CHAPITRE VIII
La Reine et la F^e.
|a veille du jour fix6 pour I'union tant d6sir6e, la reine, le prince Iwan let Superbe faisaient une promenade k cheval dans la forSt; les pages suivaient i, une grande distance. Iwan crut le moment favorable pour entretenir la princesse de I'amour de Ffelicio pour Simplicie ; mais, dis les premiers mots qu'il pronon^a, la reine montra de Thumeur, et le pria de ne jamais lui parler d'une telle misalliance. Le prince insista ; la reine, pour se soustraire i, ses sollicitations, donna k son cheval un grand coup de houssine et lui fit prendre les devants. Peut-fetre n'itait-elle pas fichie de laisser un pen les deux amants en t6te h tite. Elle s'itait i peine iloignie de quelques pas, quand elle apergut une petite biche, dont le front itait orni d*un croissant d*or, et au cou de laquelle itait suspendu un collier de pedes, si belles et si grosses que la reine n'en avait jamais vu de pareilles. Cette biche boitait et semblait souffrir beaucoup en courant. La reine, espirant I'atteindre aisiment, se mit i la poursuivre; mais Fanimal fournit une plus longue course qu'on eftt pu le supposer d*abord. On voyait cependant que ses forces s'ipuisaient : i chaque instant, la pauvre bfete s'arrfetait ou tombait de fatigue sur le chemin ; puis, au moment oil la reine descendait de cheval pour s'en saisir, la biche faisait un nouvel effort et lui ichappait, en s'ilan^ant un peu plus lorn. La nuit itait venue ; la reine, de plus en plus disireuse de s'emparer du collier, n en continuait pas moins sa poursuite. Tout h, coup, elle se trouva
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en face d'une longue avenue, au bout de laquelle s'ilevait un magnifique palais. Les murs en ^talent de porcelaine transparente, iclair^s 2l rint^rieur d'une lumifcre douce qui faisait ressortir les 16gers feuillages et les fleurs brillantes des arabesques dont ils itaient d6cor6s. Les vitraux des croisies 6taient des glaces de cristal de roche, taill^es k facettes et encadr^es dans des ouvrages d'orfvirerie, tout itjncelants de rubis, d'6raeraudes et de diamants. Un vaste perron de porphyre, dont les marches itaient de jaspe et les balustres d*or cisel6, conduisait de la cour aux appartements. D^s que la petite biche fut entree dans Tavenue, elle retrouva toute sa IhghvQth ; en quelques bonds, elle fut pr^s du palais dont les grilles s'ouvrirent b, son approche. La reine mit pied i lerre et, laissant son cheval en liberti, monta Tescalier de jaspe. Unc jeune dame, richement vfetue, vint k sa rencontre ; la petite biche folitrait i ses cdtis et pr^sentait sa jolie t&te ^ ses caresses. La dame prit la reine par la main et I'introduisit dans un salon magnifique, dont une profusion de fleurs et d'arbustes dans des vases de marbre et de bronze semblait faire un jardin enchant^. Au milieu, s'61evait une vaste volifere toute remplie d'oiseauxmouches et de colibris. La jeune dame fit asseoir la reine sur un divan convert d'une draperie d'or et de sole.
— Vous m'excuserez, lui dit-elle, si, pour me procurer cette entrevue, j'ai us6 de subterfuge. Je suis la f6e protectrice de Filicio, et je viens vous demander pour mon prot6g6, la main de votre fille Simplicie.
— Jamais, madame, ma fille ne sera I'ipouse d'un homme sans naissance ; d'ailleurs, je I'ai promise k Butor, roi des Cosaques.
— Y songez-vous, 6 reine ? Le prince Butor est un barbare qui maltraitera votre douce Simplicie.
— S'il la bat, madame, il ne fera que suivre Tusage de sa nation, et je ne puis m'y opposer. Puis, Simplicie est loin d' avoir toutes les perfections de sa soeur, et peut-fitre ne sera-t-il pas mal qu'elle soit redressie de temps en temps.
— J'espfcre, 6 reine, vous trouver plus raisonnable demain matin. En attendant, permettez-moi de remplir les devoirs de Thospitaliti.
Disant ces mots, elle conduisit la reine dans un petit appartement, frais, coquet et gracieux. Dans la salle i manger, une table en bois de citronnier richement incrustie 6tait couverte des mets les plus dilicats et des fruits les plus roses. La chambre k coucher itait une merveille d'616gance et de bon go6t. La f6e se retira, laissant la reine aux soins de six jeunes camiristes et six jeunes pages, qui se tenaient debout, la serviette sur le bras, et prfets ^ la servir.
LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTR]^. II7