SUITE DES THÉORIES SUR LE COMIQUE ET SUR LE RIRE
Une seule explication logique du rire fut tentée rendant le dix-huitième siècle : elle n’étail pas sufisante, comme on va le voir; mais elle n’était pas ibsurde, grotesque et ennuyeuse comme les précédentes. Elle nous ramène sur le terrain de la vraie science, ün la trouve dans un livre de Hobbes : la Rature humaine et les principes fondamentaux de la Pqliique, publié à Londres en 1650 L « L’émotion du dre, dit l’auteur, n’est pas autre chose qu’un sentiment d’orgueil produit par une soudaine conception le notre supériorité, relativement à l’infériorité d’autres personnes, ou à la nôtre dans une époque précédente. Car nous rions de nos sottises passées, quand elles nous reviennent en mémoire, sans être
1. Human Nature, or the fondamental Eléments of Policy, in-12 une traduction française par le baron d’Holbach fut imprimée en 1772 elleforme aussi un volume in-12
accompagnées d’une honte présente1. «Voilà tou Cette théorie demeura longtemps inaperçue e comme enfouie, dans un volume où on n’allait pa chercher dos analyses de cette espèce. Mais elle fu tirée de l’ombre et présentée au public par Addison qui lui consacra un passage du Spectateur2. Il sem ble d’abord la. repousser en objectant que « d’aprè: ce système, lorsque nous entendons un homme rin violemment, au lieu de dire qu’il est très joyeux nous devrions dire qu’il est très orgueilleux ». I l’adopte cependant, comme pour montrer jusqu’où l’on peut pousser l'inconséquence. « Un observateur si habile, remarque James Beattie, aurait dù savoir que le rire n’est pas considéré comme un 1 symptôme d’orgueil : on attribue fréquemment ce vice à des hommes d’une gravité extrême, rarement 1 ou jamais à de grands rieurs. Lorsque nous voyons un individu garder un air sérieux et une contenance ! solennelle, au milieu d’une joyeuse compagnie, serait-il naturel de penser qu’il est le plus humble de tous et même la seule personne modeste de j la société3? »
Un collaborateur d’Addison (n° 249) apporte à l’appui du système une remarque tout aussi peu concluante. Il prétend que « les femmes, la partie la plus vaine de notre espèce, sont plus enclines que J