VII. — La question des prises maritimes
Les règles générales posées en matière de prises par le ministre de la marine japonaise le 7 septembre 1894. — Le blocus; ordonnance du 20 août 1894 et du 1er mars 1904 sur les tribunaux des prises.
Pendant la guerre, se produisirent à cause d'elle certains faits ou certaines manifestations qu'il importe de rappeler.
La première grosse question qui intéressa l'opinion universelle fut de savoir si l'attaque de Port-Arthur après la simple rupture des négociations sans déclaration de guerre formelle fut ou non conforme au droit des gens.
Les Russes protestèrent avec véhémence.
Le 20 février, le Messager du gouvernement publia la note suivante :
Le 16 janvier, après avoir reçu les dernières propositions du Japon, le gouvernement impérial commença à les étudier. Le 25 janvier, M. Kurino, ministre du Japon à Saint-Pétersbourg, fut informé, en réponse à une demande faite par lui à ce sujet, que l'empereur avait chargé une commission spéciale de délibérer sur lesdites propositions, commission qui se réunit le 28 janvier.
M. Kurino fut informé en même temps que la décision de l'empereur ne serait prise vraisemblablement que le 2 février. Ce jour du 2 février, l'empereur ordonna d'établir un projet d'instructions définitives devant être adressées au ministre de Russie à Tokyo et basées sur le résultat des délibérations de la commission.
Le 3 février furent envoyés au vice-roi d'Extrême-Orient, amiral Alexeieff, trois télégrammes qui renfermaient le texte complet d'un projet de convention avec le Japon, toutes les considérations qui avaient déterminé le gouvernement impérial à apporter certaines modifications aux propositions du Japon, et
enfin des instructions générales destinées au ministre de Russie à Tokyo. Pour que la réponse de la Russie parvînt plus vite au gouvernement japonais, des télégrammes identiques furent adressés directement au baron de Rosen, ministre de Russie à Tokyo.
Le 4 février, c'est-à-dire quarante-huit heures avant la réception de la notification de la rupture des relations diplomatiques par le gouvernement japonais, le comte Lamsdorff a annoncé au ministre du Japon l'envoi de la réponse de la Russie au baron de Rosen. Le 5 février, on a reçu, par l'intermédiaire du lieutenant de l'empereur en Extrême-Orient, une communication du baron de Rosen annonçant la réception de la réponse par ce diplomate.
Le 6 février, à quatre heures de l'après-midi, le ministre du Japon a remis, d'une façon absolument inattendue, au ministre des affaires étrangères, deux notes, dont la première annonçait la rupture des négociations sous prétexte que la Russie évitait de répondre aux propositions du Japon, et dont la seconde notifiait la rupture des relations diplomatiques et ajoutait que le ministre du Japon et le personnel de la légation quitteraient Saint-Pétersbourg le 10 février.
Les notes étaient accompagnées d'une lettre privée du ministre du Japon au comte Lamsdorff, dans laquelle le diplomate japonais exprimait l'espoir que la rupture des relations diplomatiques aurait une durée aussi courte que possible.
Le même jour, l'amiral Alexeieff et le baron de Rosen, ainsi que tous les représentants de la Russie à Pékin, à Tokyo et près les grandes puissances, ont été instruits par des télégrammes urgents de la rupture des relations diplomatiques avec le Japon et de l'ordre donné par l'empereur à la légation de Russie à Tokyo de quitter le Japon. Dans la dépêche circulaire, le gouvernement russe rejette sur le gouvernement japonais la responsabilité de toutes les conséquences de sa conduite.
Le télégramme de l'amiral Alexeieff annonçant la réception de la dépêche circulaire porte la date du 5 février. Bien que la rupture des relations diplomatiques ne signifie pas du tout l'ouverture des hostilités, le gouvernement japonais a commis, dès la nuit du 8 au 9 février, toute une série d'attaques révoltantes contre des navires de guerre et de commerce russes, en violation des prescriptions du droit international. L'ordre de l'empereur du Japon concernant la déclaration de guerre à la Russie n'a été donné que le 11 février.
M. F. Martens, membre de l1 Académie des sciences morales et politiques de France, professeur de droit international, qui fut un des représentants de la Russie à la conférence de la paix à La Haye et ensuite à la conférence de Portsmouth, a fait une sorte de commentaire de ce texte en disant (1) :
Je reste convaincu, aujourd'hui comme il y a trente ansr qu'une déclaration formelle ou solennelle de guerre n'est pas nécessaire dans ces temps-ci en cas de conflits graves entre les nations civilisées. Cependant, je n'ai jamais prétendu qu'une nation civilisée ait le droit de se jeter inopinément et par surprise sur une autre nation. Il est absolument nécessaire que les deux adversaires, en vertu de faits positifs, soient convaincus que l'état de guerre existe entre eux et que les hostilités peuvent commencer à chaque moment.
A ce point de vue, une déclaration de guerre, seulement dans ce dernier cas, n'est pas indispensable, parce que l'état réel des choses force les adversaires d'attendre à chaque instant des actes d'hostilité. Voici pourquoi, par exemple, la bataille de Sinope, en 1854, ne fut nullement une surprise pour les Turcs, parce que, de fait, la guerre existait déjà entre la Russie et la Turquie.
Le rappel des représentants diplomatiques ne suffit point pour approuver le commencement immédiat des hostilités. Ainsi la Grèce et la Roumanie, à cause de l'affaire Zappa, avaient interrompu leurs relations diplomatiques pendant une dizaine d'années. Mais ces deux États n'étaient nullement en état de guerre et ne commettaient aucun d'acte d'hostilité l'un contre l'autre.
En un mot, il faut absolument que les deux adversaires aient conscience qu'ils se trouvent dans le champ clos et que le combat doit inévitablement avoir lieu.
En consultant impartialement les faits, il est impossible de nier que j la Russie, n'ayant reçu du Japon aucune déclaration de guerre, ne pouvait prévoir, d'après la situation réelle des choses, le commencement des hostilités immédiatement après la démarche du 6 février. Il suffit, sous ce rapport, de constater les faits positifs suivants :
1° Ce n'est que le samedi 6 février, dans l'après-midi, que
(1) V, l'Indépendance roumaine, 3 mars 1904.
la rupture des relations diplomatiques entre la Russie et le Japon fut connue à Saint-Pétersbourg par la remise d'une note de la part de la légation du Japon.
2° Cette note constata la rupture des négociations et des relations diplomatiques entre les deux pays, mais ne fit la moindre allusion à la possibilité du commencement des hostilités. Quelques mots seulement dans la note japonaise auraient pu écarter le moindre doute sous ce rapport et constater le commencement immédiat d'une « bonne guerre » comme les nations européennes la pratiquaient au moyen âge. Le Japon a préféré une « mauvaise guerre » .
3° Au moment de la remise de la note japonaise, le gouvernement de Tokyo savait parfaitement que la réponse russe était non seulement prête et déjà partie pour le Japon, mais qu'elle était, de plus, rédigée dans l'esprit d'une grande conciliation.
Enfin, 4° — tast but not least — au même moment où, à Saint- Pétersbourg, le gouvernement japonais se bornait à constater la rupture des négociations diplomatiques avec la Russie, l'attaque de la flotte japonaise était préparée et fut exécutée moins de quarante-huit heures après la rupture.
Dans ces conditions, les autorités russes en Asie furent presque simultanément averties de la rupture diplomatique et de l'attaque nocturne de Port-Arthur.
En vue de ces faits irréfutables, il est impossible de prétendre que le manque de déclaration de guerre de la part du Japon n'ait pas été une manœuvre de « mauvaise guerre », préméditée depuis longtemps et exécutée sans scrupules.
Voilà les quelques rectifications qui me paraissaient d'une grande importance pour porter un jugement juste et impartial sur la conduite du Japon. Il me paraît impossible de la trouver correcte au point de vue des usages adoptés par les nations civilisées d'Europe et d'Amérique.
Dans tous les cas, la conduite du Japon a dû profondément blesser la nation russe, et je ne prévois pas combien de générations doivent passer avant que cette profonde blessure soit guérie.
F. DE Martens, Membre de l'Institut de France.
A ces arguments, M. Nagaoka, secrétaire à la légation du Japon à Paris, répond :
Le Japon pouvait-il commencer les hostilités sans faire une
déclaration de guerre?... Toutes les opinions sont en somme soutenables, comme elles sont d'ailleurs discutables. Aussi notre pensée n'est-elle pas d'entrer dans la lice pour rompre des lances pour ou contre, mais bien plutôt dans le but unique d'exposer simplement la conduite du Japon...
La Russie a, pendant toute la durée des négociations, refusé obstinément d'accueillir les propositions japonaises dans un esprit conciliateur. En retardant, d'une part, indéfiniment ses réponses aux propositions japonaises, elle n'a cessé, d'autre part, de faire d'actifs préparatifs militaires et navals.
Ces faits sont confirmés par les preuves suivantes :
1° La Russie a fait, depuis le mois d'avril 1903, époque à laquelle elle a manqué à sa promesse d'évacuer la Mandcbourie, d'immenses préparatifs de guerre en Extrême-Orient.
2° La force navale de la Russie a été augmentée depuis cette époque de la manière suivante :
Tonnage total.
3 cuirassés 38 . 488
1 croiseur cuirassé 7 . 726
5 croiseurs 26.417
7 contre-torpilleurs 2 . 450
1 canonnière 1 . 334
2 navires divers 6 . 000
19 unités. 82.415
La Russie a envoyé également par chemin de fer des contretorpilleurs en matériaux; sept contre-torpilleurs furent ainsi construite à Port-Arthur.
De plus, deux navires appartenant à la flotte volontaire ont été armés à Vladivostok et ont été convertis en navires de guerre. La Russie avait, en outre, expédié un cuirassé, trois croiseurs, sept contre-torpilleurs et quatre torpilleurs (tonnage total, 30.740), qui auraient pu rejoindre l'escadre du Pacifique si les circonstances n'avaient pas forcé la Russie à les rappeler. Si ces navires avaient pu atteindre leur destination, l'augmentation totale de l'escadre russe en Extrême-Orient eût dépassé 133.000 tonnes depuis le mois d'avril de l'année dernière.
3° La Russie a augmenté dune manière considérable son armée de terre depuis le 29 juin 1903. Le même jour, elle a envoyé, sous prétexte d'essais de transport par chemin de fer transsibérien, deux brigades d'infanterie, deux bataillons d'artillerie, un corps de cavalerie et un train militaire. Depuis lors,
la Russie a continué d'une manière ininterrompue l'expédition de ses troupes en Extrême-Orient. Au commencement de février, le total de ses renforts excédait quarante mille hommes. Il est avéré que la Russie avait le projet d'y envoyer encore plus de deux cent mille hommes.
4° La Russie a fait travailler nuit et jour pour renforcer les fortifications de Port-Arthur et de Vladivostok et pour construire des forteresses à Hung-Tcheng, Liao-Yang et à beaucoup d'autres points stratégiques. Elle n'a cessé d'expédier en Extrême-Orient des armes et des munitions par le Transsibérien et par les bateaux de la flotte volontaire. Au mois d'octobre dernier, un train composé de quatorze wagons, chargé de l'équipement des hôpitaux de campagne, a quitté précipitamment la Russie pour l'Extrême-Orient.
De tous les faits qui viennent d'être exposés, il résulte clairement que la Russie n'était nullement disposée à un arrangement pacifique, mais qu'elle avait, au contraire, cherché à obliger le Japon à se soumettre par la supériorité de ses forces militaires. L'activité militaire de la Russie était devenue plus grande encore à la fin de janvier et au commencement de février.
Le 21 janvier, environ deux bataillons d'infanterie et un détachement de cavalerie ont été envoyés de Port-Arthur et de Dalny pour la frontière septentrionale de la Corée. Le 28, un ordre de se tenir prêtes à la guerre a été donné par l'amiral Alexeieff aux forces militaires qui se trouvaient dans le voisinage du Yalou. Le 1er février, le commandant de Vladivostok a, par ordre de son gouvernement, demandé à l'agent commercial du Japon de cette ville qu'il fît le nécessaire pour que ses nationaux rentrassent au Japon ou qu'ils se rendissent à Khabarovsk, l'état de siège pouvant être proclamé d'un moment à l'autre. A la même époque, tous les navires de guerre, à l'exception d'un cuirassé, qui était alors en réparations, sortirent de Port-Arthur pour une destination inconnue, tandis que les forces de terre se dirigeaient de Liao-Yang vers le Yalou.
Et malgré tous ces préparatifs, qui trahissent bien et l'intention de la Russie et la certitude d'un conflit, en cas de rejet de ses propositions, le gouvernement japonais était toujours disposé à un accord diplomatique et montrait véritablement une patience peu commune. Mais toute chose a des bornes et surtout le sentiment national. Les Japonais, devant le développement progressif de ces armements, s'inquiétaient davantage de jour en jour; ils se représentaient la conquête de l'Amour et de l'Oussouri et ils
sentaient de plus en plus que, maîtres à bail de Port-Arthur, les Russes rééditeraient en Mandchourie la politique de Mou ravie ff, et qu'ensuite la Corée viendrait à tomber entre leurs mains, sans efforts et comme naturellement. Et alors vint le moment où, en dépit de tout son bon vouloir de traiter diplomatiquement la question, le gouvernement se vit obligé de prêter un peu plus l'oreille aux représentations de l'opinion publique, et c'est ainsi qu'il fut amené à rompre ces négociations qui n'en finissaient point; et il s'adressait, en conséquence, à son représentant à Saint-Pétersbourg, M. Kurino.
En face de ces atermoiements russes calculés, dont chacun a pu se rendre compte, et en face de cette patience du Japon que cependant d'aucuns se plaisent à peindre comme si impatient, tout homme qui envisagera la question sans parti pris ne pourrait s'empêcher de reconnaître l'esprit tout conciliateur qui n'a cessé de présider à la conduite du gouvernement japonais durant tout le cours de ces interminables négociations, et cet homme ne sera nullement étonné que, devant la menace ostensible du danger certain, le mikado, lassé enfin, ait cru devoir, pour Pintérêt de son empire, rompre des relations que son adversaire aurait, à n'en pas douter, rompues lui-même au moment voulu par lui.
Il est bien sûr qu'aux yeux de tous les Japonais, cette rupture n était pas un couteau posé sur la gorge de la Russie pour l'obliger à accepter ce qu'elle avait jusque-là refusé; c'était la guerre, et, disons-le, une guerre nationale. Aussi, à l'annonce de la cessation des négociations dont la longueur avait énervé et surexcité tout l'empire du Soleil-Levant, et cela se conçoit, la presse japonaise entière, rendant l'intime pensée de tout le peuple, saluait-elle, soulagée et satisfaite, cette décision énergique du gouvernement, et adressait-elle toutes ses félicitations et l'expression de toutes ses espérances à l'armée, à la marine, qui allaient être appelées à défendre la patrie et le bon droit. Et, pendant ce temps, le cabinet, sentant bien la gravité de l'heure et le prix du temps, ne restait pas inactif. Ce fut, dit-on, au conseil des ministres qui se tint le 4 février, sous la présidence de l'empereur, que furent résolues la rupture des négociations et celle des relations entre les deux pays, et arrêtées les mesures à prendre que commandait la situation.
Et à la suite de cette mémorable réunion ministérielle, qui sera une date dans notre histoire, quelle que soit l'issue de cette lutte, le 6 février, le mikado adressait au ministre de la marine
et au ministre de la guerre un rescrit où il disait en substance que, n'ayant pu, malgré son vif désir de maintenir la paix en Extrême-Orient, ne pas rompre les négociations avec la Russie dont les lenteurs étaient certainement calculées, il s'en remettait à leur fidélité et à leur courage pour sauvegarder la gloire et l'honneur de l'empire.
Le 5 février, au soir, commençait la mobilisation, et en même temps on envoyait à la flotte mouillée à Sasébo ordre de lever l'ancre le plus tôt possible pour aller chercher la flotte russe. Ainsi, ce fut le 6, à deux heures de l'après-midi, que l'escadre japonaise, sous le commandement du vice-amiral Togo, quitta Sasébo pour se diriger vers le détroit du Pé-Tchi-Li, en détachant quelques navires au large de Tchémulpo pour protéger les transports destinés à ce port.
Le gouvernement avait donc envoyé à son représentant à Saint-Pétersbourg, le 5 février, ses instructions, qui furent remises au gouvernement russe le 6, à quatre heures de l'après-midi, et le ministre de la Russie à Tokyo recevait notification de la rupture des relations diplomatiques le 8 février. Il est bien évident que personne ne pouvait se tromper sur la signification réelle de cette rupture, et, si le gouvernement russe ne voulut y voir qu'une simple suspension de relations, il eut certainement grand tort, car il devait être instruit du sens que tout le monde au Japon pouvait prêter à un tel acte...
Dans le Messager officiel du 20 février, on peut lire une accusation formelle du Japon : « Bien que la rupture des relations diplomatiques ne signifie pas du tout l'ouverture des hostilités, le gouvernement japonais a commis, dans la nuit du 8 au 9 février, toute une série d'attaques révoltantes contre des navires de guerre et de commerce russes, en violation des prescriptions du droit international. L'ordre de l'empereur du Japon concernant la déclaration de guerre n'a été donné que le 11 février. »
En présence de ces mots : « en violation des prescriptions du droit international, » nous pouvons, laissant complètement de côté le reste de la note à laquelle on peut répondre aisément aussi, nous pouvons crier à la Russie : « Halte-là! »...
Ouvrons un livre de droit international, que la note russe du 20 février invoque si bien. Ouvrons un de ces traités, celui que l'on voudra. Qu'y voyons-nous? Que la nécessité de la déclaration de guerre avant l'ouverture des hostilités est précisément l'un des points sur lesquels on n'est pas d'accord. Les uns disent oui, les autres disent non, et tous ceux qui soutiennent qu'une
déclaration de guerre est nécessaire ne sont pas les derniers à enregistrer que bien des guerres ont commencé sans déclaration, bien que cela, ajoutent-ils naturellement, soit irraisonnable au point de vue du droit pur. Comme les chiffres ne font jamais mal, nous nous permettrons de rappeler que, d'après M. J.-T. Maurice, de 1700 à 1871, cent sept guerres se sont ouvertes sans déclaration, entre autres la guerre franco-espagnole de 1719, la guerre de l'Europe contre la France en 1792; peu de campagnes furent faites, comme la guerre anglo-française et la guerre francoallemande de 1870, avec déclaration.
Si les anciens n'hésitaient pas à faire précéder leurs guerres d'une déclaration, les modernes, eux, pensent bien différemment. Ils sont pour ainsi dire hésitants. Les auteurs continentaux, et surtout les Français, jugent pour la plupart qu'il est désirable de faire une déclaration préalable, alors que les auteurs anglais la proclament inutile. Et ceux qui préconisent la déclaration ne peuvent guère nous la montrer que comme reposant sur une question de convenances. Cette convenance n'a pour but que de ne pas attaquer à l'improviste l'ennemi et de ne pas léser les intérêts de tiers États qui ne connaîtraient pas encore l'ouverture des hostilités. Ces deux raisons perdent de jour en jour leur importance par suite des perfectionnements quotidiens des moyens de communication, et même nous pensons qu'au point de vue de la lutte actuelle, elles ne sauraient être invoquées : les deux belligérants se préparaient depuis l'été dernier, prévoyant ce qui allait arriver, et la notification japonaise de la rupture des relations ne laissa aucun doute sur ses conséquences dans l'esprit du monde entier.
Pinheiro Forreira, combattant l'opinion de Vattel, qui est d'avis que la déclaration de guerre est toujours nécessaire, dit que «ce serait pousser trop loin la bonhomie que d'avertir l'ennemi et lui donner le temps de mieux se préparer à soutenir l'injustice, tandis qu'il nous oblige à lui demander raison par les armes. Loin d'être un devoir, la déclaration de guerre serait de notre part une imprudence. »
Cette opinion, nous sera-t-il permis de le dire? nous paraît très juste pour le cas qui nous concerne présentement. En un mot, une déclaration de guerre préalable n'est nullement une prescription du droit international, et l'on peut y recourir ou non, sans être taxé, pour ne point le faire, de violer ce droit. Et, dans le vif reproche que fait la Russie au Japon, il y a quelque
chose d'assez piquant : c'est que la Russie elle-même a violé plus d'une fois ce qu'elle veut bien appeler une prescription du droit international. En 1700, avant Narva, elle commençait les hostilités sans déclaration de guerre. En 1733, ses armées entraient à l'improviste en Pologne, sans aucune notification, pour mettre Stanislas sur le trône de Varsovie; vingt ans plus tard, en 1753, avec l'Autriche et la Prusse, elle attaquait tout à coup cette même Pologne; en 1806, alors que duraient encore les négociations diplomatiques, les armées russes pénétraient en Moldavie; en 1827, la flotte russe, unie à celles de l'Angleterre et de la France, écrasait sans aucune déclaration de guerre la flotte turque; en 1828, la guerre se faisait entre la Russie et la Turquie sans notification d'autre part; en 1831, les Russes attaquaient, coulaient et capturaient des vaisseaux grecs sans avoir non plus rien notifié ; en 1836, la Russie, l'Autriche et la Prusse occupaient Gracovie de la même façon; enfin, en 1853, la guerre de Crimée s'ouvrait, elle aussi, sans déclaration préalable. Au lecteur de juger.
Une guerre peut donc se faire sans qu'il y ait une déclaration préalable. Mais, dans le cas qui nous occupe, si nous pesons bien les termes de la note japonaise sur la rupture des relations diplomatiques, n'y pouvons-nous pas voir un ultimatum renfermant le casus belli. Le mikado n'y suspend-il pas les relations diplomatiques en se « réservant le droit d'agir d'une façon indépendante et comme il jugera le mieux pour défendre et consolider la position menacée du Japon aussi bien que pour protéger ses droits établis et ses intérêts légitimes?»
En vérité, dans la plupart des cas, une notification de suspension de relations diplomatiques n'équivaut pas à une déclaration de guerre, mais on peut la prendre pour équivalente si les termes ou les circonstances le permettent. Et c'est pourquoi, semble- t-il, M. Galvo dit que le rappel des envoyés que les États accréditent les uns auprès des autres est, en effet, généralement considéré comme équivalant à une déclaration de guerre, et les exemples ne manquent pas. En 1778, l'Angleterre rappelle son ministre en France et la France considère ce rappel comme la rupture de la paix entre les deux pays; il n'y eut pas d'autre déclaration de guerre, bien que, par la suite, chacune des deux parties publiât une défense de ses intérêts et de sa conduite.
Donc, si nous pensons qu'une notification quelconque doit précéder toutes les guerres, il nous faut en toute sincérité recon-
naître que, par ses termes et par les circonstances où elle était faite, la notification qu'adressait au gouvernement de Saint- Pétersbourg celui de Tokyo était manifestement suffisante, et qu'ainsi la thèse soutenue par le manifeste du tsar et la noie officielle tombe d'elle-même.
A ce plaidoyer japonais, un juriste pourrait répondre par des arguments sans doute en apparence tout aussi convaincants. A vrai dire, la meilleure explication de l'attaque de Port-Arthur que pourraient donner les Nippons n'est peutêtre pas d'ordre juridique. Il leur suffirait de rappeler que pendant les négociations qui précédèrent l'intervention européenne à Tokyo en 1895, l'amiral Tyrtoff, commandant l'escadre russe, depuis ministre de la marine, proposa pendant cette courte période, à l'amiral de la Bonninière de Beaumont, commandant l'escadre française des mers de Chine, de se porter de concert à la rencontre de la flotte japonaise sur ses ancres, avec l'intention de lui livrer un combat immédiat et de la couler.
L'amiral français déclina cette invitation, ce qui rendit tout éclat fâcheux impossible. J'ai vérifié à des sources fort autorisées la valeur de cette information. Je dois à la vérité de reconnaître qu'elle est parfaitement exacte (1).
Les Nippons n'ont pas oublié ce très grave incident; ils se croient donc autorisés à dire qu'ils n'ont fait qu'exécuter aux dépens des Russes, dans des conditions, en somme, beaucoup plus admissibles, ce que les Russes avaient rêvé de réaliser contre eux.
Enfin, deuxième et peut-être aspect décisif de la question : les Nippons peuvent dire que l'attaque brusquée de Port-Arthur n'a été que l'application par eux d'un principe de guerre préconisé ardemment par les stratèges les plus écoutés des temps présents.
Dans une conférence qu'il fit à la Société militaire de
(1) M. Pierre Leroy-Beaulieu l'a publiée le premier, je crois. (V. la Rénovation de l'Asie, p. 422. Armand Colin, Paris, 1900. — V. aussi p. 525
Berlin, le colonel von Bernhardi a proclamé ouvertement la doctrine du grand état-major allemand.
« La résolution défaire la guerre, l ordre de mobilisation et le commencement des hostilités ne formeront en quelque sorte quun seul et même acte... Jamais les influences du premier choc n'ont exercé une influence aussi décisive que oelle quelles exerceront à l'avenir. »
Le triomphe japonais final est dû pour beaucoup, trop visiblement, à l'attaque brusquée de Port-Arthur pour que l'opinion du colonel von Bernhardi puisse être pratiquement discutée.
Aussi, quoi qu'en puissent dire les théoriciens et les juristes, il est plus que probable que l'exemple donné par les Japonais sera encore suivi. Le Japon a tiré trop d'avantages durant toute la campagne du succès du premier choc pour que ceux qui auront à entreprendre des guerres hésitent à se priver des bénéfices absolument énormes que donnent la surprise et la décision soudaine. De cela, le penseur et le philosophe peuvent s'affliger, mais l'homme d'État a trop d'immenses intérêts à défendre pour qu'il lui soit permis de se bercer d'illusions.
La question de la neutralité de la Corée se posa dès le début des hostilités. Elle n'exista d'ailleurs jamais qu'en théorie, car, en fait, la Corée fut violée autant qu'un pays peut 1 être.
Le ministre des affaires étrangères russe adressa à ce sujet la circulaire suivante aux représentants de la Russie à l'étranger :
Depuis le moment où ont été rompues les relations diplomatiques entre la Russie et le Japon, la manière d'agir du cabinet
de Tokyo trahit une violation évidente des règles d'une observation générale qui déterminent les rapports réciproques entre nations civilisées.
Sans entrer dans le détail des violations de ces règles commises par le Japon, le gouvernement impérial tient pour nécessaire d'appeler l'attention la plus sérieuse des puissances sur les coups de force du gouvernement japonais concernant la Corée.
L'autonomie et l'intégrité de la Corée en tant qu'empire absolument indépendant ont été reconnues par toutes les puissances, et l'inviolabilité de ces principes fondamentaux a été affirmée par l'article 1er du traité de Shimonoséki, par le traité spéciale»ment conclu entre l'Angleterre et le Japon le 17/30 janvier 1902, ainsi que par la déclaration franco-russe du 17 mai.
Prévoyant le danger d'un conflit possible entre la Russie et le Japon^ l'empereur de Corée, dans les premiers jours de janvier 1904, adressa à toutes les puissances une circulaire où il déclarait sa résolution d'observer la plus stricte neutralité. Cette déclaration fut accueillie avec bienveillance et ratifiée également par la Russie.
Le gouvernement anglais, qui avait signé avec le Japon le traité du 30 janvier 1902 susmentionné, confia, ainsi que l'avait fait connaître le ministre de Russie en Corée à son représentant à Séoul, la mission d'exprimer, dans une note officielle, ses remerciements à l'empereur de Corée pour la déclaration qu'il avait faite au cabinet de Londres et qui annonçait l'observation par la Corée, en cas de rupture entre la Russie et le Japon, de la plus stricte neutralité.
Malgré tous ces faits, en dépit de tous ces traités, au mépris de ses obligations, et contrairement aux principes du droit international, le gouvernement japonais, ainsi que cela a maintenant été prouvé et établi d'après des faits constatés avec une rigueur absolue, a :
1° Avant l'ouverture des hostilités contre la Russie, débarqué ses troupes sur le territoire de l'empire indépendant de Corée, qui avait déclaré qu'il observerait la neutralité;
2° Avec une division de son escadre, attaqué tout à coup, le 8 février, c'est-à-dire trois jours avant la déclaration de guerre, deux navires de guerre russes qui se trouvaient dans le port neutre de Tchémulpo et dont les commandants n'avaient pas été avisés de la rupture des relations avec le Japon, attendu que les Japonais avaient perfidement arrêté la transmission des câbles russes par le câble danois et avaient corrompu la direction des
télégraphes du gouvernement coréen. Les détails de cette attaque révoltante se trouvent dans un télégramme officiel du ministre de Russie à Séoul qui a été publié;
3° Le gouvernement japonais a, malgré les règles du droit international, et quelque temps avant l'ouverture des hostililés, capturé et emmené, comme prises de guerre, des navires de commerce russes qui se trouvaient dans un port coréen neutre;
4° Déclaré à l'empereur de Corée, par l'organe du ministre du Japon à Séoul, que la Corée serait désormais soumise à l'administration japonaise, et averti le gouvernement coréen qu'en cas d'insoumission, les troupes japonaises occuperaient le palais impérial ;
5° Par l'intermédiaire du ministre de France, sommé le représentant de la Russie auprès de l'empereur de Corée de quitter le pays avec le personnel de la légation et des consulats;
6° Reconnaissant que tous les faits ci-dessus constituent une violation révoltante de la législation internationale reçue, le gouvernement impérial a maintenant pour devoir de protester de toutes ses forces contre les agissements du gouvernement japonais, dans la ferme conviction que toutes les puissances qui ont à coeur le maintien des principes garantissant leurs rapports avec les autres nations, partageront la manière de voir de la Russie.
En même temps, le gouvernement impérial considère comme nécessaire de faire savoir maintenant qu'à la suite de l'usurpation de pouvoirs commise en Corée par le Japon, contrairement à toutes les lois, il déclare de nul effet toutes les ordonnances qui pourraient être publiées par le gouvernement coréen.
En réponse à la note qui précède, le gouvernement du mikado communiqua à la presse les déclarations ci-dessous :
On croit savoir que le gouvernement russe a adressé, ces temps derniers, une note aux puissances, dans laquelle le gouvernement japonais est accusé d'avoir commis en Corée certains actes que la Russie considère comme une violation du droit des gens et disant, en outre, que tous les actes et déclarations futurs du gouvernement coréen seront considérés par elle comme nuls et non avenus.
Le gouvernement impérial du Japon ne croit avoir à s'occuper en aucune façon des vues, opinions ou déclarations du gouverne-
ment russe en ce sens. D'autre part, il considère être dans son droit et faire son devoir en rectifiant les déclarations inexactes de l'exposé des faits, tels qu'ils ont été relatés par le comte Lamsdorff, car ces déclarations, si elles n'étaient pas démenties, pourraient provoquer dans l'opinion des puissances neutres des conclusions et déductions erronées.
En conséquence, le gouvernement du mikado a jugé utile de faire la déclaration suivante, en ce qui concerne les cinq accusations que la susdite note russe déclare être des faits pleinement démontrés et confirmés :
1° Le gouvernement impérial reconnaît qu'en effet, des troupes japonaises ont débarqué en Corée avant que la déclaration formelle de la guerre ne fût lancée. Toutefois, ce débarquement n'a pas eu lieu avant que l'état de guerre existât entre le Japon et la Russie. Le maintien de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de la Corée étant l'un des principaux buts ayant occasionné la guerre, l'envoi de troupes sur le territoire menacé était donc une mesure légitime et nécessaire, mesure qui bénéficiait, d'ailleurs, de l'adhésion complète du gouvernement coréen. Le gouvernement impérial a donc établi une distinction précise entre le débarquement des troupes japonaises en Corée, dans ces conditions, et l'envoi de corps de troupes russes importants en Mandchourie sans l'assentiment de la Chine, au moment où des négociations pacifiques étaient en cours.
2° Le gouvernement impérial déclare qu'il est absolument inexact qu'il ait empêché, comme l'ont dit les Russes, la remise à destination des télégrammes russes transmis par le câble danois, ou qu'il ait fait détruire les communications télégraphiques du gouvernement coréen. Le gouvernement impérial nie absolument avoir commis des actes de cette nature.
En ce qui concerne le caractère soi-disant inattendu de l'attaque du 8 février dernier à deux navires de guerre russes dans le port de Tchémulpo, il suffit de dire que l'état de guerre existait à ce moment et que, la Corée ayant approuvé le débarquement des troupes japonaises à Tcbémulpo, ce port avait déjà cessé d'être un port neutre, du moins en ce qui concernait les belligérants.
3° Le gouvernement impérial a constitué une cour des prises ayant pleins pouvoirs pour statuer, en dernier ressort, sur la question de la légalité des saisies de navires marchands. De l'avis du gouvernement, il serait donc superflu de donner quelque réponse que ce soit à l'accusation russe d'après laquelle
les Japonais auraient capturé illégalement comme prises de guerre les navires marchands russes se trouvant dans les ports de la Corée.
4e Selon le gouvernement russe, le gouvernement japonais aurait déclaré à l'empereur de Corée, par l'entremise de son ministre à Séoul, que la Corée se trouverait désormais soumise au régime japonais et aurait prévenu l'empereur qu'au cas où l'on se refuserait à subir ce régime, les troupes japonaises occuperaient le palais. Le gouvernement impérial déclare que cette accusation est entièrement dénuée de toute espèce de fondement.
5° Le gouvernement japonais n'a demandé ni directement ni indirectement au ministre de la Russie à Séoul de quitter la Corée. Voici d'ailleurs l'exposé des faits en ce qui concerne cette accusation :
Le 10 février dernier, le chargé d'affaires de France à Séoul se rendit auprès du ministre du Japon dans cette ville et lui fit savoir, ce qui se confirma ensuite par écrit, que le ministre de Russie était désireux de quitter la Corée. Le chargé d'affaires de France demanda son avis à ce sujet à son collègue du Japon. Le ministre du Japon répondit que, si le ministre de Russie se retirait d'une façon pacifique, en emmenant avec lui son personnel et la garde de la légation, les troupes japonaises lui assureraient toute protection. C'est ainsi que le ministre de Russie se retira volontairement, le 12 du même mois, accompagné jusqu'à Tchémulpo par une escorte de soldats japonais.
Il est donc inexact que, — ainsi que le prétendent les Russes, — le gouvernement japonais ait invité le ministre de Russie, par l'entremise du représentant de la France en Corée, à quitter sa résidence.
Et, à l'appui de ceci, il est à remarquer que le consul de Russie à Fousan est demeuré en fonctions jusqu'au 28 février dernier; ce serait par suite de l'absence des instructions que son supérieur de Séoul ne s'était pas soucié de lui donner avant de quitter son poste, que ce diplomate s'est vu dans la nécessité de rester aussi longtemps. Quand il eut reçu les instructions à cet effet, comme il désirait quitter Fousan le plus vite possible, le consul japonais dans ce même port lui offrit toutes les facilités pour son départ, et son passage à Changhaï par le Japon fut arrangé par ce dernier.
Pour terminer cette question de la neutralité coréenne, il est utile de signaler le texte du protocole signé à Séoul
le 23 février 1904 entre le Japon et la Corée, par lequel cette neutralité de la Corée a pris fin et par lequel les Japonais ont obtenu toute liberté d'action en ce pays :
M. Hayashi, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté l'empereur du Japon, et le général-major Yé-Tcbi-Young, ministre des affaires étrangères ad intérim de Sa Majesté l'empereur de Corée, dûment autorisés respectivement à cet effet, ont arrêté les articles suivants :
Article premier. — Dans le but de maintenir une amitié permanente et solide entre le Japon et la Corée, et d'établir fermement la paix en Extrême-Orient, le gouvernement impérial de la Corée mettra une confiance absolue dans le gouvernement impérial du Japon et adoptera les conseils de ce dernier concernant l'amélioration de son administration.
Art. 2. — Le gouvernement impérial du Japon assurera, dans un esprit de solide amitié, la tranquillité et le salut de la maison impériale de Corée.
Art. 3. — Le gouvernement impérial du Japon garantira dune manière définitive l'indépendance et l'intégrité territoriale de l'empire de Corée.
Art. 4. — Dans le cas où le salut de la maison impériale de Corée ou l'intégrité territoriale de la Corée seraient en danger, soit par l'agression d'une tierce puissance, soit par les désordres intérieurs, le gouvernement impérial du Japon prendra immédiatement telles mesures nécessaires qu'exigeront les circonstances, et, dans un pareil cas, le gouvernement impérial de Corée donnera toutes les facilités pour aider le gouvernement impérial du Japon dans l'accomplissement du but susmentionné, occuper telles places qui seraient nécessaires au point de vue stratégique, quand les circonstances l'exigeront.
Art. 5. — Les gouvernements des deux pays ne concluront, dans l'avenir, sans un consentement mutuel, aucun arrangement avec une tierce puissance qui pourrait être contraire aux principes du présent protocole.
Art. 6. — Les détails concernant le présent protocole seront déterminés, suivant les circonstances, entre le représentant du Japon et le ministre des affaires étrangères de Corée.
Ce texte, qui fut, en réalité, imposé aux Coréens, établit suffisamment que la question de la neutralité de la Corée n'a jamais pu être considérée comme sérieuse. Le Japon a
fait la guerre pour empêcher la Russie de prendre l'empire du Matin-Calme etpours'en emparer lui-même. L'article 10 du traité russo-japonais, en proclamant la mainmise du Japon sur le Royaume-Ermite, l'article du traité anglojaponais confirmant cette mainmise et l'accord japonocoréen de novembre 1905 montrent péremptoirement que telle était bien la vérité.
La Mandchourie, que les Russes occupaient depuis l'insurrection des Boxeurs, étant, comme chacun le sait, une province de la Chine, cette puissance se trouva, en ce qui concerne la neutralité, dans des conditions toutes spéciales.
Le 10 février 1904, le gouvernement des États-Unis adressa aux puissances une note où il leur demanda si elles ne consentiraient pas à se joindre à lui pour notifier à la Russie et au Japon que, soit pendant les hostilités, soit après, la neutralité et l'intégrité de la Chine devaient être respectées. Le même jour, M. Hay télégraphiait aux représentants de l'Union américaine à Tokyo, à Saint-Pétersbourg et à Pékin ce qui suit :
Vous exprimerez au ministre des affaires étrangères le vif désir du gouvernement des États-Unis qu'au cours des opérations militaires commencées entre la Russie et le Japon, la neutralité de la Chine et, par tous les moyens pratiques, son entité administrative, soient respectées par les deux parties belligérantes; que le théâtre des hostilités soit localisé et limité autant que possible, de manière que tout désordre parmi la population chinoise puisse être évité; que le commerce subisse le moins de pertes et les pacifiques relations du monde le moins de trouble possible.
Et le gouvernement chinois publiait, le 18 février, un
décret impérial où il disait, conformément aux vues du gouvernement des Etats-Unis :
Le Japon et la Russie, qui sont en guerre, sont également nos pays voisins et amis; aussi la cour a-t-elle désiré d'observer une stricte neutralité à l'égard des deux belligérants. Des ordres ont été donnés en ce sens aux autorités de toutes les provinces; le maintien de l'ordre et la protection du commerce et des chrétiens ont été aussi sévèrement prescrits.
A Moukden et Shingking, où se trouvent les palais et les tombes impériaux, le maréchal tartare est chargé de leur surveillance et de leur protection. Nous tenons particulièrement à ce que les deux belligérants ne causent aucun préjudice aux villes, aux édifices publics, aux personnes et aux propriétés privés en Mandchourie; que leurs troupes résidant actuellement en Chine s'abstiennent respectivement de toute provocation belliqueuse entre elles. Le vice-roi du Tchi-Li est invité à envoyer des troupes pour garder la partie ouest du Liao-Ho évacué par les Russes. Nous observerons scrupuleusement les lois de la neutralité dans toutes les provinces, ainsi que dans toute la Mongolie, le long de la frontière; neutralité qui doit être aussi respectée par les belligérants. Seulement, en ce qui concerne la Mandchourie, dans les endroits où l'évacuation n'a pas encore été effectuée par le corps d'occupation étranger, nous ne serons probablement guère en état, par le seul fait de sa présence, d'y faire observer les lois de la neutralité. Vu nos droits de souveraineté surtout le territoire de la Mandchourie, nous déclarons formellement que l'occupation de ce territoire ne pourra être maintenue par aucune des parties belligérantes, quelles que soient les chances finales de leur guerre.
A cette démarche de M. Hay et à cette déclaration le Japon répondit :
La question de l'attitude de la Chine dans la guerre actuelle a été l'objet d'une très sérieuse considération de la part du gouvernement japonais. Le Japon n'ignore pas les grands avantages qu'il peut retirer des immenses ressources qu'offre la Chine à tous égards, en l'ayant comme alliée dans une guerre contre la Russie. Néanmoins, par des considérations d'ordre international et d'intérêts généraux, il a cru devoir conseiller à la Chine de garder sa neutralité.
1° C'est une obligation morale imposée à tout belligérant de réduire au minimum les maux de la guerre, et, dans ce but, l'étendue des localités où vont avoir lieu les opérations de guerre doit être géographiquement limitée autant que possible, de manière que le commerce des neutres puisse être affecté le moins possible par la guerre.
2° Dans le même but, il est nécessaire de réduire autant que possible le nombi^e des puissances belligérantes.
Dans le cas présent, la guerre doit être circonscrite au Japon et à la Russie, afin d'éviter une conflagration générale.
3' Dans une guerre entre le Japon et la Russie, il est de la plus baute importance que l'ordre et la tranquillité soient rigoureusement maintenus, tant dans l'intérieur de la Chine que dans tous les ports ouverts, car l'excitation et le soulèvement populaires, qui seraient très naturels si la Chine devenait partie belligérante, obligeraient les puissances intéressées à intervenir dans les affaires de la Chine.
En conséquence, le ministre du Japon en Chine a reçu des instructions de son gouvernement à l'effet d'entretenir le prince Tching de cette question et de lui dire qu'après un mûr examen de la situation, le gouvernement japonais croyait devoir conseiller à la Chine de garder la plus stricte neutralité.
La guerre entre le Japon et la Russie intéresse autant la Chine que le Japon ; et, bien que la Chine ait des raisons non moins justes que le Japon de déclarer la guerre à la Russie, le gouvernement japonais est néanmoins convaincu, pour les motifs énumérés plus haut, que l'attitude la plus sage pour la Chine est de garder la neutralité.
Le ministre du Japon a reçu l'ordre de faire comprendre très clairement au prince Tching que la neutralité imposait à la Chine l'obligation positive de veiller à ce que cette neutralité soit scrupuleusement observée par les parties belligérantes, et, qu'en conséquence, la Chine était tenue de prendre des mesures effectives pour réprimer toute tentative de la part des belligérants de violer cette neutralité, et d'aviser, en particulier, pour que ses ports ne deviennent pas des bases d'opérations de guerre ni ne servent de lieu de refuge, de réparation ou de ravitaillement aux navires des belligérants.
La Chine doit, dans ce but, avoir des forces suffisantes à Chan- Haï-Kouan et autres ports stratégiques, et veiller à ce que tous ses ports soient interdits à tout acte qui ne serait pas neutre.
Elle doit veiller à ce que tout le territoire chinois, à l'excep-
tion de la Mandchou rie, ne puisse être le théâtre de la guerre. Dans le cas où le gouvernement chinois partagerait les vues qui viennent de lui être exposées, le gouvernement japonais respecterait la neutralité de la Chine, si la Russie, de son côté, respecte cette neutralité.
Ainsi donc, sauf en ce qui concerne la Mandchourie, tout l'empire chinois se trouva théoriquement dans l'état de la plus stricte neutralité, et chacun des deux belligérants fut tenu, toujours théoriquement, d'observer le règlement rendu par la Chine à cet effet, qui rendait applicables les détails insérés dans la proclamation de la neutralité à l'occasion de la guerre hispano-américaine.
La lecture de cette note suggère plusieurs réflexions. Elle met d'abord en relief avec quelle habileté le gouvernement de Tokyo sut maintenir l'apparence de déférer volontiers aux désirs des Etats-Unis et comment il chercha à se ménager l'opinion universelle en faisant extérieurement une part fort importante aux grands principes de l'humanité et du droit international.
Mais cette impression n'est dominante que pour le public d'Occident; certains passages de la note, ceux reproduits plus bas en italique, ont une signification considérable et très claire pour quiconque connaît l'état actuel de la Chine .
Pour parler net, si le Japon « a cru devoir conseiller à la Chine de garder sa stricte neutralité» , c'est uniquement parce qu'il y avait le plus grand intérêt.
Ceci, je crois pouvoir le démontrer en m'appuyant à la fois sur les termes mêmes du document japonais et sur ce que j'ai appris en Extrême-Orient.
La note nipponne dit encore : « Dans le cas présent, la guerre doit être circonscrite entre le Japon et la Russie, afin d'éviter une conflagration générale.
« Dans une guerre entre le Japon et la Russie, il est de la plus haute importance que l'ordre et la tranquillité soient rigoureusement maintenus, tant dans t intérieur de la Chine
que dans tous les ports ouverts, car l excitation et le soulèvement populaires, qui seraient très naturels si la Chine devenait partie belligérante, obligeraient les puissances à intervenir dans les affaires de la Chine. »
Ce texte ne doit-il pas satisfaire les plus difficiles?
Si la Chine fût entrée en guerre, qu'arrivait-il de toute évidence?
Le mouvement antiétranger qui couve eût éclaté dans tout l'empire du Milieu avec une violence sans précédent. Les Européens des diverses nationalités eussent été pillés, molestés, tués. La solidarité sino-japonaise apparaissant dans ces conditions avec éclat, la question jaune était posée dans toute son ampleur et sous la forme la plus aiguë. La force même des choses eût alors contraint les nations d'Europe, l'Angleterre comprise, à intervenir militairement en Extrême-Orient, et à former, bon gré mal gré, le bloc blanc contre le bloc jaune; ce qui revient encore à dire que les États européens eussent été amenés à prendre position indirectement, mais efficacement, du côté de la Russie contre les Japonais.
Ce danger, on le connaissait fort bien à Tokyo; on le redouta par-dessus tout, et c'est pour y faire obstacle que les Nippons ont réellement pesé sur la Chine pour lui faire déclarer et maintenir son apparente neutralité. Je dis apparente, car personne de sérieux ne doute que, sous main, la Chine n'ait fait le possible pour favoriser les Japonais en leur fournissant occultement tous les renseignements et facilités désirables.
Il n'était pas inutile de mettre en relief ce qu'a valu exactement, au point de vue russe, la prétendue neutralité chinoise, et de montrer que la Russie, en l'acceptant, a compliqué grandement sa tâche militaire, puisqu'elle a ainsi renoncé à des conflits internationaux en Chine qui eussent vraisemblablement contraint l'Europe à se ranger de son côté, ce qui, peut-être, lui eût permis de se tirer d'affaire.
La canonnade de Hull (I) faillit un instant allumer la guerre en Europe, en entraînant l'Angleterre dans le conflit russo-japonais. Le tsar ayant heureusement exprimé à temps ses regrets de l'incident, de laborieuses négociations purent s'ouvrir. Elles aboutirent à la création d'une commission d'enquête internationale sur l'incident de la mer du Nord. Cette commission, réunie à Paris, au ministère des affaires étrangères, rendit public, le 26 février 1905, à trois heures et demie, le rapport ci-dessous. Les passages essentiels en ont été reproduits textuellement; les paragraphes présentant peu d'intérêt ont été résumés (2).
§ 1er. Les commissaires, après un examen minutieux et prolongé de l'ensemble des faits parvenus à leur connaissance sur l'incident soumis à leur enquête par la déclaration de Saint- Pétersbourg du 12/25 novembre 1904, ont procédé dans ce rapport à un exposé analytique de ces faits, suivant leur enchaînement rationnel.
En faisant connaître les appréciations dominantes de la commission en chaque point important ou décisif de cet exposé sommaire, ils pensent avoir mis suffisamment en lumière les causes et les conséquences de l'incident en question, en même temps que les responsabilités qui s'en dégagent.
§ 2. Les commissaires retracent le séjour de l'escadre russe de Skagen, les informations reçues par les agents russes, les précautions prises.
§ 3. Le rapport expose l'ordre des détachements et la vitesse de marche.
§ 4. Rencontre du navire anglais Zéro ; ses observations concordent avec le rapport de l'amiral Rojdestvensky.
§ 5. Le Kamtchatka reste en arrière de l'escadre.
(2) V. Le Temps du 26 février 1905.
Ce retard accidentel fut peut-être la cause incidente des événements qui suivirent.
§ 6. Le Kamtchatka canonne Y Aldebaran et d'autres bateaux inconnus, sans doute par suite des préoccupations que lui causaient, dans les circonstances du moment, son isolement, ses avaries de machines et son peu de valeur militaire; il informe l'amiral qu'il est attaqué de tous côtés par des torpilleurs.
§ 7. L'amiral Rojdestventsky pouvait croire que ces torpilleurs rattraperaient l'escadre pour l'attaquer. L'amiral signale à ses vaisseaux de redoubler de vigilance et de s'attendre à une attaque de torpilleurs.
§ 8. Ordres de l'amiral : les officiers supérieurs sur la passerelle de quart; l'officier chef de quart pouvant commander le feu, si l'attaque venait de l'avant ; dans le cas contraire, beaucoup moins pressant, il devait en référer à son commandant.
Au sujet de ces ordres, la majorité des commissaires estime quils n'avaient rien d'excessif en temps de guerre et particulièrement dans les circonstances que l'amiral Rojdeslvensky avait tout lieu de considérer comme très alarmantes, dans l'impossibilité où il se trouvait de contrôler l'exactitude des avertissements qu'il avait reçus des agents de son gouvernement.
§ 9. Le rapport décrit l'état de l'atmosphère, insiste sur l'obscurité, le vent et le roulis. Il est une heure du matin. L'escadre arrive aux endroits de pêche de la flottille des chalutiers. Le rapport reconnaît qu'il résulte des dépositions concordantes des témoins britanniques que tous ces bateaux portaient leurs feux réglementaires et chalutaient conformément à leurs règles usuelles, sous la conduite de leur maître de pêche, suivant les indications des fusées conventionnelles.
§ 10. Aucune communication inquiétante n'arrive à l'amiral de la part des divisions qui le précédaient. L'amiral Folkersham passe en éclairant les chalutiers et les reconnaissant comme tels.
§ 11. L'échelon, commandé par l'amiral Rojdestvensky en personne, arrive sur les lieux de pêche ; l'attention des officiers de service est attirée par une fusée verte qui les met en défiance.
En fouillant l'horizon avec des jumelles de nuit, on découvre à tribord avant, à une distance de 18-20 encablures, un bâtiment qui parut suspect parce qu'il paraissait ne pas avoir de feux et se diriger vers le Souvarof à contre-bord. A. l'éclairage des projecteurs, on croit reconnaître un torpilleur qui approche à grande allure.
C'est et après ces apparences que l amiral Rojdestvensky fil ouvrir te feu sur ce navire inconnu.
La majorité des commissaires exprime à ce sujet l'opinion que la responsabilité de cet acte et des résultats de la canonnade essuyée par la flottille de pêche incombe à l'amiral Rojdestvensky.
§ 12. Le Souvarof aperçoit un petit bateau lui barrant la route, se lance sur la gauche pour l'éviter, reconnaît, à l'aide du projecteur, un chalutier. Signaux donnés par l'amiral pour empêcher le tir sur le chalutier; ordre de ne pas tirer sur les chalutiers en généra^.
Le Souvarof aperçoit à bâbord un autre bâtiment suspect et ouvre le feu sur lui.
§ 13. D'après les ordres permanents de l'escadre, l'amiral indiquait les buts sur lesquels devait être dirigé le tir des vaisseaux, en fixant sur eux ses projecteurs. Mais comme chaque vaisseau balayait l'horizon en tous sens autour de lui, avec ses propres projecteurs, pour se garer d'une surprise, il était difficile qu'il ne se produisît pas de confusion.
Le tir, dune durée de dix à douze minutes, cause de grands dommages aux chalutiers : le Crâne sombre; le Swpe, le Mino, le Midmein, le Gull, le Majestie sont endommagés.
\JAurora, de l'escadre russe, est aussi atteint.
La majorité des commissaires constate qu'elle manque d'éléments précis pour reconnaître sur quel but ont tiré les vaisseaux.
Mais les commissaires reconnaissent unanimement (pie les bateaux de la flottille de pêche n'ont commis aucun acte hostile ; et la majorité des commissaires étant d'opinion qu'il n'y avait, ni parmi les chalutiers* ni sur les lieux, aucun torpilleur , Couverture du feu par l'amiral Rojdestvensky n'était pas justifiable.
Le commissaire russe, ne se croyant pas fondé à partager cette opinion, énonce la conviction que c' étaient justement les bâtiments suspects s' approchant de l'escadre dans un but hostile qui ont provoqué le feu.
§ 14. Au sujet du but réel de ce tir nocturne, le fait que Y A urora reçut quelques projectiles de 47 et 75 millimètres serait de nature à faire supposer que ce croiseur, et peut-être même quelque autre bâtiment russe attardé sur la route du Souvarof, à l'insu de ce vaisseau, a pu provoquer et attirer les premiers feux.
Cette erreur pouvait être motivée par ce fait que ce navire — vu de l'arrière — ne montrait aucune lumière apparente, et par
une illusion d'optique nocturne dont les observations du vaisseauamiral pourraient avoir été l'objet.
A ce propos, les commissaires constatent qu'il leur manque des renseignements importants leur permettant de connaître le* raisons qui ont provoqué la continuation du tir à bâbord.
Dans cette conjoncture, certains chalutiers éloignés auraient pu être confondus ensuite avec les buts primitifs et ainsi canonnés directement.
D'autres, au contraire, ont pu être atteints par un tir dirigé sur des buts plus éloignés.
Ces considérations ne sont pas d'ailleurs en contradiction avec les impressions de certains chalutiers qui, en se voyant atteints par les projectiles et restant éclairés dans le pinceau des projecteurs, pouvaient se croire l'objet d'un tir direct.
§ 15. La durée du tir sur tribord — même en se plaçant au point de vue de la version russe — a semblé à la majorité des commissaires avoir été plus longue qu'elle ne paraissait nécessaire.
Mais cette majorité estime qu'elle n'est pas suffisamment renseignée, ainsi qu'il vient d'être dit, au sujet de la continuation du tir par bâbord.
En tout cas, les commissaires se plaisent à reconnaître à l'unanimité que l'amiral Rojdestvensky a fait personnellement tout ce qu'il pouvait, du commencement à la fin, pour empêcher que les chalutiers — reconnus comme tels — fussent l objet du tir de l'escadre.
§ 16. Quoi qu'il en soit, le Dimitri-Donskoï ayant fini par signaler son numéro, l'amiral se décida à faire le signal général de cesser le feu. — La file de ses vaisseaux continua alors sa route et disparut dans le sud-ouest sans avoir stoppé.
A cet égard, les commissaires sont unanimes à reconnaître qu'après les circonstances qui ont précédé l incident et celles qui l'ont produit, il y avait à la fin du tir assez d'incertitude au sujet du danger que courait L'échelon des vaisseaux, rjour décider l'amiral à continuer sa route.
Toutefois, la majorité des commissaires regrette que l'amiral Rojdestvensky n'ait pas eu la préoccupation, en franchissant le pas de Calais, d'informer les autorités des puissances maritimes voisines, qu'ayant été amené à ouvrir le feu près d un groupe de chalutiers, ces bateaux, de nationalité inconnue, avaient besoin de secours.
§ 17 Les commissaires, en mettant fin à ce rapport, déclare n que les appréciations qui s'y trouvent formulées ne sont pas, dans
leur esprit, de nature à jeter aucune déconsidération sur la valeur militaire, ni sur les sentiments d'humanité de l'amiral Rojdestvensky et du personnel de son escadre.
Signé : Spaun, Fournier, Doubassow, Lewis Beaumont, Char les - Henry Davis.
En ce qui concerne les indemnités, les commissaires évitèrent de se prononcer. La question fut vidée aisément au moyen de négociations directes entre la Russie et la Grande-Bretagne.
Dès le début des hostilités, les Japonais affectèrent de se montrer des observateurs scrupuleux des conventions internationales les plus récentes et les plus directement inspirées par l'esprit d'Occident.
C'est ainsi que, pour les prisonniers de guerre, les Japonais ont adopté le principe du traitement formulé par l'article 4 de la convention de La Haye : « Les prisonniers de guerre doivent être traités avec humanité. Tout ce qui leur appartient personnellement, excepté les armes, les chevaux et les papiers militaires, reste leur propriété. »
Déjà, en 1886, le Japon avait adhéré à la convention de la Croix-Rouge et à la déclaration de Paris : « Seront punis de la réclusion les militaires qui s'approprieront les vêtements et autres biens des blessés sur les champs de bataille. Seront punis de mort ceux qui auront tué ou blessé un ennemi pour commettre cedit crime. »
C'est en vertu de ce principe que le ministre de la marine du mikado adressa à ses subordonnés, le 19 février 1904, les instructions suivantes :