j’ai un étang, moi, qui ne contient que u poisson : il n’y a pas d’eau du tout ! »
La vanité joue un grand rôle dans ces forfanteies : en voici une où elle se montre nue et sans iscorte. On louait à l’Opéra, devant un Marseillais agilité du premier danseur, qui faisait des bonds vtraord inaires et semblait voltiger. — « Vous vou tonnez pour bien peu de chose, s’écrie le Phocéen:
quand je danse, moi, je saule si haut que je m’ei bête en l’air. »
Mais toutes ces hyperboles facétieuses ne peuve soutenir la comparaison avec un fabliau françai qui décrit les embarras d’un père pour léguer sc héritage. Il avait trois fils, qu’il aimait égalemer et trois mille livres d’économies, composant tou sa fortune. S’il divisait la somme, chaque part r serait guère utile à celui qui la recevrait: que faii dans ce bas monde avec un capital de mille livres . Il résolut, en conséquence, de mettre ses trois ga ' çbns à l’épreuve el de donner le tout au plus mér tant.
L’un exerçait l’état du barbier, l’autre celui d maréchal ferrant; le troisième était maître d’arme?
Il les convoque donc, leur fait part de sa dé ter mi nation et met chacun d’eux en demeure de prouve son talent dans la profession qu’il a choisie: lepra < licien qui montrera le plus d’adresse aura la somm entière.
La maison oïl le colloque avait lieu bordait uni grande route. Comme le père finissait son discours ün lièvre ën pleine fuite passe devant la porte. Lt tondeur prend son plat à barbe, sa savonette ell son rasoir, court après le leste animal, lui barbouille le museau de savon, ne lui laisse pas un poil autoui dés lèvres et sur la mâchoire inférieure, puis revient satisfait de sa prouesse.
Le père se dit: «Voilà qui est fort, en vérité : je
î sais pas comment scs frères pourront éclipser ; tour d’adresse. »
Pendant qu’il faisait en lui-même cette réflexion, isse bride abattue un courrier de cabinet, portant ne dépêche urgente ; aux deux pieds de derrière in cheval était déferré, mais il n’avait pas le temps fe s’arrêter devant une forge. — « Continuez votre tute! » lui crie le maréchal ferrant. — Aussitôt il dsit ses tenailles, son marteau et ses clous, puis élance derrière la monture, el, pendant qu’elle dope, la chausse d’une manière plus solide qu'auîravant.
« Diable ! pensa le père, en se grat tant la tête, ce ait d’habileté vaut bien l’autre : je serai forcé de irtager la somme en deux. »
Restait au maître d’armes à faire ses preuves, omme il cherchait quel flagrant témoignage il nnnerait de sa dextérité, le ciel, qui était couvert, issa peu à peu tomber une grande pluie. « J’ai ion affaire, » pensa-t-il ; et, tirant son épée, il se aça au milieu de la route, s’escrimant avec une ?estesse si extraordinaire, qu’il para toutes les buttes d’eau, que pas une seule ne pul l’atteindre. Cette prouesse étant au niveau des autres, il n’y vait pas moyen de choisir entre les concurrents, e père leur partagea son héritage, bien certain ne, dans tous les cas, le talent de chacun d’eux lui iffirait pour prospérer.
Ce conte invraisemblable, qui excite le rire par
son invraisemblance même, contre laquelle proie ) la raison, est plus ingénieux assurément que tou ; les charges du Baron de Münchhausen, quoique c les-ci doivent leur effet au même moyen : une tia faible dose de vérité ou de probabilité perdue dais un flot de circonstances impossibles b
On voit avec quelle régularité mathématique : produit le ridicule : c’est une véritable fleur mal, quand le mal n'atteint que des proportic, moyennes. Toutes les qualités l’engendrent par lei contraires. La patience, la résignation, la doucev le pardon des injures forment un groupe de vert fraternelles, qui sont, hélas ! d’une utilité constar dans les relations humaines. L’impatience, la colèi la rudesse, l’exigence, lorsqu’elles ne dépasse point certaines limites, peuvent donc s’épanouir scènes bouffonnes. L’abbé de Bellegarde en déci une de la manière la plus heureuse.
«Ceux qui ne sont pas toujours assez maîtres > leur colère, dit-il, devraient au moins se conter devant le monde, et ne pas chercher des témoi; de leur emportement. C’est déjà un assez grai tort de se laisser dominer par son irritation, sait faire des scènes en public, devant des spectateu que vos faiblesses amusent . Mais la sottise de ce
1 . Les Anciens ont connu ces violentes hyperboles, dont l’exc même provoque le rire, comme le démontre une épigramme c Martial:
Mentula tam magna est, tantus tibi, Papile, nasus,
Ut possis, quoties arrigis, olfacere.
li nés gens est telle, qu’ils choisissent justement, our commettre leurs extravagances, le moment où compagnie est nombreuse. On dirait que la foule s excite et les met hors d’eux-mêmes.
t» La table de Gélanor est toujours bien servie : on fait une chère excellente et fort délicate; mais, si ;in cuisinier a mis trop ou trop peu de sel dans un igoùt, il s’abandonne à des emportements qui apfochenl de la fureur: son dépit, ses exclamations, fs réprimandes durent autant que le repas. 11 ne lut plus que les convives espèrenl causer et so ijouir: il adresse des harangues à tous les valets, fi uns après les autres ; les morceaux pressés i ns sa bouche le suffoquent ; il n’est plus le maître i lui-même: il semble qu’il extravague et qu'il a perdu la raison l. »
.e courage a deux formes : il s’applique aux diffic 1 lés du travail dans tous les genres, il s’applique ôa lutte contre le péril: le triomphe, sur un point ciiime sur l’autre, prouve qu’on est un homme de Alontô, un brave. La répugnance pour le labeur induit la paresse ; la crainte du danger, unecrainte ecessive et que rien ne domine, constitue la poltmnerie. Or, le paresseux et le poltron appartiennnt à la galerie des caractères comiques. Une de Ci libertines qui vivent de leurs charmes, et auxqelles on donne tant de noms divers, entre un n tin chez une de ses amies ou concurrentes:
Du Itidicute et des moyens de l'éviter, p. 393 (4' édition).
elle la trouve au lit, quoiqu’il soit déjà fort tan
— Qu’as-tu donc? lui demande-t-elle. D’où viei que tu as l’air sombre et préoccupé ?
— Ah! ma chère, j’ai fait un rêve affreux! J’e suis encore tout émue.
— De quoi s’agissait-il? d’une infidélité c Prosper ?
— Oh! non, j’ai rêvé que je travaillais!
— Je n’aurai pas voulu être à ta place! lui répor sa digne compagne.
Vauvenargues a tracé une image du paresseu: mais la couleur en est un peu terne et le dessi trop mou. Je lui emprunte son début et je poursu la description. « Un homme pesant se lève le pli tard qu’il peut, dit qu’il a besoin de sommeil . qu’il faut qu’il dorme pour se porter bien, est toute la matinée à se laver la bouche; il tri casse en robe de chambre, » se détire et bâille vins fois avant de mettre sa cravate. Le voilà enli habillé: il donne quelques minutes à ses affaire: lit avec peine sa correspondance, trouve la plupa: des lettres d’une longueur insupportable ; ilrépon en quelques mots, d’une écriture flasque et irrégi lière, supprimant les finales des termes un pe longs, ne se donnant la peine de rien explique; ne se souciant pas plus de l’orthographe que de 1 grammaire, qu’il n’a jamais bien apprises. Il achè\ enfin cette besogne accablante, grommelle entre sf dents qu’il a besoin de réparer ses forces, déjeun
longuement et lentement.il éprouve alors le besoin de se distraire, va au café, joue plusieurs parties de cartes ou de dominos, traîne jusqu’à cinq heures, puis s’aperçoit qu’il a oublié de faire une visite d’une importance capitale...
Je ne terminerai point le tableau : tout le monde il vu des paresseux, tout le monde pourra continuer le portrait et y donner les dernières touches. Après avoir tlâné jusqu’à onze heures du soir, le l'ainéant, qui se déshabille, murmure qu’il n’en peut plus, qu'il s’épuise pour faire honneur à ses a ff; lires, mais qu'il ne pourra supporter longtemps cette manière de vivre, que l’excès du travail le condamne t une fin prématurée. En faisant ce s réflexions, il éteint sa bougie et ronfle aussitôt, avec un bruit •sonore, qui prouve sa vigueur et le soin qu’il a eu le ménager ses forces.
Dans plusieurs de ses pièces, Aristophanes met an scène des esclaves paresseux, ou de jeunes liberins qui ne veulent rien faire.
Ne pas se laisser intimider par le péril, la. (loueur, les menaces, la pauvreté, les mauvais traitenents, est une des lois les plus impérieuses de la morale et de l’honneur. Mais le courage est une force nnée que nous donne ou refuse la nature, que l’on tossède ou ne possède pas. La volonté de l’homme fy peut rien ; aucun effort, aucun sentiment, aucune éflexion n'arment de bravoure un cœur timide. Or e poltron, dans tous les pays du monde, réjouit
énormément la foule: c’est, même un caractère usé dont on ne peut guère tirer parti que d’une manièri accessoire. L’individu qui tremble fait toujours rire il figure presque invariablement sur les tréteaux cl < la foire et dans les parades des saltimbanques. Soi succès trop facile l’a usé. Mais le génie peut tou faire. Walter Scott en a donné une preuve écla tante et merveilleuse : il a su ennoblir la peur rendre sympathique, intéressant au plus hau point un jeune chef des montagnes que la vut d’une claymore, d’un poignard, terrifie, que l’as pect du sang expose à une syncope. Élevé ei secret chez un gantier, après le massacre de toutf sa famille dans une guerre d’extermination, il a prb des habitudes bourgeoises, des goûts pacifiques, e la violence, le meurtre, le carnage le frappent d’bor reur. Comme on partage sa crainte, ses émotions comme on approuve son effroi et ses scrupules; Pour comble de détresse, le malheureux jeune homme se trouve forcé de prendre part aux luttes sauvages de deux clans féroces, et, quand il a vu égorger autour de lui ses derniers compagnons d’armes, il s’enfuit éperdu, traverse le Tay «à la nage el va plus haut, fou de désespoir, se précipiter dans une cascade. Walter Scott, ce frère de Shakspeare, n’a jamais donné une plus grande preuve de force qu’en traçant le caractère de Connachar, digne en tous points du chef-d’œuvre qui se nomme la jolie Fille de Perth.
1 or»
Il y a une race de polluons qui n’a pas encore été mise au théâtre, où elle produirait néanmoins le plus grand effet. Elle a pour personnel les ambitieux avides d’honneurs, de pouvoir, d’éloges, de distinctions et de fortune, mais dépourvus de courage. Notre époque n’en a pas manqué, de ces spéculateurs en opinions, qui déchaînaient sur la France la guerre civile, 1a. guerre des classes sociales, et disparaissaient au moment du péril ; nul ne les a jamais vus dans un endroit où leur précieuse personne pouvait courir le moindre danger. Il me serait facile d’en nommer plusieurs, dont certains vivent encore; provoquant, organisant, bénissant l’émeute, allumant, pour ainsi dire, la mèche des canons, ils détalaient avec la promptitude et l’agilité d’un cerf, dès que les boulets et les balles fracassaient des membres, trouaient des poitrines, dès que le sang rougissait la terre. Il serait plaisant de mettre en scène leurs fanfaronnades, leurs vaines déclarations de principes où ils se prétendent affamés de justice, leur faux amour du peuple et de l’égalité. Ces artificieux tribuns ne sont, par le fait, que des agioteurs politiques. Ils me rappellent un jeune homme sans moyens d’existence, auquel on proposait de s’enrôler.
— M’enrôler ! s’écria-t-il, mais on va se battre !
Le sentiment de la pudeur, que nous avons décril, est un des plus délicats des plus charmants de la nature humaine. Il trahit la lutte de nos facultés
supérieures contre nos instincts vulgaires etnospas sions physiques. Nul n’atteste mieux la noblesse di notre race, et la pourpre légère, qui colore les traits d’une jeune 1111e, quand elle cède aux tentations d< l’amour, est une parure sans égale. L’indécenci volontaire ou involontaire, qui choque la pudeur ne pouvait, par suite, manquer de produire des effets comiques : elle est contraire à l’idéal de lu perfection humaine dans l’état social et même dans certaines relations individuelles : elle nous rapproche trop de la simple nature. Aussi tous les poètes comiques en font-ils un ample usage. Aristophanes en abuse, Rabelais la prodigue, les trouvères s’en délectaient. La Fontaine ne l’épargne pas, et ses contes licencieux provoquent fréquemment le rire: la plupart de ses héroïnes subissent des aventures fort drôles, parce qu’elles sont très indécentes. Outre les poètes comiques, il n’est pas un écrivain railleur qu’elle ne tente, il n’est pas un pitre de foire qui ' n'y ait recours sur ses tréteaux. Voltaire la recher- | che plutôt qu’il ne l’évite : on pourrait même dire qu'il s’y complaît, tout en esquissant d’une main légère ses vignettes libertines et ses tableaux immo- : destes. Toute nudité qui ne passionne pas, fait sourire : la tille du comte Julien, au moment où elle tombe de cheval et montre en plein soleil ce qu’elle ' tenait le plus à cacher, se trouve dans une situation plaisante. Les tribulations de la Jeune Fille aux hémorrhoïdes, que racontent les Cent Nouvelles nou-
elles, ne divertissent pas moins. Je pourrais accunuler ici des extraits innombrables; mais ils seraient nutiles à propos d’une idée que tout le monde comirend si bien. Je me contenterai d’un épisode nédit, où la question apparaît dans toute sa simplicité.
La salle dans laquelle griffonnaient les clercs de îaitre Rochard, notaire île province, était placée ntre le cabinet du patron et sa chambre à coucher, n brave paysan arrive, un matin, chez l’officier ministériel, avant les jeunes scribes, mais quand leur tief, déjà levé, travaillait dans son bureau. Madame i levait à son tour : elle allait changer de chemise, mai t entre ses dents par le bord celle qui avait lit son temps de service el dépliait la nouvelle» 'agriculteur se trompe de porte, frappe un coup iger, comme un habitué de la maison, et entre sans lus de préliminaires.
Le visiteur et la dame sont également surpris déconcertés; la patronne, dans sa stupéfaction, isse tomber la chemise qu’elle tenait avec ses . ents, et se montre au fermier sans le moindre aile ; décontenancé, perdant tout à fait la lête, le tmpagnard lui demande:
— Ce n’est donc pas ici le cabinet de maître Ro-
îard?
— Sapristi! Monsieur, vous le voyez bien! lui pond la dame.
Et elle arbore devant elle, pour protéger sa pu-
i()8 LE MONDE DU COMIQUE ET DU Kl 11E
(leur, la chemise qu’elle tenait il la main, pendan que le maladroit se retire, honteux et cramoisi.
D’où vient le comique dans cette anecdote? D'u simple retour à l’état de nature, en contradictio avec les habitudes sociales.