‹ Le monde merveilleux des insectesChapitre 29 sur 50 · LES FIANÇAILLES TRAGIQUES — EN FAMILLE · texte numérisé non relu

LES FIANÇAILLES TRAGIQUES — EN FAMILLE

A l'idylle de la soirée succède, dans la nuit, l'atroce tragédie. Le lendemain matin, la Scorpionne est retrouvée sous le tesson de la veille. Le petit mâle est à ses côtés, mais occis et quelque peu dévoré. Il lui manque la tête, une pince, une paire de pattes. Au retour de la nuit, la recluse l'emporte au loin pour lui faire d'honorables funérailles, c'est-à-dire pour achever de le manger.

Us sont en vérité superbes, les petits Scorpions languedociens. S'ils restaient ainsi, s'ils ne portaient, bientôt menaçant, un alambic à venin, ils seraient gracieuses créatures que l'on prendrait plaisir à élever. Bientôt s'éveillent en

eux les velléités d'émancipation. Volontiers ils descendent du dos maternel pour folâtrer joyeusement dans le voisinage. S'ils s'écartent trop, la mère les admoneste, les rassemble en promenant sur le sable le râteau de ses bras.

En des moments de sieste, le spectacle de la Scorpionne et de ses petits vaut presque celui de la Poule et de ses poussins au repos. La plupart sont à terre, serrés contre la mère. Il s'en trouve qui escaladent la queue maternelle, se campent sur le haut de la volute et de ce point culminant semblent prendre plaisir à regarder la foule. De nouveaux acrobates surviennent qui les délogent et leur succèdent. Chacun veut avoir sa part des curiosités du belvédère.

Le gros de la famille est autour de la mère ; il y a là un continuel grouillement de marmaille qui s'insinue sous le ventre et s'y blottit, laissant au dehors le front où scintillent les points noirs oculaires. Les plus remuants préfèrent les pattes maternelles, pour eux appareil de gymnase; ils s'y livrent à des exercices de trapèze. Puis, à loisir, la troupe remonte sur l'échiné, prend place, se stabilise, et plus rien ne bouge, ni mère ni petits.

LA MANTE RELIGIEUSE

LA MANTE RELIGIEUSE

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