LES NÉGOCIATIONS DE PAIX
(Juin-septembre 1905.)
Avant et après les derniers grands désastres russes, des
rumeurs d'ouverture de négociations pour la paix circulent. Dès la fin de mars, on assure que M. Roosevelt sera le médiateur entre le Japon et la Russie. Ces bruits peu à peu prennent de la consistance, et, le 8 juin, M. Meyer, ambassadeur des Etats-Unis, a une entrevue avec le tsar, auquel il remet un communiqué de M. Roosevelt. Le président propose aux belligérants de nommer des plénipotentiaires qui ouvriraient des négociations pour la paix. Le 10 juin, le comte Lamsdorff transmet verbalement à M. Meyer le -consentement de la Russie de s'aboucher avec les représentants japonais. Cette nouvelle est à peine connue en Mandchourie que, le 12 juin, le général Liniévitch réunit un conseil de guerre qui adresse au tsar la protestation suivante :
Votre Majesté impériale,
Ayant appris les bons offices du président Roosevelt et votre consentement à l'ouverture des négociations pacifiques, j'ai réuni tout de suite un conseil supérieur de guerre composé de tous les chefs d'armée présents en ce moment au quartier général.
Ayant discuté les motifs de paix et les positions respectives des deux armées, j'ai l'honneur de rappeler à Votre Majesté que, tous mes camarades et moi, nous nous sommes prononcés à l'unanimité et énergiquement pour la continuation de la guerre jusqu'au jour où le Tout-Puissant couronnera de succès nos vaillantes troupes.
Ce n'est pas le moment de parler de la paix après les batailles de Moukden et de Tsoushima.
L'ennemi, enivré par ses succès, exigera assurément des conditions contraires à l'honneur de notre patrie. Cependant, il n'y a pas de raison de les lui accorder, car nous ne sommes pas réduits à cette extrémité.
Le désastre de Tsoushima est certainement un triste événement, mais il n'a aucun rapport avec notre vaillante armée, qui est dans un état brillant et enflammée du désir de se venger de l'ennemi en obtenant un succès qui, je l'espère, n'est pas loin.
Les positions de nos troupes sont excellemment fortifiées.
Le temps pluvieux m'a empêché de prendre l'offensive jusqu'à
présent, mais, maintenant que nos pertes de Moukden sont tout à fait réparées et que nos armées ont été renforcées par de nouveaux corps venus d'Europe, je me sens en mesure de tenir tête avec succès aux efforts de l'ennemi.
J'espère pouvoir, dans le courant de ce mois, prendre une offensive qui changera complètement la face des choses.
Je vous le redis encore une fois, Votre Majesté peut avoir une entière confiance dans la force et la puissance de nos troupes, et notre position n'a aucun caractère critique qui puisse exiger la conclusion d'une paix dont les conditions seraient défavorables à la Russie.
Gountchouline, 10 juin 1905.
Généralissime : Liniévitch.
Chefs d'armée : Kouropathine, Kaulbars, Batianof.
Chef d'état-major : Sakharof.
Généraux : Rennenkampf,Zaroubaief,
BlLDERLING, LVOF, SaMSO-
nof, Danilof, Korf, etc.
Cette protestation n'a pas l'effet attendu, car, le lendemain de sa réception, le tsar déclare remercier le président Roosevelt de sa démarche et ne pas s'opposer à la réunion éventuelle de plénipotentiaires russes et japonais.
Le 2 juillet, une note officielle du gouvernement de Washington déclare :
La Russie et le Japon ont notifié à M. Roosevelt qu'ils ont nommé des plénipotentiaires qui se réuniront aussitôt que possible après le 1er août.
Ces plénipotentiaires auront pleins pouvoirs pour négocier et conclure un traité qui sera soumis à la ratification de leurs gouvernements respectifs.
Ces plénipotentiaires seront : du côté russe, le comte Mouravieff et le baron Rosen ; du côté japonais, MM. Komura et Takahira. Il est possible que chaque puissance leur adjoigne un ou deux représentants.
Le comte Mouravieff, ambassadeur de Russie à Rome, n'ayant pas accepté la mission qui lui était offerte, est
finalement remplacé par M. Witte, dont la nomination est signée par le tsar à Péterhof le 13 juillet.
Le 21 juillet, M. Witte, en route pour Washington, arrive à Paris. Le 22, il est reçu au quai d'Orsay par M. Rouvier, puis par le président de la République à l'Elysée. Le 3 août, les plénipotentiaires russes débarquent à New-York, ayant fait la traversée à bord du Kaiser- Wilhelm-der-Grosse .
Le 5 août, les plénipotentiaires russes et japonais se rencontrent une première fois à Oystcr-Bay, à bord du yatch présidentiel May-Flower, où ont lieu les présentations officielles.
M. Roosevelt offre ensuite un lunch, à la fin duquel il prononce ces paroles historiques :
Je propose un toast que je vous demande de porter avec moi debout et en silence. Il ne sera pas répondu à ce toast. Je bois au bien-être et à la prospérité des souverains et des populations des deux grandes nations dont les représentants se rencontrent aujourd'hui à ce bord.
C'est mon désir le plus vif, ma prière la plus fervente, que, dans l'intérêt non seulement de ces deux grandes puissances, mais encore de l'humanité tout entière, une paix juste et durable puisse se conclure rapidement.
Les plénipotentiaires se rendent à Portsmouth, où a lieu la conférence.
La première séance pratique des négociations a lieu le mercredi 9 août. Elle est entièrement consacrée à l'échange et au contrôle des lettres de créances.
Le 10 août, une note constate :
Dans la séance du 10 août, la question des pleins pouvoirs a été réglée, de sorte qu'il n'y. a plus de difficultés à ce sujet. Après cela, les plénipotentiaires du Japon ont remis aux plénipotentiaires de Russie les conditions de paix par écrit. Il a été décidé que les plénipotentiaires russes se mettront à l'étude de cette question et donneront le plus vite possible une
réponse par écrit. Jusque-là, les conférences seront ajournées.
On apprend bientôt que les plénipotentiaires japonais réclament l'exécution des conditions suivantes :
1° Remboursement des frais de guerre, sans spécification de somme ;
2° Cession de Sakhaline ;
3° Cession au Japon du bail russe concernant la péninsule du Liao-Toung, y compris Dalny et Port-Arthur;
4° Evacuation de la Mandchourie, reddition à la Chine de tous les privilèges acquis par la Russie dans cette province et reconnaissance du principe de la porte ouverte;
5° Cession au Japon du chemin de fer de l'Est chinois, de Kharbine jusqu'à Port-Arthur;
6° Reconnaissance par la Russie du protectorat japonais sur la Corée;
7° Concession au Japon du droit de pêche dans les eaux du littoral sibérien, au nord de Vladivostok, jusqu'à la mer de Behring;
8° Abandon par la Russie, au profit du Japon, de tous les navires de guerre russes internés dans les ports neutres d'Extrême-Orient ;
9° Limitation des forces russes dans les eaux d'Extrême- Orient.
Dans la séance du 14 août, les plénipotentiaires tombent d'accord sur trois questions : la reconnaissance du protectoratjaponaissur la Corée, l'évacuationde la Mandchourieetla cessiondu chemin de ferorientalchinoisau sud de Kharbine.
Mais les Russes opposent un refus catégorique à la cession de Sakhaline, au payement d'une indemnité de guerre, à l'abandon des navires russes internés en Extrême-Orient, à la limitation future des forces navales russes en Asie orientale.
Le 17 août, un communiqué laconique constate, en effet, que, ne pouvant aboutir à une décision unanime, les plénipotentiaires ont décidé de noter au procès-verbal leurs divergences.
Le 18, les pourparlers sont suspendus pour trois jours, afin de permettre aux plénipotentiaires de prendre les instructions de leurs gouvernements respectifs sur les questions en litige.
Le 19, appréhendant une rupture des négociations, M. Roosevelt fait appeler le baron de Rosen, auquel il remet, à l'adresse de M. Witte, le message suivant :
Monsieur Serge Witte, je vous prie sérieusement de m'envoyer immédiatement le baron de Rosen avec toute autre personne en qui vous ayez une égale confiance, pour prendre un message à votre adresse.
La séance qui devait avoir lieu le 22 est ajournée au 23 ; ce retard a sans doute pour objet de permettre à M. Witte de recevoir des instructions définitives de Saint-Pétersbourg.
Un envoyé de M. Roosevelt, porteur d'un message, a une longue entrevue au Navy-Yard avec MM. Witte et de Rosen. L'opinion générale sur l'issue de la conférence reste très pessimiste.
Le mercredi 23 août, après la signature des protocoles, les Japonais soumettent à M. Witte un moyen terme pour résoudre les questions litigieuses. Ce moyen, suggéré par M. Roosevelt, consiste en une sorte de compromis par lequel le Japon restituerait la moitié de Sakhaline, dont il est actuellement maître, moyennant une somme à débattre, somme qui correspondrait approximativement aux frais de guerre déboursés par le Japon, Cette combinaison est communiquée au tsar, dont on attend la réponse.
Le 25 août, les séances de la conférence sont de nouveau suspendues. On assure que les pourparlers ont lieu maintenant directement entre M. Roosevelt et le tsar, par l'entremise du comte Lamsdorff et de M. Meyer.
Le 27, on apprend d'Oyster-Bay que la Russie repousse définitivement les propositions du président Roosevelt.
Les termes de la dernière proposition de M. Roosevelt ne
sont pas rendus publics, mais on sait que la Russie refuse de payer une indemnité de quelque chiffre que ce soit, et sous quelque forme que ce soit. Néanmoins, les négociations ne sont pas rompues, les Japonais paraissant décidés à faire des concessions sur le chiffre de l'indemnité réclamée. Les pourparlers traînent ensuite en longueur; des ajournements successifs sont demandés par les plénipotentiaires japonais, qui attendent des ordres de Tokyo. M. Takahira a une entrevue personnelle avec M. Witte, qui accepte une nouvelle remise. On conserve cependant peu d'espoir d'arriver à un accord. Une réunion des ministres et anciens hommes d'Etat a lieu à Tokyo pour discuter des négociations actuellement en cours à Portsmouth.
L'opinion universelle, tendue par ces ajournements successifs des négociations et par les bruits de rupture, est puissamment émue. Tout accord semblant irréalisable, la rupture paraît imminente, quand, le mardi 29, un coup de théâtre soudain se produit. La paix, impossible la veille, devient un fait accompli, les Japonais ayant renoncé à leur intransigeance primitive et abandonnant successivement leurs prétentions.
Ce revirement complet est dû en grande partie à la pression et à l'insistance du président Roosevelt auprès des deux parties, puis à l'influence dans la coulisse de la diplomatie anglaise. L'abandon fait par les Japonais incline, assez naturellement d'ailleurs, M. Witte à exulter. Il déclare :
C'est une paix honorable. La Russie n'a rien cédé de contraire à l'honneur et aux intérêts russes.
Les Japonais avaient demandé le chemin de fer de l'Est chinois jusqu'à Kliarbine, mais j'ai insisté pour que la concession s'arrêtât à Kuen-Tchen-Si, point très au sud de Kharbine. J'ai obtenu gain de cause.
Les Japonais ont demandé la limitation de nos forces navales en Extrême-Orient. J'ai refusé. Ils ont cédé.
Ils ont aussi cédé sur la question de nos navires internés dans les ports neutres.
Ils ont réclamé la cession de Sakhaline. J'ai consenti à en abandonner la moitié, moitié peu importante pour nous. Sur ce point encore, mes idées ont triomphé.
Enfin, les Japonais ont réclamé une indemnité que j'ai refusée. Ils ont alors demandé le remboursement des frais de guerre. Et, en présence d'un nouveau refus, ils ont offert de nous revendre, fort cher, une partie de Sakhaline. A toutes ces réclamations, j'ai répondu que la Russie ne payerait rien. Et la Russie a encore eu gain de cause. Tout le monde m'avait conseillé de donner de l'argent aux Japonais, M. Roosevelt, la France, l'Angleterre, l'Amérique; même, en Russie, beaucoup de mes compatriotes; mais j'ai tenu ferme.
Je ne pensais pourtant pas que le Japon céderait sur ce point capital pour lui, alors surtout qu'il avait déclaré hautement ne vouloir rien entendre. Aussi, ma surprise et ma joie ont-elles été aussi grandes que la votre lorsque M. Komura m'a dit : « C'est une affaire entendue. »
Les délégués réclament de leur gouvernement respectif la conclusion d'un armistice.
La conclusion de la paix est universellement accueillie avec une intense satisfaction. On est unanime à reporter sur le président Roosevelt l'heureux dénouement de la conférence dont il a été non seulement l'instigateur, mais où il a joué le principal rôle. Il reçoit du président Loubet le télégramme suivant :
La Bégude.
Votre Excellence vient de rendre à l'humanité un service éminent, dont je vous félicite de tout cœur. La République française se réjouit du rôle que sa sœur américaine a joué dans cet événement historique.
Guillaume II et Edouard VII lui adressent également leurs félicitations.
Les plénipotentiaires russes eux-mêmes envoient à M. Roosevelt la dépêche qui suit :
Nous avons l'honneur de vous informer que nous sommes arrivés à une entente avec les plénipotentiaires du Japon.
C'est à vous que l'histoire attribuera la gloire de la généreuse initiative qui a amené la réunion de cette conférence, dont les travaux, maintenant, se termineront probablement par la conclusion dune paix honorable pour les deux pays.
Signé : Witté, de Kosen.
Le 30 août, comme suite à la conclusion de la paix, M. Loubet félicite le tsar en lui envoyant le télégramme suivant :
Le Président de la République française à Sa Majesté l'Empereur de Russie, Tsarkoé-Sélo.
J'adresse à Votre Majesté mes vives félicitations pour le grand événement que sa haute sagesse a permis d'accomplir.
La France, alliée à la Russie, est heureuse de voir terminer par une paix si honorable une guerre illustrée par tant d'actions héroïques.
M. Loubet reçoit cette réponse, dont on peut noter la froideur et la brièveté :
Pétersbourg, palais Alexandra, 31 août, 10 h. 30 matin.
.4 Son Excel'ence M. Emile Loubet, président de la République française, Paris.
Très sensible aux sentiments exprimés dans votre télégramme d'hier, je vous en remercie sincèrement.
Nicolas.
A Tokyo, les conditions dans lesquelles la paix est conclue excitent un mécontentement général. A Porlsmouth, les plénipotentiaires nippons sont très abattus. Au Japon, la totalité de la presse manifeste son indignation et son désappointement tout à la fois. Elle demande pourquoi le vainqueur s'est montré si conciliant et le vaincu si arrogant. Le Iorozu-Shimpo notamment déclare « que seule une intervention rapide de la nation empêchera une honte nationale qui ternirait et rendrait vaines les brillantes victoires remportées sur terre et sur mer » .
En Russie, au contraire, les conditions sont généralement bien accueillies.
Le 3 septembre, le tsar adresse à l'armée de Mandchouric la proclamation suivante :
Ma chère armée, toujours prête à se sacrifier, a soutenu en Mandchou rie l'assaut d'un ennemi numériquement supérieur, pas à pas, pendant dix-neuf mois, en résistant opiniâtrement à sa marche en avant.
L'armée organisée sous nos ordres et renforcée par des troupes envoyées de Russie est aujourd'hui plus nombreuse et plus forte qu'elle ne l'était auparavant; elle est prête non seulement à repousser l'ennemi, mais encore à lui infliger une défaite signalée. Moi et toute la Russie sommes persuadés de la force de notre glorieuse armée et savons qu'elle est prête à se sacrifier pour les intérêts de la patiie.
Cependant, mes devoirs envers ma conscience et envers le peuple que Dieu a confié à mes soins m'ordonnent de ne pas exposer à de nouvelles épreuves la valeur des Russes chers à mon cœur et de ne pas leur faire subir de nouveau, pour une durée indéfinie, les maux de la guerre, simplement afin de conserver la moitié d'une île éloignée que le Japon nous céda en 1875. J'ai accepté les conditions préliminaires de paix en échange d'obligations prises à l'égard de cette île.
Les troupes russes ont fourni dans cette guerre sanglante des preuves répétées de leur valeur, de leur dévouement à la patrie.
Communiquez ceci à ma chère armée. Qu'elle sache que moi et la Russie nous apprécions à leur prix les sacrifices quelle a faits dans cette lutte difficile.
Nicolas.
Les secrétaires de la conférence travaillent activement à la transcription du traité, qui contient dix-sept articles. Il est rédigé en anglais et en français pour être ensuite soumis à la signature des plénipotentiaires, qui a lieu le mardi 5 septembre, à trois heures, dans une salle du dépôt de la marine, à Portsmouth.
Le traité de paix est signé par M. Witte et le baron de Rosen pour la Russie, par le baron Komuraet M. Takahira pour le Japon. Le traité doit être ratifié dans les cinquante
jours par les souverains des deux puissances, mais les hostilités sont dès ce jour terminées.
Le 7 septembre, les dépêches retardées par la censure apportent la nouvelle de graves désordres survenus à Tokyo dès que fut connue la signature du traité de paix. Les ministères sont attaqués, un est incendié. La foule lapide la police qui charge. H y a plusieurs tués et plus de cinq cents blessés. L'état de siège doit être proclamé. Au cours des désordres, plusieurs églises catholiques sont saccagées et incendiées. Le calme n'est rétabli qu'avec peine. Le 9 septembre, au cours d'une réunion du parti progressiste, une motion de blâme très vive est votée à l'adresse du gouvernement, pour avoir conclu une paix qualifiée d'humiliante.
Le comte Okuma, qui, malade, ne peut assister à la réunion, se fait représenter par M. Osiki.
L'Assemblée adopte la motion suivante :
La paix conclue par nos plénipotentiaires est contraire aux intérêts nationaux et constitue, pour le Japon, une véritable humiliation. De cela, le gouvernement est responsable.
L'impuissance de la police qui eut pour résultat la proclamation de la loi martiale, la suppression du droit de réunion, qui est garanti par la Constitution, sont, d'autre part, des faits comme il ne s'en était pas encore produit depuis la fondation du gouvernement constitutionnel, et de cela encore le cabinet est responsable.
Le 10 septembre, en Mandchourie, un parlementaire japonais, précédé d'un drapeau blanc et accompagné de cinquante soldats, se présente près du poste de Ghemufer, et remet à l'officier russe qui est allé à sa rencontre une lettre du maréchal Oyama adressée au général Liniévitch.
Dans cette lettre, le maréchal Oyama envoie ses salutations et ses félicitations au général Liniévitch à l'occasion de la conclusion de la paix et de la fin de la guerre; il le prie en même temps de nommer un plénipotentiaire russe pour résoudre les questions concernant l'armistice; de son
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côté, le maréchal Oyama nomme, comme plénipotentiaire, le général Fukushima, et il propose, comme lien de rencontre pour les plénipotentiaires, la station de Chakhedza. Le 14 septembre, en Mandchonrie, le protocole de l'armistice est signé par le général Orenovitch et le prince Fnkoshima.
Il se compose des six paragraphes suivants :
1° Vne certaine distance (zone de démarcation) sera fixée entre les fronts des armées des deux puissances en JMandchourie, aussi bien que dans la région du Toumen.
2° Les forces navales d'un des belligérants ne bombarderont pas le territoire appartenant à l'autre ou occupé par lui.
31 Les prises maritimes ne seront pas suspendues par l'armistice.
4° Pendant la durée de l'armistice, de nouveaux renforcements de troupes ne devront pas être envoyés sur le territoire de la guerre. Ceux qui sont déjà en route ne devront pas être envoyés au nord de Moukden, du côté du Japon, ni au sud de Kbarbine, du côté de la Russie.
5° Les commandants des armées et des flottes des deux puissances détermineront d'un commun accord les conditions de l'armistice en conformité avec les clauses ci-dessus énoncées.
6° Les deux gouvernements donneront des ordres à leurs commandants d'armée, immédiatement après la signature du traité de paix, afin de mettre ce protocole en exécution.
Au Japon, les démonstrations contre le traité de paix continuent. Les assemblées adoptent de nombreuses résolutions condamnant le traité. On ne signale plus cependant aucun désordre grave.
Le 18 septembre, M. Witte, venant d'Amérique, arrive à Cherbourg.
Le 21 septembre, une conférence a lieu, dans la baie de Korniloff, entre l'amiral russe Jessen et l'amiral japonais Schimamoura. Cette conférence, qui dure cinq heures, a pour but d'élaborer les conditions de l'armistice en mer.
Les deux amiraux arrêtent la ligne de démarcation bornant les rayons de navigation; ils décident également l'interdiction de la contrebande de guerre.
Le 10 octobre, le ïïlessager de l'empire public le texte suivant du rescrit impérial conférant le titre de comte à M. Wittc :
Comte Serge Julievitch, toujours soucieux des progrès pacifiques de la Russie, j'ai consenti à accepter les propositions du président des États-Unis, relativement à une entrevue entre des plénipotentiaires russes et japonais, pour rechercher la possibilité de mettre enfin un terme à toutes les calamités et à toutes les horreurs d'une guerre dont la prolongation entraînait des sacrifices multiples et douloureux de chaque coté.
Ma confiance vous a chargé de vous rendre aux Etats-Unis, en qualité de mon premier plénipotentiaire, avec le mandat formel, dans le cas où les propositions japonaises seraient acceptables, d'entamer des pourparlers sur les bases tracées par moi après l'examen détaillé des propositions préalablement soumises à mon acceptation; vous deviez alors procéder à l'élaboration définitive du traité de paix.
Vous avez brillamment accompli la tâche qui vous était confiée, en défendant fermement la dignité de la Russie sur le terrain des conditions acceptables et en démontrant à nos adversaires que tout ce qui pouvait blesser la conscience patriotique du peuple russe ou porter atteinte aux intérêts vitaux du pays ne devait pas souffrir de discussion. Et ainsi, tout en faisant état et en tenant compte des succès remportés par les Japonais, vous avez décliné et vous avez définitivement fait écarter tout payement d'une indemnité, sous quelque forme qu'elle se présentât, en remboursement des frais d'une guerre que la Russie n'avait point commencée. Vous n'avez de même consenti à la rétrocession au Japon que de la partie méridionale de l'île Sakhaline, dont la propriété entière lui appartenait jusqu'en 1875.
De cette manière, l'œuvre du rétablissement de la paix en Extrême-Orient fut accomplie pour le bien général.
Appréciant hautement le savoir, les capacités et l'expérience d'homme d'État que vous avez déployés, et voulant récompenser ces grandes qualités et le mérite de tout premier ordre que vous avez consacré au service de la patrie, je vous confère la dignité de comte de l'empire russe.
Je vous reste invariablement bienveillant-
Nicolas.
Le 14 octobre, le baron de Rosen et M. Takahira reçoi-
reçoivent des télégrammes les informant que leurs souverains respectifs ont signé un exemplaire du traité de paix.
Dès que la nouvelle est notifiée au département d'État, celui-ci câble immédiatement à son chargé d'affaires à Saint-Pétersbourg d en faire part au ministère des affaires étrangères de Russie.
Ces formalités sont considérées comme équivalant à un échange de ratifications. L'armistice prend fin et la guerre est officiellement terminée.
Le 16 octobre, le traité de paix étant ratifié, les gouvernements russe et japonais en publient le texte intégral.
Le Traité de Portsmouth.
Sa Majesté l'empereur du Japon d'une part, et Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies d'autre part, animés du désir de rendre les bienfaits de la paix à leurs pays et à leurs peuples, ont résolu de conclure un traité de paix, et ont à cet effet désigné leurs plénipotentiaires, notamment :
Sa Majesté l'empereur du Japon : Son Excellence le baron Komura Jutaro Jusamni, grand-cordon de l'ordre impérial du Soleil-Levant, son ministre des affaires étrangères, et Son Excellence M. Takabira Kogoro Jusamni, grand-cordon de l'ordre impérial du Trésor-Sacré, son envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire aux États-Unis d'Amérique;
Et Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies : Son Excellence M. Serge Witte, son secrétaire d'État et président du comité des ministres de l'empire de Russie, et Son Excellence le baron Roman de Rosen, maître de la cour impériale de Russie et son ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire aux États- Unis d'Amérique;
Qui, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, lesquels ont été reconnus être en bonne et due forme, ont conclu les articles suivants :
Article premier. — Il y a désormais paix et amitié entre Leurs Majestés l'empereur du Japon et l'empereur de toutes les Russies, et entre leurs États et sujets respectifs.
Art. 2. — Le gouvernement impérial russe, reconnaissant que le Japon possède en Corée des intérêts prépondérants, politiques, militaires et économiques, s'engage à s'abstenir de toute opposi-
tion ou intention au sujet des mesures de bons conseils, de protection et de contrôle que le gouvernement impérial du Japon peut juger nécessaire de prendre en Corée.
Il est convenu que les sujets russes en Corée seront traités exactement de la même manière que les sujets ou citoyens des autres puissances étrangères, c'est-à-dire qu'ils seront placés sur le même pied que les sujets ou citoyens de la nation la plus favorisée.
Il est aussi entendu qu'afin d'éviter toutes causes de malentendus, les deux hautes parties contractantes s'abstiendront sur la frontière russo-coréenne de prendre aucune mesure militaire qui puisse menacer la sécurité du territoire russe ou coréen.
Art. 3. — Le Japon et la Russie s'engagent mutuellement :
1° A évacuer complètement et simultanément la Mandchourie, à l'exception du territoire affecté par le bail de la péninsule du Liao-Toung. conformément aux clauses de l'article additionnel premier annexé à ce traité;
2° A rétrocéder entièrement et complètement à l'administration de la Chine toutes les parties de la Mandchourie actuellement occupées, ou sous le contrôle des troupes japonaises, ou à l'exception des territoires ci-dessus mentionnés.
Le gouvernement impérial de Russie déclare n'avoir en Mandchourie aucun avantage territorial, ni aucune concession préférentielle ou exclusive au détriment de la souveraineté chinoise ou incompatible avec le principe des facilités égales.
Art. 4. — Le Japon et la Russie s'engagent réciproquement à ne pas porter obstacle aux mesures générales communes à toutes les puissances que la Chine pourrait prendre pour le développement du commerce et de l'industrie de la Mandchourie.
Art. 5. — Le gouvernement impérial de Russie transfère et assigne au gouvernement impérial du Japon, avec le consentement du gouvernement de la Chine, le bail de Port-Arthur- Ta-lien-Wan, et du territoire adjacent, les eaux territoriales et tous les droits, privilèges et concessions connexes ou inclus dans ledit bail.
Il transfère également et assigne au gouvernement impérial du Japon tous les travaux publics et propriétés situés dans le territoire affecté par le bail ci-dessus mentionné.
Les deux hautes parties contractantes s'engagent mutuellement à obtenir le consentement du gouvernement chinois mentionné dans la stipulation précédente.
Le gouvernement impérial du Japon s'engage de son côté à ce
que les droits de propriété des sujets russes dans le territoire auquel il est fait allusion ci-dessus seront parfaitement respectés.
Art. 6. — Le gouvernement impérial de Russie s'engage à transférer et à assigner au gouvernement impérial du Japon, sans compensation, et avec le consentement du gouvernement chinois, la voie ferrée entre Ghang-Glioun (Kouan-Chang-Zu) et Port-Arthur, et tous ses embranchements, ainsi que tous les droits, privilèges et propriétés s'y rattachant dans cette région, de même que toutes les mines de charbon situées dans ladite légion, appartenant à la voie ferrée, ou exploitées pour son bon fonctionnement.
Les deux hautes parties contractantes s'engagent mutuellement à obtenir le consentement du gouvernement de la Chine mentionné dans la stipulation précédente.
Art. 7. — Le Japon et la Russie s'engagent à exploiter leurs voies ferrées respectives en Mandchourie exclusivement dans un but commercial et industriel, et en aucune façon dans un but stratégique.
Il est entendu que cette restriction ne s'applique pas à la voie ferrée située dans le territoire affecté par le bail de la péninsule du Liao-Toung.
Art. 8. — Les gouvernements impériaux du Japon et de Russie, en vue d'encourager et de faciliter les rapports et le trafic, concluront aussitôt que possible une convention distincte pour le fonctionnement parallèle des services de leurs voies ferrées en Mandchourie.
Art. 9. — Le gouvernement impérial de Russie cède au gouvernement impérial du Japon, à perpétuité et en toute souveraineté, la partie méridionale de l'île de Sakhaline, toutes les iles adjacentes, les travaux publics et propriétés qui s'y trouvent.
Le 50e degré de latitude nord est adopté comme frontière septentrionale du territoire cédé.
La délimitation exacte de ce territoire sera déterminée conformément aux clauses de l'article 2 additionnel annexé à ce traité.
Le Japon et la Russie s'engagent mutuellement à ne construire dans leurs possessions respectives de l'île de Sakhaline ou dans les îles adjacentes aucune fortification ou aucun autre ouvrage militaire semblable
Ils s'engagent aussi respectivement à ne prendre aucune mesure militaire de nature à entraver la libre navigation des détroits de La Pérouse et de Tartarie.
Art. 10. — Les sujets russes habitant le territoire cédé au Japon auront la faculté de vendre leurs biens réels et de regagner leur pays; mais, s'ils préfèrent resterdans le territoire cédé, ils seront maintenus et protégés dans le plein exercice de leurs industries et droits de propriété, à la condition de se soumettre aux lois et à la juridiction japonaises.
Le Japon aura toute liberté de retirer le droit de résidence, ou de déporter de ses territoires tout habitant frappé de déchéance politique ou administrative. Il s'engage cependant à ce que les droits de propriété de ces habitants soient pleinement respectés.
Art. II. — La Russie s'engage à s'entendre avec le Japon pour accorder aux sujets japonais les droits de pêcheries le long des côtes des possessions russes dans les mers du Japon, d'Okhotsk et de Behring.
Il est entendu que l'engagement ci-dessus n'affectera pas les droits appartenant déjà aux sujets russes ou étrangers dans cette région.
Art. 12. — Le traité de commerce et de navigation entre le Japon et la Russie ayant été annulé par la guerre, les gouvernements impériaux du Japon et de la Russie s'engagent à adopter comme base de leurs relations commerciales, en attendant la conclusion d'un nouveau traité de commerce et de navigation sur les bases du traité qui était en vigueur avant la guerre actuelle, le système de traitement réciproque sur le pied de la nation la plus favorisée, ce qui comprend les droits d'importation et d'exportation, les formalités de douane, les droits de transit et de tonnage, et l'administration et le traitement des agents, sujets et navires d'un pays dans le territoire de l'autre. Art. 13. — Aussitôt que possible après que le traité actuel sera entré en vigueur, tous les prisonniers de guerre seront réciproquement rendus.
Les gouvernements impériaux du Japon et de Russie désigneront chacun un commissaire spécial, qui sera chargé de recevoir les prisonniers.
Tous les prisonniers aux mains d'un des gouvernements seront livrés au commissaire de l'autre gouvernement ou à son représentant dûment autorisé, et reçus par lui en nombre tel et dans tel port de l'État qui effectuera la remise qu'ils seront désignés à l'avance par ce dernier Etat aux commissaires de la puissance à qui seront destinés les prisonniers.
Chacun des gouvernements du Japon et de Russie présentera
à l'autre, aussitôt que possible après que la remise des prisonniers aura été terminée, une déclaration des dépenses directes subies par lui pour le soin et le maintien des prisonniers, depuis a date de la capture ou de la reddition jusqu'à celle de la mort ou de la remise.
La Russie s'engage à rembourser au Japon, aussitôt que possible après l'échange des déclarations ci-dessus, la différence entre le montant des sommes déboursées par le Japon et le montant des sommes déboursées par la Russie.
Art. 14. — Le présent traité sera ratifié par Leurs Majestés l'empereur du Japon et l'empereur de toutes les Russies. Cette ratification sera, avec aussi peu de retard qu'il est possible, et dans tous les cas pas plus tard que cinquante jours à partir de la date de la signature du traité, annoncée aux gouvernements impériaux du Japon et de Russie, respectivement par l'intermédiaire du ministre de France à Tokyo, et par l'ambassadeur des États-Unis à Saint-Pétersbourg. A partir de la date de la dernière de ces déclarations, le traité entrera en vigueur dans toutes ses parties.
L'échange formel des ratifications aura lieu à Washington aussitôt que possible.
Art. 15. — Le traité actuel sera signé en double, en français et en anglais. Les textes en seront absolument conformes; mais, en cas de contestation dans l'interprétation, le texte français fera foi.
Conformément aux clauses des articles 3 et 9 du traité de paix entre le Japon et la Russie, les plénipotentiaires soussignés ont conclu les articles additionnels suivants :
1° Relativement à l'article 3, les gouvernements impériaux du Japon et de Russie s'engagent mutuellement à commencer le retrait de leurs forces militaires des territoires de Mandchourie, simultanément et immédiatement après que le traité de paix entrera en vigueur; et, dans une période de dix-huit mois à partir de cette date, les armées des deux puissances seront complètement retirées de la Mandchourie, à l'exception du territoire pris à bail de la péninsule du Liao-Toung.
Les forces des deux puissances occupant les positions de première ligne seront les premières retirées.
Les hautes parties contractantes se réservent le droit de maintenir des gardes pour assurer la protection de leurs voies ferrées respectives en Mandchourie.
Le nombre de ces gardes ne devra pas dépasser quinze par
kilomètre ; en se basant sur ce chiffre maximum, les commandants des armées japonaise et russe fixeront d'un commun accord le nombre des gardes à employer, en fixant ce nombre à un chiffre aussi bas que possible pour les besoins de la nation.
Les commandants des forces japonaises et russes en Mandchourie s'entendront sur les détails de l'évacuation, conformément aux principes ci-dessus, et prendront d'un commun accord les mesures nécessaires pour l'évacuation aussitôt que possible, et dans tous les cas pas plus tard que dans la période de dixhuit mois.
2° Relativement à l'article 9 :
Aussitôt que possible après que le traité actuel sera entré en vigueur, une commission de délimitation, composée d'un nombre de membres égal qui seront nommés respectivement par les deux hautes parties contractantes, devra sur les lieux fixer d'une façon permanente la frontière exacte entre les possessions japonaises et russes dans l'île de Sakhaline.
La commission devra, autant que les considérations topographiques le permettront, suivre le 50e parallèle de latitude nord comme ligne de frontière, et, en cas d'écarts de cette ligne sur tous les points qui seront nécessaires, une compensation sera faite par des écarts identiques sur d'autres points.
Ladite commission devra également préparer une liste descriptive des îles adjacentes comprises dans la cession.
Enfin, la commission devra préparer et signer des cartes indiquant la frontière des territoires cédés.
Le travail de la commission sera soumis à l'approbation des hautes parties contractantes.
Les articles additionnels ci-dessus doivent être considérés comme ratifiés en même temps que la ratification du traité de paix auquel ils sont annexés.
Portsmouth, le 5e jour du 9e mois de la 38e année de meiji, correspondant au 23 août (5 septembre) 1905.
En foi de quoi, les plénipotentiaires respectifs ont signé et apposé leur sceau au présent traité de paix.
Fait à Portsmouth (New-Hamsphire), le 5e jour du 9e mois de la 38* année de meiji, correspondant au 23 août (5 septembre) 1905.
A l'occasion de la publication du traité de Portsmouth,
le mikado adressa à son peuple cette proclamation vraiment admirable :
Nous avons toujours considéré comme un principe fondamental de notre politique internationale de maintenir la paix dans l'Est et d'assurer la sécurité de notre empire. La poursuite de ce but élevé a toujours dicté notre conduite ; mais, l'année dernière, la nécessité d'assurer notre propre existence nous a malheureusement contraint à entrer en guerre avec la Russie.
Depuis le commencement de la guerre, notre armée et notre marine ont amplement assuré la défense du pays à l'intérieur et ont supporté des privations de toutes sortes dans la campagne à l'étranger. Elles ont ainsi remporté de glorieux succès.
Nos fonctionnaires civils, de concert avec notre Diète, se sont acquittés de leurs devoirs conformément à notre volonté.
Toutes les mesures nécessaires à la poursuite de la guerre et à l'administration des affaires intérieures et étrangères ont été prises. La situation exigeait que notre peuple fût frugal et prudent. Il a supporté de bon cœur le fardeau des dépenses nationales et a généreusement contribué aux frais de la guerre en prêtant ainsi son concours unanime au maintien du prestige et de la dignité de l'Etat.
Ce résultat est dû en grande partie aux esprits de nos ancêtres, ainsi qu'au dévouement de nos fonctionnaires civils et militaires et au patriotisme et à l'abnégation de tous.
Après vingt mois de guerre, la situation de l'empire et les intérêts du pays se trouvent consolidés, et, comme nous n'avons jamais montré de défaillance dans notre désir que la paix soit maintenue, il est contraire à notre volonté que notre peuple soit soumis sans nécessité aux horreurs de la guerre. Aussi, lorsque le président des États-Unis, dans l'intérêt de la paix et de l'humanité, suggéra aux gouvernements de la Russie et du Japon qu'ils devraient s'entendre sur les conditions de paix, appréciant pleinement sa bonté et sa bonne volonté, nous avons accepté sa suggestion, et au moment convenable nous avons désigné des plénipotentiaires chargés de conférer avec les plénipotentiaires de la Russie. Les plénipotentiaires des deux puissances s'étant réunis et ayant conféré fréquemment, les plénipotentiaires russes ont accepté les propositions de nos plénipotentiaires qui étaient essentielles, ayant pour objet le but poursuivi par la guerre et le maintien de la paix dans l'Est. Ils ont ainsi manifesté la sincérité de leur désir de conclure la paix. Nous avons examiné
les conditions convenues d'accord entre les plénipotentiaires, et, les ayant jugées en conformité entière avec notre volonté, nous les avons acceptées et ratifiées.
Ayant ainsi obtenu la paix et la gloire, nous sommes heureux d'invoquer la bénédiction des esprits de nos ancêtres et d'être en mesure de léguer le fruit de ces hauts faits à notre postérité.
Notre plus ardent désir est de partager la gloire avec notre peuple et de jouir pendant longtemps des bienfaits de la paix avec toutes les nations. La Russie est de nouveau l'amie du Japon, et nous désirons sincèrement que les relations de bon voisinage maintenant rétablies deviennent intimes et cordiales.
A notre époque de progrès ininterrompus, on doit faire des efforts incessants pour améliorer l'administration des affaires de la nation, tant intérieures qu'extérieures, tandis que l'efficacité militaire doit être maintenue dans toute sa force, même en temps de paix. Il faut s'efforcer d'atteindre le succès dans le domaine pacifique, de sorte que, d'une façon correspondante à sa puissance, la prospérité de la nation puisse être maintenue et son progrès permanent assuré.
Nous mettons fortement nos sujets en garde contre toute manifestation de vaine fierté, et nous leur ordonnons de se livrer à leurs occupations ordinaires et de faire tous leurs efforts pour consolider l'empire.
Le traité de Portsmouth termine la plus longue guerre des temps modernes. Elle fut aussi la plus coûteuse. D'après des évaluations, qui ne présentent pas d'ailleurs de garanties absolues, les Russes auraient dépensé de cinq à six milliards et les Japonais de trois à quatre. La Russie a émis pour 1.475 millions d'emprunts. Le Japon a demande 2.050 millions aux marchés de Londres et de New-York, sans parler des emprunts intérieurs.
Quant aux pertes en hommes et en matériel, il est extrêmement difficile de les apprécier encore avec une exactitude même relative. Les renseignements que nous possédons sont fragmentaires, sujets à caution et très incomplets.
Il est donc clair que les chiffres ci-dessous, qui furent
publiés par les journaux, ne peuvent être considérés que comme très approximatifs.