‹ Le monde enchanté; choix de douze contes de féesChapitre 8 sur 14 · HISTOIRE DE PHENIX · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE PHENIX

d En nous séparant, le prince Pinson et moi, pour chercher les aventures ...

— Et qui est, s'il vous platt, le prince Pinson? dit le calife.

— Moi, Sire, dit Tarare; et ce fut sans savoir pourquoi que j'ai quitté ce nom pour prendre celui que je porte, et que je suis résolu de porter toute ma vie, puisque, sous ce nom, je me suis fait connaître à la belle Fleur d'Épine. j>

Tarare leur apprit alors ce qu'ils ne savaient pas de ses aventures, jusqu'à cette séparation dont son frère venait de parler; et Phénix, reprenant la parole :

LE MONDB BNCHABTft. 19

« Nous étions convenus, dit^il, comme il vient de vous dire, que celui qui n^aurait pas réussi dans le projet de s'établir reviendi*ait se mettre en possession de nos États, en cas que Tautre eût fait fortune ailleurs. Pour moi, j*y renonçai dès ce moment ; et, fier des avantages que je croyais avoir, je ne songeai qu'à promener ma figure par le monde, pour la faire admirer. Mais les cœurs qui se rendirent d'abord n'ayant pas de quoi m'engager , ni du côté des charmes^ ni de celui de la fortune, je crus que je trouverais mieux mon compte en Circassie, pays de tout temps fameux pour les beautés.

« Une reine le gouvernait depuis la mort du roi son époux, qui lui avait laissé quatre filles, dont Tatnée devait régner quand elle en aurait atteint Tâge.

a Ce fut sur cela que je formai le projet de mon établissement : mais la fortune, qui me réservait un bien infiniment plus précieux, en disposa tout autrement ; car, avant que d'y arriver, j'appris le désastre de la famille royale par une révolution toute surprenante.

a Un certain petit prince, s'étant prévalu de quelques prétentions mal fondées pour émouvoir un peuple inquiet et changeant, après avoir corrompu la fidélité des grands du royaume, avait trouvé moyen de s'emparer de la souveraineté si soudainement, que la reine avait à peine eu le temps de se sauver avec ses filles.

oc Je traversais ce royaume à la hâte, ne voulant point faire de séjour chez une nation si perfide, lorsqu'on m'arrêta par ordre du tyran, à qui tous les étrangers étaient suspects, comme il arrive d'ordinaire dans une usurpation mal affermie.

ce Lorsque je fus en sa présence , je ne lui cachai ni mon

nom ni ma qualité ; j'en reçus un accueil auquel je ne m'attendais pas. Je ne sais ce qui prévint en ma faveur un prince qui ne devait pas faire profession de générosité ni de courtoisie; mais enfin ^ après m'avoir retenu plus longtemps que je n'eusse voulu dans une cour où Ton me rendait les mêmes honneurs qu'à lui, il fit ce qu'il put pour m'arréter par celui de son alliance, en m^offrant sa fille unique ^ princesse qui paraissait avoir autant de penchant pour le mariage que sa figure en donnait d'éloignement. Sa personne était toute contrefaite, et ses petits yeux m'avaient annoncé sa bonne volonté longtemps avant la proposition de son père : mais j'eus en horreur Talliance d'un usurpateur; et, sans me vanter, ce fut avec assez de hauteur que je rejetai son ofire, et que j'envoyai promener sa petite bossue.

ce Je sortais de la Circassie^ lorsque le hasard me conduisit dans un vieux château, superbe à la vérité, mais que je crus d'abord inhabité, car je fus longtemps sans y rencontrer personne. Ceux qui demeuraient dans ce sombre séjour se renfermaient chacun dans son particulier, et sem-* blaient s'éviter avec soin, lorsqu'ils en sortaient. Je fus surpris d'une coutume si sauvage, car il me parut qu'il n'au^ rait tenu qu'à eux de se désennuyer en s'humanisant les uns avec les autres.

ce Je cherchais à qui parler pour m'en rendre raison , lorsque j'entrai dans un appartement assez propre. Il n'y avait pas une âme; cependant j'y vis une table, çles cartes, des jetons et des chaises rangées autour.

« Un moment après , arrivèrent quatre pies, chacune suivie d'un sansonnet qui lui portait la queue ; une corneille assez sérieuse les accompagnait.

ce Les pies, après m'avoir salué fort civilement, se mirent à jouer, et la corneille à travailler. »

Fleur d'Épine et Tarare, qui n'avaient cessé de se regarder pendant ce récit, se poussèrent à l'endroit des pies. Luisante, qui n'avait pas ôté les yeux de dessus le beau Phénix depuis qu'il avait commencé son récit, parut douter s'il parlait sérieusement. Serène sourit d'une aventure qui ne lui était pas inconnue; mais le calife se tenait les côtés de rire, ce Oh ! pour celui-là, disait-il, mon gendre, vous êtes un peu voyageur : pour des pies à qui on porte la queue, et qui font la révérence, passe; mais des pies qui joueùt aux cartes, on n'en a guère vu. »

Phénix , après avoir protesté de la vérité de son récit : a Je fus longtemps, poursuivit-il , à regarder un jeu où apparemment il n'y a jamais eu que des pies qui aient joué : pour moi , je les aurais regardées jusqu'à ce moment sans y rien comprendre. Enfin, je vis tout à coup une petite pie assez éveillée, qui, après avoir dit un certain mot, dont je ne me souviens plus, sauta sur la table. Je ne sais comment j'ai pu oublier ce mot, car les autres pies s'égosillèrent à force de le répéter : la sérieuse corneille le prononça gravement, et jusqu'aux petits sansonnets qui mouchaient les bougies, tout se mêlait de le répéter en concert. J'en fus tellement étourdi, que je les quittai brusquement, ne sachant pas trop bien si je rêvais, ou si tout ce que je venais de voir était réel.

ce Au sortir de ce royaume , j'entendis parler de Cachemire. J'appris que dans le plus beau séjour de l'univers était la plus belle princesse du monde.

« Je ne songeai plus qu'à m'y rendre en diligence. On eut

beau m'étaler tous les dangers où l'on s^exposait auprès de ses yeux : quel danger, disais-je, que celui d'en être épris, et de mourir en les adorant, si on ne peut trouver grâce devant eux? car je traitais de fable le poison mortel de ces regards éblouissants, dont on me faisait une description si merveilleuse, et dont on contait tant d'événements tragiques. Ce n'est point à Phénix, disais-je (flatté d'une vanité ridicule) , ce n'est point à Phénix que Téclat excessif de la beauté doit être fatal. Allons la chercher au travers de tous les périls chimériques qui Tenvironnent ; et, si les charmes ont un poison si redoutable, qu'elle en partage au moins la fatalité en voyant Phénix. Je ne vous fais ici^ belle Luisante, l'aveu d'une vanité si ridicule que pour m'en punir par la honte que j'en ai.

ce L'intérêt secret qui m'entraînait vers vous me fit négliger les précautions que demandaient tous les périls dont on me menaça, si je faisais choix d'une mauvaise route. Je me moquai de tout ce qu'on me dit de celle où la sorcière Dentue avait établi la scène de ses enchantements; et, comme c'était la plus courte, je m'y embarquai témérairement, et m'en repentis bientôt.

<E Je ne vous parlerai point des avis qu'on me donnait à mesure que j'avançais dans ce chemin. Je traversai des campagnes désertes, des rochers affreux; et, après mille incommodités, je m'enfournai dans un bois, où mille monstres s'offrirent à mon passage pour me boucher le chemin.

oc Je voulus faire le brave contre des griffons qui voltigeaient . au-dessus de ma tête , tandis que des hydres et des léopards m'environnaient do tous côtés. Je mis Tépée à la main; je crus avoir blessé quelques-uns de mes ennemis : mais,

après un long combat où mes forces s'épuisèrent, et où je m'aperçus qu'on aimait mieux me prendre prisonnier que me tuer, je me sentis enlever sans savoir comment , et on me descendit au milieu d'un assez beau jardin , où la sorcière cueillait quelques herbes.

ce De ces herbes elle avait dessein de composer quelque horrible sortilège , car il y faHait mêler le sang tout chaud d'un homme nouvellement égorgé. C'est ce que j'ai su depuis pendant ma métamorphose; et c'est pour cela que ces griffons me mirent tout en vie à ses pieds. Sa figure me parut horrible; mais la mienne trouva grâce dans le cœur le plus impitoyable qui fut jamais : je m'en aperçus, et je sus bientôt à quel prix je pouvais me racheter. Elle me dit que si je voulais Tépouser, elle me rendrait mattre d'un trésor inestimable, outre ceux de sa personne; sinon, que je ne serais pas en vie quand les premiers layons du soleil éclaireraient la terre : et , pour me donner le temps de rêver à ce choix , elle me quitta sans attendre de réponse.

« Je n'avais pas trop d'envie de mourir; cependant ce parti me parut plus honnête et moins difficile à prendre que l'autre.

a Si je refuse sa détestable main , disais-je , je vais faire ici une illustre fin; et, si je l'accepte, ce sera un glorieux établissement que je me serai fait, après être venu de si loin le chercher ! Je me serai flatté du vain espoir de plaire à la divine Luisante, elle, dont aucun mortel n'a pu soutenir les regards; j'aurai aspiré même à la gloire d'être à elle, pour me voir à la fin réduit au choix d'être le mari d'une sorcière effroyable, du de mourir obscurément dans* une retraite affreuse, où personne ne pourra seulement s'imaginer que je sois venu.

FLEUE D'EPINE. 295

ce Ces réflexions étaient désagréables de quelque manière qu'on les pût tourner; cependant l'endroit où je les faisais me parut enchanté. J'y vis les plus beaux fruits du monde, et surtout des figues qui me parurent délicieuses. C'était le fruit qui était alors le plus à mon goût; j'en choisis une parmi les plus belles : je ne l'eus pas plus tôt cueillie, que j'oubliai mon inquiétude; et, dès que je l'eus 'mangée, je m'endormis.

« A mon réveil , je me trouvai changé en oiseau ; la sorcière, dont les cris m'avaient éveillé, était auprès de moi, qui se désespérait d'une métamorphose qui ne convenait pas à ses desseins.

ce Elle soupçonna Fleur d'Épine d'y avoir contribué, sans s'imaginer pourtant de quelle manière; et elle Jura qu'elle l'en punirait. J'entendais toutes ses plaintes et toutes ses menaces; mais la vérité est que cette aventure me paraissait si surprenante, que je me flattais que c'était un songe, et j'attendais avec impatience qu'un favorable réveil me délivrât de ces horreurs. Je l'attendis en vain.

ce La sorcière me prit sur le poing, me fit toutes les caresses qu'on peut faire à un oiseau , et me dit qu'il fallait avoir patience; que dans huit ou dix jours elle aurait achevé certaine composition qui me rendrait ma première forme ; mais que je me gardasse bien de manger du sel , si par hasard j'en voyais. Elle me laissa dans ce beau jardin après ce discours , et après y avoir cueilli beaucoup d'herbes qui m'étaient inconnues.

ce Jugez du désordre et de la consternation où cette aventure m'avait mis : je voulus déplorer mon malheur; mais, au lieu de m'écrier : » Infortuné Phénix! » je me mis à

dire : « Perroquet mignon; d et, pour toutes les plaintes et les exclamations que j'avais au bout de la langue, je dis toutes les impertinences qu'on apprend aux perroquets , et que les perroquets les plus importuns disent tout de suite : j'en fus si confus, que je résolus de ne plus rien dire.

« Comme il m'était permis de voltiger par tout le jardin , je voyais souvent , du haut de quelque arbre , la maison de la sorcière; mais toutes les fois que je voulus voler de ce côtélà, mes ailes refusèrent de me soutenir, et je jugeai qu'il était inutile de tenter ce voyage à pied.

d A regard de tous les autres lieux aux environs , il m'était . permis d'y voler. Ce fut dans une de ces promenades que je vis un jour une femme qui sortait d'une méchante cabane couverte de paille : elle avait un petit sac sous son bras; elle s'assit au bord d'un petit ruisseau, y lava quelques poissons qu'elle avait dans un panier, et se mit à les saler. Je me souvins de la défense qu'on m'avait faite : je m'imaginai qu'on ne m'avait défendu le sel que de peur que sa vertu ne me rendît ma première forme.

ce Je me mis à terre auprès de cette femme : ma beauté la charma; et, comme je lui parus fort apprivoisé, quand elle eut couru quelque temps après moi , je m'élevai soudainement en l'air; et, ayant enlevé le sac de cette pauvre femme, je fus le cacher dans un buisson détourné. Je regagnai promptement le jardin de la sorcière après cet exploit, n'osant rester plus longtemps dehors pour l'épreuve que je méditais : mais le lendemain le soleil n'était pas encore levé, que j'étais en campagne.

<( Ce fut ce jour que je vis mon cher frère ; ma surprise, à cette rencontre, fut égale à ma joie. Je mourais d'envie qu'il

me prit; mais^ au lieu de cela, il s'amusa à me considérer. Je me hâtai d'essayer Teffet du sel que j'avais caché ; mai^ il eut peur qu'il ne me fit mal. Je voulus l'avertir du danger où il était si près de la sorcière , et je fis un éclat de rire au lieu de parler. Ce fut alors que, dans l'admiration de ma figure et de mon plumage, il prononça par hasard mon nom en voulant me flatter. Je voulus lui dire : « Oui, mon cher frère , je suis Phénix ; j> mais , au lieu de cela , je ne pus prononcer que ce Tarare ; d et je me sentis contraint de m'envoler, quoique j'en fusse au désespoir.

a Deux jours après , au milieu des inquiétudes où j'étais pour la destinée de Pinson , j'entendis du jardin les hurle* ments effroyables de la sorcière.

ce C'était vous , pour qui je craignais tant , mon cher frère , qui causiez son désespoir. Vous veniez d'enlever ses trésors et de désarmer sa fureur ; car la force de ses enchantements consistait dans sa jument et le chapeau dont vous étiez en possession. Ce fut alors qu'il me fut permis de voler vers sa demeure; je ne pus y parvenir que dans le temps qu'elle revenait de vous poursuivre. Je fus témoin de sa rage et de ses regrets , dans un vieux chêne auprès de l'écurie , où je m'étais caché, ce Au moins, s'écria-t-elle, ai-je le plaisir d'être à moitié ce vengée de la trahison de l'infâme Fleur d'Épine; le voleur ce qui Ta séduite pour me trahir, après l'avoir abusée, la laisse, ce au lieu de Sonnante, presque étouffée sous ce même foin ce où elle s'est abandonnée. Achevons-en la vengeance. j>

ce A ces mots elle entra dans l'écurie , où elle avait été trompée par la coiffure de Fleur d'Épine que le misérable Dentillon portait, sans pouvoir avertir sa mère que c'était lui. Dentue, sans y regarder de plus près, mit le feu au foin,

et ferma la porto de Técurie en sortant; tant elle avait peur que la misérable victime n'échappât!

ce Elle courut ensuite chez elle pour revoir les seules consolations qui lui restaient dans son malheur. Mais elle n'avait garde de les y trouver ; car j'étais dans le chêne j où je me tenais clos et couvert y tandis que j'entendais les hurlements de son fils unique y à qui les flammes avaient rendu l'usage de la voix en brûlant le foin dont on lui avait rempli la bouche.

oc Cependant la sorcière , qui n'avait rien trouvé chez elle, se doutant de quelque nouveau malheur, revint à l'écurie qu'elle trouva tout en feu : elle ne laissa pas d'en ouvrir la porte, et vit, au travers des flammes et de la fumée , ses chères espérances qui finissaient leurs jours par le même genre de mort que le ciel avait réservé pour la mère.

oc Le vilain crapaud fut grillé, qu'il n'y manquait rien.

(L Le cri qu'elle en poussa fut si terrible, que j'en frémis d'horreur, et le chêne où j'étais en fut ébranlé : il fut si violent, que cette longue dent qui lui sortait de la bouche sauta plus de cinquante pas loin d'elle, brisée en mille morceaux. Une autre n'aurait pas regretté cette perte , mais pour elle sa furie en augmenta. <ic C'eti est fait, s'écria-t-elle, tous «mescharmes m'abandonnent: recourons à l'artifice. «Cefut en achevant ces mots qu'elle courut à sa demeure, et que je sortis de mon trou pour me sauver pendant son absence. Je volai tant que je pus; à l'entrée de la nuit, je rencontrai le buisson où j'avais caché mon sac de sel. Je commençai d'espérer que la sorcière ne me trouverait pas. Grâces au ciel, disais-je, me voilà délivré de la cruelle nécessité de choisir entre la mort et cette ragoûtante épouse : maïs aussi me voilà perroquet pour le reste de mes jours.

a Je ne vous dirai point tout ce que j'eus à souffrir avant que de parvenir au climat heureux qui devait finir mes misères; je pensai mourir de faim dans des lieux déserts où je ne trouvais point de fruits : d'ailleurs, comme je n'étais point accoutumé à voler, je ne faisais que de très petites traites. Tous ceux qui me voyaient couraient après moi pour me prendre : je n'avais de retraite que le haut des arbres , où je n'étais pas trop en sûreté contre de maudits petits garçons qui m'attaquaient à coups de pierres ^ ou qui grimpaient après moi.

oc Je me remis enfin de toutes mes fatigues dès que je fus dans ce séjour enchanté. L'infernale Dentue m'avait suivi sans que je m'en fusse aperçu : je n'avais garde de la reconnaître sous la figure qu'elle avait prise. Elle arriva bientôt après moi sur les confins de Cachemire; elle me côtoyait partout sans faire semblant de rien. J'étais assez accoutumé à me voir admirer de tous ceux qui me voyaient : ainsi je ne fus point surpris de son attention ; je savais me mettre hors d'atteinte quand on m'approchait de trop près.

<L Comme j'étais assez embarrassé de ce que je deviendrais, quoique je fusse dans un pays où cent millions de perroquets eussent pu vivre en rois, j'étais de temps en temps fort rêveur. Elle s'en aperçut; et, me regardant avec afi^ection au haut de l'arbre où j'étais : « Quel dommage, dit-elle, qu'un ce si beau perroquet soit égaré! Sans doute il est à quelque ce roi ou à quelque beauté qui se désespère, à l'heure qu'il est^ <x de l'avoir perdu. Que sais-je s'il n'est pas à la plus belle des ce belles? mais, s'il avait été à Luisante, jamais il n'aurait préce féré sa liberté au plaisir de la voir. S'il n'était pas trop sauce vage, continua-t-elle , voyant que je descendais de branche

?yM LE MONDE ENCHANTE.

c en branche pour Técouter, s'il n'était pas trop sauvage, il « se laisserait prendre, et je ferais à la belle Luisante le plus ic beau présent que puisse fournir le royaume de son père, en « lui donnant le plus bel oiseau du monde. Qu'A s^^t heu- « reux^ continua la flatteuse sorcière, de faire les délices de c ce qu'il y a de plus beau dans l'univers ! et parmi les morte tels, qui ne changerait de condition avec un perroquet qui « serait chaque jour à portée de voir des trésors que des belles « ne cachent point à des oiseaux? »

« Qu'elle savait bien à qui elle parlait, Tinsinuante Dentue ! J'en étais si transporté, qu'elle n'eut qu'à me tendre le poing en achevant de parler : j'y saulai le plus l^èrement que je pus.

c II ne s'en fallut rien que cet empressement ne me fût aussi funeste qu'il était grand. Je vis ses regards changer dans le moment qu'elle m'eut en sa puissance; ses yeux parurent étinceler : elle me serra les pattes d'une main , et me porta deux fois l'autre au cou pour me le tordre. Je ne comprenais rien à ce transport ; mais je n'ai pas eu de peine à l'entendre, quand la baguette de Serène nous a fait voir l'horrible Dentue cachée sous cette figure.

« Elle résista donc, heureusement pour moi, aux premiers mouvements que la vengeance ou la fureur lui avait inspirés. Il convenait à ses desseins de m'épai^ner : cependant elle mit bon ordre que je ne pusse échapper jusqu'à notre arrivée dans cette cour.

(C Gejour fut le commencement de mon bonheur : mes yeux de perroquet soutinrent l'éclat fatal de ceux de l'adorable Luisante; et, par un charme qui m'était inconnu, des gens qui n'auraient osé la voir à cinquante pas, n'avaient qu'à

me prendre pour la regarder tout à leur aise. Je ne veux point ici parler des transports de joie que je sentais aux innocentes caresses qu'elle me faisait. Mille occasions, dont je tairai les circonstances, me tinrent ce que la sorcière m'avait promis. Ce fut sous ma Bgure de perroquet que je fus trop payé, auprès de Luisante, des horreurs que la tendresse de la sorcière m'avait inspirées. Enfin , j'ai commencé sous cette figure à plaire aux plus beaux yeux du monde : trop heureux si celle que j'ai reprise lui pouvait être aussi agréable ! ^

Le beau Phénix cessa de parler; et, quoique Luisante eût rougi plus d'une fois sur la fin de son discours, ses beaux yeux ne laissèrent pas de l'assurer qu'il ne perdait rien à n'être plus perroquet.

Le calife trouva les aventures de son gendre assez divertissantes : il lui sut bon gré de n'avoir point voulu de la princesse bossue qu'on lui avait offerte en Circassie. « Mais, seigneur Phénix, lui dit-il, mettez la main à la conscience; si par bonheur on ne vous eût changé en perroquet, n'eussiez-vous pas plutôt épousé la sorcière, sa mère, sa grand'mère, et toutes les Dentues du monde, que de vous laisser égorger comme un sot? Pour moi, je suis peut-être aussi délicat qu'un autre; mais, après tout, il n'est que de vivre. Ne parlons plus de ce que vous eussiez fait; j'espère, au moins, que le royaume de Cachemire que vous aurez quand je n'en voudrai plus, et la main de Luisante que vous avez dès à présent, vous dédommageront un peu du refus que vous avez fait de l'infante de Circassie.

a A l'égard de votre frère Pinson , quoiqu'il ne soit pas si

richement marié, il me parait si content de sa femme et de sa belle-mère Serène, qu'il ne vous portera point d'envie; car, avec son savoir-faire, ses petits États, et ce que Serène lui pouiTa laisser un jour, il ne laissera pas d'être à son aise. »

La modeste Fleur d'Épine j qui j sans ambition , eût souhaité d'être héritière de Tunivers, rougit de ce que le calife venait de dire : elle n^eut point de honte qu'une personne aussi merveilleuse que Serène lui eût donné le jour; mais ce ne fut pas sans confusion pour elle qu'on venait de marquer tous les avantages dont Luisante faisait le bonheur de son époux, et que Tarare avait tous refusés pour elle.

L'équitable Serène vit son embarras, et connut sa pensée. Ce fut alors que, demandant un peu d'audience à son tour : ce Calife de Cachemire, dit-elle, vous qui sans doute avez quelques obligations à Tarare, sachez qu'il n'aura pas lieu d'envier l'établissement de son frère. Vous avez vu la préférence qu'il a faite de Fleur d'Épine mourante, de Fleur d'Épine effroyable, et, pour tout dire, de la mémoire de Fleur d'Épine, à la possession de Luisante dans tout l'éclat de sa gloire. Jugez si, dans l'état où vous la voyez maintenant, il ne doit pas être content de sa fortune. Mais sachez que Serène n'est point sœur de Tinfàme Dentue, ni Fleur d'Épine fille de Serène. Voici son histoire et la mienne :

HISTOIRE DE SERÈNE.

a Entre le Tigre et l'Euphrate se trouve une vaste étendue de plaine dont rien n'égale l'heureuse fertilité, si ce n'est

le royaume de Cachemire. Mon père en était souverain : c'était de tous les mortels celui qui avait le plus pénétré dans les secrets les moins pénétrables de la nature; mais, comme il se livrait tout entier à la spéculation j il négligea le gouvernement de ses États pour s'informer comment les étoiles se gouvernent là-haut.

a Son pays, arrosé par les deux plus grands fleuves de l'univers, était si riche , que ses sujets le devinrent trop. Les plus puissants sentirent leur force, et connurent sa faiblesse. Chacun s'établit comme il voulut ; tandis que leur prince, loin de s'en mettre en peine, parut ravi d'être débarrassé d'un pays sans montagnes : il lui en fallait pour se perfectionner dans des connaissances qui lui coûtaient tant. Il quitta donc ses États pour en chercher ; et , tandis que de montagne en montagne il s'entretenait avec les mouvements des cieux, on se mit paisiblement en possession de ce qu'il abandonnait sur la terre.

a Cette nouvelle ne l'émut point : Tamour seul ne fut capable ; et ce ne fut pas le moindre effort de sa puissance que de triompher d'un génie qui s'abîmait dans les méditations abstraites de ce qu'il y a de plus relevé.

(c Je ne sais par quel hasard il quitta le sommet de ces mon • tagnes pour descendre en Circassie; mais ce fut là qu'un penchant plus vif que celui qui l'avait entraîné jusqu'alors lui donna du goût pour les beautés mortelles. Il devint amoureux; et la plus belle des Circassiennes ne dédaigna pas la main d'un prince dépouillé de ses États.

(c Je ne sais si elle ne s'en repentit point; car, au lieu de songer à son établissement , il se hâta de regrimper sur ses montagnes. Quelque choquée que fût son épouse d'un em-

pressement qui ne devait pas se mêler aux charmes nouveaux d'un mariage d'inclination ^ elle voulut le suivre; et ce fut sur cette montagne ^ que Tarare et Fleur d'Épine ont passée pour venir ici , que mon père fixa ses spéculations errantes.

oc II choisit pour sa retraite cette partie de la montagne que des rochers et des précipices rendent affreuse. Ce fut là qu'il se mit à fouiller dans les entrailles de la terre y après avoir puisé dans les régions célestes tout ce que l'esprit humain est capable d'en apprendre.

oc Bientôt il eut atteint la perfection presque inaccessible de ce travail merveilleux où les races suivantes virent tant d'esprits solides devenir visionnaires , et tant de solides trésors dissipés pour courir après un bien imaginaire.

oc L'accomplissement de cet ouvrage ue lui laissa rien à souhaiter : il convertissait à son gré tous les métaux en or, et les puissances invisibles, répandues dans les airs, obéissaient à ses commandements. Il se fit, par leur ministère, un palais dans le milieu de cette montagne, où les choses même du plus vil usage éclataient par l'or ou brillaient par les pierreries.

ce Ce fut dans cette nouvelle habitation que je vins au monde. L'année d'après, ma mère y mit au jour une seconde fille. J'eus l'inclination de mon père pour les sciences , ma sœur eut celle de ma mère avec sa beauté. Mais, toute merveilleuse que fût la retraite où nous étions^ ma mère, aussi bien que ma sœur, s'ennuyèrent de la solitude : l'une voulait revoir un pays qui lui avait donné le jour; l'autre souhaitait de faire un tour dans ces plaines délicieuses, situées entre le Tigre et l'Euphrate, que son père avait abandonnées pour le désert où elle séchait d'ennui.

« Il s'en aperçut; et, malgré toutes les façons qu'elles firent pour ne le pas quitter^ ma mère partit pour la Circassie, où ma sœur l'accompagna , beaucoup plus contente qu'elle ne le parat en nous disant adieu.

oc L'argent ne coûtait rien à un homme qui possédait le secret dont il était maître ; et l'équipage magnifique avec lequel elles arrivèrent dans le pays de ma mère était digne de la première fortune de son époux. ^

a Le roi deCircassie n'eut pas plus tôt vu ma sœur, qu'il la trouva digne d'une préférence glorieuse sur toutes les Circassiennes. Les plus belles furent au désespoir de voir qu'une étrangère venait leur enlever un cœur qu'elles s'étaient vainement disputé : les unes en séchèrent d'envie, les autres en crevèrent de dépit ; mais ma pauvre mère en mourut de joie.

oc Mon père apprit ces deux nouvelles à la fois, et les reçut en \Tai philosophe. Pour moi, j'avoue que la joie de l'une m'aida beaucoup à me consoler de la douleur de Tautre. Je ne songeai plus qu'à me perfectionner dans les sciences, où je faisais assez de progrès, et dont je sentais augmenter le goût à mesure que je me sentais acquérir de nouvelles lumières.

ce Enfin mon père, après m'avoir communiqué toutescelles dont mon esprit était capable, voulut bien se laisser mourir, pour chercher dans l'autre monde ce qu'il n'avait pu découvrir dans celui-ci : il se laissa, dis-je, mourir; car, avec les secrets qu'il avait, il n'aurait tenu qu'à lui de vivre tant qu'il eût voulu.

m J'héritai de ses trésors et d'une partie de ses connaissances; mais, de tous ses dons, cette baguette que vous voyez est infiniment le plus précieux. Elle-est composée de l'as-

LB MOKDB BKOHAKTé. * 20

isemblage de toutes les vertus secrètes des minéraux et des talismans : par elle je commande aux éléments ^ je découvre la vérité de tout, une partie de l'avenir m'est présente ^ et je rappelle tout le passé. Mon père m'avait défendu de monter jusqu'au haut de la montagne que nous habitions : cette curiosité j que je n'avais jamais eue avant , me vint tourmenter au moment qu'il me l'eut défendue; et, dès qu'il eut les yeux fermés 9 je la satisfis.

<E Ce fu t de là que, contemplant avec étonnemen t les plaines enchantées du bienheureux Cachemire, je fis transporter ce que je voulus des trésors immenses dont mon père avait enrichi les cavernes de cette montagne; et, de peur que Taffluence de ceux qui viendraient me consulter n'interrompit les heures de repos ou d'étude dont je voulais être la maitresse, je rendis ma demeure inaccessible à tout ce que je ne voulais pas y recevoir.

ce J'y goûtai tout ce que la tranquillité d'esprit a de plus aimable pour les mortels; et, loin d'envier l'établissement de ma sœur sur le trône de Circassie , rien ne troubla la paix dont mon cœur jouissait, que mon inquiétude pour elle.

a Comme elle avait eu trois filles de suite, je consultai mes livres sur leur destinée et la sienne. J'appris qu'elle n'aurait plus d'enfants^ et que le roi son époux la laisserait bientôt veuve, et régente de ses États. Je trouvai dans l'horoscope de rainée de ses filles, qu'elle était menacée de quelque désastre; mais ce fut en vain que je mis tout en usage pour en savoir les particularités : je connus seulement qu'une puissance ennemie, presque égale à la mienne, la devait persécuter. J'eus recours à ma baguette; et, en ayant passé le bout sur une peau de parchemin que j'ouvris sur la table, elle

y traça d'elle-même l'horriWe figure de Dentue, elle décrivit la situation de sa demeure ^ ses sortilèges et ses inclinations. J'eus horreur d'apprendre que la plus horrible des créatures avait encore plus de penchant à l'amour qu'à la haine ou à la cruauté, que son art n'était employé qu'à faire tomber les hommes dans ses pièges, et que la mort était la seule ressource de ceux qui dédaignaient de s'en garantir par une complaisance encore plus funeste. Cependant je découvris avec douleur que, tant qu'elle serait maîtresse de la jument Sonnante et du chapeau lumineux, mon pouvoir ni mes enchantements ne pourraient rien contre les siens.

ce J'appris, par ma baguette, qu'elle avait un fils à peu près de l'âge de l'atnée des filles de ma sœur, et je ne doutai point que son dessein ne fût d'enlever Théritière de Circassie pour la donner à ce fils : c'est pourquoi je voulus la prendre sous ma protection. Ma sœur me l'envoya secrètement; mais cette précaution pensa la perdre : la sorcière trouva le moyen de l'enlever presque d'entre mes bras dans le moment qu'elle venait de m'étre remise. J'avais eu beau la faire passer pour ma fille, la cruelle Dentue ne s'y laissa pas tromper; et toute ma vigilance fut inutile pour défendre la pauvre petite Fleur d'Épine contre l'inhumaine sorcière. Oui, calife de Cachemire, cette même Fleur d'Épine que vous voyez, et que vous aviez si hâte de brûler, est héritière du royaume de Circassie. Elle me fut donc enlevée sans que je susse de quelle manière; mais ni mon art ni toutes les puissances du monde ne Tauraient pu délivrer de celle de la sorcière, si Tarare ne l'avait entrepris. Cette gloire était réservée par les destins à l'amant le plus ingénieux

aussi bien qu'au plus fidèle. Je connus qu'il fallait ces deux qualités à celui qui enlèverait la jument et le chapeau de la sorcière; mais je ne savais où trouver un homme de ce caractère.

c Dans ce temps-là , Luisante vint au monde; et mes livres^ que je consultai sur sa naissance, m'ayant appris ce que ce devait être un jour que cette beauté , je fis répandre une contagion secrète sur l'éclat naissant de ses yeux , bien assurée qu'on aurait recours à moi pour y remédier, et fort résolue de ne le faire qu'à condition qu'on me livrerait Fleur d'Épine avec lès trésors de la sorcière.

ce La curiosité de Tarare l'avait heureusement conduit chez moi avant que de se rendre à la cour; et ce que je découvris de son esprit et de ses sentiments me fit espérer que s'il osait tenter l'aventure, il ne serait pas indigne d'y réussir. J'en eus encore meilleure opinion lorsque je le vis revenir, à quelque temps de là, pour me consulter : je ne le vis point embarrassé des choses que je proposai pour prix du secours qu'on me demandait, quoique j'en eusse étalé tout le danger. Et, lui ayant demandé s'il connaissait quelqu'un d'assez téméraire à votre cour pour rendre service à la belle Luisante à ce prix : ce II ne faut, dit-il, que beaucoup d'ambition ou ce beaucoup d'amour pour l'entreprendre; et l'espérance ce seule d^en être avoué de vous suffit pour tout oser sans ce autre motif que' celui de la gloire. y>

ce Je ne vous dirai point la joie que me donna cette réponse d^un homme que je commençais à beaucoup estimer : je ne doutai point que ce ne fût lui que les destinées avaient marqué pour le libérateur de Fleur d'Épine.

ce Je lui fis espérer que je ne lui serais pas contraire s'il

entreprenait ce que je lui peignis encore plus dangereux que je n'avais fait : il n'en fut point ébranlé. Je lui tins parole; et y quoiqu'il ne me fût pas permis de l'assister toujours, mon génie a souvent inspiré le sien dans l'exécution. Mais, après tout^ c'est à son esprit, à sa fermeté, mais plus que tout à sa constance, que la gloire en est due.

d Tandis qu'il était en chemin pour aller chez la sorcière, j'employai ma baguette pour satisfaire la curiosité que j'avais sur Fleur d'Épine; elle m'en traça la figure et les souffrances dans les tristes occupations de sa vie. Je trouvai sa figure digne de récompenser ce qu'on entreprenait pour elle. Je ne crus pas qu'il fût nécessaire de toucher le cœur de Tarare pour elle, si son esprit et ses sentiments répondaient aux charmes de sa personne ; mais j'avoue que j'inspirai pour lui à Fleur d'Épine des mouvements favorables, qu'une première vue n'aurait pas attirés, mais qu'il n'aurait que trop mérités, sans mon secours, avec un peu de temps.

ce Ma joie fut extrême quand je les sus arrivés dans ce royaume; et, quoiqu'il y eût un peu de cruauté à rendre ma demeure inaccessible lorsqu'il y voulut mener Fleur d'Épine, je le fis pour éprouver sa constance pour elle jusqu'au bout, et pour connaître s'il en était digne. Vous avez vu triompher cette constance par des épreuves qui méritent qu'il monte sur le trône d'une princesse qui règne si parfaitement dans son cœur.

a J'avais dès longtemps prévu la révolution qui devait arriver en Circassie ; mais, en la prévoyant, il ne me fut pas permis de la prévenir : tout ce que je pus faire fut de sauver la reine ma sœur, et les trois filles qui. lui restaient, dans l'extrémité qui les exposait à la fureur du tyran ; et, pour les

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dérober à sa poarsaite, je leur choisis aoe retraite presque inconnue vers les confins du royaume.

(L Ce fut là que, craignant toujours la recherche qu'on en pouvait faire, je fis un enchantement par lequel la reine paraissait changée en corneille, dès qae le hasard y conduisait quelque étranger ; et ses filles, avec leurs compagnes, paraissaient changées en pies, sans qu'elles parussent les unes aux autres avoir changé de forme.

a Voilà, princes, Tillusion qui vous a causé tant de surprise, lorsque le hasard vous a conduits l'un après l'autre où elles étaient.

ce Tandis que Tarare me cherchait inutilement avec Fleur d'Épine, je savais sous quel déguisement Dentue était arrivée ici ; je savais ses desseins : mais je savais que sa puissance était si bornée, depuis qu'elle n'avait plus la jument et le chapeau , qu'il me serait facile de prévenir tous ses at< tentats contre la vie de ma nièce.

<c Je livrai donc Fleur d'Epine pour un temps aux cruautés qui l'attendaient à son arrivée , par le moyen de Timpertinente sénéchale et de l'inhumaine Dentue. Fleur d'Epine ne devait être qu'au plus fidèle des amants. Quelle plus grande épreuve de sa constance que de l'exposer à ses yeux dans la kideur afi^reuse où les maléfices de la sorcière l'avaient réduite, dans le temps que la main de Luisante avec le trône de Cachemire lui seraient offerts.

ce Je ne le retins pas longtemps lorsqu'il revint avec le chapeau lumineux et la jument. Je tins pourtant parole dans le remède que j'avais promis pour les beaux yeux qui causaient tant de ravages : mais, quoique Tarare retournât auprès de sa chère Fleur d'Épine, je savais bien que , dans l'état où il

la trouverait, elle aurait besoin d'un secours plus puissant que le sien . -

a J'emplo yai tous les génies que mon art soumet à mes volontés pour V eiller à la sûreté de sa vie jusqu'à mon arrivée, résolue de le suivre de bien près. Je différai mon départ jusqu'à la dernière extrémité, et je pensai m'en repentir; car^ dans le moment que je venais de monter sur Sonnante, . le plus agréable et le plus désiré des obstacles vint s'opposer à mon départ.

« Trois courriers deCircassie arrivèrent à une heure Pun de l'autre, qui m'apportèrent les nouvelles surprenantes du rétablissement de ma sœur. Le premier m'apprit que Tusurpateur avait péri par un soulèvement aussi soudain que la révolution qui l'avait placé sur le trône ; l'autre confirma cette nouvelle, et ajouta que la populace émue n'avait pas même épargné sa pauvre bossue de fille.

ce Le dernier enfin me fit un ample détail des acclamations, de l'allégresse et des transports d'impatience dont la r^ine et ses filles étaient attendues dans la capitale de Circassie; et ce dernier courrier m'était dépêché par elle-même » audevant de-iaquelle le conseil et les grands du royaume étaient allés.

(i Ainsi, seigneur, Tarare n'est pas si mal marié que vous l'avez cru : car, quelque empressement que Fleur d'Épine ait de voir régner un homme que l'amour parfait et l'inviolable fidélité en rendent digne, elle trouvera ses États paisibles à son arrivée, sa mère et ses sœurs moins tranquilles par l'impatience de recevoir une fille et une souveraine qu'elles avaient crue perdue; et tout le peuple, à son ordinaire, avide de changement, n'aura pas de peine à combler

de souhaits et de bénédictions une reine faite comme Fleur d'Épine. »

hë récit de Serène ne fut pas plus tût fini, que te calife s'étant embarrassé dans quelques compliments à Serène, et quelques excuses à Fleur d'Ëptne . on vint l'en dégager, en lui disant qu'on avait servi.

Le festin fut le plus superbe qu'on verra jamais; mais il parut d'une ennuyeuse longueur à deux princes qui ne se repaissaient que de tendres regards.

Enfin, l'heure tant souhaitée arriva : le dieu de Thymeo alluma tous ses flambeaux pour éclairer Phénix à l'appartement de Luisante, où le calife leur donna le bonsoir; et, dans celui qu'on avait préparé pour Fleur d'Épine, il ne tint qu'au plus fidèle de tous tes amants d'être le plus heureux de tous les hommes.

Mademoiselle de la force.

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