CHAPITRE VII
Les Aveux.
^anuit suivante, Felicio ne pouvant dormir 6tait descendu dans les
^jardins. Le ciel itait serein, les itoiles itincelaient comme des diamants,*fet les rayons argentis de la lune se jouaient dans les dicoupures des feuilles. Livri i ses pens^es m^lancoliques, le jeune page errait sans but, quand il entendit h quelques pas de lui une douce m^lodie. II se glissa derrifere un massif de rosiers, et de IJi il aper^ut Simplicie et Florimonde, une des fiUes d'honneur de la reine, assises sur un banc rustique, sous de grands acacias dont les fleurs, retombant en longues girandoles et doucement agities par la brise nocturne, ripandaient de tous c6t6s leurs suaves parfums. Simplicie, v&tue de blanc et la tete appuyde sur Tipaulc de Florimonde, sa chire confidente, chantait ainsi, en s'accompagnant d'un thiorbe. Les rossignols se taisaient pour T^couter :
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La reine, espiniit I'atieiodre ai&^niciit, sc mil i la poucsuivrk;. (.Pjgi: 115.)
Apprends le secret qui m'opprtssc, Toi, qui lus toujours dans moo coeur :
Mod Ime s'ouvre i la lendresK, El coniutt eofin son vainqueur.
Mais cet amour, je dois le taire.
Celui que je n*ose nommer, Sauva pourtant les jours d'un pfere; Comment puis-je ne pas I'aimer?
Une fatale destin^e Nous s^para d^s le berceau :
Sous un dais royal je suis n^e, Lui fut longtemps patre au hameau.
Richesse, honneurs, sort plus prospfere, En lui n'auraient pu me chamior ; Mais il sauva les jours d'un p^re, Comment puis-je ne pas Tajmer?
En achevant ces mots, Simplicie cacha son visage dans le sein de Florimonde. Filicio se serai t pr6cipit6 aux pieds de la princesse si, par cette brusque apparition, il n'eflt craint de lui causer trop d'effroi. Pour la preparer k le voir, il repfeta sur la fliite Fair que Simplicie venait de chanter, puis lui-m&me improvisa le couplet suivant :
II est une brillante ^toile, Dont les rayons mystdrieux, Qu'aucun nuage impur ne voile, . De loin r^jouissent mes yeux.
Vers elle en vain mon coeur s'^lance, Mon destin m'enchafne ici-bas ; Mais, amant discret, en silence, Je veux Taimer jusqu'au tr^pas.
A peine achevait-il ces mots qu'il entendit quelque bruit derriire lui. Au d&espoir d*avoir pu compromettre la princessej il prit la faite; mais bientdt il fut rejoint par le pVince Iwan.
— Filicio, lui dit celui-ci, j'ai tout entendu, etjes confidences d^. Simplicie ii sa phiire Florimonde, et Taveu de ton amour, ainsiitu n'as rien i me cachcr. De mon c6t6, je ne veux pas' avoir de secret avec.tpi. A mon arriv6e k la cour, j'avais 6t6 vivement frapp6 de la beautfe de Superbe, la froideur de son accueil, le caractire impirieux qu'elle sembl^ tenir de la reine, refroidirent bientdt mes premiers transports, et de jour en jour je me sentais attir6 vers Simplicie, dont la douceur inalterable, TamabiUti sans pretention, la pi6t6 filiale, sont des gages assures de bonheur pour un 6poux. Aujourd'hui, je n'hisite plus, Simplicie t'aime et tu Taimes. Je serais le plus ingrat des hommes si, en demandant sa main, je faisais votre malheur i tous deux. Non, mon ami, j'^pouserai Superbe, et une fois entri dans la famille du roi, j'espfcre riussir i ^carter les obstacles qui s'opposent i votre union. II sera peut-fetre difficile de vaincre la fierti de la reine, mais sois assur6 que je n'y 6pargnerai aucun effon.
— Gteireux prince, s'icria Filicio, je n'accepte point cc sacrifice. Votre
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divouement d'aiUeurs serait sans utiliti pour moi. Sans fortune, sans naissance, exergant naguire encore des fonctions serviles, puis-je sans dimence aspirer i la main d*une princesse ? Non, ce bonheur n'est pas fait pour moi. Dfes demain, je prendrai congfe du roi, et si je ne puis oublier Simplicie, j*irai du moins mourir loin d'elle.
II dit et s'essuie une larme qui s'ichappe de ses yeux. Mais Iwan le conjure d'attendre jusqu'apr^s son mariage avec Superbe.
— Si aiors, dit-il, je ne puis rien gagner sur I'esprit de la reine, malheurcux ami, je ne te retiendrai plus.
Dfes le lendemain, Iwan demanda la main de Superbe. Le roi et la reinc donnferent leur consentement de la manifere la plus gracieuse. Quant k la princesse, elle itait flattie d'fctre recherchie par un prince aussi rempli dc perfections, mais elle avait trop d'orgueil pour laisser paraUre sa joie. Le mariage fut fix6 i quinze jours, et il fut d6cid6 que la cirimonie aurait lieu au chiteau. Les plus habiles artistes, et les artisans les plus renommis fiirent mandis de la capitale, et sans reliche, ils s'occupferent des priparatifs.