‹ Le monde merveilleux des insectesChapitre 47 sur 50 · LA CHENILLE PROCESSIONNAIRE DU PIN · texte numérisé non relu

LA CHENILLE PROCESSIONNAIRE DU PIN

ne fut mieux coordonnée. D'où le nom de Processionnaire donné à la rongeuse du pin.

Son caractère se complète en disant qu'elle est funambule sa vie durant; elle ne marche que sur la corde tendue, sur un rail de soie mis en place à mesure qu'elle avance. La Chenille en tête de la procession par le hasard des événements bave son fil sans discontinuer et le fixe sur la voie que lui font prendre ses mobiles velléités. C'est si menu que le regard armé d'une loupe le soupçonne plutôt qu'il ne le voit.

Mais la seconde arrive sur la subtile passerelle et la double de son fil ; la suivante la triple ; toutes les autres, tant qu'il y en a, engluent le jet de leurs filières, si bien que, lorsque la procession a défilé, il reste, comme trace de son passage, un étroit ruban dont l'éclatante blancheur miroite au soleil. Bien plus somptueux que le nôtre, leur système de voirie consiste à tapisser de soie au lieu de macadamiser. Nous cailloutons nos routes, nous leur donnons surface égale sous la pression d'un pesant rouleau; elles déposent sur leurs voies un doux rail de satin, ouvrage d'intérêt général où chacune apporte sa contribution d'un fil.

A quoi bon tant de luxe? Ne pourraient-elles, comme les autres Chenilles, cheminer sans coûteux dispositifs? A leur mode de progression, je vois deux raisons. C'est la nuit que les Processionnaires vont pâturer le feuillage du pin. Dans une profonde obscurité, elles sortent du nid situé au sommes d'une branche; elles descendent suivant l'axe dénudé jusqu'à la prochaine ramification non encore broutée et de plus en plus basse à mesure que les consommateurs ont tondu les étages d'en haut; elles remontent le long de ce rameau intact et s'y disséminent sur les aiguilles vertes.

La réfection prise et la trop vive fraîcheur nocturne venue, il s'agit de regagner l'abri du domicile. En ligne droite, la distance n'est pas grande, une brassée à peine, mais des piétons ne peuvent la franchir. Il faut redescendre d'un carrefour à l'autre, de l'aiguille au ramuscule, du ramuscule au rameau, du rameau à la branche, et de celle-ci, par un sentier non moins anguleux, remonter au gîte. Comme guide dans ce trajet si long et si changeant, inutile d'invoquer la vue. La Processionnaire a bien de chaque côté de la tête cinq points oculaires, mais si minimes, si difficiles à reconnaître sous le verre de la loupe, qu'on ne peut leur accorder vision de quelque portée. D'ailleurs, à quoi peuvent servir ces lentilles de myope en l'absence de la lumière, dans la nuit noire?

Inutile aussi de songer à l'odorat. La Processionnaire a-t-elle, n'a-t-elle

pas d'aptitude olfactive? Je l'ignore. Sans rien décider à cet égard, je peux du moins affirmer que son odorat est des plus obtus et nullement propre à l'orienter.

La vue et l'odorat exclus, que reste-il pour guider le retour au nid? Il reste le cordon filé en chemin. Dans le labyrinthe de Crète, Thésée se serait perdu sans le peloton de fil dont le munit Ariane. L'immense fouillis des aiguilles du pin est, de nuit surtout, labyrinthe aussi inextricable que celui de Minos. La Processionnaire s'y dirige, sans erreur possible, avec le secours de son brin de soie. A l'heure de faire retraite, chacune. aisément retrouve soit son propre fil, soit l'un quelconque des fils voisins, étalés en éventail par le troupeau divergent; de proche en proche la tribu dispersée se rassemble en une file sur le ruban commun, dont l'origine est au nid, et de façon certaine la caravane repue remonte en son manoir.

De jour, même en hiver lorsque le temps est beau, se font parfais des expéditions lointaines. On descend de l'arbre, on s'aventure à terre, on processionne à des cinquante pas de distance. Ces sorties n'ont pas pour but la recherche de la nourriture, car le pin natal est fort loin d'être épuisé : les rameaux broutés comptent à peine dans l'énorme frondaison. D'ailleurs, tant que la nuit n'est pas close, abstinence complète. Les excursionnistes n'ont d'autre but qu'une promenade hygiénique, un pèlerinage de reconnaissance aux environs, peut-être un examen des lieux où se fera plus tard l'ensevelissement dans le sable pour la métamorphose.

Il est bien entendu qu'en ces grandes évolutions la cordelette conductrice n'est pas négligée. Elle est maintenant plus nécessaire que jamais. Toutes y contribuent du produit de leurs filières, ainsi qu'il est de règle invariable chaque fois qu'il y a progression. Nulle ne fait un pas en avant sans fixer sur la voie son fil appendu à la lèvre.

Si la série processionnante est de quelque longueur, le ruban se dilate assez pour devenir de recherche facile; néanmoins au retour il ne se retrouve pas sans hésitation. Remarquons, en effet, que les Chenilles en marche jamais ne se retournent de bout en bout; faire volte-face sur leur cordelette leur est moyen absolument inconnu.

Pour regagner la voie déjà parcourue, il leur faut donc décrire un lacet dont les caprices du chef de file déterminent les sinuosités et l'ampleur. De là des tâtonnements, des vagabondages qui parfois se prolongent jusqu'à faire découcher le troupeau. L'affaire est sans gravité. On se rassemble, on se delotonne, immobiles l'une contre l'autre. Demain la recherche recommencera, heureuse tôt ou tard. Plus fréquemment encore le sinueux lacet rencontre du pre-

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mier coup le ruban conducteur. Aussitôt le rail entre les pattes de la première Chenille, toute hésitation cesse : la bande à pas pressés vers le nid s'achemine.

Avec ce guide, toute Chenille, si éloignée qu'elle soit, revient auprès de ses compagnes sans jamais faire fausse route. Le fil de soie est mieux qu'un expédient de voirie : c'est le lien social, le réseau qui maintient les membres de la communauté indissolublement unis.

En tête de toute procession, longue ou courte, chemine une première Chenille que j'appellerai chef de marche, chef de file, bien que le terme de chef, employé faute de meilleur, soit ici un peu déplacé. Rien ne la distingue, en efîet, des autres; les hasards de l'arrangement l'ont mise au premier rang, et c'est tout. Chez les Processionnaires, tout capitaine est officier de fortune. Le chef actuel dirige; tout à l'heure il sera dirigé, si la file se disloque à la suite d'un accident quelconque et se refait dans un ordre différent.

Ses fonctions temporaires lui donnent une attitude à part. Tandis que les autres passivement suivent bien alignées, lui, capitaine, s'agite, et d'un mouvement brusque projette l'avant du corps tantôt d'ici et tantôt de là. Tout en progressant, il semble s'informer. Explore-t-il, en effet, le terrain? choisit-il les points les mieux praticables? ou bien ses hésitations ne sont-elles que le simple résultat de l'absence d'un fil conducteur en des lieux non encore parcourus? Les subordonnées suivent, fort tranquilles, rassurées par le cordon qu'elles tiennent entre les pattes; lui s'inquiète, privé de cet appui.

Que ne puis-je lire ce qui se passe sous son crâne noir et luisant, pareil à une goutte de goudron! D'après les actes, il y a là une petite dose de discernement qui sait reconnaître, après épreuve, les aspérités trop rudes, les surfaces trop glissantes, les points poudreux sans résistance, et surtout les fils laissés par d'autres excursionnistes. Là se borne, ou peu s'en faut, ce que ma longue fréquentation des Processionnaires m'a appris sur leur psychique. Pauvres cervelles en vérité; pauvres bêtes dont la république a pour sauvegarde un fil!

Mars venu, les Chenilles ne cessent de processionner. Elles vont à la recherche de l'emplacement réclamé par la prochaine métamorphose. C'est l'ultime exode, l'abandon définitif du nid et du pin. Les pèlerines sont bien fanées, blanchâtres, avec un peu de poils roux sur le dos.

Ces groupes forment désormais des processions indépendantes, qui âprement cheminent et ondulent sur le sol poudreux. La Chenille en tète de la série sonde des mandibules, laboure un peu, s'informe du terrain. Les autres, confiantes dans leur chef de file, docilement suivent, sans aucune tentative de leur part. Ce que décidera la première sera adopté par toutes. Ici, dans le choix si grave du point où se fera la transformation, pas d'initiative individuelle. Il n'y a qu'une volonté, celle du chef de file. Il n'y a qu'une seule tête, pour ainsi dire; la procession est comparable à la chaîne de segments d'un énorme Annélide.

Enfin un point est reconnu propice. La première Chenille s'arrête, pousse du front, pioche des mandibules. Les autres, toujours en cordon continu, arrivent sur le chantier une à une et s'y arrêtent aussi. Alors la série se disloque et forme un amas grouillant où chacune reprend sa liberté. Toutes les échines se trémoussent pêle-mêle, toutes les têtes plongent dans la poussière, toutes les pattes ratissent, toutes les mandibules piochent. L'Annélide s'est tronçonné en une escouade de travailleurs indépendants.

Une excavation se creuse où, petit à petit, les Chenilles s'ensevelissent. Quelque temps encore, le sol miné se fendille, se soulève, se couvre de taupinées; puis le repos se fait. En somme, l'ensevelissement se fait en commun, par groupes plus ou moins nombreux et à des profondeurs fort variables suivant la nature du sol.

Quinze jours après, fouillons au point de la descente sous terre. Nous y trouverons les cocons rassemblés en groupes, cocons de pauvre aspect, souillés qu'ils sont de parcelles terreuses par des fils de soie.

Alors un curieux problème s'impose à l'esprit de l'observateur. Comment fait le Papillon pour remonter des catacombes où la Chenille est descendue? Ce n'est pas avec les falbalas de l'état parfait, grandes ailes délicatement écailleuses, amples panaches des antennes, que peuvent se braver les rudesses du sol, à moins de sortir de là tout fripé, dépenaillé, méconnaissable, ce qui n'est pas le cas, tant s'en faut. En outre, de quelle façon s'y prend-il, lui si débile, pour crever la croûte de terre en laquelle la moindre averse a converti la poussière du début?

Le Papillon paraît en fin juillet et août. L'ensevelissement a eu lieu en mars. Des pluies ne peuvent manquer de survenir pendant ce laps de temps, pluies qui tassent le terrain, le cimentent et le laissent durcir une fois l'évaporation faite. Jamais Papillon, s'il n'est expressément outillé et costumé, ne pourra se frayer une issue à travers tel obstacle. Il lui faut, la force des choses l'impose, outil perforateur et costume d'extrême simplicité.

Au sortir du cocon, le Bombyx du pin a ses atours empaquetés. Les ailes,

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principal obstacle au travail souterrain, sont appliquées contre la poitrine en écharpes étroites; les antennes, autre grave embarras, n'épanouissent pas encore leurs panaches et se rabattent le long des flancs. Les poils, plus tard toison touffue, sont couchés d'avant en arrière. Seuls, les pattes sont libres, assez actives et douées de quelque vigueur. A cette disposition, qui supprime les surfaces gênantes, est rendue possible l'ascension à travers la terre.

Nous connaissons l'accoutrement de sortie, le justaucorps indispensable dans une galerie étroite. Maintenant où se trouve l'outil perforateur? Les pattes, quoique libres, seraient ici insuffisantes : elles gratteraient latéralement, agrandiraient le diamètre du puits, mais ne parviendraient pas à pro longer l'issue suivant la verticale, au-dessus de l'insecte. Cet outil doit être en avant.

Promenons, en effet, le bout du doigt sur la tête du Papillon. Quelques rugosités très âpres sont reconnues par le toucher. La loupe nous instruit mieux. Elle nous montre, entre les yeux et plus haut, quatre ou cinq lamelles transversales, étagées en échelons, dures et noires, taillées en lunule à l'extrémité. La plus longue et la plus forte est la supérieure, au milieu du front. Voilà l'armature du trépan.

Pour creuser nos tunnels dans les roches granitiques, nous armons nos forets de pointes de diamant. Pour un travail similaire, le Bombyx, foret vivant, s'implante sur le front une rangée de croissants acérés, inusables, vraies mèches de vilebrequin.

Les vilebrequins, d'un jeu alternatif, forent dans le sable agglutiné. Les débris poudreux ruissellent d'en haut, aussitôt refoulés en arrière par les pattes. Un peu de large se fait à la voûte, et le Papillon progresse d'autant vers la surface. Le lendemain, toute la colonne, longue de deux décimètres et demi, sera percée d'une galerie droite et verticale.

Voici finalement le Papillon à la surface. Avec la lenteur qu'exige si délicate opération, il étale ses paquets alaires, il épanouit ses panaches, il gonfle sa toison.

Le Bombyx du pin vole fort mal. Incapable d'essor, à peu près comme le Papillon du ver à soie, il se trémousse, tournoie à terre, et ne parvient guère, dans son meilleur élan, qu'à gagner les branches inférieures, traînant presque sur le sol. Là sont déposés les cylindres de la ponte, à deux mètres au plus d'élévation. Ce sont les jeunes Chenilles qui, d'un campement provisoire à l'autre, montent plus haut et atteignent, d'étage en étage, les cimes où se tissent les demeures définitives.

LE CHARANÇON DES PAMPRES

LE CHARANÇON DES PAMPRES

Ce magnifique Charançon manufacture en cigares les feuilles de la vigne. (1 est d'un vert doré métallique virant au bleu. S'il avait taille plus avantageuse, le splendide Charançon de la vigne occuperait rang très honorable parmi les bijoux de l'entomologie.

Pour attirer les regards, il a mieux que son éclat : il a son industrie, qui lui vaut la haine du vigneron, jaloux de son bien. Le paysan le connaît; il le désigne même d'un nom spécial, honneur rarement accordé au monde des petites bêtes.

Le vocabulaire rural est riche concernant les plantes; il est très pauvre concernant les insectes. Une douzaine ou deux de vocables, d'inextricable confusion par leur généralité, représentent toute la nomenclature entomologique en idiome provençal, si expressif cependant, si fécond lorsqu'il s'agit du végétal, parfois mauvais brin d'herbe que l'on croirait connu du botaniste seul.

Avant tout, l'homme de la glèbe s'informe de la plante, la grande nourrice; le reste lui psI iiuliflérent. Superbe parure, curieuses mœurs, merveilles de l'instinct, tout cela ne lui dit rien. Mais toucher à sa vigne, manger l'herbe

d'autrui, quel crime abominable! Vite un nom, vrai carcan appendu au coî du malfaiteur!

Cette fois, le paysan provençal s'est mis en frais d'un terme spécial : il a nommé Bécaru le rouleur de cigares. L'expression savante et l'expression rurale pleinement concordent ici. Rhynchite et Bécaru s'équivalent; l'un et l'autre font allusion au long bec de l'insecte.

La feuille est d'abord piquée du rostre en un point du pétiole, ce qui provoque arrêt de la sève et souplesse du limbe fané. L'enroulement débute par l'angle de l'un des lobes inférieurs, la face supérieure, verte et lisse, en dedans, la face inférieure, cotonneuse et à fortes nervures, en dehors.

Mais l'ampleur de la feuille et ses profondes sinuosités presque jamais ne permettent le travail régulier d'un bout à l'autre de la pièce. Alors des plis brusques se pratiquent qui changent, à diverses reprises, le sens de l'enroulement, et laissent au dehors tantôt la face verte, tantôt la face cotonneuse, sans ordre appréciable, comme au hasard.

Avec la feuille de vigne, d'ampleur encombrante, de contour compliqué, s'obtient ainsi cigare informe, paquet sans correction.

Ce n'est pas défaut de talent, c'est difficulté de manipuler, de maîtriser pareille pièce.

Le Rhynchite de la vigne travaille à reculons, ayant sous les yeux ce qui, plié à l'instant même et peu solide encore, exigera peut-être des retouches immédiates. Le résultat est ainsi surveillé tant qu'il n'a pas fait preuve de stabilité. Par la pression du rostre, il scelle les dentelures de la couche finale.

Déroulons un cigare de fraîche date. Les œufs, fines perles d'ambre, sont disséminés, un par un, à des profondeurs très variables de la volute. J'en compte en général plusieurs, de cinq à huit. La multiplicité des convives affirme extrême sobriété. Au bout de cinq à six jours naît le vermisseau.

Cependant le rouleau de jour en jour brunit, tourne à l'aride. S'il restait indéfiniment suspendu au rameau, et si, cas fréquent, l'humidité nocturne venait à faire défaut, la dessiccation le gagnerait en plein, et son hôte périrait. Mais tôt ou tard l'agitation par le vent le détache, le fait tomber à terre.

Cette chute est le salut du ver, bien loin encore de sa complète croissance. Au pied du cep, la terre, obombrée par les pampres, conserve assez bien la fraîcheur des dernières ondées. Gisant sur l'humecté et préservé des violences d'une insolation directe, le vivre du Rhynchite se conserve en l'état de souplesse voulue.

Aussi malgré la moisissure, qui envahit l»i» amafi d*; cigarêfi, les îarvea

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prospèrent, grandissent sans encombre. La pourriture leur agrée. Je les vois mordre à pleines mandibules sur des loques en di^composition, ruines faisandées de la feuille devenue presque terreau.

Six semaines plus lard, vers le milieu de juin, les rouleaux les plus vieux sont des masures, ne conservant guère de leur enroulement que la couche extérieure, toiture défensive. Ouvrons la ruine. A l'intérieur, délabrement complet, mélange de reliefs informes et de granules noirs, semblables à une fine poudre de chasse ; au dehors, enveloppe croulante, çà et là percée de trous. Ces ouvertures disent que les habitants sont partis, descendus en terre.

Sous la poussée de l'échiné, il s'y sont creusé chacun une niche ronde, parcimonieuse d'espace, où, ramassé sur lui-même, le ver se recueille et se prépare à la nouvelle vie.

Bien que formée de parcelles sablonneuses, la paroi de la cellule n'est pas croulante. Avant de s'endormir du sommeil de la transformation, le reclus a jugé prudent de consolider sa demeure. Avec un peu de soin, je peux isoler l'habitacle sous forme d'un globule de la grosseur d'un pois.

Je reconnais alors que ses matériaux sont cimentés au moyen d'un produit gommeux qui, fluide au moment de son émission, a pénétré assez avant et a soudé les grains sablonneux en une muraille d'une certaine épaisseur.

Vers la fin d'août, quatre mois après la manipulation des cigares, extrayons de sa coque le Rhynchite de la vigne sous sa forme adulte. Je l'exhume avec toutes les rutilances d'or et de cuivre; mais le magnifique, si je ne l'avais dérangé, aurait sommeillé dans son castel souterrain jusqu'aux nouvelles feuilles de son arbrisseau en avril.

A quoi bon se presser? La larve, tout aussi bien que l'adulte, peut-être mieux, est apte aux somnolences dans les rudesses de l'hiver. Quand la vigne déploiera ses bourgeons et que le Grillon fera sonner dans les pelouses les premiers couplets de sa mélopée, tous seront prêts, retardataires et précoces; fidèles à l'appel du renouveau, tous sortiront de terre, empressés d'escalader la vigne amie et de recommencer au soleil les fêtes des feuilles roulées.

LES EUMËNES

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